Principaux messages
- Les guides de coupe spécifiques au patient (une technique dans laquelle le patient subit un scanner du genou qui est utilisé pour fabriquer un bloc de coupe personnalisé afin de réaliser une prothèse (ou arthroplastie) totale de genou) ne permettent pas de produire des composants alignés avec plus de précision que les guides de coupe conventionnels.
- Aucune différence significative entre les guides spécifiques au patient et la navigation conventionnelle ou informatisée n'a été constatée en ce qui concerne la survie de l'implant, le taux de réopération, les complications, la fonction ou la douleur.
- La navigation assistée par ordinateur (utilisation d'un logiciel pendant la prothèse de genou) pourrait améliorer la précision de l'alignement global des membres inférieurs et de l'alignement sagittal tibio-fémoral (alignement en regardant le genou de côté) par rapport aux guides spécifiques au patient.
Qu'est-ce que la prothèse totale de genou ?
La prothèse (ou arthroplastie) totale de genou est un traitement de l'arthrite terminale et douloureuse de l'articulation du genou.
Au cours de la procédure, les extrémités osseuses usées de l'articulation du genou sont coupées et remplacées par des composants en métal et en plastique conçus pour permettre un mouvement fluide et reproduire la fonction d’un genou normal et sain.
Pendant l'opération, la manière dont les chirurgiens effectuent les coupes osseuses et positionnent ou alignent les nouveaux composants est essentielle à la réussite d'une prothèse totale de genou.
Qu'est-ce qu'un guide de coupe spécifique au patient ou une navigation assistée par ordinateur dans le cadre d'une prothèse (arthroplastie) totale de genou ?
Traditionnellement, dans la prothèse totale de genou (PTG), des tiges métalliques placées à l'intérieur ou à l'extérieur du fémur et du tibia sont utilisées pour placer des guides de coupe conventionnels (IC) afin de faciliter les coupes osseuses et la mise en place de l'implant.
La prothèse de genou assistée par ordinateur utilise la cartographie peropératoire de l'articulation du genou du patient et la navigation chirurgicale assistée par ordinateur (CAO) pour les coupes osseuses.
Dans les guides de coupe spécifiques au patient (GPS), un examen préopératoire (scanner ou IRM) est utilisé pour créer un modèle de genou en 3D. Des guides de coupe sont ensuite fabriqués spécifiquement pour chaque patient. Les GPS sont supposés aider à mieux aligner les implants, à réduire le temps opératoire et les pertes de sang, et à améliorer la fonction après l'arthroplastie totale de genou.
Que voulions-nous savoir ?
Nous voulions savoir si les GPS améliorent la survie de l'implant, la douleur, la fonction et la précision de l'alignement global des membres inférieurs par rapport aux guides conventionnels et à la navigation assistée par ordinateur dans les PTG.
Comment avons-nous procédé ?
Nous avons recherché des études comparant les GPS aux guides de coupe chirurgicaux conventionnels ou à la navigation assistée par ordinateur utilisés dans la chirurgie de la prothèse totale de genou. Nous avons comparé et résumé les résultats de ces études, en évaluant notre confiance dans les données probantes sur la base de facteurs tels que la méthodologie et la taille de l'étude.
Qu’avons-nous trouvé ?
Nous avons inclus 44 essais contrôlés randomisés portant sur 3 664 personnes (64,3 % de femmes) âgées de 63 à 74 ans.
38 des 42 essais contrôlés randomisés ont comparé les GPS aux guides de coupe conventionnels pour les PTG ; 2 ont comparé les GPS à la navigation assistée par ordinateur et 2 essais ont comparé les GPS à la fois aux guides de coupe conventionnels et à la navigation assistée par ordinateur. Les critères de jugement ont été principalement rapportés environ deux ans après l'opération.
Principaux résultats
Instrumentation conventionnelle (IC)
Par rapport à la méthode IC, les GPS n'ont apporté que peu de bénéfices :
Survie de l'implant :
1 personne sur 100 a subi une révision de l'implant dans le groupe GPS.
2 personnes sur 100 ont subi une révision de l'implant après l’IC.
Fonction (12-60, 12 étant la meilleure fonction) :
Les personnes ayant bénéficié des GPS ont évalué leur fonction à 13,44 points.
Les personnes ayant eu l’IC ont évalué leur fonction à 15,1 points.
Précision de l'alignement des membres inférieurs mesurée par la proportion de valeurs aberrantes pour l'angle coronal fémoro-tibial : (une valeur aberrante radiographique est une mesure radiographique de l'alignement de la cuisse et du tibia après la prothèse totale de la jambe, c'est-à-dire la façon dont les composants et les os sont alignés si l'on regarde le patient de face) :
19 personnes sur 100 ont présenté des événements radiographiques aberrants avec les GPS.
22 personnes sur 100 ont signalé des événements radiographiques aberrants avec IC.
Douleur (un score plus faible signifie que la douleur est moins forte) :
Les personnes ayant subi des GPS ont évalué leur douleur à 15,8 points.
