Quels sont les bénéfices et les risques liés à l'utilisation d'antibiotiques ainsi qu'au nettoyage par un professionnel des soins dentaires pour traiter les maladies des gencives ?

Pourquoi cette question est-elle importante ?

Les maladies des gencives sont une pathologie courante dans laquelle les gencives deviennent enflées, douloureuses ou infectées. Elle est causée par des bactéries qui s'accumulent sur les gencives et les dents. Les gencives malades pourraient saigner lors du brossage des dents, et pourraient provoquer une mauvaise haleine. Si les maladies des gencives ne sont pas traitées, les dents peuvent se « déchausser » et risquent de tomber. Cela peut affecter la capacité à mastiquer et à parler. Elle peut également entrainer une gêne des patients vis à vis de leur apparence.

Les professionnels dentaires peuvent nettoyer les dents et les gencives pour éliminer l'excès de bactéries dans la bouche. Ils utilisent des instruments spéciaux - généralement un insert à ultrasons suivi d'instruments manuels spécifiques - pour retirer les bactéries de la surface des dents et empêcher qu'elles n'affectent les gencives.

Les antibiotiques (médicaments qui tuent les bactéries) administrés par la bouche (par voie orale) peuvent être utilisés parallèlement au nettoyage professionnel, pour éliminer les bactéries de la zone située entre les dents et les gencives. Cependant, il existe des risques potentiels associés à l’usage d’antibiotiques, tels que les réactions allergiques et la résistance aux antibiotiques (modifications des bactéries exposées aux antibiotiques, qui leur permettent de survivre à un futur traitement antibiotique).

Nous avons examiné dans cette revue les données probantes issues d’études scientifiques pour connaitre les bénéfices et les risques liés à l'utilisation d'antibiotiques parallèlement au nettoyage dentaire professionnel pour traiter les maladies des gencives. Nous voulions également savoir si certains antibiotiques fonctionnent mieux que d'autres dans cette situation.

Comment avons-nous identifié et évalué les données probantes ?

Nous avons d'abord recherché des essais contrôlés randomisés (études cliniques dans lesquelles les personnes sont placées au hasard dans l'un des deux ou plus de deux groupes de traitement), car ces études fournissent les données probantes les plus solides des effets d'un traitement. Nous avons ensuite comparé les résultats et résumé les données probantes issues de toutes les études. Enfin, nous avons évalué le niveau de confiance des données probantes, sur la base de facteurs tels que les méthodes et la taille des échantillons des études, ainsi que la cohérence des résultats entre les études.

Qu’avons-nous trouvé ?

Nous avons trouvé 45 études portant sur un total de 2664 personnes de plus de 18 ans atteintes d'une maladie des gencives. Les études ont comparé le nettoyage professionnel plus les antibiotiques avec le nettoyage professionnel seul, ou ont comparé différents antibiotiques utilisés en parallèle du nettoyage professionnel les uns avec les autres.

Nous ne pouvons pas dire si les antibiotiques réduisent les maladies des gencives à long terme (un an ou plus après le traitement), ou si certains antibiotiques sont meilleurs que d'autres. Cela s'explique par le fait que les données probantes que nous avons trouvées sont d’un niveau de confiance très faible.

Nous ne pouvons pas dire dans quelle mesure les antibiotiques sont associés à des effets indésirables, car les données probantes que nous avons trouvées sont d’un niveau de confiance trop faible. Les effets indésirables les plus souvent signalés étaient des troubles gastro-intestinaux légers et temporaires, tels que des nausées, vomissements, diarrhées ou un goût métallique dans la bouche. Aucun effet indésirable grave n'a été signalé.

Aucune étude n'a évalué la résistance aux antimicrobiens ou les effets en termes de qualité de vie des personnes.

Qu’est-ce que cela signifie?

Nous ne savons pas dans quelle mesure :

- l'utilisation d'antibiotiques parallèlement au nettoyage professionnel est bénéfique pour le traitement des maladies des gencives à long terme (plus d'un an après le traitement) ;
- l'utilisation d'antibiotiques parallèlement au nettoyage professionnel est associée à des effets indésirables ; ou
- certains antibiotiques sont meilleurs que d'autres pour traiter les maladies des gencives, parallèlement au nettoyage professionnel.

Le niveau de confiance des données probantes disponibles est très faible. Les résultats de notre revue sont susceptibles de changer si davantage de données probantes sont disponibles dans le futur. Les études futures devraient définir clairement ce qui constitue une amélioration d'importance minimale des maladies des gencives.

