Dans quelle mesure la pentoxifylline traite-t-elle la claudication intermittente ?

Qu'est-ce que la claudication intermittente ?

La claudication intermittente est une douleur sous forme de crampes dans le bas de la jambe qui se produit lorsque vous marchez et qui disparaît généralement après quelques minutes de repos. Les deux jambes peuvent être touchées en même temps, bien que la douleur puisse être plus intense dans une jambe. Cela se produit parce que le sang ne circule pas suffisamment dans les muscles des jambes. C'est un symptôme de maladie artérielle périphérique : une affection courante dans laquelle des dépôts graisseux s'accumulent sur les parois des artères (vaisseaux sanguins) et limitent le flux sanguin à travers celles-ci.

Comment traite-t-on la claudication intermittente ?

La claudication intermittente est généralement traitée par l'exercice physique et des médicaments qui réduisent les risques de formation de caillots dans un vaisseau sanguin obstrué, ou qui atténuent les symptômes et aident les personnes à marcher sur de longues distances. Les personnes souffrant de claudication grave pourraient avoir besoin d'une intervention chirurgicale.

Pourquoi avons-nous réalisé cette revue Cochrane ?

La pentoxifylline est un médicament pris par voie orale (par la bouche) qui rend le sang moins épais et moins collant. Cela permet au sang de circuler plus facilement dans les petits vaisseaux telles que les artères, et laisse plus d'oxygène atteindre les muscles. La pentoxifylline est autorisée pour le traitement de la claudication intermittente, bien que des données probantes supplémentaires de ses bienfaits soient nécessaires avant que son utilisation ne soit préconisée dans les recommandations de traitement.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des études portant sur l'utilisation de la pentoxifylline pour traiter la claudication intermittente. Nous voulions savoir si la pentoxifylline :

- pourrait aider les gens à marcher plus loin, en mesurant la distance qu'ils peuvent parcourir avant de ressentir une douleur dans les jambes ;

- affectait la relation entre la pression sanguine à la cheville et celle dans le bras (Index de pression systolique cheville-bras - une mesure de la maladie artérielle périphérique) ;

- avait un impact sur la qualité de vie des personnes (bien-être)

- causait des effets secondaires.

Nous avons recherché des études contrôlées randomisées, dans lesquelles les traitements que les personnes recevaient étaient décidés aléatoirement. Ce type d'étude fournit généralement les données probantes les plus fiables des effets d'un traitement.

Date des recherches

Nous avons inclus les données probantes publiées jusqu'au 28 janvier 2020.

Nos résultats

Nous avons trouvé 24 études sur 3377 personnes souffrant de claudication intermittente, menées principalement en Europe et aux États-Unis. Dix-sept études ont comparé le traitement à la pentoxifylline avec un traitement factice (placebo) ; sept études ont comparé la pentoxifylline avec un autre médicament. Les études ont duré de quatre à 40 semaines.

Les différences dans la manière dont les études ont été menées et dont elles ont mesuré les résultats ont fait que nous n'avons pas pu combiner tous leurs résultats. Nous avons évalué les résultats des 17 études comparant la pentoxifylline à un placebo, mais nous n'avons pu comparer la pentoxifylline à d’autres traitements.

Quels sont les résultats de notre revue ?

Par rapport à un placebo, la plupart des études ont montré que le traitement à la pentoxifylline pourrait aider les gens à marcher plus loin sans douleur : 11 études menées sur 1890 personnes ont mesuré la distance parcourue sans douleur ; 14 études menées sur 2110 personnes ont mesuré la distance parcourue sans douleur.

Pour les mesures de l’index de pression systolique cheville-bras, il n'y avait pas de différences claires entre la pentoxifylline et le traitement placebo (5 études, 902 personnes).

Trois études menées sur 1179 personnes ont évalué le bien-être lié à la capacité de marcher. Deux grandes études n'ont pas montré de différence claire entre la pentoxifylline et le traitement placebo, et une étude plus petite a montré que la pentoxifylline améliorait probablement le bien-être des gens, bien que la façon dont cela était mesuré ne soit pas claire.