Les personnes ayant bénéficié de l’IC ont évalué leur douleur à 17,4 points.
Total des événements indésirables (infection, caillots sanguins) :
10 personnes sur 100 ont signalé des événements indésirables liés aux GPS.
10 personnes sur 100 ont signalé des événements indésirables avec IC.
Réopérations :
4 personnes sur 100 ont signalé des réopérations avec les GPS.
5 personnes sur 100 ont signalé des réopérations avec IC.
Navigation chirurgicale assistée par ordinateur (CAO)
Par rapport à la CAO, les GPS ont eu peu de bénéfices :
Fonction (un score plus élevé signifie une meilleure fonction) :
Les personnes ayant bénéficié des GPS ont évalué leur fonction à 57,5 points.
Les personnes ayant bénéficié de la CAO ont évalué leur fonction à 52,5 points.
Précision dans l'alignement des membres inférieurs (proportion de valeurs aberrantes pour l'angle coronal fémoro-tibial) :
19 personnes sur 100 ont présenté des événements radiographiques aberrants avec les GPS.
9 personnes sur 100 ont rapporté des événements radiographiques aberrants avec la CAO.
Quelles sont les limites des données probantes ?
Les GPS ne semblent pas offrir d'avantage clair dans la production de composants plus précisément alignés dans les PTG ou dans l'amélioration de la précision de l'alignement des membres inférieurs, à l'exception de l'amélioration de la rotation du composant fémoral. Les GPS n’entraîneraient aucune différence en termes de douleur, de fonction, d'événements indésirables ou de réopération par rapport aux guides de coupe conventionnels.
La CAO pourrait améliorer la précision de l'alignement des membres inférieurs par rapport aux GPS. Il n’est pas certain qu'il existe des différences cliniquement significatives entre les GPS, l’IC et la CAO lors de l'analyse de la survie des implants, des réopérations effectuées et des complications.
Ces données sont-elles à jour ?
Les données probantes ont été actualisées le 21 janvier 2025.
Lire le résumé complet
L'alignement précis des composants est considéré comme important pour l'amélioration des résultats lors de la restauration de l'alignement du membre inférieur dans l'arthroplastie totale de genou (PTG, prothèse total de genou). Des guides spécifiques au patient ont été développés dans le but d'améliorer l'efficacité chirurgicale, la précision du positionnement des composants et l'alignement général du membre. À l'heure actuelle, il n’est pas clairement établi que les guides spécifiques au patient permettent d’atteindre ces objectifs ni qu’ils aient un impact sur les résultats cliniques et fonctionnels.
Objectifs
Évaluer les bénéfices et risques des guides de coupe spécifiques au patient par rapport aux guides de coupe conventionnels ou à la navigation chirurgicale assistée par ordinateur chez les personnes subissant une PTG primaire.
Stratégie de recherche documentaire
Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane Central des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE (Ovid), Embase (Ovid) et les registres d'essais jusqu'au 21 janvier 2025, sans restriction de langue.
Critères de sélection
Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) comparant les guides de coupe spécifiques au patient (GPS) à l'instrumentation conventionnelle (IC) ou à la navigation chirurgicale assistée par ordinateur (CAO) dans la PTG. Les critères de jugement majeurs étaient la survie de l'implant (risque de révision), la fonction, l'alignement radiographique des membres inférieurs, la douleur, l'évaluation globale, le total des événements indésirables et le taux de réopération.
Recueil et analyse des données
Nous avons utilisé les méthodes standards recommandées par Cochrane.
Résultats principaux
Quarante-quatre études avec 3 664 participants ont été identifiées. Parmi ces études, 40 études avec 3 134 participants ont comparé les GPS à l’IC, deux études avec 140 participants ont comparé les GPS à la CAO et deux études avec 390 participants ont comparé les GPS à la CAO et à l’IC. En ce qui concerne la modalité d'imagerie, 27 essais ont utilisé des GPS basés sur l'imagerie par résonance magnétique (IRM), 18 essais ont utilisé des GPS basés sur la tomodensitométrie (CT) et 2 essais ont utilisé à la fois des GPS basés sur la tomodensitométrie et sur l'imagerie par résonance magnétique. L'âge moyen des participants était compris entre 63 et 74 ans. Cinquante-trois pour cent des participants étaient des hommes et plus de 90 % d'entre eux souffraient d'arthrose du genou. La plupart des essais inclus présentaient un risque de biais ; 25/44 (56,8 %) des études présentaient un risque de biais de sélection, et 39/44 (88,6 %) un risque de biais de performance et de détection.
1. GPS comparés à l'instrumentation conventionnelle
Par rapport à l'instrumentation conventionnelle, les GPS pourraient entraîner peu ou pas de différence dans la survie de l'implant. À 26 mois, 7/347 participants (20 pour 1000) du groupe instrumentation conventionnelle ont signalé une survie de l'implant (risque de révision) par rapport à 4/342 participants (16 pour 1000) du groupe GPS (RR 0,79, IC à 95 % 0,25 à 2,52 ; I² = 0 % ; 689 participants ; 9 études ; données probantes d’un niveau de confiance faible déclassées en raison du risque de biais et d'imprécision).
