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Quels sont les effets de l'association d'une immunothérapie (inhibiteurs de PD-1 ou PD-L1) à la chimiothérapie par rapport à la chimiothérapie seule pour traiter le cancer du sein triple négatif au stade précoce ?

Principaux messages

- L'ajout d'inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 (immunothérapie) à la chimiothérapie avant la chirurgie pour les personnes atteintes d'un cancer du sein triple négatif (CSTN) au stade précoce (c'est-à-dire un cancer du sein potentiellement curable, de stade 1 à 3) améliore les chances de ne présenter aucun signe de cancer au moment de l'opération, la survie sans récidive et la durée de vie entre le diagnostic ou le début du traitement et le décès quelle qu'en soit la cause, par rapport à la chimiothérapie seule. Cependant, l'ajout d'une immunothérapie augmente probablement le risque d'effets indésirables graves. La qualité de vie et les effets indésirables globaux pourraient être similaires entre les deux traitements.

- Il ne semble pas y avoir d'amélioration de la survie lorsque l'immunothérapie est ajoutée à la chimiothérapie après la chirurgie.

- Des études futures devraient examiner comment les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 agissent dans différents groupes et se concentrer sur des critères de jugement tels que la qualité de vie pendant et après le traitement.

Que sont les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 ?

Les inhibiteurs de PD-1 et de PD-L1 sont des médicaments utilisés dans le traitement du cancer dans le cadre d'un type de thérapie appelé immunothérapie. Ils agissent en aidant le système immunitaire à mieux lutter contre le cancer. Certaines cellules cancéreuses peuvent éviter d'être détectées par le système immunitaire en utilisant un signal impliquant deux protéines appelées PD-1 et PD-L1. Les inhibiteurs de PD-1 et de PD-L1 bloquent ce signal, ce qui permet au système immunitaire de détecter plus facilement les cellules cancéreuses et de riposter.

Pourquoi est-ce important pour les personnes atteintes d'un cancer du sein triple négatif au stade précoce (CSTN) ?

Le CSTN est un type de cancer du sein agressif qui représente environ 12 à 17 % des cas de cancer du sein. Il peut être plus difficile à traiter que d'autres types de cancer du sein. La chimiothérapie, administrée avant ou après la chirurgie, est le traitement standard et peut contribuer à améliorer la survie. Cependant, environ 30 à 40 % des personnes atteintes d'un CSTN au stade précoce développeront tout de même un cancer qui se propagera à d'autres parties du corps (métastases).

De nouveaux traitements sont à l'étude qui associent la chimiothérapie à des inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 lesquels aident le système immunitaire à réagir face au cancer. La recherche indique que cette combinaison pourrait améliorer les résultats du traitement. Il est important de savoir si cette combinaison est sûre et efficace pour que les médecins et les patients puissent prendre des décisions éclairées en matière de soins.

Que voulions-nous savoir ?

Nous voulions savoir si l'association d'inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 à la chimiothérapie était plus efficace que la chimiothérapie seule pour les patients atteints de CSTN au stade précoce et si elle était bien toléré.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des études comparant les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à la chimiothérapie et la chimiothérapie seule. Nous avons revu et résumé les résultats et évalué notre confiance dans les conclusions sur la base de facteurs tels que la méthodologie et la taille des études.

Qu’avons-nous trouvé ?

Nous avons trouvé sept études portant sur un total de 4 341 personnes. Deux études ont utilisé des inhibiteurs de PD-1 (c.-à-d. le pembrolizumab) et cinq des inhibiteurs de PD-L1 (c.-à-d. le durvalumab, l'atezolizumab). Six études ont administré un traitement avant chirurgie et une étude a administré un traitement après chirurgie.

Dans les études comparant les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à la chimiothérapie à la chimiothérapie seule avant la chirurgie, les personnes ayant reçu le traitement combiné :

- étaient plus susceptibles de ne présenter aucun signe de cancer au moment de l'opération (environ deux fois plus de personnes ont obtenu ce résultat par rapport à celles qui ont reçu une chimiothérapie seule) ;

- ont vécu plus longtemps sans récidive ; et

- ont vécu plus longtemps entre le début du diagnostic ou du traitement et le décès, quelle qu'en soit la cause.

