Les cigarettes électroniques peuvent-elles aider les personnes à arrêter de fumer, et ont-elles des effets indésirables lorsqu'elles sont utilisées à cette fin ?

Que sont les cigarettes électroniques ?

Les cigarettes électroniques (e-cigarettes) sont des appareils portatifs qui fonctionnent en chauffant un liquide qui contient habituellement de la nicotine et des arômes. Les CE permettent d'inhaler de la nicotine sous forme de vapeur plutôt que sous forme de fumée. Comme elles ne brûlent pas de tabac, les e-cigarettes n'exposent pas les utilisateurs aux mêmes niveaux de produits chimiques nocifs que les cigarettes classiques.

L'utilisation d'une cigarette électronique est communément connue sous le nom de « vapoter ». De nombreuses personnes utilisent les cigarettes électroniques pour les aider à arrêter de fumer. Dans cette revue, nous nous concentrons principalement sur les e-cigarettes contenant de la nicotine.

Pourquoi nous avons réalisé cette revue Cochrane

Arrêter de fumer réduit le risque de cancer du poumon, d'infarctus et de nombreuses autres maladies. De nombreuses personnes éprouvent des difficultés à arrêter de fumer. Nous voulions savoir si l'utilisation des cigarettes électroniques pouvait aider les gens à arrêter de fumer, et si les personnes qui les utilisent à cette fin ressentent des effets indésirables.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des études portant sur l'utilisation des cigarettes électroniques pour aider les gens à arrêter de fumer.

Nous avons recherché des essais contrôlés randomisés, dans lesquelles les traitements que les personnes recevaient étaient décidés de manière aléatoire. Ce type d'étude fournit généralement les données probantes les plus fiables concernant les effets d'un traitement. Nous avons également recherché les études dans lesquelles tous les participants recevaient un traitement par CE.

Nous souhaitions déterminer :

- combien de personnes arrêtaient de fumer pendant au moins six mois; et
- combien de personnes ont eu des effets indésirables, signalés après au moins une semaine d'utilisation.

Date de la recherche : Nous avons inclus les données probantes publiées jusqu'au 1er juillet 2022.

Ce que nous avons trouvé

Nous avons trouvé 78 études incluant 22 052 adultes fumeurs. Les études ont comparé les cigarettes électroniques avec :

- des thérapies de substitution nicotinique (TSN), tels que les patchs ou les gommes à mâcher;

- la varénicline (un médicament pour aider les personnes à arrêter de fumer) ;
- Les CE sans nicotine ;

- d'autres types de CE contenant de la nicotine (par exemple, les dispositifs en format pod, les dispositifs plus récents) ;
- un soutien comportemental, tel que des conseils ou du counseling ; ou
- l’absence de soutien pour arrêter de fumer.

La plupart des études ont eu lieu aux États-Unis (34 études), au Royaume-Uni (16) et en Italie (8).

Quels sont les résultats de notre revue ?

Les personnes ont plus de chances d'arrêter de fumer pendant au moins six mois en utilisant des CE avec nicotine qu'en utilisant des substituts nicotiniques (6 études, 2378 personnes) ou des CE sans nicotine (5 études, 1447 personnes).

Les CE avec nicotine pourraient aider davantage de personnes à arrêter de fumer que l'absence de soutien ou le soutien comportemental uniquement (7 études, 3126 personnes).

Sur 100 personnes utilisant des e-cigarettes avec nicotine pour arrêter de fumer, 8 à 12 pourraient réussir à s'arrêter, contre seulement 6 sur 100 personnes utilisant une thérapie de remplacement de la nicotine, 7 sur 100 utilisant des e-cigarettes sans nicotine, ou 4 sur 100 personnes ne bénéficiant d'aucun soutien ou d'un soutien comportemental uniquement.

Nous ne sommes pas certains qu'il y ait une différence entre le nombre d'EI liés à l'utilisation de CE avec nicotine et le nombre d’EI liés à la TSN, à l'absence de soutien ou au soutien comportemental seul. Certaines données probantes indiquent que les EI non graves sont plus fréquents dans les groupes recevant des CE avec nicotine que dans les groupes sans soutien ou avec un soutien comportemental uniquement. Un faible nombre d'EI, y compris des EIG, ont été signalés dans les études comparant les CE avec nicotine aux TSN. Il n'y a probablement pas de différence dans le nombre d'EI non graves survenant chez les personnes utilisant des CE avec nicotine par rapport aux CE sans nicotine.

Les EI les plus souvent rapportés avec les cigarettes électroniques avec nicotine étaient des irritations de la gorge ou de la bouche, des maux de tête, de la toux et des sensations de malaise. Ces effets s’atténuaient avec le temps, alors que les personnes continuaient à utiliser les CE avec nicotine.

Les résultats sont-ils fiables ?

Nos résultats sont basés sur peu d’études. Pour la plupart des critères de jugement, les données varient considérablement.

