L'hydromorphone pour le traitement de la douleur liée au cancer

Contexte

Plus de 75 % des patients atteints de cancer développent des douleurs. Environ 30 à 50 % de ces personnes ont des douleurs modérées à sévères, qui peuvent avoir un impact négatif sur leur vie quotidienne. La douleur liée au cancer est un symptôme affligeant qui a tendance à s'aggraver au fur et à mesure de l'évolution de la maladie. L'hydromorphone peut aider à soulager ces symptômes.

La douleur liée au cancer est généralement traitée avec des médicaments tels que la morphine, l'oxycodone, le fentanyl ou l'hydromorphone. Cette revue visait à déterminer si l'hydromorphone est efficace pour soulager les symptômes de la douleur cancéreuse modérée à sévère.

Résultats

En avril 2016, nous avons recherché des essais cliniques examinant l'usage de l'hydromorphone chez les personnes souffrant de douleur cancéreuse modérée à sévère. Nous avons trouvé quatre petites études, mais bien menées, avec un total de 604 adultes (aucune des études n'incluait des enfants) comparant l'hydromorphone à l'oxycodone ou à de la morphine.

Sur la base des preuves de très faible qualité, nous n'avons trouvé aucune différence entre les groupes de traitement concernant l'intensité de la douleur et la plupart des patients présentaient un bon soulagement de la douleur. L'hydromorphone semblait aussi bien fonctionner que la morphine et l'oxycodone. Il y avait quelques effets secondaires, tels qu'une confusion, de la constipation et des diarrhées, mais en général, il n'y avait aucune différence entre les personnes prenant de l'hydromorphone et celles prenant de la morphine ou de l'oxycodone.

Conclusions

Les études n'ont pas fourni suffisamment de preuves de haute qualité pour pouvoir tirer des conclusions à partir de celles-ci ; cependant, sur la base de preuves de très faible qualité, l'hydromorphone semblait aussi bien fonctionner que la morphine ou l'oxycodone et les effets secondaires étaient semblables. L'hydromorphone a offert un soulagement constant de la douleur durant la nuit et pourrait être considérée pour une utilisation chez les personnes atteintes d'un cancer qui ont des difficultés à dormir en raison de douleurs.

Conclusions des auteurs: 

Cette revue a montré très peu de différence entre l'hydromorphone et d'autres opioïdes en termes d'efficacité analgésique. Les données recueillies dans cette revue ont montré que l'hydromorphone a eu un effet similaire sur l'intensité de la douleur rapportée par les participants comparé à l'effet rapporté pour l'oxycodone et pour la morphine. Les participants ont généralement obtenu une douleur légère ou moindre en prenant de l'hydromorphone, et le résultat était similaire avec les autres médicaments. L'hydromorphone a produit un effet analgésique constant durant la nuit et pourrait être considérée pour une utilisation chez les personnes souffrant de douleur reliée au cancer et présentant des troubles du sommeil. Cependant, la qualité globale des preuves était très faible, principalement en raison du risque de biais, de l'imprécision des estimations de l'effet et du biais de publication. Cette revue a uniquement inclus quatre études avec une taille d'échantillon limitée et un éventail de plans d'étude. Les données pour certains critères de jugement importants, tels que l'impact du traitement sur l'état de conscience, l'appétit ou la soif, n'étaient pas disponibles. Par conséquent, nous n'avons pas pu démontrer la supériorité ou l'infériorité de l'hydromorphone en comparaison avec d'autres analgésiques pour ces critères de jugement. Des recherches supplémentaires avec des échantillons plus larges et un recueil des données plus exhaustif sont nécessaires.

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Contexte: 

La douleur liée au cancer est un symptôme affligeant et important qui a tendance à s'intensifier et à devenir plus fréquent au fur et à mesure de la progression du cancer. Pour les patients atteints d'un cancer de stade avancé, la prévalence de la douleur peut atteindre les 90 %. Il a été estimé que 30 à 50 % des personnes atteintes de cancer évaluent leurs douleurs comme étant modérées à sévères, et entre 75 à 90 % des personnes atteintes de cancer souffrant de douleurs déclarent que celles-ci ont un impact majeur sur leur vie quotidienne. Des études épidémiologiques suggèrent qu'environ 15 % des personnes souffrant de douleur liée au cancer ne parviennent pas à obtenir un soulagement acceptable de la douleur avec une prise en charge classique. Des douleurs incontrôlées peuvent conduire à une détresse psychologique et physique et peuvent, par conséquent, avoir un effet considérable sur la qualité de vie des patients.

