Thérapie par ondes de choc pour les pathologies de la coiffe des rotateurs avec ou sans calcification

Contexte

Les pathologies de la coiffe des rotateurs sont la cause la plus fréquente de douleurs à l'épaule, surtout la nuit et lors du lever du bras au-dessus de la tête. Des dépôts de calcium peuvent se former sur les tendons de l'articulation de l'épaule.

La thérapie par ondes de choc fait passer des ondes acoustiques ou de choc à travers la peau jusqu'à la zone affectée, et peut briser les dépôts de calcium. Actuellement il n'existe pas de dose standard ou programme de traitement.

Problématique de la revue

Chez les personnes atteintes de pathologie de la coiffe des rotateurs avec ou sans dépôts calciques, quels sont les avantages et les inconvénients de la thérapie par ondes de choc par rapport au placebo (prétendu) ou aux autres traitements disponibles ?

Caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus 32 essais (2281 participants), publiés jusqu'en novembre 2019.

Douze essais ont comparé la thérapie par ondes de choc à un placebo. Onze essais ont comparé la thérapie par ondes de choc à haute et à basse dose, bien que les dosages varient d'un essai à l'autre. Des essais uniques ont comparé la thérapie par ondes de choc à d'autres traitements, y compris l'injection de glucocorticoïde sous guidage échographique, la neurostimulation électrique transcutanée (TENS), l'exercice ou l'absence de traitement, ou encore différents programmes de thérapie par ondes de choc.

Dans l'ensemble, 61 % des participants étaient des femmes, l'âge moyen était de 52 ans et la durée moyenne de l’affection était de 33 mois. Deux essais ont été financés par les fabricants d’appareils d’ondes de choc.

Principaux résultats de la comparaison principale: thérapie par ondes de choc par rapport au placebo

Soulagement de la douleur de 50% ou plus rapportés par les participants (un essai) :

- quatre personnes sur 100 ont rapporté un soulagement de la douleur de 50 % ou plus (allant de 19 de moins à 26 de plus).

42 personnes sur 100 ont rapporté un soulagement de la douleur de 50 % ou plus avec la thérapie par ondes de choc, contre 38 sur 100 avec le placebo.

Douleur (un score élevé signifie plus de douleur) (neuf essais) :

- La douleur s'est améliorée de 8 % (de 2 % à 14 %) ou de 0,78 point (de 0,17 à 1,4) sur une échelle de 0 à 10 points.

Les personnes qui ont suivi une thérapie par ondes de choc ont évalué leur douleur à 2,2 points et celles qui ont reçu un placebo l’ont évaluée à 3 points.

Fonction (capacité à utiliser l'épaule ; des scores plus élevés signifient une meilleure fonction) (neuf essais) :

- Amélioration de 8 % (allant de 1,6 % à 14 %) ou de 8 points (allant de 1,6 à 14 points) sur une échelle de 0 à 100 points.

Les personnes qui ont suivi une thérapie par ondes de choc ont évalué leur fonction à 74 points et celles qui ont reçu un placebo l’ont évaluée à 66 points.

Réussite rapportée par les participants (six essais) :

- 15 % (de 3 % en moins à 49 % en plus) de personnes supplémentaires ont déclaré que leur traitement avait été une réussite.

41 personnes sur 100 ont fait état d'une réussite du traitement avec la thérapie par ondes de choc et 26 personnes sur 100 personnes ont rapporté le succès du traitement avec un placebo.

Retraits de l’étude en raison d'effets secondaires (sept essais) :

- 3 % de personnes en moins (de 6 % en moins à 3 % en plus) se sont retirées du traitement en raison d'effets secondaires.

8 personnes sur 100 se sont retirées du traitement par ondes de choc et 10 personnes sur 100 se sont retirées du groupe placebo.

Effets secondaires (cinq essais) :

- 19 % de personnes supplémentaires ont signalé des effets secondaires (de 7 % en plus à 40 % en plus) :

26 personnes sur 100 ont eu un effet secondaire avec la thérapie par ondes de choc et sept personnes sur 100 ont eu un effet secondaire avec le placebo.

