Rééducation de la basse vision pour une meilleure qualité de vie des adultes malvoyants

Quel était le but de cette revue ?
L'objectif de cette étude était de déterminer si la rééducation de la basse vision peut améliorer la qualité de vie des personnes déficientes visuelles. Les auteurs de cette revue Cochrane ont rassemblé et analysé toutes les études pertinentes pour répondre à cette question et en ont trouvé 44.

Messages clés
La rééducation de la basse vision ne semble pas avoir un impact important sur la qualité de vie liée à la santé, mais les données sont très peu concluantes. Il y a des données de faible certitude qui montrent que certaines rééducations de la basse vision, en particulier des thérapies psychologiques et des méthodes d'amélioration de la vision, puissent améliorer la qualité de vie liée à la vision chez les personnes ayant perdu la vue par rapport aux soins habituels.

Quel est le sujet de la revue ?
Une personne malvoyante a des problèmes de vue. Si la perte de vision ne peut être corrigée par des lunettes ou des lentilles de contact, ou traitée d'une autre manière, alors la rééducation de la basse vision pourrait contribuer à améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de déficience visuelle.

Il existe différents types de rééducation de la basse vision, notamment:

- Des thérapies psychologiques et des programmes de groupe pour aider les personnes à s'adapter à une perte de vision permanente et à améliorer leur bien-être.
- Des méthodes d'amélioration de la vision, telles que l'enseignement de l'utilisation d’appareils grossissants ou d'autres technologies, ou l'enseignement de compétences visant à améliorer l'utilisation de la vision résiduelle dans la vie quotidienne.
- Des programmes de réadaptation multidisciplinaires, qui peuvent inclure l'utilisation d'appareils de grossissement et de thérapies psychologiques, ainsi que d'autres services, y compris au domicile des patients.
- D'autres types de services de réadaptation moins courants tels que la formation à l'équilibre ou les programmes de sécurité à domicile.

Quels ont été les principaux résultats de la revue ?
Les auteurs de la revue Cochrane ont identifié 44 études sur la rééducation de la basse vision et la qualité de vie.

La plupart de ces études ont été réalisées dans des services de réadaptation visuelle dans des pays à revenus élevés. Beaucoup des participants à ces études étaient âgés et avaient reçu un diagnostic de dégénérescence maculaire. Les études ont porté sur les thérapies psychologiques et les programmes de groupe, les méthodes d'amélioration de la vision ainsi que sur les programmes de réhabilitation multidisciplinaires. Dans ces études, les personnes déficientes visuelles ont rempli des questionnaires sur leur santé générale, leur vision ou d'autres aspects de leur bien-être.

Par rapport aux personnes ayant une perte de vision qui n'ont pas bénéficié d'une rééducation de la basse vision :

- Les personnes atteintes de perte de vision qui suivent des thérapies psychologiques et/ou des programmes de groupe pourraient constater :

⇒ Pas d’amélioration de la qualité de vie liée à la santé (très faible certitude) ;
⇒ une certaine amélioration de la qualité de vie liée à la vision (faible certitude).

- Les personnes atteintes de perte de vision bénéficiant de méthodes d'amélioration de la vision pourraient constater :

⇒ une certaine amélioration de la qualité de vie liée à la vision (très faible certitude) ;
⇒ (il n'y avait pas de données disponibles sur la qualité de vie liée à la santé).

- Les personnes atteintes de perte de vision qui bénéficient d'un programme de réadaptation multidisciplinaire pourraient constater :

⇒ peu ou pas d'amélioration de la qualité de vie liée à la santé (très faible certitude) ;
⇒ une certaine amélioration de la qualité de vie liée à la vision, en particulier si un programme intensif est utilisé (très faible certitude).

Par rapport aux personnes atteintes de perte de vision qui ont reçu les soins habituels :

- Les personnes atteintes de perte de vision qui suivent des thérapies psychologiques et/ou des programmes de groupe pourraient constater :

⇒ peu ou pas d'amélioration de la qualité de vie liée à la santé (très faible certitude) ou de la qualité de vie liée à la vision (faible certitude).

- les personnes atteintes de perte de vision qui reçoivent des méthodes d'amélioration de la vision pourraient constater:

⇒ peu ou pas d'amélioration de la qualité de vie liée à la santé (très faible certitude) ;
⇒ une certaine amélioration de la qualité de vie liée à la vision (certitude modérée).

