Radio-embolisation par microsphères marquées à l’yttrium 90 pour le traitement du carcinome hépatocellulaire avancé (cancer primaire du foie)

Problématique de la revue

Quels sont les effets bénéfiques et les inconvénients de la radio-embolisation par microsphères d'yttrium 90 par rapport au placebo, à l'absence d'intervention ou aux autres interventions disponibles, chez les personnes atteintes d'un cancer avancé du foie ?

Contexte
Le carcinome hépatocellulaire (c'est-à-dire le cancer primaire du foie) est la tumeur maligne du foie la plus fréquente et la cinquième plus répandue dans le monde. Chez la majorité des gens, le carcinome hépatocellulaire est diagnostiqué à un stade avancé. Pour ces personnes, les options de traitement comprennent l'ablation (qui détruit la tumeur), l'embolisation (qui utilise des substances pour bloquer ou diminuer le flux sanguin dans l'artère hépatique vers la tumeur), la radiothérapie et le sorafénib (thérapie ciblée qui utilise une substance pour identifier et attaquer les cellules cancéreuses tout en évitant les cellules normales). La radio-embolisation par microsphères d'yttrium consiste à injecter dans le flux sanguin de la tumeur de très petites sphères auxquelles est fixée une matière radioactive. La radioactivité est censée détruire la tumeur du foie sans affecter les autres parties du corps.

Caractéristiques de l'étude
Les auteurs de la revue ont recherché des articles médicaux publiés pour clarifier le rôle de la radio-embolisation par microsphères d'yttrium pour le traitement des personnes atteintes d'un cancer du foie avancé. Les auteurs de l'étude ont recherché des essais cliniques randomisés (où les personnes ont été réparties au hasard dans au moins deux groupes de traitement) pour effectuer une analyse statistique sur laquelle ils pourraient tirer des conclusions sur l'intervention. Les données probantes sont à jour jusqu'en septembre 2019.

Les financeurs et collaborateurs financiers de ces études étaient Bayer, Sirtex Medical, l'Université Johannes Gutenberg de Mayence et l'Université Northwestern.

Nous avons également identifié deux essais randomisés en cours qui évaluent le sujet de notre revue. L'un d'entre eux a comparé la radio-embolisation avec la chimio-embolisation dans le carcinome hépatocellulaire de stade intermédiaire, et l'autre a comparé la radio-embolisation combinée au sorafénib par rapport au sorafénib seul dans le carcinome hépatocellulaire avancé.

Résultats principaux
Les auteurs de la revue ont trouvé six essais cliniques randomisés, dans lesquels 1 340 personnes atteintes d'un cancer du foie avancé ont été randomisées. Un essai a comparé la radio-embolisation combinée au sorafénib par rapport au sorafénib seul. Cet essai a suggéré que le traitement combiné de cette maladie semble être associé à un risque de décès similaire à celui de l'utilisation du sorafénib seul. Deux essais ont comparé la radio-embolisation au sorafénib. Il ne semble pas y avoir de différence de risque de décès entre ces interventions. Trois essais ont comparé la radio-embolisation à la chimio-embolisation. Il ne semble pas y avoir de différence de toxicité sévère entre ces interventions. Les auteurs de la revue ont identifié deux essais cliniques randomisés en cours, dont les résultats n'ont pas encore été finalisés.

Niveau de certitude des preuves et conclusions

Les preuves des effets bénéfiques et des inconvénients de la radio-embolisation avec ou sans sorafénib, par rapport au sorafénib seul chez les personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire non résécable sont très insuffisantes. Nous ne pouvons pas déterminer si la radio-embolisation en association avec le sorafénib, par rapport au sorafénib seul, a une incidence sur la survenue d'effets indésirables. La radio-embolisation, comparée au sorafénib, semble permettre une survie équivalente et causer moins d'effets indésirables, mais notre certitude est très faible. Les preuves des effets bénéfiques et des inconvénients de la radio-embolisation par rapport à la chimio-embolisation chez les personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire non résécable sont également très insuffisantes. La radio-embolisation ne semblait pas différer de la chimio-embolisation en termes d'effets indésirables graves et de qualité de vie liée à la santé, mais la certitude des preuves était très faible. D'autres essais cliniques randomisés, contrôlés par placebo, de haute qualité et bien exécutés sont nécessaires pour évaluer les critères de jugement centrés sur le patient.

