Les cigarettes électroniques peuvent-elles aider les gens à arrêter de fumer, et ont-elles des effets indésirables lorsqu'elles sont utilisées à cette fin ?

Que sont les cigarettes électroniques ?

Les cigarettes électroniques (e-cigarettes) sont des appareils portatifs qui fonctionnent en chauffant un liquide contenant généralement de la nicotine et des arômes. Les cigarettes électroniques permettent d'inhaler la nicotine sous forme de vapeur plutôt que de fumée. Car elles ne brûlent pas de tabac, les cigarettes électroniques n'exposent pas les utilisateurs aux mêmes niveaux de toxines qui, nous le savons, peuvent provoquer des maladies liées au tabagisme chez les personnes utilisant des cigarettes classiques.

L'utilisation d'une cigarette électronique est connue sous le nom de « vapoter ». De nombreuses personnes utilisent les cigarettes électroniques pour les aider à arrêter de fumer.

Pourquoi nous avons réalisé cette revue Cochrane

Arrêter de fumer entraine une réduction des risques de contracter un cancer du poumon et d'autres maladies. De nombreuses personnes ont du mal à arrêter de fumer. Nous voulions savoir si l'utilisation des cigarettes électroniques pouvait aider les gens à arrêter de fumer et si les personnes les utilisant à cette fin ressentaient des effets indésirables.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des études portant sur l'utilisation des cigarettes électroniques pour aider les gens à arrêter de fumer.

Nous avons recherché des essais contrôlés randomisés, dans lesquels les traitements que les gens recevaient étaient décidés au hasard. Ce type d'étude fournit généralement les données probantes les plus fiables des effets d'un traitement. Nous avons également recherché des études dans lesquelles tout les participants recevaient un traitement par cigarettes électroniques.

Nous souhaitions déterminer :

- combien de personnes arrêtaient de fumer pendant au moins six mois; et
- combien de personnes ont eu des effets indésirables, rapportés pendant au moins une semaine.

Date de la recherche : Nous avons inclus les données probantes publiées jusqu'au 1er février 2021.

Ce que nous avons trouvé

Nous avons trouvé 56 études portant sur 12 804 adultes fumeurs. Les études ont comparé les cigarettes électroniques avec :

- des thérapies de substitution nicotinique (TSN), tels que les patchs ou les chewing-gums ;

- la varénicline (un médicament pour aider les gens à arrêter de fumer) ;
- des cigarettes électroniques sans nicotine ;
- un soutien comportemental, tel que des conseils ou du counseling ; ou
- l’absence de soutien, pour arrêter de fumer.

La plupart des études ont eu lieu aux États-Unis (24 études), au Royaume-Uni (9) et en Italie (7).

Quels sont les résultats de notre revue ?

Probablement plus de personnes arrêtent de fumer pendant au moins six mois en utilisant des cigarettes électroniques avec nicotine qu'en utilisant des thérapies de substitution nicotinique (3 études, 1498 personnes) ou des cigarettes électroniques sans nicotine (4 études, 1057 personnes).

Les cigarettes électroniques avec nicotine pourraient aider davantage de personnes à arrêter de fumer que l'absence de soutien ou le soutien comportemental uniquement (5 études, 2561 personnes).

Sur 100 personnes utilisant des cigarettes électroniques avec nicotine pour arrêter de fumer, 10 ou 11 pourraient réussir à arrêter, contre seulement 6 personnes sur 100 utilisant une thérapie de substitution nicotinique ou des cigarettes électroniques sans nicotine, ou 4 personnes sur 100 ne bénéficiant pas de soutien ou bénéficiant d'un soutien comportemental uniquement.

Nous ne sommes pas certains qu'il y ait une différence entre le nombre d'effets indésirables liés à l'utilisation de cigarettes électroniques avec nicotine par rapport à la thérapie de substitution nicotinique, à l'absence de soutien ou au soutien comportemental uniquement. Des données probantes indiquaient que les effets indésirables non graves étaient plus fréquents dans les groupes recevant des cigarettes électroniques avec nicotine que dans les groupes sans soutien ou avec soutien comportemental uniquement. Un nombre aussi faible d'effets indésirables, y compris d'effets indésirables graves, a été rapporté pour d'autres comparaisons. Il n'y a probablement pas de différence dans le nombre d'effets indésirables non graves survenant chez les personnes utilisant des cigarettes électroniques avec nicotine par rapport aux cigarettes électroniques sans nicotine.

Les effets indésirables les plus souvent rapportés avec les cigarettes électroniques à base de nicotine étaient l'irritation de la gorge ou de la bouche, les maux de tête, la toux et les nausées. Ces effets s’atténuaient avec le temps, alors que les gens continuaient à utiliser les cigarettes électroniques à base de nicotine.

Quelle est la fiabilité de ces résultats ?

Nos résultats sont basés sur un petit nombre d'études et, dans certains cas, les données mesurées variaient considérablement.