Objectifs: 

Déterminer l'efficacité analgésique de l'hydromorphone pour soulager la douleur liée au cancer, ainsi que l'incidence et la gravité de tous les événements indésirables.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés, MEDLINE, Embase et des registres d'essais cliniques jusqu'à avril 2016. Il n'y avait aucune restriction concernant la langue, le type de document ou le statut de publication dans la recherche.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l'hydromorphone à un placebo ou à d'autres médicaments actifs contre la douleur pour la douleur liée au cancer chez les adultes et les enfants. Les quatre critères de jugement principaux sélectionnés qui suivent ont été précédemment identifiés comme étant importants pour les personnes atteintes d'un cancer : la douleur dont l'intensité reste légère, et l'impact du traitement sur l'état de conscience, l'appétit et la soif. Nous n'avons pas pris en compte les mesures de la douleur rapportées par les médecins, infirmiers ou proches.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les données. Pour les résultats binaires, nous avons calculé le risque relatif (RR) et son intervalle de confiance à 95 % (IC), sur la base d'une intention de traiter. Pour les données continues, nous avons estimé la différence moyenne (DM) entre les groupes et ses IC à 95 %. Nous avons utilisé un modèle à effets aléatoires et évalué le risque de biais pour toutes les études incluses. Aucune méta-analyse n'a été réalisée sur les critères de jugement principaux dans cette revue en raison du manque de données. Nous avons évalué les données en utilisant le système GRADE et créé deux tableaux « Résumé des résultats ».

Résultats principaux: 

Nous avons inclus quatre études (604 participants adultes), comparant l'hydromorphone à l'oxycodone (deux études) ou à la morphine (deux études). Dans l'ensemble, les études incluses présentaient un risque de biais faible ou incertain ; celui-ci a été évalué comme étant incertain en raison de l'absence de détails sur la mise en aveugle de l'évaluation des résultats. Nous avons évalué trois études à risque élevé de biais du fait de potentiels conflits d'intérêts. Les données provenant de 504 participants étaient disponibles pour l'analyse. Nous avons recueilli des données sur le critère de l'intensité de la douleur mesurée sur une échelle visuelle analogique (EVA) (moyenne ± écart type (SD) : l'hydromorphone 28,86 ± 17,08, n = 19 ; l'oxycodone 30,30 ± 25,33, n = 12 ; échelle de 0 à 100 avec un score plus élevé indiquant une douleur plus accentuée), et la sous-échelle de la pire douleur sur 24 heures du Brief Pain Inventory (BPI) (moyenne ± écart type : l'hydromorphone 3,5 ± 2,9, n = 99 ; la morphine 4,3 ± 3,0, n = 101 ; échelle de 0 à 10 avec un score plus élevé indiquant une douleur plus accentuée). Les données ont démontré un effet similaire entre les groupes avec les deux comparaisons. Les données quant à l'intensité de la douleur ont montré que les participants dans les quatre essais ont obtenu des douleurs ne dépassant pas un seuil léger. Il y avait un certain nombre d'événements indésirables, certains étaient ceux attendus de la part des opiacés, tels que des nausées, une constipation et des vomissements ; d'autres n'étaient pas typiques des effets indésirables des opiacés (par exemple, la diminution de l'appétit, la fièvre et des étourdissements, comme indiqué dans le Tableau 1 dans la revue complète), mais généralement ceux-ci n'ont montré aucune différence entre les groupes. Il y avait trois décès dans le groupe recevant de la morphine pendant la période d'essai, qui ont été considérés comme étant dus à la progression de la maladie et sans lien avec l'usage du médicament. Dans trois essais plus de 10 % des participants ont quitté l'étude, mais les raisons et la proportion des abandons étaient équilibrées entre les groupes. La qualité globale des preuves était très faible, principalement en raison du risque élevé de biais, de l'imprécision des estimations de l'effet et du biais de publication. Il n'y avait pas de données disponibles pour les enfants ou pour d'autres critères de jugement importants pour les participants, tels que le soulagement de la douleur rapporté par les participants et l'impact du traitement sur l'état de conscience, l'appétit ou la soif.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.