Greffes pour la prévention du syndrome de Frey après chirurgie des glandes (salivaires) parotides

Problématique de la revue

L'utilisation d'un greffon lors de la chirurgie des glandes parotides prévient-elle le syndrome de Frey ?

Contexte

Les symptômes cliniques du syndrome de Frey comprennent des sueurs et rougeurs des joues lors de l’alimentation et de la mastication. Elle résulte d'une régénérescence anormale des fibres nerveuses autonomes endommagées des glandes parotides, par exemple lors d'une chirurgie des tumeurs de la glande parotide. Il n'est pas certain que la mise en place d'un greffon entre le lambeau cutané et le lit parotidien pendant la chirurgie puisse prévenir ce syndrome. Différents types de greffons peuvent être utilisés, parmi lesquels des biomatériaux ou de la peau, des muscles ou d'autres tissus du patient. Ces greffes pourraient potentiellement empêcher les connexions anormales des nerfs qui contrôlent les glandes sudoripares et les glandes parotides lors de la régénérescence des nerfs sectionnés après une chirurgie.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus trois études auxquelles ont participé 124 personnes dans cette revue, mais la qualité de ces études n'était pas idéale. Tous les participants de ces études avaient des tumeurs des glandes parotides et subissaient une chirurgie partielle de ces glandes. Les études ont évalué deux types de greffons, soit des tissus obtenus à partir du muscle sternocléidomastoïdien ou un biomatériau (une matrice de collagène acellulaire).

Principaux résultats

Deux études ont comparé une greffe de tissu obtenue à partir du muscle sternocléidomastoïdien à l’absence de greffe. Il n’est pas possible de déterminer si ce type de greffe de tissu peut prévenir le syndrome de Frey, car les données probantes disponibles sont très incertaines.

Une étude a comparé une greffe de biomatériau à l’absence de greffe. Ce type de greffe pourrait entraîner peu ou pas de différence sur le taux d'incidence du syndrome de Frey, mais les données probantes sont très incertaines. Cela pourrait rendre la plaie du patient légèrement plus susceptible à l’infection.

Certitude des données probantes

Les données probantes présentées dans cette revue sont pour la plupart d'un niveau de certitude faible ou très faible, en raison du petit nombre d'études sur cette question et du risque de biais que présentent ces études. Les résultats doivent donc être traités avec prudence et d'autres études sont nécessaires pour tirer des conclusions fiables.

Les données probantes présentées dans cette revue sont à jour au 5 février 2019.

Conclusions des auteurs: 

Les données probantes sur l'efficacité de l'interposition d’un greffon dans la prévention du syndrome de Frey sont d’un niveau de certitude faible ou très faible. L'utilisation d’une matrice dermique acellulaire pourrait être associée à une augmentation du taux d'infection de la plaie et à peu ou pas de différence dans l'incidence des sérômes ou des sialocèles. D'autres études sont nécessaires pour pouvoir tirer des conclusions fiables.

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Contexte: 

Le syndrome de Frey se caractérise par des bouffées de chaleur passagères et parfois une sudation au niveau du visage dans la région du nerf auriculotemporal. Elle survient le plus souvent après une parotidectomie, mais d'autres causes possibles sont une chirurgie de la glande sous-mandibulaire, une fracture du condyle mandibulaire, un traumatisme obstétrical (forceps), une sympathectomie et une maladie métabolique. Bien que la physiopathologie du syndrome de Frey demeure controversée, l'hypothèse généralement admise est qu'elle résulte d'une lésion du nerf auriculotemporal.

Il n'existe actuellement pas de preuve claire de l'efficacité et de l'innocuité des différentes méthodes utilisées pour le traitement du syndrome de Frey ; la prévention de ce symptôme pendant la chirurgie est donc importante. La principale méthode de prévention utilisée est l'interposition d'un greffon entre le lambeau cutané et le lit parotidien pendant l'intervention. Les biomatériaux, l'allogreffe ou l'autogreffe peuvent être utilisés à cette fin.

Objectifs: 

Évaluer les effets et l'innocuité de l’interposition par biomatériaux, allogreffe ou autogreffe, dans la prévention du syndrome de Frey chez les patients subissant une parotidectomie, et déterminer les effets sur la prévention et la survenue tardive de ce syndrome.

