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L'acétate de cyprotérone est-il efficace et sûr pour traiter la pousse indésirable de poils chez les femmes ?

Principaux messages

- L'acétate de cyprotérone et la plupart des traitements auxquels il a été comparé n'ont pas présenté de différences importantes en termes de pousse indésirable de poils (pilosité indésirable) ou de taux d'hormones.

- L'impact hormonal des différents médicaments a été différent, ce qui peut s'expliquer par leur mode d'action.

Qu'est-ce que l'acétate de cyprotérone ?

La pilosité indésirable sur le visage, le ventre ou la poitrine des femmes résulte de l'augmentation des niveaux d'hormones sexuelles, la plus importante étant la testostérone. Cette hormone est produite dans les ovaires. Un médicament appelé acétate de cyprotérone abaisse les niveaux de testostérone dans le corps et réduit la pilosité indésirable, mais il a des effets secondaires tels que la prise de poids, la dépression (sentiment de tristesse), la fatigue (sentiment de fatigue), le gonflement ou la sensibilité des seins, la perte de cheveux et des problèmes liés à l'activité sexuelle. D'autres traitements ont été introduits plus récemment, et cette revue fait état des données probantes issues d'études comparant ces traitements.

Que voulions‐nous savoir ?

Nous voulions savoir si l'acétate de cyprotérone était plus efficace que d'autres types de médicaments pour réduire la pilosité indésirable, mesurée par des tests, ou telle que rapportée par les femmes suivant le traitement, et par les niveaux d'hormones. Nous avons également noté les effets indésirables et si les femmes décidaient d'arrêter le traitement.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des études portant sur l'acétate de cyprotérone et d'autres types de médicaments chez des femmes présentant une pilosité indésirable sur le visage, le ventre ou la poitrine. Nous avons comparé et synthétisé les résultats des études, et évalué notre niveau de confiance dans les données en tenant compte les méthodes utilisées et la taille des études.

Qu’avons-nous trouvé ?

Nous avons trouvé 23 études, pour la plupart de petite taille, portant sur 1 557 femmes atteintes de pilosité indésirable.

Chez les femmes nécessitant un traitement pour une pilosité indésirable de cause inconnue ou causée par des niveaux élevés de testostérone, les données actuelles ne peuvent démontrer une différence entre l'utilisation de l’acétate de cyprotérone ou de la plupart des autres médicaments utilisés pour réduire la pilosité, abaisser les niveaux d'hormones ou provoquer des effets indésirables.

L'acétate de cyprotérone était probablement plus efficace après six mois de traitement par rapport à un médicament appelé spironolactone (lorsque les deux groupes recevaient également de l'éthinylestradiol (une hormone féminine fréquemment utilisée dans les pilules contraceptives)) et plus efficace après 24 mois par rapport à un médicament appelé finastéride (lorsque les deux groupes recevaient également de l'éthinylestradiol). Un autre médicament, le flutamide, s'est révélé plus efficace dans une étude à 12 mois par rapport à l'acétate de cyprotérone.

Quelles sont les limites des données disponibles ?

Le nombre de femmes, le type et le moment des mesures varient d'une étude à l'autre, de sorte qu'il n'a pas toujours été possible de comparer les études entre elles. De nombreuses études incluaient peu de femmes.

Les données disponibles sont insuffisantes pour comparer les effets indésirables des traitements.

Des études de plus grande envergure sont nécessaires pour obtenir des résultats plus significatifs. Les données actuelles soutiennent l'utilisation de l'acétate de cyprotérone ou de la spironolactone idéalement associée à l'éthinylestradiol comme étant le meilleur traitement de la pilosité indésirable.

Les données probantes sont‐elles à jour ?

Les informations sont valables jusqu'en décembre 2022.

Contexte

L'hirsutisme (pilosité excessive et non désirée) est un problème endocrinien pénible et relativement courant chez les femmes qui peut s'avérer difficile à gérer. L'acétate de cyprotérone (ACP), un antiandrogène, est fréquemment utilisé pour traiter l'hirsutisme, généralement en association avec l'éthinylestradiol. Ceci est une mise à jour d'une revue Cochrane publiée pour la première fois en 2003.

Objectifs

Évaluer les bénéfices et risques de l'acétate de cyprotérone (ACP) seul ou en association avec l'éthinylestradiol et d'autres médicaments pour la réduction de la pilosité et l'amélioration du profil endocrinien chez les femmes atteintes d'hirsutisme à la suite d’une hyperandrogénie ovarienne ou d'hirsutisme idiopathique.

