Quelle est la précision de l'imagerie thoracique dans le diagnostic de la COVID-19 ?

En quoi cette question est-elle importante ?

Les personnes suspectées d’avoir la COVID-19 doivent savoir rapidement si elles sont infectées, afin de pouvoir recevoir un traitement approprié, s'isoler et informer les personnes avec qui elles ont été en contact étroit.

Actuellement, un diagnostic formel de la COVID-19 nécessite un test de laboratoire (RT-PCR) sur des échantillons prélevés au niveau du nez et de la gorge. Le test RT-PCR nécessite un équipement spécialisé et prend au moins 24 heures pour produire un résultat. Il n'est pas totalement fiable et un second test RT-PCR ou un test différent pourrait être nécessaire pour confirmer le diagnostic.

La COVID-19 est une maladie respiratoire. Les cliniciens pourraient utiliser l'imagerie thoracique pour diagnostiquer les personnes qui présentent des symptômes de la COVID-19, en attendant les résultats d’un test RT-PCR ou lorsque les résultats d’un test RT-PCR sont négatifs et que la personne présente des symptômes de la COVID-19.

Que voulions-nous découvrir ?

Nous voulions savoir si l'imagerie thoracique est suffisamment précise pour diagnostiquer la COVID-19 chez les personnes suspectées de l’avoir. Il s'agit de la deuxième mise à jour de cette revue ; dans celle-ci, nous n'avons inclus que les études portant sur des personnes suspectées d’avoir la COVID-19 ; nous avons exclu les études menées sur des personnes dont le diagnostic de la COVID-19 a été confirmé.

Les données probantes sont à jour jusqu'au 30 septembre 2020.

Qu'est-ce qu'un examen d'imagerie thoracique ?

Les rayons X ou les scanners produisent une image des organes et des structures du thorax.

- Les rayons X (radiographie) utilisent les radiations pour produire une image en 2-D. Généralement effectuées dans les hôpitaux, à l'aide d'un équipement fixe par un radiologue, elles peuvent également être effectuées sur des machines portables.

- La tomodensitométrie (TDM) utilise un ordinateur pour fusionner des images radiographiques en 2-D et les convertir en une image en 3-D. Elle nécessite un équipement hautement spécialisé et est réalisée à l'hôpital par un radiologue spécialisé.

- Les échographies utilisent des ondes acoustiques de haute fréquence pour produire une image. Elles peuvent être effectuées dans les hôpitaux ou dans d'autres établissements de soins, comme le cabinet d'un médecin.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des études qui évaluaient la précision de l'imagerie thoracique pour diagnostiquer la COVID-19 chez des personnes de tout âge suspectées d’avoir la COVID-19. Les études pouvaient être de n'importe quel schéma d’étude, à l'exception des études de type cas-témoins, et pouvaient se dérouler n'importe où.

Qu’avons-nous trouvé ?

Nous avons trouvé 51 études avec 19 775 participants. Parmi ces personnes, 10 155 (51 %) ont eu un diagnostic final de COVID-19. Quarante-sept études ont confirmé l'infection par la COVID-19 en utilisant uniquement un test RT-PCR. Quatre études ont utilisé un test RT-PCR avec un autre test.

Quarante-sept études ont évalué chacune une technique d'imagerie, et quatre études ont évalué chacune deux techniques d'imagerie.

La tomodensitométrie thoracique a été évaluée par 41 études (16 133 participants, 8 110 (50 %) cas confirmés de COVID-19), la radiographie thoracique par neuf études (3 694 participants, 2 111 (57 %) cas confirmés de COVID-19), et l'échographie par cinq études (446 participants, 211 (47 %) cas confirmés de COVID-19). Trente-trois études ont été menées en Europe, 13 en Asie, trois en Amérique du Nord et deux en Amérique du Sud. Vingt-six études n'incluaient que des adultes, 21 incluaient à la fois des adultes et des enfants, une n'incluait que des enfants, une incluait des participants âgés de 70 ans et plus, et deux études n'ont pas indiqué l'âge des participants. Deux études portaient sur des patients hospitalisés et 32 sur des patients externes. Le contexte de soins n'était pas clair dans les 17 autres études.

Lorsque qu’au moins quatre études évaluaient un type particulier d'imagerie thoracique, nous avons regroupé leurs résultats et nous les avons analysés ensemble.

