Ajout de la pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent dans les communautés utilisant des moustiquaires imprégnées d'insecticide pour la prévention du paludisme

Objectif de la revue

La pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent (PID) consiste en l'application régulière d'insecticides chimiques sur les murs des maisons. L'insecticide dure au moins quatre mois, tuant les moustiques qui se posent sur eux. Les moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII) sont des moustiquaires de lit imprégnées d'insecticide qui empêchent les moustiques de piquer les gens et réduisent leur population. Ces deux interventions aident à contrôler le paludisme en réduisant le nombre de personnes piquées par des moustiques infectés par le paludisme. L’application de PID au sein de communautés qui utilisent des MII peut s'avérer plus efficace pour lutter contre le paludisme que l'utilisation de MII seules pour trois raisons : deux interventions peuvent être meilleures qu'une ; elle peut améliorer la lutte antipaludique lorsque les moustiques deviennent résistants aux insecticides pyréthrinoïdes utilisés dans les MII ; l’association des MII et des PID peut également aider à ralentir la résistance des moustiquaires (lorsque les pyréthrinoïdes ne sont plus efficaces pour les tuer).

Les pyréthrinoïdes étaient la seule catégorie d'insecticides dont l'utilisation dans les MII était autorisée jusqu'en 2018, mais la résistance croissante aux pyréthrinoïdes nuit à leur efficacité. L'ajout de la PID pourrait contrebalancer cette réduction de l'efficacité des MII. On pourrait s'attendre à ce que les insecticides des PID qui fonctionnent différemment des pyréthrinoïdes (« de type non-pyréthrinoïde ») pourraient mieux rétablir l’efficacité que ceux qui fonctionnent de la même manière (« de type pyréthrinoïde »). L'objectif de cette revue était de résumer l'impact des pulvérisations intradomiciliaires de type pyréthrinoïde ou de type non-pyréthrinoïde sur le paludisme, lorsqu'elles sont appliquées au sein de communautés utilisant des MII.

Messages clés

Lorsque la PID a été appliquée avec un insecticide de type non-pyréthrinoïde, certaines études et certains critères de jugement ont suggéré un impact, mais cela n'a pas été constant. Les facteurs tels que le nombre de personnes utilisant des moustiquaires n'expliquent pas les différences entre les études. Lorsqu'un insecticide de type pyréthrinoïde a été utilisé pour les PID, les données étaient limitées, mais aucun effet supplémentaire n'a été démontré.

Quel est le sujet de la revue ?

Nous avons cherché des essais qui évaluaient l'impact sur la transmission du paludisme des PID à une dose recommandée par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), lorsque celles-ci étaient appliquées au sein de communautés qui utilisaient soit des MII prêtes à l'emploi, soit des moustiquaires standard traitées par un insecticide à une dose recommandée par l'OMS. Nous avons examiné les effets sur des critères de jugement relatifs à la santé humaine et sur les populations de moustiques.

Quels ont été les principaux résultats de cette revue ?

Au total, nous avons identifié six essais correspondant à nos critères d'inclusion, dont huit comparaisons ont été tirées. Trois essais (fournissant quatre comparaisons) ont utilisé une PID de type non-pyréthrinoïde tout au long de l'étude, et deux essais (fournissant deux comparaisons) ont utilisé une PID de type pyréthrinoïde. Un autre essai a utilisé une PID de type pyréthrinoïde au cours de la première année d'étude et est passé à une PID de type non-pyréthrinoïde au cours des années suivantes, fournissant ainsi deux comparaisons différentes. Les six essais ont été menés en Afrique subsaharienne.

L'ajout de PID de type non-pyréthrinoïde au sein de communautés utilisant des MII a donné des résultats mitigés, certains essais ayant détecté des effets substantiels, mais un essai n'ayant détecté aucun effet. Dans l'ensemble, les résultats des quatre essais inclus ont révélé qu'il pourrait y avoir une réduction de la prévalence du parasite du paludisme et de l'anémie (données probantes de faible qualité). Nous ne savons pas s'il existe un impact sur l'incidence du paludisme ou sur le nombre de piqûres infectées reçues par personne et par an (données probantes de très faible qualité).

Lorsque des PID de type pyréthrinoïde sont ajoutées au sein de communautés utilisant des MII, les données de trois essais indiquent qu'il n'existe probablement aucun effet sur l'incidence du paludisme ou sur la prévalence du parasite (données probantes de qualité modérée), et il peut y avoir peu ou pas d'effet sur la prévalence de l'anémie. Les données sur le nombre de piqûres infectées reçues par personne et par an étaient trop limitées pour en tirer une conclusion (données probantes de très faible qualité).

La revue est-elle à jour ?

Nous avons recherché les essais pertinents jusqu'au 18 mars 2019.

Conclusions des auteurs: 

Quatre essais ont évalué l'ajout de PID à base d'insecticides « non-pyréthrinoïdes » au sein de communautés utilisant des MII. Certains de ces essais ont montré des effets, d'autres non. Trois essais ont évalué l'ajout de PID à base d’insecticides « pyréthrinoïdes » au sein de communautés utilisant des MII, et ces études n'ont pas détecté d’effet supplémentaire des PID. Compte tenu de la grande diversité géographique des endémies palustres, des modes de transmission et de la résistance aux insecticides, nous devons faire preuve de prudence en ce qui concerne les déductions à tirer du nombre limité d'essais menés à ce jour et développer des recherches complémentaires pertinentes pour éclairer les décisions.