Niveau de certitude des preuves

Chez les personnes atteintes de pathologie de la coiffe des rotateurs, les preuves de certitude modérée (déclassées en raison de biais) montrent que la thérapie par ondes de choc n'améliore probablement pas la douleur et la fonction par rapport au placebo, et les preuves de certitude faible (déclassées en raison de biais et d'un manque de précision) montrent qu'il se peut qu’il n’y ait pas d'amélioration chez les personnes dont la douleur a diminué de 50 % ou plus et dont la réussite a été déclarée par les participants. Nous ne savons pas si les retraits de l’étude ou les effets secondaires diffèrent d'un groupe à l'autre en raison du petit nombre d'événements. Il ne semblerait pas important que les participants aient des dépôts calciques ou non. Nous ne savons pas si des doses plus élevées de thérapie par ondes de choc présentent des bienfaits avec plus d'effets secondaires par rapport aux doses plus faibles, car les preuves disponibles étaient de faible ou très faible certitude et nous ne pouvons pas recommander une dose de traitement particulière.

Les effets secondaires comprennent des douleurs liées au traitement, des contusions et des saignements, bien que ceux-ci soient généralement mineurs et de courte durée. Des effets secondaires rares et graves, notamment la perte d'approvisionnement en sang et la mort d’un tissu osseux, bien que possibles, n'ont pas été signalés.

Conclusions des auteurs: 

Sur la base des données probantes de certitude faible à modérée actuellement disponibles, il y avait très peu de bénéfices cliniquement importants de la thérapie par ondes de choc, et une incertitude quant à son innocuité. La grande diversité clinique et les différents protocoles de traitement signifient que nous ne savons pas si certains essais ont testé ou non des doses sous-thérapeutiques, sous-estimant peut-être tout effet bénéfique potentiel.

D'autres essais de thérapie extracorporelle par ondes de choc pour les pathologies de la coiffe des rotateurs devraient être basés sur une justification solide et sur la question de savoir s'ils modifieraient ou non les conclusions de cette revue. Une dose standard et un protocole de traitement doivent être décidés avant de poursuivre les recherches. L'élaboration d'un ensemble de critères de jugement de base pour les essais sur les pathologies de la coiffe des rotateurs et d'autres troubles de l'épaule faciliterait également notre capacité à synthétiser les preuves.

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Contexte: 

La thérapie par ondes de choc est largement utilisée depuis les années 1990 pour traiter divers troubles musculo-squelettiques, dont les pathologies de la coiffe des rotateurs, mais les preuves de son efficacité restent équivoques.

Objectifs: 

Déterminer les effets bénéfiques et les inconvénients de la thérapie par ondes de choc pour les pathologies de la coiffe des rotateurs, avec ou sans calcification, et établir son utilité dans le contexte des autres options de traitement disponibles.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons cherché sur Ovid MEDLINE, Ovid Embase, CENTRAL, ClinicalTrials.gov et l'ICTRP de l'OMS jusqu'en novembre 2019, sans aucune restriction de langue. Nous avons examiné les listes de référence des essais consultés afin d'identifier les essais potentiellement pertinents.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés (ECR) et les essais cliniques contrôlés (ECC) qui utilisent des méthodes quasi-randomisées pour répartir les participants, étudiant des participants atteints de pathologies de la coiffe des rotateurs avec ou sans dépôts calciques. Nous avons inclus les essais de comparaison entre la thérapie par ondes de choc extracorporelles ou radiales et toute autre intervention. Les principaux critères de jugement étaient le soulagement de la douleur supérieur à 30 %, le score moyen de la douleur, la fonction, l'évaluation globale de la réussite du traitement selon le patient, la qualité de vie, le nombre de participants ayant subi des événements indésirables et le nombre de retraits pour cause d'événements indésirables.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont sélectionné indépendamment les études à inclure, ont extrait les données et ont évalué la certitude des données probantes à l'aide de GRADE. La principale comparaison était la thérapie par ondes de choc par rapport au placebo.

