Efficacité des médicaments psychostimulants pour la consommation abusive ou la dépendance aux amphétamines

La dépendance aux amphétamines constitue un problème de santé publique entrainant de nombreuses conséquences et complications. L'abus d'amphétamine se réfère à un modèle inadapté et dangereux de l'utilisation et est considéré comme étant moins grave que la dépendance. À ce jour, aucun traitement pharmacologique n’a été approuvé pour la consommation abusive ou la dépendance aux amphétamines et la psychothérapie reste la meilleure option de traitement.

La consommation d'amphétamines à long terme réduit le niveau de dopamine dans le cerveau. Les médicaments augmentant la dopamine et mimant les effets des amphétamines avec un faible risque de dépendance ont pu être utilisés en tant que thérapie de remplacement dans la dépendance aux amphétamines. Quelques psychostimulants ont récemment été étudiés à cette fin.

Dans cette revue, l'efficacité et l'innocuité des psychostimulants pour le traitement de la consommation abusive ou la dépendance aux amphétamines ont été étudiées. Nous avons trouvé onze études, totalisant 859 participants dépendants aux amphétamines, qui ont évalué les effets de quatre différents psychostimulants : le bupropion, la dexamphétamine, le méthylphénidate et le modafinil. Des interventions psychosociales ont en outre été fournies à tous les participants. Les études ont été menées aux États-Unis, en Australie ou en Europe du Nord et la durée des études était de 8 à 20 semaines.

Les psychostimulants n'ont pas permis de réduire la consommation d'amphétamines ou l'appétence des amphétamines et n'ont pas augmenté l'abstinence durable en comparaison avec un placebo. Le maintien dans le traitement était similaire et faible avec les deux traitements. Les psychostimulants n'ont pas augmenté le risque d'effets indésirables qui étaient suffisamment intense pour induire des sorties d'étude.

Des recherches supplémentaires à plus grande échelle et de plus longs essais sont nécessaires pour déterminer si les psychostimulants peuvent être utiles comme thérapie de substitution chez les patients atteints de consommation abusive ou de dépendance aux amphétamines. La conception des essais futurs devrait considérer lors du recrutement le niveau de dépendance, la puissance et la dose de psychostimulants administrés, la durée de l'essai et la représentativité des participants inclus.

Conclusions des auteurs: 

Les résultats de cette revue ne permettent pas de recommander l'utilisation de médicaments psychostimulants aux doses testées en tant que thérapie de substitution pour la consommation abusive ou la dépendance aux amphétamines. Les futures recherches pourraient modifier cette conclusion, étant donne que le nombre d'études incluses et de participants est limité et les informations sur les critères de jugement pertinents, tels que l'efficacité selon la gravité de la dépendance ou de l'appétence, sont encore manquantes.

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Contexte: 

La dépendance aux amphétamines est un problème de santé publique avec des conséquences médicales, psychiatriques, cognitives, juridiques et socio-économiques. À ce jour, aucun traitement pharmacologique n’a été approuvé pour cette pathologie et la psychothérapie reste le pilier du traitement. Ces dernières années, les psychostimulants ont été étudiés en tant que thérapie de substitution.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité de médicaments psychostimulants pour la consommation abusive ou la dépendance aux amphétamines. Les influences de type de médicament, le type de dépendance, les troubles morbides, le risque de biais des essais cliniques et la publication des données ont également été étudiés.

La stratégie de recherche documentaire: 

Des essais pertinents ont été recherchés dans les sources suivantes : PubMed (de janvier 1966 au 6 juin 2012), EMBASE (de janvier 1988 au 6 juin 2012), CENTRAL ( La Bibliothèque Cochrane, Numéro 5 sur 12, mai 2012), PsycINFO (de janvier 1985 au 6 juin 2012) et le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les drogues et l'alcool (juin 2012). Nous avons également consulté les références bibliographiques des essais identifiés, la liste des études qui citaient les essais inclus et les principaux registres électroniques d'essais en cours (ClinicalTrials.gov, Le système d’enregistrement international des essais cliniques et le registre européen des essais cliniques). Enfin, nous avons contacté des chercheurs afin de solliciter des informations concernant des essais non publiés. Les recherches incluaient une littérature autre que l’anglais.

Critères de sélection: 

Tous les essais randomisés, contrôlés par placebo, les essais cliniques en groupes parallèles étudiant l'efficacité ou l'innocuité des psychostimulants pour le traitement de la consommation abusive ou la dépendance aux amphétamines et menés auprès de patients externes.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé la procédure méthodologique standard prévue par la Collaboration Cochrane.

Résultats principaux: 

Onze études ont été incluses dans la revue (859 participants), examinant des psychostimulants dont le bupropion, la dexamphétamine, le méthylphénidate et le modafinil. Aucune différence significative n'était observée entre les psychostimulants et le placebo pour aucun des résultats d'efficacité. Le maintien dans l'ensemble des études était faible (50,4%). Les psychostimulants n'ont pas permis de réduire la consommation d'amphétamines (différence moyenne (DM) de -0,26, intervalle de confiance (IC) à 95%, de -0,85 à 0,33) ou l'appétence des amphétamines (DM de 0,07, IC à 95% de 0,44 à 0,59) et n'augmentaient pas l'abstinence durable (risque relatif (RR) 1,12, IC à 95% de 0,84 à 1,49). La proportion d'effets indésirables incluant les taux d'abandon était similaire pour les psychostimulants et un placebo (différence de risques (DR) 0,01, IC à 95% de 0,03 à 0,04). Les principaux résultats n'ont été modifiés dans aucune analyse en sous-groupes.

Notes de traduction: 
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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.