Principaux messages
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Le fait de retirer davantage de ganglions lymphatiques au niveau du bassin permet probablement de réduire le nombre de décès dus au cancer de la vessie mais pourrait ne pas avoir d'incidence sur la mortalité toutes causes confondues ni sur le risque de récidive du cancer (ces données étant toutes mesurées dans un délai de cinq ans).
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Le fait de retirer davantage de ganglions lymphatiques au niveau du bassin augmente probablement le risque de complications graves après l'opération (comme la nécessité d'une nouvelle procédure, de retour au bloc ou le recours à des soins intensifs).
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Des études ultérieures sont nécessaires pour mieux comprendre comment les patients perçoivent leur état de santé et leur vie quotidienne après avoir subi ces interventions chirurgicales.
En quoi consiste l'ablation des ganglions lymphatiques lors d'une ablation de la vessie ?
Lorsqu'on procède à l'ablation chirurgicale de la vessie (une intervention appelée cystectomie radicale) pour traiter un cancer de la vessie, les chirurgiens retirent également les ganglions lymphatiques voisins, de petites glandes qui font partie du système immunitaire. C'est ce qu'on appelle un curage ganglionnaire lymphatique. Cette procédure vise à déterminer si le cancer s'est disséminé et à empêcher qu'il se propage davantage.
Dans cette revue, nous avons comparé deux approches :
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Ablation standard : retrait des ganglions lymphatiques jusque là où les deux principaux vaisseaux sanguins du bassin (les artères iliaques interne et externe) se séparent.
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Ablation étendue : retrait d’une zone plus étendue de ganglions lymphatiques, qui s'étend plus haut dans le bas-ventre (jusqu'à un vaisseau sanguin appelé artère mésentérique inférieure).
Dans les deux approches, ce sont les mêmes ganglions lymphatiques situés dans la partie inférieure du bassin qui sont retirés ; la différence réside dans la hauteur jusqu’à laquelle s'effectue l'ablation.
Que voulions-nous savoir ?
Nous avons cherché à déterminer si le prélèvement d'un plus grand nombre de ganglions lymphatiques lors d'une cystectomie radicale réduisait le risque de décès toutes causes confondues ou lié au cancer de la vessie ainsi que le risque de récidive du cancer par rapport à une ablation standard de ganglions lymphatiques. Nous voulions également savoir si le fait de retirer davantage de ganglions lymphatiques entraînait davantage de complications après l'opération ainsi que ses effets sur la qualité de vie des patients.
Comment avons-nous procédé ?
Nous avons recherché des études comparant l'ablation étendue à l'ablation standard des ganglions lymphatiques lors d'une ablation de la vessie. Nous avons comparé et résumé les résultats des études et évalué la fiabilité des données probantes en fonction de facteurs tels que la méthodologie des études et la taille des échantillons.
Qu’avons-nous trouvé ?
Nous avons identifié deux études portant sur un total de 993 personnes. Les participants à ces études étaient âgés en moyenne de 67 à 69 ans et ont fait l'objet d'un suivi de 58 à 73 mois.
Principaux résultats
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Les personnes chez qui un plus grand nombre de ganglions lymphatiques avait été retiré ont vécu à peu près aussi longtemps que celles qui avaient subi une ablation standard des ganglions lymphatiques.
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Dans une étude, le nombre de décès dus au cancer de la vessie était moins élevé dans le groupe ayant subi une curage étendu des ganglions lymphatiques.
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Il n'y avait pas de données probantes montrant une différence manifeste entre les groupes quant à la fréquence des récidives du cancer.
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Les personnes ayant subi un curage étendu des ganglions lymphatiques ont présenté des complications plus graves après l'intervention chirurgicale incluant : la nécessité d'une intervention chirurgicale supplémentaire, une réadmission à l'hôpital ou une admission en unité de soins intensifs (évaluées jusqu'à 90 jours après l'intervention).
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Des complications mineures postopératoires, telles que : des infections de la plaie, des troubles urinaires temporaires ou des douleurs légères nécessitant un traitement médicamenteux supplémentaire, ont été observées à des taux similaires dans les deux groupes (évaluées jusqu'à 90 jours après l'intervention).
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Aucune étude n'a examiné l'impact du traitement sur la vie quotidienne ou le bien-être des personnes concernées.
Quelles sont les limites des données probantes ?
Les deux études incluses ont une méthodologie de bonne qualité. Cependant, notre confiance dans les données probantes est modérée à faible, principalement parce que le nombre de participants aux études était restreint et que les résultats différaient d'une étude à l'autre. Nous n'avons trouvé aucune information concernant la qualité de vie. Les effets réels de l'ablation étendue des ganglions lymphatiques pourraient différer de ceux mis en évidence dans la présente revue et des études supplémentaires de haute qualité sont nécessaires.
Ces données probantes sont-elles à jour ?
Les données probantes ont été actualisées le 24 septembre 2025.
Lire le résumé complet
Dans le traitement du carcinome urothélial de la vessie, nous sommes actuellement incertains des avantages et des inconvénients du curage ganglionnaire lymphatique pelvien (CGLP) standard comparativement au CGLP étendu.
Objectifs
Évaluer les effets d'un CGLP étendu par rapport à un CGLP standard chez les patients subissant une cystectomie pour le traitement d'un carcinome urothélial de la vessie infiltrant le muscle (cT2 et cT4a) et d'un carcinome urothélial de la vessie non infiltrant le muscle réfractaire au traitement (cT1 avec ou sans carcinome in situ).
