Principaux messages
L'interruption quotidienne de la sédation pourrait réduire la durée passée sous respirateur et réduit probablement le nombre de décès ainsi que la durée du séjour en soins intensifs et à l'hôpital, par rapport aux méthodes de sédation qui ne prévoient pas d'arrêt quotidien.
L’interruption quotidienne de la sédation pourrait avoir peu ou pas d’incidence sur le risque d’arrachement accidentel de la sonde respiratoire ou d’autres sondes, et réduit probablement le recours à la trachéotomie (insertion d’une sonde respiratoire dans le cou). Cette pratique pourrait avoir peu ou pas d’effet sur la quantité de sédatifs administrée, mais elle augmente probablement la quantité d’analgésiques (morphine) reçue par les patients pendant leur séjour en soins intensifs.
Des études supplémentaires sont nécessaires chez les enfants. Les études futures devraient évaluer la quantité totale de sédatifs et d’analgésiques administrés, ainsi que la qualité de vie des patients.
Qu’est-ce que l’interruption quotidienne de la sédation ?
Les nourrissons, les enfants et les adultes gravement malades en soins intensifs pourraient avoir besoin d’un appareil pour respirer (ventilation mécanique), ce qui nécessite l’insertion d’une sonde dans leur trachée (intubation). Les patients sous respirateur pourraient également avoir besoin de sédatifs pour mieux tolérer la sonde respiratoire et améliorer leur confort. Les sédatifs sont généralement administrés par perfusion intraveineuse.
Comme l’organisme pourrait réagir différemment aux médicaments lorsque les patients sont gravement malades, les sédatifs et les analgésiques peuvent s’accumuler dans l’organisme. Cela peut rendre difficile le réveil des patients lorsque leur état s’améliore et pourrait prolonger la durée sous respirateur. L’interruption quotidienne du traitement sédatif permet de vérifier si la personne se réveille et n’a plus besoin de sédation. Chez les patients qui ressentent un inconfort et ont encore besoin d’une sédation, les médicaments sont réintroduits à une dose plus faible. S’ils ne sentent pas d’inconfort lorsqu’ils sont éveillés et sont capables de respirer en toute sécurité sans respirateur, l’équipe soignante peut évaluer si la sonde respiratoire peut être retirée.
Que voulions-nous savoir ?
Nous souhaitions savoir si l’interruption quotidienne de la sédation était plus efficace que d’autres stratégies de sédation pour réduire :
la durée sous respirateur ;
le nombre de décès ;
la durée du séjour en soins intensifs et de l’hospitalisation ;
les événements indésirables liés à la sédation, notamment : le retrait accidentel de la sonde respiratoire (ou d’autres voies ou tubes) ; l’impossibilité de se passer du respirateur et la nécessité de poser une sonde respiratoire au niveau du cou (trachéotomie) ; ou l’apparition d’un delirium (changement soudain dans la façon dont une personne pense, comprend les choses et concentre son attention) ;
la quantité de sédatifs et d’analgésiques administrée.
Nous souhaitions également déterminer quelle méthode était la plus efficace pour améliorer la qualité de vie des patients.
Comment avons-nous procédé ?
Nous avons recherché des études menées chez des adultes et des enfants comparant l’interruption quotidienne de la sédation à d’autres méthodes de prise en charge de la sédation n’impliquant pas cet arrêt quotidien. Nous avons comparé et synthétisé leurs résultats, puis évalué notre niveau de confiance dans les données probantes en fonction de facteurs tels que les méthodes utilisées dans les études et le nombre de participants inclus.
Qu’avons-nous trouvé ?
Nous avons identifié 23 études portant sur 5 988 participants (3 238 adultes ; 2 750 enfants). Sept études ont été menées en Amérique du Nord ; six en Europe ; trois en Chine ; deux en Égypte ; et une par pays en Australie, au Brésil, en Inde, en Indonésie et au Japon.
L’interruption quotidienne de la sédation a été comparée à :
des recommandations étape par étape sur la prise en charge de la sédation ;
une prise en charge habituelle, dans laquelle les équipes soignantes décident de la manière de gérer la sédation ; ou
une stratégie qui privilégie la prise en charge de la douleur et ne recourt à la sédation que si une personne sent un grand inconfort et présente un risque pour elle-même.