Stratégie de recherche documentaire

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du Groupe Cochrane Gynaecology and Fertility (Gynécologie et Fertilité), CENTRAL, MEDLINE, Embase, PsycINFO et CINAHL jusqu'au 20 décembre 2022. Nous avons également recherché les références bibliographiques des articles pertinents et des registres d'essais cliniques.

Critères de sélection

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) portant sur des femmes en âge de procréer atteintes soit d'hirsutisme idiopathique, soit d'hirsutisme à la suite d’une hyperandrogénie ovarienne. L'hirsutisme est défini par un score de Ferriman Gallwey (FG) supérieur à 7.

Recueil et analyse des données

Nous avons inclus 23 études. Seule une étude a inclus plus de 100 femmes dans l'analyse. Les critères de jugement principaux étaient l'évaluation objective et subjective des paramètres cliniques (scores FG, croissance linéaire des poils et diamètre de la tige pilaire, commentaires des femmes et fréquence de l'épilation). Les critères de jugement secondaires comprenaient les paramètres endocriniens, les effets secondaires et les abandons en cours de traitement.

Résultats principaux

Acétate de cyprotérone supérieur à 2 mg plus éthinylestradiol comparé à acétate de cyprotérone 2 mg ou moins plus éthinylestradiol (comparaison de doses)

Après six mois de traitement, nous ne sommes pas certains qu'il y ait une différence d'effet sur les scores FG (différence des moyennes (DM) 0,63, intervalle de confiance (IC) à 95 % -1,02 à 2,28 ; I 2  = 0 % ; 2 ECR, 145 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). Il y avait probablement peu ou pas de différence au niveau de la testostérone libre (DM 0,35 pmol/L, IC à 95 % -0,61 à 1,31 ; 1 ECR, 113 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance modéré).

Acétate de cyprotérone seul (sans éthinylestradiol) comparé à d'autres interventions seules (sans éthinylestradiol).

Il n'y avait que peu ou pas de différence entre l’ACP et les analogues de l'hormone de libération de la gonadotrophine (GnRH, de l’anglais « gonadotropin-releasing hormone ») sur la testostérone totale à trois mois (DM 0,17 nmol/L, IC à 95 % -0,15 à 0,49). Il y avait peu ou pas de données probantes d'un effet de l’ACP par rapport à l'agoniste de la GnRH sur l'androstènedione à trois mois (DM 0,66 nmol/L, IC à 95 % -0,44 à 1,76). Les deux résultats proviennent d'un ECR (20 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance très faible).

Acétate de cyprotérone plus éthinylestradiol comparé à d'autres interventions seules (sans éthinylestradiol)

Il n'y avait que peu ou pas de différence entre l'effet de l'ACP et de l'éthinylestradiol sur les scores de FG à six mois par rapport à celui du finastéride (DM 4,70, IC à 95 % -1,86 à 11,26 ; 1 ECR, 27 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance faible), de la spironolactone (DM 0,90, IC à 95 % -2,86 à 4.66 ; 1 ECR, 77 femmes ; niveau de confiance modéré), le kétoconazole (DM 0,70, IC à 95 % -0,84 à 2,24 ; 1 ECR, 81 femmes ; niveau de confiance modéré) ou la pioglitazone plus flutamide plus metformine (Pio-Flu-Met) (DM 0,90, IC à 95 % -0,79 à 2,59 ; 1 ECR, 34 femmes ; niveau de confiance faible). L'association ACP plus éthinylestradiol pourrait améliorer légèrement l'hirsutisme par rapport au flutamide (DM 4,00, IC à 95 % 0,10 à 7,90 ; 1 ECR, 28 femmes).

L'association de l'ACP et de l'éthinylestradiol n'entraîne probablement que peu ou pas de différence sur le plan de la testostérone totale après six mois, par rapport à la spironolactone (DM -0,06 nmol/L, IC à 95 % -1,25 à 1,13 ; 1 ECR, 77 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance modéré), au kétoconazole (DM -0,02 nmol/L, IC à 95 % -0,37 à 0,33 ; 1 ECR, 81 femmes ; niveau de confiance modéré) ou au Pio-Flu-Met (DM -0,39 nmol/L, IC à 95 % -0,82 à 0,04 ; 1 ECR, 81 femmes ; niveau de confiance faible). L'ACP associé à l'éthinylestradiol pourrait être plus efficace que le finastéride après six mois (DM -1,60 nmol/L, IC à 95 % -2,39 à -0,81 ; 1 ECR, 27 femmes ; niveau de confiance faible).

