Principaux messages
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La kératopathie neurotrophique (NK) est une maladie rare de la cornée. Elle ne provoque aucune ou peu de sensation, mais peut évoluer vers une blessure plus profonde de la cornée et éventuellement une perte de la vision.
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Nous avons trouvé sept études qui ont examiné comment les traitements médicaux et chirurgicaux peuvent affecter la cicatrisation et la sensation de la cornée et de la vision.
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Il existe des données probantes incertaines selon lesquelles le facteur de croissance nerveuse humain recombinant (rhNGF) pourrait contribuer à la cicatrisation de la plaie cornéenne.
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A cause du manque de données probantes fiables, nous ne connaissons pas le meilleur traitement pour la NK. Nous avons besoin de plus d'études, mieux conçues et qui examinent tous les traitements de la NK.
Qu'est-ce que la kératopathie neurotrophique ?
La kératopathie neurotrophique (ou kératite) est une maladie rare de la cornée, le dôme transparent situé à l'avant de l'œil, et des nerfs qui alimentent la cornée. Dans la kératopathie neurotrophique (NK), ces nerfs importants sont endommagés, ce qui signifie que la cornée a une sensibilité réduite ou inexistante, entraînant une diminution du clignement des yeux et une moins bonne répartition des larmes sur le devant de l'œil. La cornée peut alors être endommagée, ce qui peut entraîner une blessure plus profonde et une perte de la vision.
À différents stades de la NK, les patients peuvent présenter des larmoiements, des rougeurs, une vision floue, des douleurs aiguës ou profondes intermittentes, et un retard de cicatrisation de la cornée. La NK peut résulter d'une infection virale, d'une lésion chimique, d'une intervention chirurgicale d’un cancer de la tête ou du cou qui affecte par inadvertance les nerfs qui alimentent la cornée, de l'utilisation à long terme de lentilles de contact ou de médicaments, de radiations, d'une intervention chirurgicale antérieure sur l'œil et d'affections telles que le diabète sucré ou la sclérose en plaques.
Comment la NK est-elle traitée ?
Le traitement se concentre principalement sur le maintien de la santé de la cornée afin de prévenir d'autres dommages ou le développement d'un trou dans la cornée. Il vise à favoriser la cicatrisation de la cornée et à prévenir la perte de vision. Le traitement de soutien dans les premiers stades de la NK peut inclure des larmes artificielles sans conservateur et/ou des lentilles de contact de type « bandage » (sans ordonnance). Dans les stades plus avancés, les larmes de sérum sanguin (sang de donneur transformé en gouttes oculaires) peuvent favoriser la guérison. Le RhNGF, une protéine créée en laboratoire qui imite le facteur de croissance de l'organisme, peut être appliqué sous forme de gouttes pour améliorer le NK. Lorsque les couches plus profondes de la cornée sont touchées, des médicaments par voie orale comme la doxycycline, qui agit sur la cicatrisation et l'inflammation, peuvent être envisagés. Des traitements chirurgicaux peuvent être nécessaires si la maladie ne répond pas aux traitements médicaux. Par exemple, la tarsorrhaphie est une option chirurgicale qui consiste à recoudre la paupière du patient sur la partie endommagée de la cornée. L'application d'une membrane amniotique, qui est une fine pellicule issue de la membrane entourant le bébé dans l'utérus, est une autre option chirurgicale qui peut guérir une cornée endommagée.
Que voulions‐nous savoir ?
Nous avons voulu connaître l'efficacité et la sécurité de plusieurs traitements médicaux et chirurgicaux de la NK.
Qu’avons-nous fait ?
Nous avons recherché des études appelées « essais contrôlés randomisés » ayant comparé des interventions médicales et chirurgicales pour soigner la NK à une absence de traitement, un placebo (un « faux » traitement, par exemple du sérum physiologique), un traitement de soutien (par exemple des larmes artificielles) ou une autre intervention active. Nous avons résumé les résultats des études et évalué leur confiance, sur la base de facteurs tels que le nombre de participants à l'étude, la qualité des méthodes d'étude et la cohérence des résultats d'une étude à l'autre.
