Médicaments antiviraux pour la prévention de la transmission mère-enfant du virus de l'hépatite B chez les femmes enceintes vivant soit avec le virus de l'immunodéficience humaine qu’avec le virus de l'hépatite B

Problématique de la revue

Les combinaisons antivirales anténatales (administrées pendant la grossesse) peuvent-elles prévenir la transmission mère-enfant du virus de l'hépatite B chez les femmes enceintes souffrant à la fois du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) et du virus de l'hépatite B (VHB) ?

Principaux messages

Les données probantes issues de cinq petits essais cliniques randomisés n'ont montré aucun effet bénéfique ou nuisible des associations d'antiviraux contenant du ténofovir par rapport à la zidovudine seule ou aux antiviraux ne contenant pas de ténofovir, chez les femmes enceintes souffrant à la fois du VIH et du VHB, mesuré par la mortalité infantile quelle qu'en soit la cause ou par des événements indésirables graves chez les nourrissons et les mères.

Un seul essai a rapporté la mort infantile toutes causes confondues ou les événements indésirables graves chez les nourrissons, tandis que deux essais seulement ont rapporté les événements indésirables graves chez les mères.

Bien que cet essai ait indiqué qu'une combinaison antivirale à base de ténofovir pourrait augmenter le nombre de nourrissons présentant des événements indésirables graves, ce résultat est très incertain en raison du manque d'études (c'est-à-dire qu'une seule étude a été trouvée) et du faible nombre de participants.

Qu'est-ce que la co-infection VHB-VIH pendant la grossesse ?

La co-infection VHB-VIH pendant la grossesse est la présence des deux infections chez une même femme enceinte. Lorsque les deux infections coexistent chez un individu, le VIH favorise activement l'aggravation de la progression de l'hépatite B. Lorsqu'une femme enceinte vit à la fois avec le VHB et le VIH, le traitement du VHB seul, sans traiter le VIH dont elle souffre également, peut conduire à l'émergence de types de VIH résistants aux médicaments anti-VIH.

Comment traiter la co-infection VHB-VIH pendant la grossesse ?

La co-infection VHB-VIH pendant la grossesse peut être traitée par des régimes de combinaison antiviraux à base de ténofovir (médicaments). Ils peuvent se présenter sous la forme de ténofovir seul ou en association avec la lamivudine, l'emtricitabine, la zidovudine ou tout autre médicament antiviral.

Que voulions-nous découvrir ?

Nous voulions savoir si l'utilisation anténatale d'une association d'antiviraux contenant du ténofovir (médicaments administrés pendant la grossesse) était meilleure que le placebo, le ténofovir seul, ou tout autre antiviral ne contenant pas de ténofovir (seul ou en association avec au moins deux), pour l'amélioration de toutes les causes de décès soit du bébé que de la mère, le transfert de l'infection par le VHB de la mère au bébé, les mères présentant un ADN VHB détectable (matériel héréditaire de l'hépatite B) avant l'accouchement, ou la séroconversion maternelle de l'hépatite B (guérison de l'hépatite B) avant l'accouchement chez les femmes enceintes vivant à la fois avec le VIH et le VHB.

Nous voulions également savoir si l'utilisation anténatale d'une association d'antiviraux contenant du ténofovir (médicaments administrés pendant la grossesse) comparée à un placebo, ou au ténofovir seul, ou à tout autre antiviral ne contenant pas de ténofovir (seul ou en association avec au moins deux), était associée à des effets indésirables chez le bébé et la mère.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons recherché des essais cliniques randomisés (études dans lesquelles les participants sont attribués au hasard à des groupes) qui évaluaient les bénéfices et les risques de l'utilisation anténatale d'associations d'antiviraux contenant du ténofovir (médicaments administrés pendant la grossesse), par rapport à un placebo, ou au ténofovir seul, ou à tout antiviral ne contenant pas de ténofovir (seul ou en association), pour les femmes enceintes vivant avec une infection soit par le VIH que par le VHB. Nous avons comparé et résumé les résultats des études et évalué le niveau de confiance des données probantes en fonction de facteurs tels que les méthodes et la taille des études.

Qu’avons-nous trouvé ?