- Les personnes atteintes de perte de vision qui bénéficient d'un programme de réadaptation multidisciplinaire pourraient constater :

⇒ peu ou pas d'amélioration de la qualité de vie liée à la santé (très faible certitude) ou de la qualité de vie liée à la vision (faible certitude).

Certaines données montrent que les thérapies psychologiques avaient un impact positif sur l'estime de soi (très faible certitude) et sur la dépression (données de certitude modérée)

Il n'y avait pas de données suggérant des préjudices (effets indésirables) de la réhabilitation mais les données étaient limitées.

Cette revue est-elle à jour ?
Les auteurs de la revue Cochrane ont recherché des études publiées jusqu'au 18 septembre 2019.

Conclusions des auteurs: 

Dans cette étude Cochrane, nous n’avons pas trouvé des données probantes de bénéfice pour divers types d'interventions de réadaptation de la basse vision sur la qualité de vie liée à la santé. Nous avons trouvé des données probantes de certitude faible et modérée, respectivement, d'un léger bénéfice sur la qualité de la vie liée à la vision dans les études comparant des psychothérapies ou des méthodes d'amélioration de la vision avec des comparateurs actifs.

Le type de réadaptation variait selon les études, même au sein des groupes d'intervention, mais des effets bénéfiques ont été détectés même s'ils étaient comparés à ceux des groupes de contrôle actifs. Des études ont été menées sur des adultes souffrant de déficience visuelle, principalement des personnes âgées, vivant dans des pays à revenus élevés et souvent atteints de DMLA. La plupart des études incluses sur la réadaptation de la basse vision ont eu un court suivi.

Malgré ces limitations, l'orientation constante des effets dans cette étude vers le bénéfice justifie la poursuite des activités de recherche de meilleure qualité méthodologique, y compris des effets d'entretien plus longs et les coûts de plusieurs types de réadaptation de la basse vision. Des recherches sur les mécanismes de fonctionnement des composantes des interventions de réadaptation dans différents contextes, y compris dans les pays à faible revenu, sont également nécessaires.

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Contexte: 

La rééducation de la basse vision vise à optimiser l'utilisation de la vision résiduelle après une perte de vision sévère, mais vise également à enseigner des compétences afin d'améliorer le fonctionnement visuel dans la vie quotidienne. Parmi les autres objectifs figurent l'aide à l'adaptation à la perte de vision permanente et l'amélioration du fonctionnement psychosocial. Ces compétences favorisent l'indépendance et la participation active à la société. La rééducation de la basse vision devrait, à terme, améliorer la qualité de vie des personnes souffrant de déficience visuelle.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité des interventions de réadaptation de la basse vision sur la qualité de vie liée à la santé (QVLS), la qualité de vie liée à la vision ou le fonctionnement visuel et d'autres critères de jugement étroitement liés signalés par les patients chez les adultes malvoyants.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans les bases de données électroniques et les registres d’essais cliniques pertinents jusqu'au 18 septembre 2019.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) portant sur la qualité de vie liée à la santé, la qualité de vie liée à la vision et des résultats connexes chez les adultes présentant une déficience visuelle irréversible (critères de l'Organisation Mondiale de la Santé). Nous avons inclus des études qui comparaient les interventions de réadaptation avec un contrôle actif ou inactif.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les méthodes standard spécifiées par Cochrane. Nous avons évalué la qualité des données probantes en utilisant la méthode GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 44 études (73 rapports) menées en Amérique du Nord, en Australie, en Europe et en Asie. Compte tenu de la diversité clinique des interventions de réadaptation de la basse vision, les études ont été classées en quatre groupes selon les types d'interventions similaires (et par comparateur) : (1) psychothérapies et/ou programmes de groupe, (2) méthodes d'amélioration de la vision, (3) programmes de réadaptation multidisciplinaires, (4) autres programmes. Les comparateurs étaient l’absence de soins ou des patients sur liste d'attente en tant que groupe de contrôle inactif, soins habituels ou autre groupe de contrôle actif. Les participants inclus dans les études analysées étaient principalement des adultes âgés souffrant de déficience visuelle ou de cécité, souvent due à la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). Les milieux d'étude étaient souvent des hôpitaux ou des services de rééducation de la basse vision. Les effets ont été mesurés à court terme (six mois ou moins) dans la plupart des études. Toutes les études n'ont pas explicité leur financement, mais celles qui l'ont fait ont été soutenues par des bailleurs de fonds publics ou à but non lucratif (N = 31), à l'exception de deux études.