L'ACP associé à l'éthinylestradiol pourrait réduire légèrement la testostérone libre après six mois par rapport au finastéride (DM -9,02 nmol/L, IC à 95 % -12,44 à -5,60 ; 1 ECR, 27 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance faible) ou au flutamide (DM -4,16 nmol/L, IC à 95 % -6,62 à -1,70 ; 1 ECR, 28 femmes ; niveau de confiance faible). Il n'y aurait que peu ou pas de différence entre l'ACP plus l'éthinylestradiol et la spironolactone (DM 0,35 nmol/L, IC à 95 % -0,62 à 1,32 ; 1 ECR, 77 femmes ; niveau de confiance faible). L'ACP associé à l'éthinylestradiol pourrait être moins efficace que le kétoconazole (DM : 1,39 nmol/L, IC à 95 % : 0,43 à 2,35 ; 1 ECR, 81 femmes ; niveau de confiance faible).

Acétate de cyprotérone plus éthinylestradiol comparé à d'autres interventions plus éthinylestradiol

L'association de l'ACP et de l'éthinylestradiol entraîne probablement peu ou pas de différence d'effet sur les scores FG à six mois par rapport à l'association du finastéride et de l'éthinylestradiol (DM -0,91, IC à 95 % -1,82 à 0 ; 1 ECR, 26 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance modéré) ou de l'association de la spironolactone et de la drospirénone et de l'éthinylestradiol (DM 0,69, IC à 95 % -0,80 à 2,18 ; 1 ECR, 89 femmes ; niveau de confiance élevé). Cependant, l'ACP associé à l'éthinylestradiol pourrait réduire les scores de FG par rapport à la spironolactone associée à l'éthinylestradiol, mais les données probantes sont très incertaines (DM -0,93, IC à 95 % -1,68 à -0,19 ; 3 ECR, 103 femmes ; niveau de confiance très faible).

Il y avait probablement peu ou pas de différence d'effet de l'ACP associé à l'éthinylestradiol sur la testostérone totale après six mois par rapport à celui de la spironolactone associée à l'éthinylestradiol (DM -0,20 nmol/L, IC à 95 % -0,64 à 0,24 ; 1 ECR, 45 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance modéré), et entraîne probablement peu ou pas de différence par rapport à l’association drospirénone plus éthinylestradiol (DM 0,15 nmol/L, IC à 95 % 0,08 à 0,22 ; 1 ECR, 91 femmes ; niveau de confiance modéré).

Six mois de traitement par ACP plus éthinylestradiol ont probablement abaissé les taux de testostérone libre par rapport au traitement par drospirénone plus éthinylestradiol (DM -0,31 pmol/L, IC à 95 % -0,53 à -0,09 ; 1 ECR, 91 femmes ; données probantes d’un niveau de confiance modéré).

Les données manquaient pour tous les autres critères de jugement dans nos principales comparaisons de la revue.

Conclusions des auteurs

Il y a eu quelques différences dans les critères jugement clinique entre l'acétate de cyprotérone et la spironolactone, l'acétate de cyprotérone et le flutamide, et l'acétate de cyprotérone et le finastéride. Aucune différence clinique n'a été constatée entre l'acétate de cyprotérone et les autres thérapies médicales, peut-être en raison de la petite taille des études, de l'absence d'évaluation standardisée et de déterminants objectifs de l'amélioration dans de nombreuses études. Les données présentées sont insuffisantes pour comparer les effets indésirables de toutes les options de traitement.

Des études de plus grande envergure et soigneusement planifiées sont nécessaires pour comparer les profils d'efficacité et de tolérance entre les options thérapeutiques disponibles.

Notes de traduction

Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien d’Anne-Sophie Bouthors (bénévole chez Cochrane France) et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

Cette revue Cochrane a initialement été rédigée en anglais. L’exactitude de la traduction relève de la responsabilité de l’équipe de traduction qui la réalise. La traduction est réalisée avec soin et suit des processus standards pour garantir un contrôle qualité. Cependant, en cas d'incohérences, de traductions inexactes ou inappropriées, l'original en anglais prévaut.

Citation
Matjila MJ, Le Roux PA, van der Spuy ZM. Cyproterone acetate for hirsutism. Cochrane Database of Systematic Reviews 2025, Issue 11. Art. No.: CD001125. DOI: 10.1002/14651858.CD001125.pub2.

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