La ranolazine pour les personnes atteintes d’angor (angine de poitrine) stable

Problématique de la revue

Nous voulions savoir si la ranolazine (un médicament pour prévenir l'angor) était plus efficace qu'un faux médicament (placebo) ou que d'autres médicaments pour traiter l'angor stable.

Contexte

L'angor (angine de poitrine) est une douleur thoracique soudaine causée par un manque d'oxygène dans le cœur ou par d'autres facteurs de stress. Les personnes dont l'angor est stable voient les symptômes se manifester selon un schéma prédictible. L’effort physique aggrave l’angor tandis que le repos ou certains médicaments le soulagent. La ranolazine est un médicament relativement nouveau pour les personnes souffrant d’angor qui prennent déjà d'autres médicaments pour la traiter.

Date des recherches

Les données probantes sont à jour jusqu'à février 2016.

Sources de financement des études

La plupart des études étaient entièrement (9/17) ou partiellement (3/17) financées par des sociétés pharmaceutiques, deux n'ont reçu aucun financement externe et trois n'ont pas déclaré de sources de financement.

Caractéristiques des études

Nous avons inclus 17 études regroupant un total de 9 975 participants adultes et qui ont duré entre 1 et 92 semaines.

Résultats principaux

Nous avons uniquement comparé la ranolazine et le placebo parce que peu de données étaient disponibles pour d'autres comparaisons. Les preuves étaient incertaines quant à l'effet de la ranolazine (1000 mg administrés deux fois par jour en tant qu’unique traitement) chez les personnes souffrant d'angor stable sur le risque de mourir de causes cardiaques. Nous n’avons pas trouvé de preuve d’un impact de la ranolazine sur le risque de mourir de causes non cardiaques.

Bien que les preuves soient incertaines quant à l'effet de la ranolazine à raison de 1 000 mg deux fois par jour sur le risque de décès (toutes causes confondues), sur la qualité de vie, sur l’éventualité d’une crise cardiaque ou sur la fréquence des crises d'angor (pour la ranolazine prise seule), la ranolazine a tout de même légèrement réduit le nombre de crises d'angor par semaine lorsqu'elle était administrée avec d'autres médicaments anti-angineux. La prise de 1000 mg de ranolazine deux fois par jour a augmenté le risque de vertiges, de nausées et de constipation liés à la prise du médicament (effets indésirables légers).

Qualité des données probantes

Dans l'ensemble, la qualité des preuves a été jugée très faible en ce qui concerne le risque d'effets indésirables légers (chez les personnes ayant pris la ranolazine seule). Les preuves étaient également de faible qualité pour ce qui est d’estimer le risque de décès d'origine cardiaque (lorsque la ranolazine est prise seule) ou de toute autre cause, le risque de crise cardiaque et la fréquence des crises d'angor (lorsque la ranolazine est prise seule). Nous avons trouvé des preuves de qualité moyenne concernant la qualité de vie, la fréquence des crises d'angor et le risque de subir des effets indésirables légers (pour les personnes ayant pris de la ranolazine en même temps que d'autres médicaments anti-angineux).

Les preuves ont été jugées de faible qualité car les études comportaient des problèmes et n’avaient pas bien décrit leurs méthodes ; de plus, il n’y avait pas assez de données pour pouvoir calculer des estimations précises.

Conclusions des auteurs: 

Nous avons trouvé des preuves de très faible qualité montrant que les personnes souffrant d'angor stable ayant reçu la ranolazine en monothérapie couraient un risque accru de présenter des effets indésirables non graves par rapport à celles qui recevaient le placebo. Nous avons trouvé des preuves de faible qualité indiquant que chez les personnes atteintes d'angor stable ayant reçu la ranolazine, l’effet était incertain sur le risque de décès cardiovasculaire (pour la ranolazine administrée en monothérapie), de décès toutes causes confondues et d'IAM non mortel, et sur la fréquence des crises d'angor (pour la ranolazine administrée en monothérapie) en comparaison avec celles ayant reçu le placebo. Des données de qualité moyenne ont indiqué que chez les personnes souffrant d'angor stable ayant reçu de la ranolazine, l’effet sur la qualité de vie était incertain par rapport aux personnes ayant reçu un placebo. Des données probantes de qualité moyenne ont également indiqué que les personnes souffrant d'angor stable ayant reçu de la ranolazine comme traitement d'appoint ont été sujettes à moins de crises d'angor mais elles couraient un risque accru de présenter des effets indésirables non graves en comparaison avec celles ayant reçu un placebo.

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Contexte: 

L'angor stable est une affection médicale chronique qui a un impact significatif sur la mortalité et la qualité de vie ; il peut être d'origine macrovasculaire ou microvasculaire. La ranolazine est un médicament anti-angineux de deuxième intention autorisé pour les personnes souffrant d'angor stable. Toutefois, les effets de la ranolazine sur les personnes souffrant d'angor sont considérés comme modestes et leur pertinence clinique est incertaine.

