Traitement médicamenteux des infections pulmonaires par le virus respiratoire syncytial

Problématique de la revue

L'utilisation d'immunoglobulines chez de très jeunes enfants hospitalisés avec une infection pulmonaire par le virus respiratoire syncytial (VRS) réduit-elle le nombre de décès et la durée d’hospitalisation sans augmentation des effets indésirables, comparativement à un placebo (un faux médicament semblable qui n’a aucun effet) ?

Contexte

Le virus respiratoire syncytial est un virus commun qui peut infecter les poumons et les voies respiratoires. Chaque année, des millions d'enfants sont traités à l'hôpital pour le VRS, qui peut entraîner de graves maladies et la mort. La majorité de ces décès survient dans les pays à faible revenu. Dans les pays à revenu élevé, la majorité des décès associés à l'infection pulmonaire par le VRS survient chez les nourrissons et les jeunes enfants atteints d'autres maladies.

Les immunoglobulines, aussi connues sous le nom d’anticorps, sont un type de molécule normalement produite par les globules blancs lors d’une infection. Les immunoglobulines peuvent reconnaître les virus (comme le VRS), s'y fixer et aider à les détruire. Les immunoglobulines peuvent être produites artificiellement et administrées aux enfants qui ne produisent pas leurs propres anticorps anti-VRS. Certaines études ont montré que les immunoglobulines sont utiles pour prévenir l'infection par le VRS chez les enfants à risque élevé d'infection. Elles peuvent également être utilisées comme traitement lorsqu'une infection par le VRS est déjà présente, mais l'efficacité et l'innocuité des immunoglobulines pour cette utilisation sont inconnues.

Date de recherche

La recherche de données se fit jusqu'au 6 novembre 2018.

Caractéristiques des études

Nous avons inclus sept essais contrôlés randomisés (études dans lesquelles les participants sont assignés à un des deux groupes, ou plus, de traitement à l'aide d'une méthode aléatoire) qui ont comparé les effets des immunoglobulines à un placebo chez 486 jeunes enfants hospitalisés pour une infection pulmonaire due au VRS. Tous les essais ont été menés dans des sites aux États-Unis ; trois essais comprenaient des enfants de pays d'Amérique du Sud (Chili et Panama) ; et un essai comprenait également des enfants de Nouvelle-Zélande et d'Australie. Les essais ont été publiés entre 1987 et 2014.

Sources de financement de l’étude

Cinq essais ont été soutenus par le fabricant de l'immunoglobuline testée dans les études. Un essai a été soutenu par un organisme gouvernemental, et un essai n'a pas décrit comment il était financé.

Principaux résultats

Les immunoglobulines n'ont pas semblé plus efficaces que le placebo pour prévenir les décès chez les jeunes enfants infectés par le VRS, bien que peu de décès soient survenus dans les essais. Les immunoglobulines administrées aux enfants hospitalisés pour une infection pulmonaire due au VRS n'ont pas diminué le temps passé à l'hôpital. Les enfants traités par immunoglobulines ont souffert d’ effets indésirables de toute gravité ou sévérité et d’effets indésirables considérés comme graves (comme une insuffisance respiratoire) aussi souvent que les enfants traités par placebo. Il n'y avait aucune différence entre les immunoglobulines et le placebo pour les autres critères de jugement mesurés dans les essais, comme le besoin d'oxygène ou l'admission en soins intensifs. Des données sur les populations dans lesquelles le taux de mortalité par infection par le VRS est plus élevé manquent.

Qualité des données

La qualité des données était faible ou très faible, ce qui signifie que l'effet réel du traitement par immunoglobulines chez les jeunes enfants hospitalisés pour une infection pulmonaire par le VRS peut être très différent des résultats de cette revue.

Conclusions des auteurs: 

Nous n'avons pas trouvé suffisamment de données probantes concernant l’existence d'une différence entre les immunoglobulines et le placebo pour les critères de jugement de la revue. Nous avons évalué les données probantes sur les effets des immunoglobulines dans le traitement de l'infection des voies respiratoires basses par le VRS chez les nourrissons et les jeunes enfants hospitalisés comme étant de faible ou très faible certitude en raison du risque de biais et d'imprécision. Nous ne connaissons pas avec certitude les effets des immunoglobulines sur ces critères de jugement, et l'effet réel pourrait être très différent des effets rapportés dans cette revue. Tous les essais ont été réalisés dans des pays à revenu élevé, et des données sur les populations dans lesquelles le taux de mortalité par infection par le VRS est plus élevé manquent.