Stratégie de recherche documentaire
Nous avons mené une recherche documentaire exhaustive dans plusieurs bases de données (CENTRAL, PubMed, Embase, Web of Science et LILACS), de registres d'essais cliniques et d'actes de congrès publiés jusqu'au 24 septembre 2025, sans aucune restriction quant à la langue ou au statut de publication.
Critères de sélection
Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés dans lesquels les participants ont subi une cystectomie radicale (CR) pour un carcinome urothélial: envahissant le muscle ou non envahissant le muscle réfractaire au traitement. Le curage ganglionnaire avait une étendue supérieure atteignant la veine mésentérique inférieure, ou bien une étendue supérieure atteignant la bifurcation de l'artère iliaque en ses branches interne et externe.
Recueil et analyse des données
Deux auteurs ont évalué de façon indépendante les études incluses et en ont extrait des données pour les principaux critères de jugement : le temps avant le décès toutes causes confondues, le temps avant le décès par cancer de la vessie et la classification Clavien-Dindo des complications chirurgicales de grade III-V, et les résultats des critères de jugement secondaires: temps avant récidive, complications Clavien-Dindo I-II et qualité de vie spécifique de la maladie.
Nous avons effectué des analyses statistiques à l'aide d'un modèle à effets aléatoires et évalué la certitude des données probantes selon l'approche GRADE.
Résultats principaux
La recherche a permis d'identifier un essai multicentrique basé en Allemagne qui a recruté 401 participants atteints d'un carcinome urothélial de grade T1 3 ou d'un carcinome envahissant le muscle, d’après l’anatomopathologie. L'âge médian était de 67 ans (intervalle : 59 à 74) et la majorité des participants étaient des hommes (78,3 %). Aucun participant n'a reçu de chimiothérapie néoadjuvante ; un petit sous-groupe a reçu une chimiothérapie adjuvante (14,5 %).
Principaux résultats
Nos résultats indiquent qu'un CGLP étendu peut réduire le risque de décès toute cause confondue, comparativement à un CGLP standard, mais l'intervalle de confiance inclut la possibilité d'un effet nul (hazard ratio [HR] : 0.78, intervalle de confiance à 95 %[IC] : 0.57 à 1,07, 401 participants, preuve de faible certitude). Après cinq ans de suivi, cela pourrait éviter 83 décès (IC à 95 %) : 174 décès évités à 24 supplémentaires) pour 1 000 participants traités : 420 décès évités pour le CGLP étendu contre 503 décès évités pour 1000 participants traités pour le CGLP standard. Nous avons déclassé la certitude des preuves de deux niveaux en raison des limites et de l'imprécision de l'étude.
Nos résultats indiquent qu'un CGLP étendu peut réduire le risque de décès par cancer de la vessie au fil du temps comparativement au CGLP standard, mais, encore une fois, l'intervalle de confiance inclut la possibilité d'un effet nul (HR : 0.70, 95% CI : 0.45 à 1,07, participants = 401, preuve de faible certitude). Après cinq ans de suivi, cela correspond à 91 décès évités pour 1 000 participants traités (IC à 95 %) : 176 décès par cancer de la vessie de évités à 19 supplémentaires) : 264 décès évités pour le CGLP étendu contre 355 décès évités pour 1000 patients traités pour le CGLP standard. Nous avons déclassé la certitude des preuves de deux niveaux en raison des limites et de l'imprécision de l'étude.
Sur la base d'un suivi allant jusqu'à 30 jours, nous ne savons pas avec certitude si un CGLP étendu entraîne plus de complications de grade III-V que le CGLP standard, en raison des limites et de l'imprécision de l'étude (rapport de risque [RR] : 1.13, IC À 95 % : 0.84 à 1,52, participants = 401, preuve de certitude faible).
Critères de jugement secondaires
Nous ne savons pas avec certitude si le CGLP étendu réduit le risque de récidive dans le temps comparativement au CGLP standard, en raison des limites et de l'imprécision de l'étude (HR : 0.84, IC À 95 % : 0.58 à 1,22, participants = 401, preuve de très faible certitude).
Sur la base d'un suivi allant jusqu'à 30 jours, nous ne savons pas avec certitude si un CGLP étendu entraîne des complications de grade I-II similaires à celles d'un CGLP standard en raison des limites et de l'imprécision des études (RR : 0.94, IC À 95 % : 0.74 à 1,19, participants = 401, preuve de très faible certitude).
Nous n'avons trouvé aucun essai clinique portant sur la qualité de vie propre à la maladie.
Conclusions des auteurs
Cette revue systématique actualisée synthétise les données probantes issues des deux essais contrôlés randomisés disponibles dans ce domaine. Nous avons constaté que le curage ganglionnaire lymphatique pelvien (CGLP) étendu améliore probablement la survie spécifique au cancer de la vessie ; toutefois, il pourrait entraîner une différence minime, voire nulle, en termes de survie globale ou de survie sans récidive. Un CGLP étendu semble augmenter le risque de complications graves (grade selon Clavien-Dindo ≥ 3), tout en présentant des taux de complications mineures (grade ≤ 2) similaires à ceux du CGLP standard lors du suivi à 90 jours. Ces résultats soulignent le dilemme entre les bénéfices oncologiques potentiels d'un CGLP étendu par rapport au risque élevé de complications graves chez les patients subissant une cystectomie radicale.
Financement
Aucun
Enregistrement
Protocole (2018) disponible sur https://www.crd.york.ac.uk/PROSPERO/view/CRD42018116290
Revue originale (2019) DOI : 10.1002/14651858.CD013336
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