Tomodensitométrie thoracique

Les résultats regroupés ont montré que la tomodensitométrie thoracique a correctement diagnostiqué la COVID-19 chez 87,9 % des personnes qui en étaient atteintes. Cependant, elle a identifié de manière incorrecte la COVID-19 chez 20 % des personnes qui ne l'avaient pas.

Radiographie thoracique

Les résultats regroupés ont montré que la radiographie thoracique a correctement diagnostiqué la COVID-19 chez 80,6 % des personnes qui en étaient atteintes. Cependant, elle a identifié de manière incorrecte la COVID-19 chez 28,5 % des personnes qui ne l'avaient pas.

Échographie pulmonaire

Les résultats regroupés ont montré que l'échographie pulmonaire a correctement diagnostiqué la COVID-19 chez 86,4 % des personnes atteintes. Cependant, elle a diagnostiqué de manière incorrecte la COVID-19 chez 45 % des personnes qui ne l'avaient pas.

Les résultats sont-ils fiables ?

Les études différaient les unes des autres et utilisaient des méthodes différentes pour rapporter leurs résultats. Peu d'études ont évalué la radiographie thoracique et l'échographie pulmonaire ; et très peu d'études ont comparé directement un type d'examen d'imagerie à un autre. Par conséquent, nous ne pouvons pas tirer de conclusions sûres sur la base des résultats des études de cette revue.

Qu’est-ce que cela signifie?

Les données probantes suggèrent que la tomodensitométrie thoracique est plus efficace pour écarter l'infection par la COVID-19 que pour la distinguer d'autres problèmes respiratoires. Son utilité pourrait donc être limitée à exclure l'infection par la COVID-19 plutôt qu'à la distinguer d'autres causes d'infection pulmonaire.

Nous prévoyons d'actualiser cette revue à mesure que de nouvelles données probantes seront disponibles. Les études futures devraient prédéfinir ce qu'est un test positif et comparer différents types de tests d'imagerie sur des groupes de personnes similaires.

Conclusions des auteurs: 

Nos résultats indiquent que la tomodensitométrie thoracique est sensible et modérément spécifique dans le diagnostic de la COVID-19. La radiographie thoracique est modérément sensible et modérément spécifique dans le diagnostic de la COVID-19. L'échographie est sensible mais non spécifique dans le diagnostic de la COVID-19. Ainsi, la tomodensitométrie et l'échographie thoracique pourraient être plus utiles pour écarter la COVID-19 que pour différencier l'infection par le SARS-CoV-2 des autres causes de maladie respiratoire.

Les futures études sur la précision du diagnostic devraient prédéfinir les résultats positifs de l'imagerie, inclure des comparaisons directes des diverses modalités d'intérêt sur la même population de participants et mettre en œuvre des pratiques de présentation des résultats améliorées.

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Contexte: 

La maladie respiratoire causée par l'infection par le SARS-CoV-2 continue de poser des problèmes au niveau de son diagnostic. La version de 2020 de cette revue a montré que l'imagerie thoracique était sensible et modérément spécifique dans le diagnostic de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19). Dans cette mise à jour, nous avons inclus de nouvelles études pertinentes et supprimé les études de type cas-témoins et celles qui n'étaient pas destinées à être des études sur la précision des tests diagnostiques.

Objectifs: 

Évaluer la précision diagnostique de l'imagerie thoracique (tomodensitométrie thoracique, radiographie et échographie) chez les personnes suspectées d’avoir la COVID-19.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans la base de données sur les données probantes dynamiques de la COVID-19 de l'Université de Berne, dans le registre des études liées à la COVID-19 de Cochrane, dans la bibliothèque du CDC Stephen B. Thacker et dans les entrepôts de publications liées à la COVID-19 jusqu'au 30 septembre 2020. Nous n'avons appliqué aucune restriction sur la langue.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus toutes les études, à l'exception des études de type cas-témoins, qui ont recruté des participants de tout groupe d'âge, suspectés d'avoir la COVID-19 et qui ont rapporté des estimations de la précision du test ou fourni des données à partir desquelles nous pouvions calculer des estimations.