Qu’avons-nous trouvé ?
Nous avons trouvé sept études portant sur un total de 494 personnes atteintes de NK. Six études ont testé des traitements médicaux et une étude a testé une intervention chirurgicale. L'âge moyen des participants était compris entre 25 et 68 ans dans l'ensemble des études. La durée des traitements allait de 28 jours à 18 mois.
Dans l'ensemble, en raison de possibles biais et du manque de données probantes, nous ne pouvons pas être certains qu'un traitement est meilleur que l'absence de traitement ou qu'un simple traitement de soutien pour la guérison de la cornée, l'amélioration de la sensation de la cornée ou l'amélioration de la vision. Parmi les médicaments en cours d'évaluation, le rhNGF pourrait contribuer à la guérison de la cornée. D'autres interventions médicales (y compris le RGN-259 à 0,1 %) pourraient ne pas améliorer la cicatrisation de la cornée, la vision ou le risque d'effets secondaires négatifs, et leur effet sur la sensation cornéenne n'est pas clair.
Une étude chirurgicale a comparé les membranes amniotiques à la tarsorrhaphie ou aux lentilles de contact en bandage. Elle a montré qu’il pourrait n’y avoir aucune différence entre elles en ce qui concerne la cicatrisation de la cornée ou la vision, mais les données probantes sont très incertaines.
Quelles sont les limites des données probantes ?
Nous n'avons trouvé que sept études susceptibles d'être incluses dans la revue, dont une seule évaluait le traitement chirurgical. Le niveau de confiance des résultats était faible ou très faible. La plupart des études présentaient des problèmes de conception méthodologique. Elles ont également utilisé des méthodes différentes pour mesurer les critères de jugement de la patientèle. Certains traitements médicaux pour traiter la NK n'ont pas été testés, par exemple les larmes de sérum sanguin et les comprimés de doxycycline.
A cause du manque de données probantes fiables, nous ne connaissons pas le meilleur traitement pour la NK. Nous avons besoin de plus d'études avec plus de participants et plus de traitements. Les études futures devront être mieux conçues afin de renforcer les données comparant les bénéfices et les risques des différentes options thérapeutiques.
Ces données probantes sont-elles à jour ?
Les données probantes sont fondées sur des recherches effectuées le 10 janvier 2025.
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Objectifs
Évaluer l'efficacité et la sécurité des interventions médicales et chirurgicales par rapport à l'absence de traitement, au placebo, aux soins standards ou à un traitement alternatif, pour les personnes atteintes de kératopathie neurotrophique.
Stratégie de recherche documentaire
Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL, MEDLINE, Embase, PubMed, LILACS et les registres d'essais le 10 janvier 2025.
Conclusions des auteurs
La kératopathie neurotrophique est une maladie rare aux étiologies multiples, ce qui pose des défis méthodologiques importants en recherche, notamment en matière de conception des études, de recrutement des participants et de consensus de mesures des critères de jugement objectifs. Notre revue a révélé des données probantes d'un niveau de confiance faible ou très faible sur les effets des interventions médicales ou chirurgicales sur la réépithélialisation de la cornée, l'acuité visuelle et la sensibilité de la cornée. Nous avons dévalué le niveau de confiance dans les données probantes principalement en raison de l'imprécision, puis du caractère indirect, du risque de biais et de l'incohérence. Compte tenu des données probantes actuelles et de l'absence de recommandations universelles, les équipes cliniciennes doivent individualiser le traitement en fonction de leur jugement clinique et des ressources disponibles. Des études futures évaluant un éventail plus large d’interventions devraient permettre de fournir des données de meilleure qualité et des conclusions plus solides.
Financement
Cette revue n'a bénéficié d'aucune source de soutien interne. Sources externes : National Eye Institute, National Institutes of Health, États-Unis ; Public Health Agency, Royaume-Uni ; Queen's University Belfast, Royaume-Uni ; Birmingham Health Partners, Royaume-Uni.
Enregistrement
Protocole disponible via doi.org/10.1002/14651858.CD015723
Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien de Chahinez Saibi (bénévole chez Cochrane France) et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr
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