Les effets secondaires signalés dans les études étaient très variés : certaines études ne signalaient pas effet secondaire majeur et la plupart ne rapportaient pas d’effet secondaire avec la pentoxifylline ou avec un placebo (9 études ; 1837 personnes).

Quelle est la fiabilité de ces résultats ?

Nous ne sommes pas confiants dans les résultats quant à savoir si la pentoxifylline aide les gens à marcher plus loin, ni dans ses effets secondaires, car nous avons constaté des limites dans la façon dont les études ont été conçues et rapportées. Ces résultats sont susceptibles de changer lorsque davantage de données probantes seront disponibles.

Nous sommes modérément convaincus que le traitement à la pentoxifylline soit similaire au placebo en ce qui concerne ses effets sur la différence d'index de pression systolique cheville-bras et sur le bien-être des personnes. Ces résultats pourraient changer lorsque davantage de données probantes seront disponibles.

Principaux messages

La pentoxifylline pourrait aider les personnes souffrant de claudication intermittente à marcher plus loin sans douleur, mais nous ne savons pas si elle est plus efficace qu'un placebo ou d'autres médicaments. Nous n'avons pas trouvé suffisamment de données probantes fiables concernant les effets secondaires.

Conclusions des auteurs: 

Il n'y a pas de données probantes solides des effets de la pentoxifylline comparée au placebo ou à d'autres traitements pour la claudication intermittente. Il existe des données probantes d’un niveau de confiance faible sur le fait que la pentoxifylline pourrait améliorer la distance de marche indolore et la distance de marche totale par rapport au placebo, mais il n’existe pas de données probantes indiquant de bénéfices sur l’index de pression systolique cheville-bras ou sur la qualité de vie (données probantes d’un niveau de confiance modéré). La pentoxifylline serait généralement bien tolérée (données probantes d’un niveau de confiance faible). Étant donné le degré élevé d'hétérogénéité entre les études, le rôle de la pentoxifylline chez les personnes atteintes de claudication intermittente (Fontaine stade II) reste incertain.

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Contexte: 

La claudication intermittente (CI) est un symptôme de maladie artérielle périphérique (MAP) et est associée à une morbidité et une mortalité élevées. La pentoxifylline, un des nombreux médicaments utilisés pour traiter la CI, agit en diminuant la viscosité du sang, en améliorant la souplesse des érythrocytes, en favorisant le flux microcirculatoire et en favorisant la concentration d'oxygène dans les tissus. De nombreuses études ont évalué l'efficacité de la pentoxifylline dans le traitement des personnes atteintes de MAP, mais les résultats de ces études sont variables. Il s'agit de la deuxième mise à jour d'une revue publiée pour la première fois en 2012.

Objectifs: 

Déterminer l'efficacité de la pentoxifylline à améliorer la capacité de marche (c'est-à-dire la distance de marche sans douleur et la distance de marche totale (absolue, maximale)) des personnes présentant une claudication intermittente stable (Fontaine stade II).

Stratégie de recherche documentaire: 

Pour cette mise à jour, un spécialiste de l'information du groupe Cochrane sur les maladies vasculaires a effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les maladies vasculaires, dans les bases de données CENTRAL, MEDLINE, Embase et CINAHL, ainsi que dans le Système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'OMS et ClinicalTrials.gov jusqu'au 28 janvier 2020. Aucune restriction de langue n’a été appliquée.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus tous les essais contrôlés randomisés (ECR) en double aveugle comparant la pentoxifylline au placebo ou à toute autre intervention pharmacologique chez les personnes atteintes de la CI (Fontaine stade II).