Conclusions des auteurs: 

Les données probantes montrant les effets de la radio-embolisation avec ou sans sorafénib par rapport au sorafénib seul chez les personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire non résécable sont très insuffisantes. Nous ne pouvons pas déterminer si la radio-embolisation combinée au sorafénib, par rapport au sorafénib seul, a un effet sur la mortalité toutes causes confondues ou sur la survenue d'effets indésirables. La radio-embolisation, comparée au sorafénib, semblait permettre une survie équivalente et causer moins d'effets indésirables, mais notre certitude était très faible. Les données probantes montrant les effets de la radio-embolisation par rapport à la chimio-embolisation chez les personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire non résécable sont également très insuffisantes. La radio-embolisation ne semblait pas différer de la chimio-embolisation en termes d'effets indésirables graves et de qualité de vie, mais la certitude des données probantes était très faible. D'autres essais cliniques randomisés de haute qualité, contrôlés par placebo, sont nécessaires pour évaluer les critères de jugement centrés sur le patient.

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Contexte: 

Le carcinome hépatocellulaire est le néoplasme hépatique le plus courant et le sixième cancer le plus répandu dans le monde. Son incidence a augmenté de façon spectaculaire depuis le milieu des années 2000. Bien que la résection chirurgicale et la transplantation du foie soient les principaux traitements curatifs, seulement 20 % environ des personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire précoce pourraient bénéficier de ces interventions. Les options de traitement du carcinome hépatocellulaire non résécable comprennent des interventions ablatives et transartérielles - radio-embolisation transartérielle sélective par microsphères d'yttrium 90 - en plus du médicament sorafénib.

Objectifs: 

Déterminer les effets bénéfiques et les inconvénients de la radio-embolisation transartérielle par microsphères d'yttrium-90 (Y-90) administrée en monothérapie ou en combinaison avec d'autres interventions systémiques ou locorégionales par rapport au placebo, à l'absence de traitement, ou à d'autres interventions systémiques ou locorégionales similaires pour les personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire non résécable.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches électroniques dans le registre des essais contrôlés du groupe Cochrane hépato-biliaire, CENTRAL, MEDLINE, Embase, Latin American Caribbean Health Sciences Literature (LILACS), Science Citation Index - Expanded, et Conference Proceedings Citation Index - Science jusqu'en septembre 2019. Nous avons vérifié manuellement les listes de référence des études primaires et des revues.

Critères de sélection: 

Nous avons recherché des essais cliniques randomisés.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les méthodes Cochrane usuelles. Nous avons extrait les informations sur les participants, les interventions, les critères de jugement, la conception des essais et les méthodologies des essais. Nous avons évalué le risque de biais des essais inclus en utilisant des domaines prédéfinis, et la certitude des données probantes en utilisant GRADE. Les critères de jugement principaux de notre revue étaient la mortalité toutes causes confondues, la qualité de vie et les effets indésirables graves ; nos critères de jugement secondaires étaient la mortalité liée au cancer, la survie sans progression de la tumeur, la réponse tumorale, les effets indésirables non graves et la transplantation du foie. Pour les variables dichotomiques, nous avons calculé le risque relatif (RR), et pour les variables continues, nous avons prévu de calculer la différence moyenne (DM) ou la différence moyenne standardisée (DMS), avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons basé les analyses de survie sur les rapports de risque instantané (HR).

Résultats principaux: 

Six essais randomisés comptant au total 1 340 participants ont rempli les critères d'inclusion de la revue et ont fourni des données pour un ou plusieurs des critères de jugement que nous avons analysés. Tous les essais présentaient un risque de biais élevé. Nous avons évalué la certitude des données probantes comme étant de faible à très faible.

Un essai a comparé la radio-embolisation combinée au sorafénib par rapport au sorafénib seul chez des personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire avancé. La mortalité toutes causes confondues, la qualité de vie liée à la santé, la mortalité liée au cancer, la survie sans progression et les taux de réponse tumorales n'ont pas été rapportés. Des effets indésirables graves ont été signalés chez 63 participants à l'essai (39,6 %) dans le groupe radio-embolisation combiné au sorafénib contre 70 participants à l'essai (38,5 %) dans le groupe sorafénib (données probantes de très faible certitude). L'hyperbilirubinémie était environ trois fois plus fréquente dans le groupe traité par radio-embolisation combinée au sorafénib que dans le groupe sorafénib (14,5 % contre 4,4 % ; données probantes de très faible certitude). La fatigue était plus fréquente dans le groupe radio-embolisation combinée au sorafénib que dans le groupe sorafénib seul, à 35,2% contre 24,2% des participants à l'essai.