Comparée à l'instrumentation conventionnelle, les GPS pourraient apporter peu ou pas d'amélioration de la fonction. La fonction moyenne (KSS, OKS, WOMAC, KOOS) était de 15,1 points avec l'instrumentation conventionnelle et de 13,44 points avec les GPS (DMS -0,11, IC à 95 % -0,25 à 0,03 rétropolé en DM 1,66 points plus bas (IC à 95 % 3,77 points plus bas, 0,45 points plus haut ; I² = 56 % ; 23 études, 1 913 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible déclassées en raison du risque de biais et d'indirectité)) à court terme (jusqu'à deux ans).
Les GPS pourraient entraîner peu ou pas de différence dans la précision de l'alignement des membres inférieurs, mesurée par la proportion de valeurs aberrantes pour l'angle coronal fémoro-tibial (ACFT). Jusqu'à deux ans, 266/1208 participants (220 pour 1000) du groupe instrumentation conventionnelle ont signalé des événements radiographiques aberrants par rapport à 234/1204 participants (189 pour 1000) du groupe GPS (RR 0,86, IC à 95 % 0,68 à 1,10, I² = 49 % ; 29 études, 2 412 participants ; données probantes d’un niveau de confiance faible déclassées en raison du risque de biais et d'imprécision).
Des données probantes d’un niveau de confiance faible, déclassées en raison de leur caractère biaisé et indirect, ont montré que les GPS entraîneraient peu ou pas de différence au niveau de la douleur. La douleur moyenne (échelle de 0 à 100, 0 pas de douleur) était de 17,4 points avec l'instrumentation conventionnelle et de 15,8 points avec les GPS (DMS -0,09, IC à 95 % -0,23 à 0,06, traduit en DM 1,52 points plus bas (IC à 95 % 3,88 plus bas, 1,01 plus haut ; I² = 0 %, 10 études, 715 participants)).
Aucune des études incluses n'a fourni de données sur l'évaluation globale.
Des données probantes d’un niveau de confiance faible, déclassées en raison du risque de biais et d'imprécision, ont montré que les GPS entraîneraient peu ou pas de différence en termes d'événements indésirables. Des événements indésirables totaux (infection, thrombose) ont été rapportés chez 60/590 participants (102 pour 1000) dans le groupe instrumentation conventionnelle par rapport à 61/579 participants (99 pour 1000) dans le groupe GPS (RR 0,97, IC à 95 % 0,68 à 1,39, I² = 5 %, 14 études, 1 169 participants).
Des données probantes d’un niveau de confiance faible, déclassées pour cause de biais et d'imprécision, ont montré que les GPS entraîneraient peu ou pas de différence dans les taux de réopération. Des réopérations ont été signalées chez 21/424 participants (50 pour 1000) dans le groupe instrumentation conventionnelle par rapport à 16/419 participants (44 pour 1000) dans le groupe GPS (RR 0,87, IC à 95 % 0,45 à 1,68, I² = 0 %, 10 études, 843 participants).
2. GPS comparés à la navigation assistée par ordinateur
Des données probantes d’un niveau de confiance faible (déclassées en raison du risque de biais et d'imprécision) ont montré que, par rapport à la navigation assistée par ordinateur, les GPS entraîneraient peu ou pas de différence au niveau de la fonction. La fonction moyenne (de 0 à 100, 100 étant la meilleure fonction) était de 52,5 points avec la navigation assistée par ordinateur contre 57,5 points avec les GPS à court terme (moins de deux ans) : DM supérieur de 5,00 points (IC à 95 % de 1,31 inférieur à 11,31 supérieur, I² = 0 %, 2 études, 120 participants).
Des données probantes d’un niveau de confiance faible (déclassées en raison du risque de biais et d'imprécision) ont montré que l'utilisation des GPS entraînerait une moins bonne précision dans l'alignement des membres inférieurs par rapport à la navigation assistée par ordinateur. À court terme (moins de deux ans), 13/135 participants (96 pour 1000) du groupe navigation assistée par ordinateur ont signalé des événements radiographiques aberrants, contre 28/135 participants (196 pour 1000) du groupe GPS (RR 2,04, IC à 95 % 0,87 à 4,82, I² = 44 %, 3 études, 270 participants).
Aucune des études incluses n'a fourni de données sur la survie de l'implant, l'évaluation globale, la douleur, les réopérations ou les événements indésirables.
Conclusions des auteurs
Des données probantes d’un niveau de confiance faible indiquent que l’utilisation des guides spécifiques au patient n’entraînerait pas de différences significatives en ce qui concerne la survie de l'implant, le taux de réopération, les événements indésirables, la fonction, la douleur et l'évaluation globale en comparant les guides de coupe spécifiques au patient à l'instrumentation conventionnelle ou à la navigation assistée par ordinateur dans l'arthroplastie totale de genou (PTG).
Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien d’Afaf Bahloul (bénévole chez Cochrane France) et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr
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