Nous avons trouvé cinq essais randomisés portant sur 533 femmes enceintes souffrant à la fois du VIH et du VHB, qui ont été suivies tout au long de la grossesse et de l'accouchement, et dont les enfants ont été suivis jusqu'à deux ans après la naissance. Tous les résultats n’étaient pas concluants entre les groupes. Les données probantes issues de cinq petits essais cliniques randomisés n'ont montré aucun effet bénéfique ou nuisible des combinaisons d'antiviraux contenant du ténofovir par rapport à la zidovudine seule ou aux antiviraux ne contenant pas de ténofovir, chez les femmes enceintes souffrant à la fois du VIH et du VHB, mesuré par la mortalité infantile quelle qu'en soit la cause ou par des événements indésirables graves chez les nourrissons et les mères. Un seul essai a rapporté la mort infantile quelle qu'en soit la cause, ou d'événements indésirables graves chez les nourrissons, tandis que deux essais seulement ont rapporté les événements indésirables graves chez les mères. Bien que cet essai ait indiqué qu'une combinaison antivirale à base de ténofovir pourrait augmenter le nombre de nourrissons présentant des événements indésirables graves, ce résultat est très incertain en raison du manque d'études (c'est-à-dire qu'une seule étude a été trouvée) et du faible nombre de participants. Nous n'avons pas trouvé de données sur les autres critères de jugement d'intérêt. Aucune des études n'a utilisé de placebo ou de ténofovir seul. Tous les essais ont bénéficié du soutien de l'industrie.

Quelles sont les limites des données probantes ?

Nous n'avons pas confiance dans les données probantes, car toutes les études n'ont pas fourni de données sur tous les aspects qui nous intéressaient. Il n'était pas clair si les participants aux études étaient au courant du type de traitement qu’ils recevaient. De plus, le nombre d’études n’était pas suffisant pour être certains des résultats de nos critères de jugement.

Dans quelle mesure ces données probantes sont-elles à jour ?

Les données probantes sont à jour jusqu'au 30 janvier 2023.

Conclusions des auteurs: 

Nous ne savons pas quels sont les effets des régimes de combinaison antiviraux à base de ténofovir sur la mortalité infantile toutes causes confondues, la proportion de nourrissons avec des événements indésirables graves et la proportion de mères avec des événements indésirables graves, la proportion de nourrissons avec des événements indésirables non considérés comme graves et la proportion de mères ayant un ADN du virus de l'hépatite B (VHB) détectable avant l'accouchement, car le niveau de confiance des données probantes était très faible. Seuls un ou deux essais, d'une puissance statistique insuffisante, ont fourni des données pour les analyses. Nous manquons d'essais cliniques randomisés avec un faible risque d'erreurs systématiques et aléatoires, et rendant pleinement compte de la mortalité infantile toutes causes confondues, des événements indésirables graves et des critères de jugement cliniques et de laboratoire, tels que les nourrissons ayant subi une transmission mère-enfant du VHB, la mortalité maternelle toutes causes confondues, la séroconversion maternelle de l'antigène e de l'hépatite B (AgHBe) à l'anticorps anti-HBe avant l'accouchement et les événements indésirables maternels non considérés comme graves.

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Contexte: 

La co-infection par le virus de l'hépatite B (VHB) et le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) favorise une évolution agressive de l'infection par le VHB. Dans la seule revue systématique non Cochrane disponible sur le traitement antiviral pendant la grossesse pour la prévention de la transmission mère-enfant du VHB, aucune des femmes étudiées ne présentait une co-infection VHB-VIH, mais elles étaient séropositives pour le VHB ou le VIH. Le seul traitement du VHB pourrait développer des souches du VIH résistantes aux inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse. En conséquence, un traitement conjoint de l'infection par le VIH est recommandé.

Objectifs: 

Évaluer les bénéfices et les risques des régimes antiviraux combinés à base de ténofovir versus placebo, ténofovir seul, ou un traitement antiviral sans ténofovir, seul ou en association avec le VHB, pour la prévention de la transmission mère-enfant du VHB chez les femmes enceintes séropositives au VIH co-infectées par le VHB.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés du groupe Cochrane sur les affections hépato-biliaires, le registre Cochrane des essais contrôlés, MEDLINE Ovid, Embase Ovid, LILACS (Bireme), Science Citation Index Expanded (Web of Science) et Conference Proceedings Citation Index-Science (Web of Science) le 30 janvier 2023. Nous avons effectué une recherche manuelle dans les références bibliographiques des essais inclus, nous avons interrogé les registres d'essais en ligne et avons contacté des experts dans le domaine et des sociétés pharmaceutiques pour tout autre essai potentiel.