Principaux résultats
Par rapport à d’autres méthodes de prise en charge de la sédation, l’interruption quotidienne de la sédation :
pourrait réduire la durée sous respirateur d’environ 14 %, soit 1 jour chez les adultes et 0,4 jour chez les enfants (18 études, 3 815 participants) ;
réduit probablement le nombre de décès d’environ 3,5 % (18 études, 4 057 participants) ;
réduit probablement la durée du séjour en soins intensifs d’environ 11 %, soit 1,1 jour chez les adultes et 0,5 jour chez les enfants (18 études, 4 477 participants) ;
pourrait avoir peu ou pas d’effet sur le nombre de cas de retrait accidentel de la sonde respiratoire (16 études, 4 342 participants) ou d’autres tubes ou voies (7 études, 1 536 participants) ;
réduit probablement le recours à la trachéotomie (8 études, 2 503 participants).
Les données probantes sont très incertaines quant à l’effet de l’interruption quotidienne de la sédation sur la quantité de sédatifs administrés aux patients en soins intensifs. Elle augmente probablement légèrement la quantité d’analgésiques (morphine) administrée. Il pourrait y avoir peu ou pas de différence entre les stratégies de prise en charge de la sédation en termes d’amélioration de la qualité de vie des patients.
Quelles sont les limites des données probantes ?
Nous avons un niveau de confiance modéré dans les données probantes concernant le décès et la durée du séjour en soins intensifs et à l’hôpital, mais un faible niveau de confiance dans celles concernant la durée sous respirateur, la survenue de certains événements indésirables et les quantités de médicaments administrées. Notre confiance a été réduite principalement parce que :
les résultats variaient parfois d’une étude à l’autre ;
les études comparaient différentes méthodes de prise en charge de la sédation ;
certains critères de jugement n’ont été rapportés que par un nombre trop restreint d’études pour permettre de déterminer avec certitude l’ampleur de l’effet.
Ces données probantes sont-elles à jour ?
Cette revue met à jour notre précédente revue. Les données probantes sont à jour au 8 octobre 2025.
Lire le résumé complet
Contexte
Nous pensons que l'interruption quotidienne de la sédation (IQS) limite la bioaccumulation du médicament, favorise un état plus éveillé et réduit ainsi la durée de la ventilation mécanique. Les données probantes disponibles ont montré que l’IQS réduit, ne modifie pas ou prolonge la durée de la ventilation mécanique.
Objectifs
Évaluer les effets de l’IQS par rapport à une prise en charge de la sédation sans IQS sur la durée de la ventilation mécanique invasive, la mortalité, la durée du séjour en unité de soins intensifs (USI), les événements indésirables liés à une sédation insuffisante ou excessive (y compris le retrait accidentel de la sonde endotrachéale et le recours à la trachéotomie), les doses totales de sédatifs et d’analgésiques administrées, ainsi que la qualité de vie liée à la santé, chez les patients en état critique nécessitant une sédation intraveineuse.
Stratégie de recherche documentaire
Nous avons utilisé CENTRAL, MEDLINE All, Embase Classic+Embase, le Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature (CINAHL, Index cumulé de la littérature en soins infirmiers et apparentés), Web of Science Core Collection et deux registres d’essais cliniques, ainsi que la vérification des références, la recherche de citations et la prise de contact avec les auteurs des études, afin d’identifier les études incluses dans cette revue. La dernière recherche date du 8 octobre 2025.
Critères de sélection
Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés qui comparaient l’IQS aux stratégies de sédation qui n'incluent pas l’IQS chez les adultes en phase critique et sous ventilation mécanique.
Recueil et analyse des données
Deux auteurs ont, de manière indépendante, extrait les données et évalué le risque de biais. Nous avons communiqué avec les auteurs des études pour obtenir des renseignements supplémentaires lorsque nous en avions besoin. Nous avons combiné les données dans des graphiques en forêt en utilisant un modèle à effets aléatoires. Des sous-groupes a priori et des analyses de sensibilité ont été effectués.