Objectifs: 

Evaluer l’impact de la ranolazine sur la mortalité cardiovasculaire et non cardiovasculaire, la mortalité toutes causes confondues, la qualité de vie, l'incidence des infarctus du myocarde aigus, la fréquence des crises d'angor et l'incidence des effets indésirables chez les patients souffrant d'angor stable, en monothérapie ou en traitement d'appoint, en comparaison avec un placebo ou tout autre agent anti-angineux.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans CENTRAL, MEDLINE, Embase et dans le Conference Proceedings Citation Index - Science en février 2016, ainsi que dans les bases de données régionales et les registres d'essais. Nous avons également examiné les listes de référence des articles.

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) qui comparaient directement les effets de la ranolazine à ceux d'un placebo ou à d'autres anti-angineux chez des personnes souffrant d'angor stable étaient admissibles pour inclusion.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont sélectionné des études de façon indépendante, en ont extrait les données et ont évalué le risque de biais. Les estimations des effets du traitement ont été calculées à l'aide du risque relatif (RR), des différences moyennes (DM) et des différences moyennes standardisées (DMS) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 % en utilisant un modèle à effets fixes. Lorsque nous avons constaté une hétérogénéité statistiquement significative (Chi² P < 0,10), nous avons utilisé un modèle à effets aléatoires pour regrouper les estimations. Aucune méta-analyse n'a été réalisée là où nous avons constaté une grande hétérogénéité (I² ≥ 75%). Nous avons utilisé les critères GRADE pour évaluer la qualité des preuves et le profileur GRADE (GRADEpro GDT) pour importer les données depuis le logiciel Review Manager 5.3 afin de créer les tableaux « Synthèse des résultats ».

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 17 ECR (9 975 participants, âge moyen de 63,3 ans). Nous avons trouvé très peu (ou pas du tout) de données pour établir la plupart des comparaisons prévues. Des données synthétiques ont été utilisées pour établir des comparaisons entre la ranolazine et le placebo. Dans l'ensemble, le risque de biais a été jugé imprécis.

En ce qui concerne l’utilisation de la ranolazine comme adjuvant par rapport au placebo, il n’y avait pas de données disponibles pour estimer la mortalité cardiovasculaire et celle non cardiovasculaire. Nous avons constaté une incertitude quant à l'effet de la ranolazine sur : la mortalité toutes causes confondues (1000 mg deux fois par jour, RR 0,83, IC à 95 % 0,26 à 2,71 ; 3 études, 2053 participants ; données probantes de faible qualité) ; la qualité de vie (toute dose, DMS 0,25, IC à 95 % -0,01 à 0.52 ; 4 études, 1 563 participants ; I² = 73 % ; données probantes de qualité moyenne) ; et l’incidence d’infarctus du myocarde aigu (IMA) non mortel (1 000 mg deux fois par jour, RR 0,40, IC à 95 % 0,08 à 2,07 ; 2 études, 1 509 participants ; données probantes de faible qualité). L'ajout de ranolazine à raison de 1 000 mg deux fois par jour a réduit l’intensité des crises d'angor (DM -0,66, IC à 95 % de -0,97 à -0,35 ; 3 études, 2004 participants ; I² = 39 % ; données probantes de qualité moyenne) mais a augmenté le risque d'apparition d’effets indésirables non graves (RR de 1,22, IC à 95 % de 1,06 à 1,40 ; 3 études, 2 053 participants ; données probantes de qualité moyenne).

Concernant la ranolazine en monothérapie par rapport au placebo, nous avons constaté un effet incertain sur la mortalité cardiovasculaire (1 000 mg deux fois par jour, RR 1,03, IC à 95 % 0,56 à 1,88 ; 1 étude, 2 604 participants ; données probantes de faible qualité). Aucune donnée n'était disponible pour estimer la mortalité non cardiovasculaire. Pour la ranolazine, nous avons également constaté un effet incertain sur la mortalité toutes causes confondues (1000 mg deux fois par jour, RR 1,00, IC à 95 % 0,81 à 1,25 ; 3 études, 6249 participants ; données probantes de faible qualité), la qualité de vie (1000 mg deux fois par jour, DM 0,28, IC à 95 % -1,57 à 2.13 ; 3 études, 2 254 participants ; données probantes de qualité moyenne), l'incidence des IAM non mortels (toute dose, RR 0,88, IC à 95 % -0,69 à 1,12 ; 3 études, 2 983 participants ; I² = 50 % ; données probantes de faible qualité) et la fréquence des épisodes d'angor (toute dose, DM 0,08, IC à 95 % -0,85 à 1,01 ; 2 études, 402 participants ; données probantes de faible qualité). Nous avons constaté un risque accru d’apparition des effets indésirables non graves associés à la ranolazine (toute dose, RR 1,50, IC à 95 % 1,12 à 2,00 ; 3 études, 947 participants ; données probantes de très faible qualité).

Notes de traduction: 

Post-édition : Manon Saudubray - Révision : Sarah Rehab (M2 ILTS, Université de Paris)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.