Dans quelle mesure cette revue est-elle à jour ?

Les données probantes contenues dans cette revue Cochrane sont à jour jusqu'en mars 2020.

Conclusions des auteurs: 

Il existe des données probantes d’un niveau de confiance très faible permettant d’indiquer aux praticiens et aux patients si les adjuvants antimicrobiens systémiques sont d'une quelconque utilité pour le traitement non chirurgical de la parodontite (pour un suivi à long terme). Nous manquons de données probantes pour décider si certains antibiotiques sont meilleurs que d'autres lorsqu'ils sont utilisés en parallèle du détartrage et surfaçage radiculaire. Aucun des essais n'a signalé d'événements indésirables graves, mais les patients doivent être informés des événements indésirables courants associés à ces médicaments.

Des ECR bien construits doivent être menés en définissant clairement la différence minimale cliniquement pertinente pour les critères de jugement fermeture des poches, le niveau d'attache clinique, la profondeur de poche au sondage et le saignement au sondage.

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Contexte: 

Les antimicrobiens systémiques peuvent être utilisés en complément du débridement mécanique (détartrage et surfaçage radiculaire (DSR)) dans le cadre du traitement non chirurgical de la parodontite. Une variété d'antibiotiques avec différents dosages et combinaisons sont documentés dans la littérature. La revue utilise la précédente classification des parodontites car toutes les études incluses ont utilisé cette classification.

Objectifs: 

Évaluer les effets des antimicrobiens systémiques en complément du DSR pour le traitement non chirurgical des patients atteints de parodontite.

Stratégie de recherche documentaire: 

Le spécialiste de l'information du groupe Cochrane sur la santé bucco-dentaire a effectué des recherches dans les bases de données suivantes jusqu'au 9 mars 2020 : Le registre des essais du groupe Cochrane sur la santé bucco-dentaire, CENTRAL, MEDLINE et Embase. Le registre des essais en cours des National Institutes of Health des États-Unis (ClinicalTrials.gov) et le Système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'OMS pour les essais cliniques ont été consultés pour les essais en cours.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) qui concernaient des personnes atteintes de parodontite non traitée diagnostiquée cliniquement. Les essais ont comparé le DSR sous antibiotiques systémiques par rapport au DSR seul/placebo, ou par rapport à d'autres antibiotiques systémiques.

Recueil et analyse des données: 

Deux investigateurs ont sélectionné les essais, extrait les données et évalué le risque de biais. Pour les données continues, nous avons estimé les différences moyennes (DM) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons évalué le niveau de confiance des données probantes en utilisant le système GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 45 essais menés dans le monde entier impliquant 2 664 participants adultes au total. Le risque de biais global a été jugé faible dans 14 études, élevé dans 8 études et les 23 études restantes présentaient un risque de biais incertain. Les données de sept essais n'ont pas été utilisées pour l'analyse. Nous avons évalué le niveau de confiance des données probantes pour les 10 comparaisons pour lesquelles un suivi à long terme a été effectué (≥ 1 an). Aucune des études n'a fourni de données sur la résistance aux antimicrobiens et l’effet rapporté par les patients sur leur qualité de vie.

Amoxicilline + métronidazole + DSR par rapport au DSR seul dans la parodontite chronique/agressive : des données probantes étaient d’un niveau de confiance très faible pour le pourcentage de poches fermées (DM -16,20%, IC à 95% -25,87 à -6,53 ; 1 étude, 44 participants) ; niveau d'attache clinique (NAC) (DM -0,47 mm, IC à 95% -0,90 à -0.05 ; 2 études, 389 participants) ; profondeur de poche au sondage (PPS) (DM -0,30 mm, IC à 95% -0,42 à -0,18 ; 2 études, 389 participants) ; et le pourcentage de saignement au sondage (SS) (DM -8,06%, IC à 95% -14,26 à -1,85 ; 2 études, 389 participants). Seuls les résultats pour le pourcentage de poches fermées et le SS atteignent une différence minimale cliniquement importante (DMCI) en faveur de l'amoxicilline + métronidazole + DSR.