Nous avons trouvé des données probantes indiquant que les CE avec nicotine aident plus de personnes à arrêter de fumer que les TSN. Les CE avec nicotine aident probablement plus de personnes à arrêter de fumer que les CE sans nicotine, mais d'autres études sont encore nécessaires pour le confirmer.

Les études comparant les CE avec nicotine à un soutien comportemental ou à l’absence de soutien ont également montré des taux d'arrêt du tabac plus élevés chez les personnes utilisant des CE avec nicotine, mais fournissent des données avec un niveau de confiance plus faible en raison de problèmes liés au plans des études.

La plupart de nos résultats concernant les EI pourraient changer lorsque davantage de données probantes seront disponibles.

Principaux messages

Les CE avec nicotine peuvent aider les personnes à arrêter de fumer pendant au moins six mois. Il existe des données probantes suggérant qu'elles fonctionnent mieux que les TSN, et probablement mieux que les CE sans nicotine.

Elles pourraient être plus efficaces que l'absence de soutien ou que le soutien comportemental seul, et elles ne semblent pas associées à des EIG.

Cependant, nous avons encore besoin de plus de données probantes, notamment sur les effets des nouveaux types de CE qui libèrent mieux la nicotine que les anciens types de CE car un meilleur taux de nicotine pourrait aider davantage de personnes à arrêter de fumer.

Conclusions des auteurs: 

Il existe des données probantes d’un niveau de confiance élevé indiquant que les cigarettes électroniques (CE) avec nicotine augmentent les taux d'arrêt tabagique par rapport aux thérapies de substitution nicotinique (TSN) et des données probantes d’un niveau de confiance modéré indiquent qu'ils augmentent les taux d'arrêt du tabac par rapport aux CE sans nicotine. Les données probantes apportées par les données comparant les CE avec nicotine aux soins usuels ou à l'absence de traitement suggèrent également un bénéfice, mais sont moins sûres. D'autres études sont nécessaires pour confirmer l'ampleur de l'effet. Les intervalles de confiance étaient pour la plupart larges pour les données sur les événements indésirables (EI), les EI graves (EIG) et les autres marqueurs de tolérance, sans qu'il n’ y ait de différence en matière d'EI entre les CE avec nicotine et les CE sans nicotine, ni entre les CE avec nicotine et les TSN. L'incidence globale des événements indésirables graves était faible dans tous les bras d’études. Nous n'avons pas détecté de données probantes d'un risque important de la CE avec nicotine, mais le suivi le plus long était de deux ans et le nombre d'études était faible.

La principale limite des données probantes reste l'imprécision due au petit nombre d'ECR, souvent avec un faible taux d’événements, mais d'autres ECR sont en cours. Afin de garantir que la revue continue de fournir des informations à jour aux décideurs, cette revue est une revue systématique dynamique. Nous effectuons des recherches tous les mois, et la revue est mise à jour lorsque de nouvelles données probantes pertinentes sont disponibles. Veuillez vous référer à la Base de données Cochrane des revues systématiques pour connaître l'état d'avancement de la revue.

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Contexte: 

Les cigarettes électroniques (CE) sont des appareils électroniques à vapeur portatifs produisant un aérosol en chauffant un liquide (appelé aussi « e-liquide »). Certains fumeurs utilisent les CE pour arrêter ou réduire leur consommation de tabac. Toutefois, certaines organisations, groupes de défense et décideurs politiques ont déconseillé cette pratique, invoquant le manque de données probantes de son efficacité et de sa tolérance. Les fumeurs, les prestataires de soins de santé et les autorités de réglementation veulent savoir si les cigarettes électroniques sont susceptibles d’aider les gens à arrêter de fumer et si elles peuvent être utilisés sans danger à cette fin. Cette revue est une mise à jour effectuée dans le cadre d'une revue systématique dynamique.

Objectifs: 