Nous sommes modérément convaincus que les cigarettes électroniques à base de nicotine aident plus de gens à arrêter de fumer que les thérapies de substitution nicotinique ou que les cigarettes électroniques sans nicotine. Toutefois, ces résultats pourraient changer si de nouvelles données probantes sont disponibles.

Nous sommes moins sûrs de la manière dont les cigarettes électroniques avec nicotine se comparent à l'absence de soutien, ou au soutien comportemental, pour arrêter de fumer.

La plupart de nos résultats concernant les effets indésirables sont susceptibles de changer lorsque davantage de données probantes seront disponibles.

Principaux messages

Les cigarettes électroniques à base de nicotine aident probablement les gens à arrêter de fumer pendant au moins six mois. Elles fonctionnent probablement mieux que les substituts nicotiniques et les cigarettes électroniques sans nicotine.

Elles pourraient être plus efficaces que l'absence de soutien ou que le soutien comportemental seul, et elles ne sont pas nécessairement associés à des effets indésirables graves.

Cependant, nous avons besoin davantage de données probantes fiables pour être sûrs des effets des cigarettes électroniques, en particulier des effets des nouveaux types de cigarettes électroniques qui délivrent mieux la nicotine.

Conclusions des auteurs: 

Il existe des données probantes d’un niveau de confiance modéré suggérant que les cigarettes électroniques à base de nicotine augmentent les taux d'abandon par rapport aux cigarettes électroniques sans nicotine et par rapport aux thérapies de substitution nicotinique. Les données probantes comparant les cigarettes électroniques à base de nicotine aux soins habituels ou à l'absence de traitement suggèrent également un bénéfice, mais sont moins certaines. D'autres études sont nécessaires pour confirmer l'ampleur de l'effet, en particulier lors de l'utilisation de cigarettes électroniques modernes. Les intervalles de confiance étaient pour la plupart larges pour les données sur les effets indésirables, les effets indésirables graves et d'autres marqueurs de tolérance, bien que les données probantes n'indiquent pas de différence dans les effets indésirables entre les cigarettes électroniques avec ou sans nicotine. L'incidence globale des effets indésirables graves était faible dans tous les groupes étudiés. Nous n'avons pas détecté de données probantes claires concernant l'effet nocif des cigarettes électroniques à base de nicotine, mais le suivi le plus long était de deux ans et le nombre total d'études était faible.

Les données probantes sont limitées principalement par l'imprécision due au petit nombre d'ECR, avec souvent des taux d'événements faibles. D'autres ECR sont en cours. Pour s'assurer que la revue continue de fournir des informations à jour, cette revue est maintenant une revue systématique dynamique. Nous effectuons des recherches tous les mois, et la revue est mise à jour lorsque de nouvelles données probantes pertinentes sont disponibles. Veuillez vous référer à la Base de données Cochrane des revues systématiques pour connaître l'état d'avancement de la revue.

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Contexte: 

Les cigarettes électroniques (CE) sont des appareils électroniques à vapeur portatifs produisant un aérosol formé en chauffant un liquide (appelé aussi « e-liquide »). Certains fumeurs utilisent les CE pour arrêter ou réduire leur consommation de tabac, mais certaines organisations, groupes de défense et décideurs politiques ont déconseillé cette pratique, invoquant le manque de données probantes de son efficacité et de sa tolérance. Les fumeurs, les prestataires de soins de santé et les autorités de réglementation veulent savoir si les cigarettes électroniques sont susceptibles d’aider les gens à arrêter de fumer et si elles peuvent être utilisés sans danger à cette fin. Il s'agit d'une mise à jour d'une revue publiée pour la première fois en 2014.

Objectifs: 

Examiner l'efficacité, la tolérabilité et la tolérance de l'utilisation des cigarettes électroniques (CE) pour aider les fumeurs à atteindre l'abstinence tabagique à long terme.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur le tabagisme, le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE, Embase et PsycINFO jusqu'au 1er février 2021, ainsi que des vérifications de références bibliographiques et des contacts avec les auteurs des études.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) et des essais randomisés croisés dans lesquels les personnes fumant étaient randomisées dans le groupe « cigarettes électroniques » ou le groupe témoin. Nous avons également inclus des études d'intervention non contrôlées dans lesquelles tous les participants recevaient une intervention par cigarettes électroniques. Pour être incluses, les études devaient rapporter l'abstinence de la cigarette à six mois ou plus et/ou rapporter des données sur les effets indésirables (EI) ou d'autres marqueurs de tolérance à une semaine ou plus.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons suivi les méthodes standard de Cochrane pour la sélection des essais et l'extraction des données. Nos critères de jugement principaux étaient l'abstinence tabagique après au moins six mois de suivi, les effets indésirables (EI) et les effets indésirables graves (EIG). Les critères de jugement secondaires comprenaient des changements dans le monoxyde de carbone, la pression artérielle, le rythme cardiaque, la saturation en oxygène du sang, la fonction pulmonaire et les niveaux de carcinogènes/toxiques connus. Nous avons utilisé un modèle à effet fixe de Mantel-Haenszel pour calculer le risque relatif (RR) avec un intervalle de confiance (IC) à 95 % pour les critères de jugement dichotomiques. Pour les critères de jugement continus, nous avons calculé les différences moyennes. Lorsque cela était approprié, nous avons regroupé les données de ces études dans des méta-analyses.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 56 études complètes, représentant 12 804 participants, dont 29 étaient des ECR. Six des 56 études incluses étaient nouvelles pour cette mise à jour de la revue. Parmi les études incluses, nous avons estimé que cinq d'entre elles (toutes contribuant à nos comparaisons principales) présentaient un risque de biais faible dans l'ensemble, 41 un risque élevé dans l'ensemble (y compris les 25 études non randomisées), et le reste un risque incertain.