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Contexte: 

Les moustiquaires imprégnées d'insecticide (MII) et les pulvérisations intradomiciliaires à effet rémanent (PID) sont utilisées pour lutter contre les vecteurs du paludisme. Les deux stratégies utilisent des insecticides pour tuer les moustiques qui piquent et restent à l'intérieur. Pour les MII, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n’a recommandé que les pyréthrinoïdes jusqu'en 2018, mais les moustiques vecteurs deviennent résistants à cet insecticide. Pour les PID, une gamme d'insecticides est recommandée. L'ajout de PID aux MII peut améliorer la lutte, simplement parce que deux interventions peuvent être meilleures qu'une seule ; elles peuvent améliorer la lutte contre le paludisme là où les MII échouent en raison de la résistance aux pyréthrinoïdes ; et elles peuvent ralentir l'apparition et la propagation de la résistance aux pyréthrinoïdes.

Objectifs: 

Résumer l'effet sur le paludisme de l’application supplémentaire de PID, à l'aide d'insecticides de type non-pyréthrinoïde ou pyréthrinoïde, au sein de communautés utilisant actuellement des MII.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les maladies infectieuses ; le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) ; MEDLINE ; Embase ; LILACS ; le système d'enregistrement international des essais cliniques de l'OMS (ICTRP) ; ClinicalTrials.gov et le registre ISRCTN jusqu'au 18 mars 2019.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés en grappes (ECRG), séries temporelles interrompues (STI) ou études contrôlées avant-après comparant les PID plus MII aux MII seules.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont évalué de façon indépendante l’éligibilité et le risque de biais des essais, et ont extrait les données. Nous avons utilisé le risque relatif (RR) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons classé par type d'insecticide : « non-pyréthrinoïde », car cela pourrait améliorer la lutte contre le paludisme mieux que l'ajout d'insecticides aux PID qui ont le même mode d'action que l'insecticide sur les MII (« analogue à la pyréthrinoïde »). Nous avons analysé en sous-groupes l'utilisation des MII dans les essais afin d’examiner l'hétérogénéité. Nous avons évalué la qualité des données probantes à l'aide de l’outil GRADE.

Résultats principaux: 

Six ECRG (huit comparaisons) menées en Afrique subsaharienne depuis 2008 répondaient à nos critères d'inclusion. Sur tous les sites, la transmission du paludisme provenait de moustiques appartenant à l'espèce complexe Anopheles gambiae s.l. ; deux essais au Bénin et en Tanzanie ayant également signalé le vecteur Anopheles funestus. Trois essais ont utilisé un insecticide ayant des cibles différentes de celles des pyréthrinoïdes (deux ont utilisé du bendiocarbe et un du pirimiphos-méthyle) ; deux essais ont utilisé du dichloro-diphényl-trichloréthane (DDT), un insecticide ayant la même cible que les pyréthrinoïdes ; et un essai a utilisé les deux types d'insecticide (la deltaméthrine pendant la première année, remplacée par le bendiocarbe pour la deuxième année). L'utilisation des MII était supérieure à 50 % dans trois essais, et inférieure à 50 % dans les autres.

Pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent d'insecticides « de type non-pyréthrinoïde »

L'ajout de PID avec un insecticide de type non-pyréthrinoïde a donné des résultats mitigés. Dans l'ensemble, nous ne savons pas si l'ajout de PID a eu un impact sur l'incidence du paludisme (RR 0,93, IC à 95 % 0,46 à 1,86 ; 2 ERCG, 566 enfants-années ; données probantes de très faible qualité) ; il se peut que les PID aient réduit la prévalence du parasite du paludisme (RR 0,67, IC à 95 % 0,35 à 1,28 ; 5 comparaisons de 4 ECRG, 10 440 participants ; données probantes de faible qualité) ; et avoir réduit la prévalence de l'anémie (RR 0,46 ; IC à 95 % 0,18 à 1,20 ; 3 comparaisons de 2 ECRG, 2 026 participants ; données probantes de faible qualité). Trois essais ont fait état de l'impact sur le taux d'inoculation entomologique (TIE), avec des résultats variables ; dans l'ensemble, nous ne savons pas si les PID ont eu un effet sur le TIE au sein des communautés utilisant des MII (données probantes de très faible qualité). Les essais ont également rapporté la densité de moustiques adultes et le taux de sporozoïtes, mais nous n'avons pu résumer ou regrouper ces critères de jugement entomologiques en raison de données non déclarées. L'utilisation des MII n'explique pas la variation des critères de jugement relatifs au paludisme entre les différentes études. Un essai n'a rapporté aucun effet sur l'incidence du paludisme ou sur la prévalence du parasite au cours de la première année, alors que l'insecticide utilisé pour les PID avait la même cible que les pyréthrinoïdes, mais a montré un effet sur les deux critères de jugement la deuxième année, lorsque l'insecticide a été remplacé par un insecticide ayant une cible différente.

Deux essais ont mesuré la prévalence de la résistance aux pyréthrinoïdes avant et après l'introduction des PID : aucune différence n'a été détectée, mais ces données sont limitées.

Pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent d'insecticides « de type pyréthrinoïde »

L'ajout de PID avec un insecticide de type pyréthrinoïde n'a pas semblé modifier de façon marquée l'incidence du paludisme (RR 1,07, IC à 95 % 0,80 à 1,43 ; 2 ECRG, 15 717 enfants-années ; données probantes de qualité modérée), la prévalence du parasite (RR 1,11, IC à 95 % 0,86 à 1,44 ; 3 ECRG, 10 820 participants ; données probantes de qualité modérée), ou l'anémie (RR 1,12, IC à 95 % 0,89 à 1,40 ; 1 ECRG, 4 186 participants ; données probantes de faible qualité). Les données sur le TIE étaient limitées et, par conséquent, nous ne savons pas si les PID ont eu un effet sur le TIE au sein des communautés utilisant des MII (données probantes de très peu faible qualité).

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Barbara Fowler et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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