Stratégie de recherche documentaire: 

Le spécialiste de l’information ORL de Cochrane a effectué des recherches dans le Registre des essais contrôlés ORL de Cochrane, le Registre des essais contrôlés de Cochrane (CENTRAL ; 2019, numéro 2), Ovid MEDLINE, Ovid Embase, CINAHL, Web of Science, ClinicalTrials.gov, ICTRP et des sources supplémentaires d'essais publiés et non publiés. La recherche a été effectuée le 5 février 2019.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) chez des patients atteints d'une pathologie parotidienne (y compris les tumeurs, l’inflammation, les traumatismes, etc.) subissant une parotidectomie avec une période de suivi minimale de six mois. Nous avons prévu d'inclure les essais comprenant des interventions d’interposition par biomatériaux, allogreffes ou autogreffes, seules ou en combinaison avec d'autres techniques chirurgicales. Nous avons inclus des essais comparant l'interposition d'un greffon et l'absence d'interposition d’un greffon, ou différentes interpositions de greffon.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standards définies par Cochrane. Nos critère de jugement principaux étaient le taux d'incidence du syndrome de Frey évalué cliniquement (test de Minor, réaction iode-amidon) et d'autres complications (infection postopératoire, mouvement cervical douloureux ou restreint, étendue de la cicatrice, rejet de la greffe, complications liées au site donneur telles qu’une atteinte nerveuse accessoire ou un hématome). Nos critère de jugement secondaires étaient le taux d'incidence du syndrome de Frey évalué par les participants (à l’aide d'un questionnaire) et la zone de sudation évaluée par le test de Minor. Nous avons utilisé GRADE pour évaluer le niveau de certitude des données probantes pour chaque résultat.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus trois ECR (124 participants), dont deux que nous avons évalués comme présentant un risque élevé de biais et un autre dont le risque de biais était incertain. Toutes les études ont été menées en milieu hospitalier et ont recruté des participants subissant une parotidectomie superficielle. La plupart des participants ont reçu un diagnostic de lésions bénignes de la glande parotide. Les participants ont fait l'objet d'un suivi pendant plus de six mois. Les études ont comparé les deux situations présentées ci-dessous :

Lambeau de muscle sternocléidomastoïdien par rapport à l’absence de lambeau

Deux études ont évalué cette comparaison. Les deux ont évalué cliniquement les effets de la technique du lambeau musculaire sternocléidomastoïdien sur le taux d'incidence du syndrome de Frey, mais aucune des deux n'a montré de différence significative entre les groupes (risque relatif (RR) 0,08, intervalle de confiance (IC) à 95 % 0,00 à 1,23 ; 24 participants et RR 1,23, 95 % IC 0,88 à 1,73 ; 36 participants, données probantes de très faible certitude). Nous n'avons pas regroupé les données en raison de la grande hétérogénéité (I² = 87%).

Une étude a révélé que le lambeau musculaire sternocléidomastoïdien pourrait entraîner peu ou pas de différence pour d'autres complications, y compris l'hématome (RR 2,18, IC à 95 % : 0,09 à 50,16 ; 36 participants ; données probantes de faible certitude), les mouvements cervicaux douloureux ou restreints (RR 0.54, IC à 95 % : 0,14 à 2,05 ; 36 participants ; données probantes de faible certitude) et l’étendue de la cicatrice dans la région cervicale (RR : 0,71, IC à 95 % : 0,05 à 10,54 ; 36 participants ; données probantes de faible certitude). Les deux études ont rapporté un taux d'incidence du syndrome de Frey évalué par les participants, l'une n’ayant signalé aucun événement dans chacun des groupes et l'autre ne trouvant pas de différence entre les groupes (RR 0,63, IC à 95 % : 0,32 à 1,26 ; 36 participants ; données probantes de faible certitude).

Matrice dermique acellulaire par rapport à l’absence de greffe

Une seule étude a évalué cette comparaison. L'utilisation d'une greffe de matrice dermique acellulaire pourrait entraîner peu ou pas de différence sur le taux d'incidence du syndrome de Frey (évalué cliniquement) par rapport au groupe sans greffe, mais les données probantes sont très incertaines (RR 0,08, IC à 95 %, 0,00 à 1,25 ; 30 participants ; données probantes de très faible certitude).

La matrice dermique acellulaire pourrait légèrement augmenter le taux d'infection de la plaie par rapport au groupe témoin (RR 17,00, IC à 95 %, 1,02 à 282,67 ; 64 participants ; données probantes de faible certitude). La matrice dermique acellulaire pourrait entraîner peu ou pas de différence de l'incidence des sérômes ou des sialocèles (RR 2,33, IC à 95 % : 0,66 à 8,23 ; 64 participants ; données probantes de faible certitude). La matrice dermique acellulaire pourrait entraîner peu ou pas de différence sur le taux d'incidence du syndrome de Frey (évalué par les participants) par rapport au groupe sans greffe (RR 0,33, IC à 95 % : 0,04 à 3,04 ; 64 participants ; données probantes de faible certitude).

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Kevimy Agossa et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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