Il existait des données probantes d’un niveau de confiance modéré, limitées par l'imprécision, suggérant que les taux d'abandon étaient plus élevés chez les personnes randomisées dans le groupe « cigarettes électroniques à base de nicotine » que chez celles randomisées pour une thérapie de substitution nicotinique (TSN) (risque relatif (RR) 1,69, intervalle de confiance (IC) à 95 % 1,25 à 2,27 ; I2 = 0 % ; 3 études, 1498 participants). En termes absolus, cela pourrait se traduire par quatre abandons réussis supplémentaires pour 100 (IC à 95 % 2 à 8). Il existait des données probantes d’un niveau de confiance faible (limitées par une très grande imprécision) que le taux de survenue des EI était similaire (RR 0,98, IC à 95 % 0,80 à 1,19 ; I2 =0 % ; 2 études, 485 participants). Les effets indésirables graves étaient rares, et il n’y avait pas de données probantes suggérant que leur fréquence diffère entre la cigarette électronique à base de nicotine et les TSN, mais une imprécision très importante a conduit à un niveau de confiance faible dans cette constatation (RR 1,37, IC à 95 % 0,77 à 2,41 : I2 = n/a ; 2 études, 727 participants).

Des données probantes d’un niveau de confiance modéré, encore une fois limitées par l'imprécision, ont montré que les taux d'abandon étaient plus élevés chez les personnes randomisées pour la CE à la nicotine que pour la CE sans nicotine (RR 1,70, IC à 95 % 1,03 à 2,81 ; I2 = 0 % ; 4 études, 1057 participants). En termes absolus, cela pourrait à nouveau conduire à quatre personnes supplémentaires ayant réussi à arrêter de fumer pour 100 (IC à 95 % : 0 à 11). Ces essais ont principalement utilisé des CE plus anciennes avec un taux de nicotine relativement faible. Il existe données probantes d’un niveau de confiance modéré suggérant qu’il n’y avait pas de différence dans le taux d'EI entre ces groupes (RR 1,01, IC à 95 % 0,91 à 1,11 ; I2 = 0 % ; 3 études, 601 participants). Les données probantes étaient insuffisantes pour déterminer si les taux d'EIG différaient d'un groupe à l'autre, en raison d'une très grande imprécision (RR 0,60, IC à 95 % 0,15 à 2,44 ; I2 = n/a ; 4 études, 494 participants).

Par rapport au soutien comportemental seul ou à l'absence de soutien, les taux d'abandon étaient plus élevés chez les participants randomisés pour la CE avec nicotine (RR 2,70, IC à 95 % 1,39 à 5,26 ; I2= 0 % ; 5 études, 2561 participants). En termes absolus, cela représente une augmentation de 7 pour 100 (IC à 95 % 2 à 17). Cependant, ce résultat était d’un niveau de confiance très faible, en raison de problèmes d'imprécision et de risque de biais. Il n’y avait pas de données probantes suggérant que le taux d'EIG diffère, mais certaines données probantes suggèrent que les EI non graves étaient plus fréquents chez les personnes randomisées pour la CE avec nicotine (EI : RR 1,22, IC à 95 % 1,12 à 1,32 ; I2 = 41 %, niveau de confiance faible ; 4 études, 765 participants ; EIG : RR 1,17, IC à 95 % 0,33 à 4,09 ; I2 = 5 % ; 6 études, 1011 participants, niveau de confiance très faible).

Les données des études non randomisées étaient cohérentes avec les données issues des ECR. Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés étaient une irritation de la gorge/bouche, des maux de tête, une toux et des nausées, qui avaient tendance à se dissiper avec la poursuite du traitement. Très peu d'études ont rapporté des données sur d'autres critères de jugement ou comparaisons, et les données probantes sont donc limitées, les intervalles de confiance englobant souvent des risques et des bénéfices cliniquement significatifs.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Carole Lescure et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.