Critères de sélection: 

Nous avons cherché à inclure des essais cliniques randomisés comparant des régimes antiviraux combinés à base de ténofovir (régime anti-VIH avec traitement par lopinavir-ritonavir, ou tout autre traitement antiviral, et deux médicaments ayant une activité contre le VHB, à savoir, le ténofovir alafénamide (TAF) ou le fumarate de ténofovir disoproxil (TDF), plus la lamivudine ou l'emtricitabine) avec un placebo seul, ou le ténofovir seul, ou un traitement antiviral sans ténofovir (zidovudine, lamivudine, telbivudine, emtricitabine, entécavir, lopinavir-ritonavir, ou toute autre thérapie antivirale), seul ou en association avec au moins deux autres antiviraux.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standard prévues par Cochrane. Les critères de jugement principaux comprenaient la mortalité infantile toutes causes confondues, la proportion de nourrissons avec des événements indésirables graves, la proportion de nourrissons avec une transmission mère-enfant du VHB, la mortalité maternelle toutes causes confondues et la proportion de mères avec des événements indésirables graves. Les critères de jugement secondaires comprenaient la proportion de nourrissons présentant des événements indésirables non considérés comme graves, la proportion de mères présentant un ADN (acide désoxyribonucléique) du VHB détectable (avant l'accouchement), la séroconversion de l'antigène e de l'hépatite B (AgHBe) de la mère en anticorps anti-HBe (avant l'accouchement) et les événements indésirables maternels non considérés comme graves. Nous avons utilisé RevMan Web pour effectuer les analyses et avons présenté les résultats, lorsque cela était possible, en utilisant un modèle à effets aléatoires et des risques relatifs (RR) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons effectué une analyse de sensibilité. Nous avons évalué le risque de biais en utilisant des domaines prédéfinis, évalué le niveau de confiance des données probantes en utilisant GRADE, contrôlé le risque d'erreurs aléatoires avec l’Analyse Séquentielle des Essais, et présenté les résultats des critères de jugement dans un tableau récapitulatif des résultats.

Résultats principaux: 

Cinq essais achevés ont été inclus, dont quatre ont fourni des données sur un ou plusieurs critères de jugement. Ils ont inclus un total de 533 participants randomisés pour recevoir des régimes de combinaison antiviraux à base de ténofovir (196 participants) par rapport à un groupe témoin (337 participants). Les groupes témoin ont reçu des traitements antiviraux non basés sur le ténofovir, soit sous forme de zidovudine seule (trois essais), soit sous forme d'une combinaison de zidovudine, de lamivudine et de lopinavir-ritonavir (cinq essais). Aucun des essais n'a utilisé de placebo ou de ténofovir seul. Tous les essais présentaient un risque de biais incertain. Quatre essais ont utilisé des analyses en intention de traiter. Dans l'essai restant, deux participants du groupe d'intervention et deux du groupe témoin ont été perdus de vue au suivi. Toutefois, les critères de jugement de ces quatre participants n'ont pas été décrits.

Régime de combinaison antiviral à base de ténofovir par rapport à un groupe témoin

Nous sommes très incertains quant à l'effet d'un régime de combinaison antiviral à base de ténofovir par rapport à un groupe témoin sur la mortalité infantile toutes causes confondues (RR 2,24, IC à 95 % 0,72 à 6,96 ; participants = 132 ; essais = 1 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible) ; sur la proportion de nourrissons présentant des événements indésirables graves (RR 1,76, IC à 95 % 1,27 à 2,43 ; participants = 132 ; essais = 1 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible) et la proportion de mères ayant subi des événements indésirables graves (RR 0,90, IC à 95 % 0,62 à 1,32 ; participants = 262 ; essais = 2 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). Aucun essai n'a rapporté de données sur la proportion de nourrissons avec transmission mère-enfant du VHB et la mortalité maternelle toutes causes confondues.

Nous sommes également très incertains quant à l'effet des régimes de combinaison antiviraux à base de ténofovir par rapport à un groupe témoin sur la proportion de nourrissons présentant des événements indésirables non considérés comme graves (RR 0,94, IC à 95 % 0,06 à 13,68 ; participants = 31 ; essais = 1 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible), et sur la proportion de mères présentant un ADN du VHB détectable (avant l'accouchement) (RR 0.66, IC à 95 % 0,42 à 1,02 ; participants = 169 ; essais = 2 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). Aucun essai n'a rapporté de données sur la séroconversion de l'antigène e de l'hépatite B (AgHBe) à l'anticorps HBe chez la mère (avant l'accouchement) et sur les événements indésirables maternels qui n'ont pas été considérés comme graves. Tous les essais ont bénéficié du soutien de l'industrie.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Eliane Denise Bahbouth et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.