Il pourrait y avoir peu ou pas de différence entre les groupes en ce qui concerne la qualité de vie. Il y a probablement peu ou pas de différence entre les groupes en ce qui concerne les effets indésirables globaux ou les décès liés au traitement. Les effets indésirables graves étaient plus fréquents et liés à l'immunothérapie par rapport à la chimiothérapie seule.

Dans une seule étude comparant les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à la chimiothérapie à la chimiothérapie seule après chirurgie, il ne semble pas y avoir d'amélioration de la survie dans le groupe de thérapie combinée.

Quelles sont les limites des données probantes ?

Alors que nous sommes confiants à modérément confiants dans le fait que l'ajout d'inhibiteurs PD-1 ou PD-L1 à la chimiothérapie avant la chirurgie améliore les critères de survie, nous n'avons qu'une confiance modérée à faible dans les résultats de l'utilisation de ces médicaments après la chirurgie parce que le nombre de personnes dans la seule étude incluse était trop faible pour tirer des conclusions robustes, et il est possible que les personnes dans l'étude savaient quel traitement elles recevaient.

Les données probantes sont-elles à jour ?

Les données probantes ont été actualisées le 6 novembre 2024.

Contexte

Le cancer du sein triple négatif (CSTN), un sous-type agressif dépourvu de récepteurs aux œstrogènes et à la progestérone et également dépourvu de surexpression des récepteurs HER2, représente 12 à 17 % des cancers du sein. La chimiothérapie adjuvante et néo-adjuvante améliore la survie ; cependant, 30 à 40 % des cas de CSTN à un stade précoce évoluent vers une maladie métastatique. Des données probantes récentes suggèrent que l'association d'inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (inhibiteurs de PD-1/PD-L1) à la chimiothérapie pourrait améliorer une réponse complète, biologique et tissulaire, et la survie sans événement.

Objectifs

Évaluer les bénéfices et risques des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires (inhibiteurs PD-1 ou PD-L1) associés à une chimiothérapie par rapport à une chimiothérapie pour les personnes atteintes d'un CSTN au stade précoce.

Stratégie de recherche documentaire

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du Groupe Cochrane Breast Cancer (Cancer du Sein), CENTRAL, MEDLINE, Embase, l'ICTRP de l'OMS et ClinicalTrials.gov jusqu'au 6 novembre 2024. Nous avons également recherché des études potentiellement éligibles dans les références bibliographiques des essais ou des revues identifiés comme pertinentes.

Critères de sélection

Les essais contrôlés randomisés (ECR) comparant les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 plus chimiothérapie à la chimiothérapie seule chez les participants atteints de CSTN au stade précoce.

Recueil et analyse des données

Des paires d'auteurs de la revue ont indépendamment identifié les études à inclure et ont procédé à l'extraction des données et à l'évaluation du risque de biais. Les critères de jugement étaient la réponse complète, biologique et tissulaire, la survie sans événement (SSE), la survie globale (SG), la qualité de vie liée à la santé (QVLS) et les taux globaux d'événements indésirables et d'événements indésirables graves (EIG). Nous avons calculé les rapport des risques instantanés (HR) pour les données « temps jusqu'à l'événement », les rapports de risques (RR), les rapports des cotes (RC), ou les différences des risques (DR) pour les données dichotomiques, et les différences de moyennes (DM) pour les critères continus avec les intervalles de confiance (IC) à 95 % correspondants. Nous avons réalisé des méta-analyses à effets aléatoires pour résumer les données probantes et évalué le niveau de confiance des données probantes à l'aide de l'approche GRADE.

Résultats principaux

Nous avons inclus sept ECR pour un total de 4 341 participants. Deux essais ont étudié les inhibiteurs de PD-1 (c.-à-d. le pembrolizumab), et cinq ont étudiés les inhibiteurs de PD-L1 (c.-à-d. le durvalumab, l'atezolizumab) dans le groupe d'intervention. Six études comportaient de la chimiothérapie néo-adjuvante (CTNA) et une étude comportait de la chimiothérapie adjuvante (CTA) dans le groupe témoin. Les études couvrent une période de suivi de cinq ans. Deux études présentaient un faible risque de biais pour tous les critères rapportés. La principale limite des autres essais était l'absence d'aveugle.

Inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 plus chimiothérapie par rapport à chimiothérapie seule avant une chirurgie du cancer du sein

Les inhibiteurs PD-1 ou PD-L1 associés à une chimiothérapie augmentent probablement le taux de réponse complète, biologique et tissulaire, (RR 1,47, IC à 95 % 1,15 à 1,86 ; 6 études, 1 564 participants ; données probantes d’un niveau de confiance modéré) ; améliorent la SSE (HR 0,64, IC à 95 % 0,52 à 0,79 ; 4 études, 1 789 participants ; données probantes d’un niveau de confiance élevé) ; et améliorent probablement la SG (HR 0,56, IC à 95 % 0,34 à 0,93 ; 3 études, 1 681 participants ; données probantes d’un niveau de confiance modéré) par rapport à la chimiothérapie seule. Il pourrait y avoir peu ou pas de différence entre les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à une chimiothérapie et la chimiothérapie seule en termes de QVLS (DM -1,49, IC à 95 % -3,88 à 0,91 ; 2 études, 1 395 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible). Les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à une chimiothérapie ont probablement peu ou pas d'effet sur les événements indésirables (RC 0,26, IC à 95 % 0,05 à 1,24 ; 3 études, 1 781 participants ; données probantes d’un niveau de confiance modéré) et sur les décès liés au traitement (DR 0,2 %, IC à 95 % -0,4 % à 0,8 % ; 4 études, 1 761 participants; données probantes d’un niveau de confiance modéré) par rapport à la chimiothérapie seule. Les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à une chimiothérapie augmentent probablement les EIG liés à l'immunité (RC 1,75, IC à 95 % 1,15 à 2,67 ; 5 études, 2 016 participants ; données probantes d’un niveau de confiance modéré) par rapport à la chimiothérapie seule.

Inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 plus chimiothérapie par rapport à la chimiothérapie seule après une chirurgie du cancer du sein

Il pourrait y avoir peu ou pas de différence entre les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 plus chimiothérapie et la chimiothérapie seule en termes de SSE (HR 1,11, IC à 95 % 0,87 à 1,42 ; 1 étude, 2 199 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible), SG (HR 1,23, IC à 95 % 0,87 à 1,73 ; 1 étude, 2 199 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible), QVLS (DM -1.02, IC à 95 % -2,71 à 0,67 ; 1 étude, 2 168 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible), tout événement indésirable (RC 3,38, IC à 95 % 0,93 à 12,33 ; 1 étude, 2 177 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible) et les décès liés au traitement (DR -0,1 %, IC à 95 % -0,4 % à 0,2 % ; 1 étude, 2 177 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible). Les inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 associés à une chimiothérapie augmentent probablement les EIG liés à l'immunité (RC 1,81, IC à 95 % 1,47 à 2,24 ; 1 étude, 2 177 participants ; données probantes d’un niveau de confiance modéré) par rapport à la chimiothérapie seule.

Conclusions des auteurs

La combinaison d'inhibiteurs PD-1 ou PD-L1 (inhibiteurs de points de contrôle immunitaire) avec la chimiothérapie par rapport à la chimiothérapie seule avant la chirurgie du cancer du sein améliore la réponse biologique et tissulaire, la survie sans événement (SSE) et la survie globale (SG) dans le cancer du sein triple négatif (CSTN) précoce. En revanche, l'association d'inhibiteurs de PD-1/PD-L1 à une chimiothérapie après une chirurgie du cancer du sein pourrait avoir peu ou pas d'effet sur la SSE et la SG dans le CSTN à un stade précoce par rapport à la chimiothérapie seule. L'ajout d'inhibiteurs de PD-1 ou de PD-L1 augmente probablement les événements indésirables graves (EIG) liés à l'immunité.

Notes de traduction

Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien d’Elisabeth de Sousa Maron et André Morvan (bénévoles chez Cochrane France), et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

Cette revue Cochrane a initialement été rédigée en anglais. L’exactitude de la traduction relève de la responsabilité de l’équipe de traduction qui la réalise. La traduction est réalisée avec soin et suit des processus standards pour garantir un contrôle qualité. Cependant, en cas d'incohérences, de traductions inexactes ou inappropriées, l'original en anglais prévaut.

Citation
Gao Y, Liu M, Li L, Zhang J, Song F, Tian J. Immune checkpoint inhibitors and chemotherapy versus chemotherapy for early triple-negative breast cancer. Cochrane Database of Systematic Reviews 2026, Issue 2. Art. No.: CD015072. DOI: 10.1002/14651858.CD015072.pub2.

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