Résultats principaux: 

Trente-deux essais (2281 participants) remplissaient nos critères d'inclusion. La plupart des essais (25) ont inclus des participants souffrant de pathologies de la coiffe des rotateurs avec dépôts calciques, cinq essais ont inclus des participants souffrant de pathologies de la coiffe des rotateurs et ne présentant pas de dépôts calciques, et deux essais ont inclus une population mixte de participants avec et sans dépôts calciques.

Douze essais ont comparé la thérapie par ondes de choc à un placebo, 11 essais ont comparé la thérapie par ondes de choc à forte dose (0,2 mJ/mm² à 0,4 mJ/mm² et plus) à la thérapie par ondes de choc à faible dose. Des essais uniques ont comparé la thérapie par ondes de choc à l'injection de glucocorticoïdes sous guidage échographique, à l'injection d'acide hyaluronique sous guidage échographique, à la neurostimulation électrique transcutanée (TENS), à l'absence de traitement ou à l’exercice; deux séances de thérapie par ondes de choc à une seule séance de thérapie; ainsi qu'à différentes méthodes d'administration de la thérapie par ondes de choc. Notre principale comparaison était la thérapie par ondes de choc par rapport au placebo, les résultats sont présentés à 3 mois de suivi.

Tous les essais étaient susceptibles de comporter des biais, dont les biais de sélection (74%), de performance (62%), de détection (62%) et de notification sélective (45%).

Aucun essai n'a mesuré un soulagement de la douleur rapporté par les participants de 30%. Cependant, dans un essai (74 participants), à 3 mois de suivi, 14/34 participants ont rapporté un soulagement de la douleur de 50 % ou plus avec la thérapie par ondes de choc, contre 15/40 avec le placebo (risque relatif (RR) 1,10, intervalle de confiance (IC) 95 % 0,62 à 1,94) ; données probantes de faible qualité (déclassées pour cause de biais et d'imprécision). La douleur moyenne (échelle de 0 à 10, des scores plus élevés indiquent une plus grande douleur) était de 3,02 points dans le groupe placebo et de 0,78 points meilleur (de 0,17 meilleur à 1,4 meilleur; le changement cliniquement important était de 1,5 point) dans le groupe thérapie par ondes de choc (9 essais, 608 participants), données probantes de qualité modérée (déclassées pour cause de biais). La fonction moyenne (échelle de 0 à 100, des scores plus élevés indiquent une meilleure fonction) était de 66 points avec le placebo et de 7,9 points meilleur avec le traitement par ondes de choc (9 essais, 612 participants), données probantes de qualité modérée (déclassées pour cause de biais). La réussite rapportée par les participants a été rapportée par 58/150 personnes dans le groupe thérapie par ondes de choc contre 35/137 personnes dans le groupe placebo (RR 1,59, IC 95% 0,87 à 2,91 ; 6 essais, 287 participants), données probantes de faible qualité (déclassées pour biais et imprécision). Aucun des essais n'a mesuré la qualité de vie.

Le taux de retrait de l’étude ou les taux d'effets indésirables ne diffèrent peut-être pas entre la thérapie extracorporelle par ondes de choc et le placebo, mais nous en sommes incertains en raison du petit nombre d'événements. Il y a eu 11/34 retraits dans le groupe traité par ondes de choc extracorporelles contre 13/40 retraits dans le groupe placebo (RR 0,75, 95 % IC 0,43 à 1.31 ; 7 essais, 581 participants) données probantes de faible qualité (déclassées pour cause de biais et d'imprécision) ; et 41/156 événements indésirables dans le groupe thérapie par ondes de choc extracorporelle par rapport à 10/139 événements indésirables dans le groupe placebo (RR 3,61, 95 % IC 2,00 à 6,52 ; 5 essais, 295 participants) données probantes de faible qualité (déclassées pour cause de biais et d'imprécision).

Les analyses en sous-groupes ont indiqué qu'il n'y avait pas de différences entre les groupes en termes de douleur et de résultats fonctionnels chez les participants qui avaient ou non des dépôts calciques dans la coiffe des rotateurs.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Pauline Coutault et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.