Examiner l'efficacité, la tolérabilité et la tolérance de l'utilisation des cigarettes électroniques (CE) pour aider les fumeurs de tabac à atteindre l’abstinence tabagique à long terme.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur le tabagisme, le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE, Embase et PsycINFO jusqu'au 1er juillet 2022, et avons vérifié les références bibliographiques ainsi que contacté les auteurs des études.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) et des études randomisées en cross-over, dans lesquelles les fumeurs étaient randomisés dans le groupe cigarette électronique ou le groupe témoin. Nous avons également inclus des études interventionnelles non randomisées dans lesquelles tous les participants utilisaient la CE. Les études devaient rapporter l'abstinence tabagique à six mois ou plus, ou des données de tolérance à une semaine ou plus, ou les deux.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons suivi les méthodes standard de Cochrane pour la sélection des essais et l'extraction des données. Nos critères de jugement principaux étaient l'abstinence tabagique après au moins six mois de suivi, les événements indésirables (EI) et les événements indésirables graves (EIG). Les critères de jugement secondaires comprenaient la proportion de personnes utilisant toujours le produit de l'étude (CE ou produit pharmaceutique) six mois ou plus après la randomisation ou le début de l'utilisation de la CE, les variations dans le taux de monoxyde de carbone (CO), la pression artérielle (PA), la fréquence cardiaque, la saturation artérielle en oxygène, la fonction pulmonaire et les niveaux de substances cancérigènes ou de toxiques, ou les deux. Nous avons utilisé un modèle de Mantel-Haenszel à effet fixe pour calculer le risque relatif (RR) avec un intervalle de confiance (IC) à 95 % pour les critères de jugement dichotomiques. Pour les critères de jugement continus, nous avons calculé les différence de moyennes. Lorsque cela était approprié, nous avons regroupé les données dans des méta-analyses.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 78 études complètes, représentant 22 052 participants, dont 40 étaient des ECR. Dix-sept des 78 études incluses étaient nouvelles pour cette mise à jour de la revue. Parmi les études incluses, nous avons estimé que dix d'entre elles (toutes sauf une contribuant à nos comparaisons principales) présentaient dans l’ensemble un risque de biais faible, 50 un risque élevé (y compris toutes les études non randomisées), et le reste un risque incertain.

Il y avait un niveau de confiance élevé indiquant que les taux d'arrêt tabagique étaient plus élevés chez les personnes randomisées pour la CE contenant de la nicotine que chez celles randomisées pour la thérapie de substitution nicotinique (TSN) (RR 1,63, IC à 95 % 1,30 à 2,04 ; I2 = 10 % ; 6 études, 2378 participants). Dans l’ absolu, cela pourrait se traduire par quatre abandons supplémentaires pour 100 participants (IC à 95 % 2 à 6). Il existe des données probantes d’un niveau de confiance modéré (limitée par l'imprécision) indiquant que le taux de survenue des EI était similaire entre les groupes (RR 1,02, IC à 95 % 0,88 à 1,19 ; I2 = 0 % ; 4 études, 1702 participants). Les EIG étaient rares, mais les données probantes étaient insuffisantes pour déterminer si les taux différaient entre les groupes en raison d'une imprécision très importante (RR 1,12, IC à 95 % 0,82 à 1,52 ; I2 = 34 % ; 5 études, 2411 participants).

Il y avait des données probantes d’un niveau de confiance modéré, limitées par l'imprécision, indiquant que les taux d'arrêt tabagique étaient plus élevés chez les personnes randomisées pour la CE avec nicotine que pour la CE sans nicotine (RR 1,94, IC à 95 % 1,21 à 3,13 ; I2 = 0 % ; 5 études, 1447 participants). En termes absolus, cela pourrait conduire à sept arrêts supplémentaires pour 100 (IC à 95 % de 2 à 16). Il existe des données probantes d’un niveau de confiance modéré indiquant l'absence de différence dans le taux d'EI entre ces groupes (RR 1,01, IC à 95 % 0,91 à 1,11 ; I2 = 0 % ; 5 études, 1840 participants). Les données probantes étaient insuffisantes pour déterminer si les taux d'EIG différaient d'un groupe à l'autre, en raison d'une très grande imprécision (RR 1,00, IC à 95 % 0,56 à 1,79 ; I2 = 0 % ; 8 études, 1272 participants).

Par rapport au soutien comportemental seul ou à l'absence de soutien, les taux d'abandon du tabac étaient plus élevés chez les participants randomisés pour la CE contenant de la nicotine (RR 2,66, IC à 95 % 1,52 à 4,65 ; I2 = 0 % ; 7 études, 3126 participants). En termes absolus, cela représente deux arrêts supplémentaires pour 100 (IC à 95 % 1 à 3). Cependant, ce résultat était d’un niveau de confiance très faible, en raison de problèmes d'imprécision et de risque de biais. Certaines données indiquent que les EI (non graves) étaient plus fréquents chez les personnes randomisées pour le traitement par CE avec nicotine (RR 1,22, IC à 95 % 1,12 à 1,32 ; I2 = 41 %, données probantes d’un niveau de confiance faible ; 4 études, 765 participants). Encore une fois, les données probantes sont insuffisantes pour déterminer si les taux d'EIG diffèrent entre les groupes (RR 1,03, IC à 95 % 0,54 à 1,97 ; I2 = 38 % ; 9 études, 1993 participants).

Les données des études non randomisées étaient cohérentes avec les données issues des ECR. Les événements indésirables les plus fréquemment signalés étaient une irritation de la gorge/bouche, des maux de tête, une toux et des nausées, qui avaient tendance à se dissiper avec la poursuite de l'utilisation de la CE. Très peu d'études ont rapporté des données sur d'autres critères de jugement ou comparaisons. Les données probantes sont donc limitées, avec des IC englobant souvent les risques et les bénéfices cliniquement significatifs.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Lucette Ducret Eubanks et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.