Deux essais ont comparé la radio-embolisation au sorafénib pour le carcinome hépatocellulaire non résécable chez des personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire localement avancé. D'après les données que nous avons pu extraire, la mortalité toutes causes confondues sur un an était de 62,7 % dans le groupe ayant subi une radio-embolisation contre 53,0 % dans le groupe ayant reçu du sorafénib (1 essai ; n = 360 ; données probantes de très faible certitude). Nous n’avons pas observé de différence sur la qualité de vie entre les groupes de radio-embolisation et de sorafénib (1 essai). Le score de l'état de santé global était meilleur dans le groupe de radio-embolisation que dans le groupe du sorafénib (P = 0,0048 ; 1 essai). Moins de participants ont subi des effets indésirables graves dans le groupe de radio-embolisation que dans le groupe de sorafénib (27 (20,8 %) dans le groupe de radio-embolisation par rapport à 57 (35,2 %) dans le groupe de sorafénib ; 1 essai). Le temps médian de progression de la tumeur dans le groupe de radio-embolisation était de 6,1 mois par rapport à 5,4 mois dans le groupe de sorafénib (1 essai). Le RR pour le taux de contrôle de la maladie était de 0,94 ( IC à 95% 0,84 à 1,05 ; n = 748 ; 2 essais ; données probantes de très faible certitude), ne favorisant ni la radio-embolisation ni le sorafénib. Dans deux essais avec 734 participants, la radio-embolisation semblait être moins susceptible d'être associée à un syndrome main-pied (RR 0,02, IC à 95 % 0,00 à 0,06 ; P < 0,001 ; données probantes de faible certitude), à une éruption cutanée (RR 0.11, IC à 95 % 0,04 à 0,34 ; données probantes de faible certitude), à la diarrhée (RR 0,11, IC à 95 % 0,04 à 0,34 ; données probantes de faible certitude) et à l'hypertension (RR 0,10, IC à 95 % 0,01 à 0,88 ; données probantes de faible certitude). Aucun essai n'a rapporté la mortalité liée au cancer.

Trois essais ont comparé la radio-embolisation par rapport à la chimio-embolisation chez des personnes atteintes d'un carcinome hépatocellulaire de stade intermédiaire. D'après les données que nous avons pu extraire, aucun de ces essais n'a rapporté la mortalité toutes causes confondues ou la mortalité liée au cancer. Le RR pour les événements indésirables graves était de 1,41 (IC à 95% 0,63 à 3,14 ; n = 97 ; données probantes de très faible certitude), ne favorisant ni la radio-embolisation ni la chimio-embolisation. Un essai a rapporté la qualité de vie et n'a pas constaté de différence entre les groupes d'intervention en ce qui concerne ce critère de jugement à la semaine 12 (données probantes de très faible certitude). Le temps médian avant la progression n'a pas été atteint dans le groupe de radio-embolisation et était de 6,8 mois dans le groupe de chimio-embolisation (HR 0,122, IC à 95% 0,027 à 0,557 ; 1 essai). Le temps médian avant la progression de la tumeur dans le groupe de radio-embolisation était de 371 jours par rapport à 336 jours dans le groupe de chimio-embolisation (P = 0,5764 ; 1 essai). Les taux de contrôle de la maladie (réponse complète + réponse partielle + maladie stable) étaient de 73,3 % avec la radio-embolisation par rapport à 76,9 % avec la chimio-embolisation (1 essai). Selon les critères de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), une réponse tumorale a été rapportée chez 52 % des participants ayant reçu une radio-embolisation par rapport à 63 % de ceux ayant reçu une chimio-embolisation (1 essai). Les patients du groupe de chimio-embolisation ont souffert plus fréquemment de diarrhée (P = 0,031 ; 1 essai) et d'hypoalbuminémie (P < 0,001 ; 1 essai).

Quatre essais ont été subventionnés par l'industrie, et deux par l'Université.

Nous avons trouvé deux essais en cours.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Constance Dubois et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.