Résultats principaux
Neuf essais ont été utilisés dans l'analyse (n = 1 282 patients). Ces essais ont été estimés principalement à faible risque de biais. Nous n'avons pas trouvé de données probantes d'un effet de l’IQS sur la durée totale de la ventilation. Les données regroupées de neuf essais ont démontré une réduction de 13 % de la moyenne géométrique, avec des intervalles de confiance (IC) relativement larges indiquant une imprécision (IC à 95 % : réduction de 26 % à 2 % d'augmentation, données probantes de qualité modérée). De même, nous n'avons pas trouvé de données probantes solides d'un effet sur la durée du séjour à l'USI (-10 %, IC à 95 % -20 % à 3 %, n = 9 essais, données probantes de qualité modérée) ou sur la durée du séjour à l'hôpital (-6 %, IC à 95 % -18 % à 8 %, n = 8 essais, données probantes de qualité modérée). L'hétérogénéité sur ces trois critères de jugement était modérée et statistiquement significative. Le risque relatif pour la mortalité à l'USI était de 0,96 (IC à 95 % 0,77 à 1,21, n = 7 essais, données probantes de qualité modérée), pour le taux de retrait accidentel de la sonde endotrachéale, 1,07 (IC à 95 % 0,55 à 2,12, n = 6 essais, données probantes de qualité modérée), pour le retrait du cathéter, 1,48 (IC à 95 % 0,76 à 2,90, n = 4 essais) et pour l'incidence du delirium d'apparition récente, 1,02 (IC à 95 % 0,91 à 1,13, n = 3 essais, données probantes de qualité modérée). Les différences dans les doses de tout médicament utilisé ou dans le score de qualité de vie (formulaire abrégé (SF)-36) n'ont pas atteint la signification statistique. La trachéotomie a été pratiquée moins fréquemment dans le groupe IQS (RR 0,73, IC à 95 % 0,57 à 0,92, n = 6 essais, données probantes de qualité modérée). L'analyse de sensibilité des données non enregistrées a donné des résultats similaires. Une analyse post hoc visant à expliquer davantage l'hétérogénéité, fondée sur le pays d'origine de l'étude, a établi que les études menées en Amérique du Nord ont montré une réduction de la durée de la ventilation mécanique (-21 %, IC à 95 % -33 % à -5 %, n = 5 essais).
Conclusions des auteurs
Sur la base de données probantes d’un niveau de confiance faible à modéré issues de 23 essais portant sur près de 6 000 patients en état critique, nous avons constaté que l’interruption quotidienne de la sédation (IQS) pourrait réduire la durée de la ventilation mécanique et réduit probablement la mortalité, la durée du séjour en unité de soins intensifs et la durée d’hospitalisation par rapport à d’autres méthodes de sédation. L’interruption quotidienne de la sédation pourrait avoir peu ou pas d’effet sur les événements indésirables liés au retrait accidentel de la sonde endotrachéale ou d’autres voies ou cathéters, mais réduit probablement le recours à la trachéotomie. Les données probantes concernant les doses de sédatifs sont très incertaines ; toutefois, l’IQS augmente probablement les doses d’opioïdes. Étant donné que les données probantes concernant les effets de l’IQS sur les doses de sédatifs sont très incertaines, les futurs essais devraient inclure des données sur les doses totales de sédatifs et d’analgésiques, ainsi que sur le delirium et la qualité de vie liée à la santé, car ces aspects restent insuffisamment évalués.
Financement
Cette revue n'a bénéficié d'aucun financement.
Enregistrement
Enregistrement (CD009176) et version précédente de la revue : Base des revues systématiques Cochrane via DOI : 10.1002/14651858.CD009176.pub2.
Protocole disponible via le DOI 10.1002/14651858.CD009176.pub1.
Traduction et Post-édition réalisées par Cochrane France avec le soutien de Chainez Sekkouma (bénévole chez Cochrane France) et grâce au financement du Ministère de la Santé. Une erreur de traduction ou dans le texte original ? Merci d’adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr
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