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont sélectionné indépendamment les études à inclure, ont évalué les études incluses, ont apparié les données et ont résolu les désaccords par la discussion. Les auteurs de la revue ont évalué la qualité méthodologique des études utilisant l'outil Cochrane « Risque de biais » et ont recueilli des résultats liés aux critères de jugement d'intérêt, à la distance de marche indolore (DMI), à la distance de marche totale (DMT), à l'index de pression systolique cheville-bras, à la qualité de vie (QV) et aux effets secondaires. La comparaison des études était basée sur la durée et la dose de pentoxifylline. Nous avons utilisé GRADE pour évaluer le niveau de confiance des données probantes.

Résultats principaux: 

Nous n'avons relevé aucune nouvelle étude éligible pour cette mise à jour. Cette revue comprend 24 études avec 3377 participants. Dix-sept études ont comparé la pentoxifylline à un placebo. Les sept études restantes ont comparé la pentoxifylline à la flunarizine (une étude), à l'aspirine (une étude), à l'extrait de Gingko biloba (une étude), au chlorhydrate de nylidrine (une étude), à la prostaglandine E1 (deux études) et au buflomedil et à la nifédipine (une étude). Le risque de biais pour les différentes études n'était généralement pas clair car il y avait un manque d’information sur la méthodologie pour beaucoup des études incluses, notamment en ce qui concerne les méthodes de randomisation et d'allocation. La plupart des études incluses n'ont pas fourni d'informations adéquates pour permettre de juger la sélection de ces informations et n'ont pas rapporté si les évaluateurs étaient en aveugle. L'hétérogénéité entre les études incluses était considérable en ce qui concerne de multiples variables, notamment la durée du traitement, la dose de pentoxifylline, la distance de marche de base et les caractéristiques des participants ; par conséquent, il n'a pas été possible d'effectuer une analyse groupée pour les comparaisons qui comprenaient plus d'une étude.

La pentoxifylline comparée au placebo

Sur les 17 études comparant la pentoxifylline à un placebo, 11 ont fait état d'une DMI et 14 d'une DMT ; la différence de pourcentage d'amélioration de la DMI pour la pentoxifylline par rapport au placebo allait de -33,8% à 73,9% et de la DMT de 1,2% à 155,9%. Il n'a pas été possible de regrouper les données des études car les données étaient insuffisantes et les résultats des différents essais n'étaient pas clairs. La plupart des études incluses ont suggéré une amélioration possible de la DMI et de la DMT pour la pentoxifylline par rapport au placebo (données probantes d’un niveau de confiance faible pour les deux).

Les cinq études qui ont évalué l'index de pression systolique cheville-bras avant l'exercice comparant la pentoxifylline et le placebo n'ont pas trouvé de données probantes indiquant une différence (données probantes d’un niveau de confiance modéré). Deux des trois études qui ont évalué la qualité de vie entre les personnes ayant reçu de la pentoxifylline et un placebo étaient des études plus importantes qui utilisaient des outils validés de qualité de vie et n'ont généralement pas trouvé de données probantes indiquant une différence entre les groupes. Une petite étude à court terme, qui n'a pas précisé quel outil de qualité de vie a été utilisé, a rapporté une amélioration de la qualité de vie dans le groupe pentoxifylline (données probantes d’un niveau de confiance modéré). La pentoxifylline a généralement été bien tolérée ; les effets secondaires les plus fréquemment signalés consistaient en des symptômes gastro-intestinaux tels que des nausées (données probantes d’un niveau de confiance faible).

Le niveau de confiance des données probantes issues de cette revue était faible ou modérée, avec un abaissement dû à des risques de biais, d'incohérences entre les études et d’incapacité à évaluer l'imprécision car la méta-analyse n'a pas pu être entreprise.

Les sept études restantes ont comparé la pentoxifylline à la flunarizine, l'aspirine, l'extrait de Gingko biloba, le chlorhydrate de nylidrine, la prostaglandine E1, ou le buflomedil et la nifédipine ; les données étaient trop restreintes pour permettre de tirer des conclusions significatives.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Aude Aguilaniu et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.