Par rapport aux comparateurs inactifs, nous avons trouvé des données très peu probantes de l'absence d'effets bénéfiques sur la QVLS, qui ont été estimées de manière imprécise pour les psychothérapies et/ou les programmes de groupe (DMS 0,26, 95 % IC -0,28 à 0,80 ; participants = 183 ; études = 1) et une estimation imprécise suggérant peu ou pas d'effet des programmes de réhabilitation multidisciplinaire (DMS -0,08, 95 % IC -0,37 à 0,21 ; participants = 183 ; études = 2 ; I2 = 0 %) ; il n’y avait pas des données disponibles pour les méthodes d'amélioration de la vision ou d'autres programmes. En ce qui concerne la qualité de vie liée à la vision, nous avons trouvé des données probantes de faible ou très faible certitude quant à l'estimation imprécise des bénéfices des psychothérapies et/ou des programmes de groupe (DMS -0,23, 95% IC -0,53 à 0,08 ; études = 2 ; I2 = 24%) et des méthodes d'amélioration de la vision (DMS -0,19, 95% IC -0,54 à 0,15 ; participants = 262 ; études = 5 ; I2 = 34%). Deux études utilisant des programmes de réhabilitation multidisciplinaires ont montré des résultats bénéfiques mais incohérents, dont l'une, à faible risque de biais et utilisant une réadaptation intensive, a enregistré un effet très important et significatif (DMS : -1,64, 95% IC -2,05 à -1,24), et l'autre un effet faible et incertain (DMS -0,42, 95% : -0,90 à 0,07).

Par rapport aux comparateurs actifs, nous avons trouvé des données probantes de très faible certitude d'effets bénéfiques faibles ou nuls sur la QVLS qui ont été estimées de manière imprécise avec des psychothérapies et/ou des programmes de groupe ne comportant aucune différence (DMS -0,09, IC à 95% -0,39 à 0,20 ; participants = 600 ; études = 4 ; I2 = 67%). Nous avons également trouvé des données probantes de très faible certitude d'effets bénéfiques faibles ou nuls avec les méthodes d'amélioration de la vision, qui ont été estimées de manière imprécise (DMS -0,09, 95 % IC -0,28 à 0,09 ; participants = 443 ; études = 2 ; I2 = 0 %) et les programmes de réhabilitation multidisciplinaires (DMS -0,10, 95 % IC -0,31 à 0,12 ; participants = 375 ; études = 2 ; I2 = 0 %). En ce qui concerne la qualité de vie liée à la vision, nous avons trouvé des données probantes de faible certitude d'effets bénéfiques faibles ou nuls, qui ont été estimées de manière imprécise, avec des psychothérapies et/ou des programmes de groupe (DMS -0,11, 95% IC -0,24 à 0,01 ; participants = 1245 ; études = 7 ; I2 = 19%) et des données probantes de certitude modérée d'effets faibles avec des méthodes d'amélioration de la vision (DMS -0,24, 95% IC -0,40 à -0,08 ; participants = 660 ; études = 7 ; I2 = 16%). Nous n’avons pas constaté des bénéfices supplémentaires avec les programmes de réadaptation multidisciplinaires (DMS 0,01, IC 95% -0,18 à 0,20 ; participants = 464 ; études = 3 ; I2 = 0% ; données probantes de faible certitude).

Parmi les critères de jugement secondaires, des données probantes de très faible qualité d'un bénéfice important et significatif, mais estimé de manière imprécise sur l'auto-efficacité ou l'estime de soi, ont été trouvées pour les psychothérapies et/ou les programmes de groupe par rapport à la liste d'attente ou à l'absence de soins (DMS -0,85, 95 % IC -1,48 à -0,22 ; participants = 456 ; études = 5 ; I2 = 91 %). En outre, des données probantes de très faible certitude des effets bénéfiques estimé important et significatif sur la dépression ont été trouvées pour les psychothérapies et/ou les programmes de groupe par rapport à la liste d'attente ou à l'absence de soins (DMS -1,23, IC 95% -2,18 à -0.28 ; participants = 456 ; études = 5 ; I2 = 94%), et des données probantes de certitude modérée d'un faible bénéfice par rapport aux soins habituels (DMS -0,14, 95% IC -0,25 à -0,04 ; participants = 1334 ; études = 9 ; I2 = 0%). Dans les quelques études dans lesquelles des effets indésirables (graves) ont été signalés, ceux-ci semblaient sans rapport avec la réadaptation de la basse vision.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Elise Viodé et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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