Recueil et analyse des données: 

Les auteurs de la revue ont, de manière indépendante et en double, sélectionné les articles, extrait les données et évalué le risque de biais et les problèmes d'applicabilité en utilisant la liste de domaines QUADAS-2. Nous avons présenté les résultats des estimations de la sensibilité et de la spécificité par paire dans des graphiques en forêt, et nous avons résumé les estimations regroupées dans des tableaux. Nous avons utilisé un modèle de méta-analyse bivariée lorsque cela était approprié. Nous avons présenté l'incertitude des estimations de la précision en utilisant des intervalles de confiance (IC) à 95 %.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 51 études avec 19 775 participants suspectés d'être atteints de la COVID-19, dont 10 155 (51%) ont eu un diagnostic final de COVID-19. Quarante-sept études ont évalué chacune une modalité d'imagerie, et quatre études ont évalué chacune deux modalités d'imagerie. Toutes les études ont utilisé un test RT-PCR comme test de référence pour le diagnostic de la COVID-19, 47 études n'ont utilisé que la RT-PCR et quatre études ont utilisé une combinaison de la RT-PCR et d'autres critères (tels que les signes cliniques, les tests d'imagerie, les cas contacts positifs et les appels téléphoniques de suivi) comme test de référence.

Les études ont été menées en Europe (33), en Asie (13), en Amérique du Nord (3) et en Amérique du Sud (2) ; chez des adultes seulement (26), tous âges confondus (21), des enfants seulement (1), des adultes de plus de 70 ans (1) et un âge non précisé (2) ; chez des patients hospitalisés (2), des patients externes (32) et dans un contexte de soins non précisé (17).

Le risque de biais était élevé ou peu clair dans trente-deux études (63 %) en ce qui concerne la sélection des participants, dans quarante études (78 %) en ce qui concerne le test de référence, dans trente études (59 %) en ce qui concerne le test index et dans vingt-quatre études (47 %) en ce qui concerne le flux des participants.

Pour la tomodensitométrie thoracique (41 études, 16 133 participants, 8 110 cas (50 %)), la sensibilité variait de 56,3 % à 100 % et la spécificité de 25,4 % à 97,4 %. La sensibilité combinée de la tomodensitométrie thoracique était de 87,9 % (IC à 95 % 84,6 à 90,6) et la spécificité combinée était de 80,0 % (IC à 95 % 74,9 à 84,3). Il n'y avait pas de données probantes statistiques indiquant que la conduite du test de référence et la définition de la positivité du test index étaient des sources d'hétérogénéité pour les études portant sur la tomodensitométrie thoracique.

Neuf études portant sur la tomodensitométrie thoracique (2 807 participants, 1 139 cas (41 %)) ont utilisé le système de classification COVID-19 Reporting and Data System (CO-RADS), qui comporte cinq seuils pour définir la positivité du test index. Pour un seuil CO-RADS de 5 (7 études), la sensibilité variait de 41,5 % à 77,9 % et la sensibilité combinée était de 67,0 % (IC à 95 % 56,4 à 76,2) ; la spécificité variait de 83,5 % à 96,2 % et la spécificité combinée était de 91,3 % (IC à 95 % 87,6 à 94,0). Pour un seuil CO-RADS de 4 (7 études), la sensibilité variait de 56,3 % à 92,9 % et la sensibilité combinée était de 83,5 % (IC à 95 % 74,4 à 89,7) ; la spécificité variait de 77,2 % à 90,4 % et la spécificité combinée était de 83,6 % (IC à 95 % 80,5 à 86,4).

Pour la radiographie thoracique (9 études, 3 694 participants, 2 111 cas (57 %)), la sensibilité variait de 51,9 % à 94,4 % et la spécificité variait de 40,4 % à 88,9 %. La sensibilité combinée de la radiographie thoracique était de 80,6 % (IC à 95 % 69,1 à 88,6) et la spécificité combinée était de 71,5 % (IC à 95 % 59,8 à 80,8).

Pour l'échographie pulmonaire (5 études, 446 participants, 211 cas (47 %)), la sensibilité variait de 68,2 % à 96,8 % et la spécificité de 21,3 % à 78,9 %. La sensibilité combinée de l'échographie était de 86,4 % (IC à 95 % 72,7 à 93,9) et la spécificité combinée était de 54,6 % (IC à 95 % 35,3 à 72,6).

Sur la base d'une comparaison indirecte utilisant toutes les études incluses, la tomodensitométrie thoracique avait une spécificité plus élevée que l'échographie. Pour les comparaisons indirectes entre la tomodensitométrie thoracique et la radiographie thoracique, ou entre la radiographie thoracique et l'échographie, les données n'ont pas montré de différences de spécificité ou de sensibilité.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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