Métronidazole + DSR par rapport au DSR seul dans la parodontite chronique/agressive : des données probantes étaient d’un niveau de confiance très faible pour le pourcentage de poches fermées (DM -12,20%, IC à 95% -29,23 à 4,83 ; 1 étude, 22 participants) ; NAC (DM -1,12 mm, IC à 95% -2.24 à 0 ; 3 études, 71 participants) ; PPS (DM -1,11 mm, IC à 95% -2,84 à 0,61 ; 2 études, 47 participants) ; et le pourcentage de SS (DM -6,90 %, IC à 95% -22,10 à 8,30 ; 1 étude, 22 participants). Seuls les résultats pour le NAC et la PPS atteignent une DMCI en faveur du groupe MTZ + DSR.

Azithromycine + DSR par rapport à DSR seul pour la parodontite chronique/agressive : nous n'avons pas mis en évidence de données probantes d'une différence de pourcentage de poches fermées (DM 2,50%, IC à 95% -10,19 à 15,19 ; 1 étude, 40 participants) ; NAC (DM -0,59 mm, IC à 95% -1,27 à 0.08 ; 2 études, 110 participants) ; PPS (DM -0,77 mm, IC à 95% -2,33 à 0,79 ; 2 études, 110 participants) ; et pourcentage de SS (DM -1,28 %, IC à 95% -4,32 à 1,76 ; 2 études, 110 participants) (données probantes d’un niveau de confiance très faible pour tous les critères de jugement).

Amoxicilline + acide clavulanique + DSR par rapport au DSR seul pour la parodontite chronique : des données probantes issues d'une seule étude, menée auprès de 21 participants, étaient d’un niveau de confiance très faible et n'ont pas montré de différence entre les groupes concernant le NAC (DM 0,10 mm, IC à 95% -0,51 à 0,71) ; la PPS (DM 0,10 mm, IC à 95% -0,17 à 0,37) ; et le SS (DM 0%, IC à 95% -0,09 à 0,09).

Doxycycline + DSR par rapport au DSR seul dans la parodontite agressive : des données probantes issues d'une étude, menée auprès de 22 participants, étaient d’un niveau de confiance très faible concernant le NAC (DM -0,80 mm, IC à 95% -1,49 à -0,11) ; et la PPS (DM -1,00 mm, IC à 95% -1,78 à -0,22) , avec une DMCI dans le groupe doxycycline + DSR pour la PPS seulement.

Tétracycline + DSR par rapport au DSR seul pour les parodontites agressives : nous avons trouvé des données probantes d’un niveau de confiance très faible pour l'amélioration à long terme du NAC dans le groupe tétracycline (DM -2,30 mm, IC à 95% -2,50 à -2,10 ; 1 étude, 26 participants).

Clindamycine + DSR par rapport au DSR seul dans la parodontite agressive : nous avons trouvé des données probantes d’un niveau de confiance très faible issues d’une seule étude menée auprès de 21 participants, avec une différence en termes d'amélioration du NAC à long terme (DM -1,70 mm, IC à 95% -2,40 à -1,00) ; et de la PPS (DM -1,80 mm, IC à 95% -2,47 à -1,13) en faveur de la clindamycine + DSR.

Doxycycline + DSR par rapport à métronidazole + DSR pour les parodontites agressives : des données probantes d’un niveau de confiance très faible provenant d’une étude, menée auprès de 27 participants, a mis en évidence une différence de NAC à long terme (DM 1,10 mm, IC à 95% 0,36 à 1,84) et de PPS (DM 1,00 mm, IC à 95% 0,30 à 1,70) en faveur du métronidazole + DSR.

Clindamycine + DSR par rapport à métronidazole + DSR pour la parodontite agressive : des données probantes issues d'une étude, menée auprès de 26 participants, étaient d’un niveau de confiance très faible et n'ont pas montré de différence entre les groupes pour le NAC (DM 0,20 mm, IC à 95% -0,55 à 0,95) ; et la PPS (DM 0,20 mm, IC à 95% -0,38 à 0,78) .

Clindamycine + DSR par rapport à doxycycline + DSR pour la parodontite agressive : des données probantes issues d'une étude, menée auprès de 23 participants, étaient d’un niveau de confiance très faible et n'ont pas montré de différence entre les groupes pour le NAC (DM -0,90 mm, IC à 95% -1,62 à -0,18) ; et la PPS (DM -0,80 mm, IC à 95% -1,58 à -0,02) .

La plupart des essais testant l'amoxicilline, le métronidazole et l'azithromycine ont indiqué des effets indésirables tels que des nausées, vomissements, diarrhées, légers troubles gastro-intestinaux et goût métallique. Aucun effet indésirable grave n'a été signalé.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Kevimy Agossa et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.