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Contexte: 

Des millions d'enfants sont hospitalisés chaque année en raison d'une infection par le virus respiratoire syncytial (VRS). Le traitement est favorable et les traitements actuels (par exemple les bronchodilatateurs inhalés, l’épinéphrine, la solution saline hypertonique nébulisée et les corticostéroïdes) sont inefficaces ou ont un effet limité. L'immunoglobuline du virus respiratoire syncytial est parfois utilisée à titre prophylactique pour prévenir l'admission à l'hôpital pour une maladie liée au VRS. Elle peut être envisagée pour le traitement d'une infection par le VRS grave et établie ou pour un traitement chez un hôte immunodéprimé, bien qu’elle ne soit pas homologuée à cette fin. L’efficacité des immunoglobulines dans l’amélioration des critères de jugement, lorsqu'elles sont utilisées comme traitement de l'infection par le VRS établie chez les nourrissons et les jeunes enfants admis à l'hôpital, reste incertaine.

Objectifs: 

Évaluer les effets des immunoglobulines dans le traitement des infections des voies respiratoires basses établies comme étant par le VRS chez les enfants âgés de moins de trois ans admis à l'hôpital.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans le Registre central des essais contrôlés de Cochrane (en anglais : Cochrane Central Register of Controlled Trials, CENTRAL), qui contient le Registre spécialisé du Groupe des infections respiratoires aiguës de Cochrane, Ovid MEDLINE, Embase, CINAHL et Web of Science (du début au 6 novembre 2018) sans restriction. Nous avons fait des recherches dans deux registres d'essais pour identifier les essais en cours (jusqu'au 30 mars 2018), vérifié les listes de références de revues et inclus des articles pour des études supplémentaires.

Critères de sélection: 

Des essais contrôlés randomisés comparant les immunoglobulines à un placebo chez des nourrissons et enfants jusqu’à trois ans, hospitalisés et ayant reçu le diagnostic d’infection des voies respiratoires basses par le VRS.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de l'étude ont indépendamment sélectionné des essais, évalué le risque de biais et extrait des données. Nous avons évalué la qualité des données à l'aide de GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus sept essais portant sur 486 nourrissons et enfants de moins de trois ans. Les préparations d'immunoglobulines utilisées dans ces essais comprenaient l'immunoglobuline anti-VRS et les préparations d'anticorps monoclonaux palivizumab et motavizumab. Nous avons évalué les critères de jugement principaux que sont la mortalité, la durée du séjour à l'hôpital et les événements indésirables comme étant des données probantes de faible ou très faible certitude en raison du risque de biais et d'imprécision. Tous les essais ont été menés dans des sites situés dans des pays à revenu élevé (États-Unis, Chili, Nouvelle-Zélande, Australie), avec deux études comprenant un site dans un pays à revenu intermédiaire (Panama). Cinq des sept études ont été " supportées" ou " sponsorisées" par les fabricants du médicament de l'essai.

Nous n'avons pas trouvé des données probantes supportant l’existence d'une différence entre les immunoglobulines et le placebo pour la mortalité (ratio de risque (RR) 0,87, intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,14 à 5,27 ; 3 essais ; 196 enfants ; 4 décès ; 2 décès parmi 98 enfants recevant des immunoglobulines et 2 décès parmi 98 enfants recevant le placebo. Un autre décès est survenu au cours d'un quatrième essai ; toutefois, le groupe d'étude de l'enfant n'était pas connu et les données n'ont pas été inclues dans l'analyse ; données probantes de très faible certitude) et la durée d’hospitalisation (différence moyenne -0,70, IC à 95 % -1,83 à 0,42 ; 5 essais ; 324 enfants ; données probantes de faible certitude). Il n'y avait pas des données probantes de différence entre les immunoglobulines et le placebo en ce qui concerne les effets indésirables de toute gravité ou sévérité (rapportés par cinq essais) ou aux effets indésirables graves (quatre essais) (RR pour toute gravité 1,18, IC à 95% 0,78 à 1,78 ; 340 enfants ;données probantes de faible certitude et pour les effets indésirables graves 1,08, IC à 95 % 0,65 à 1,79 ; 238 enfants ; données probantes de faible certitude).

Nous n'avons pas trouvé des données probantes de l’existence d'une différence significative entre les immunoglobulines et le placebo pour les critères de jugement secondaires. Nous avons identifié un essai en cours.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Carole Lescure et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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