Anti-inflammatoires non stéroïdiens oraux comparés à d'autres analgésiques oraux pour les entorses, les foulures et les ecchymoses

Introduction et objectifs

Les entorses, les foulures et les ecchymoses sont des blessures courantes, et les personnes qui en souffrent ont souvent besoin d'un soulagement de la douleur, administré sous forme de comprimé ou de capsule qui est avalé (par voie orale). De nombreux types d'analgésiques oraux sont disponibles pour traiter de telles blessures. Nous voulions savoir s'il y avait des différences dans la douleur, le gonflement, le fonctionnement ou les effets secondaires indésirables des personnes lorsque les entorses, les foulures et les ecchymoses étaient traitées avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens oraux (AINS, par exemple l'ibuprofène) par rapport au paracétamol, aux opioïdes (par exemple la codéine), aux médecines complémentaires ou alternatives, ou à des combinaisons de ceux-ci.

Il s'agit d'une mise à jour d'une revue Cochrane publiée en 2015.

Comment avons-nous procédé ?

Nous avons consulté des bases de données médicales jusqu'en janvier 2020 pour trouver des études comparant les AINS à d'autres analgésiques chez des personnes souffrant d'entorses, de foulures et d'ecchymoses. Les participants à l'étude pouvaient être de tout âge. Nous avons évalué les études incluses pour juger du niveau de confiance (certitude) des données probantes. Nous avons classé les données probantes selon qu'ils sont d'un niveau de confiance élevé, modéré, faible ou très faible. Un niveau de confiance élevé signifie que nous avons confiance dans les données probantes, un niveau de confiance modéré signifie que nous sommes assez confiants, un niveau de confiance faible ou très faible signifie que nous sommes incertains ou très incertains de la fiabilité des données probantes.

Résultats de notre recherche et description des études

Nous avons inclus 20 études, avec 3305 participants. Sept études ont porté sur des personnes souffrant uniquement d'une entorse de la cheville. Trois études n'ont porté que sur les enfants. La plupart des participants aux autres études étaient de jeunes adultes, et il y avait un peu plus d'hommes que de femmes. Peu de participants étaient âgés de plus de 65 ans. Onze études ont comparé les AINS au paracétamol, six études ont comparé les AINS aux opioïdes et quatre études ont comparé les AINS au paracétamol combiné à un opioïde. Les études ont rapporté des critères de jugement variant d'une heure après la prise du médicament à 10 à 14 jours.

Principaux résultats

Il n'y a pas de différence entre les AINS et le paracétamol en ce qui concerne la douleur après une à deux heures, ou après deux à trois jours (données probantes d’un niveau de confiance élevé), et il pourrait n'y avoir aucune différence après une semaine ou plus (données probantes d’un niveau de confiance faible). Il existe des données probantes d’un niveau de confiance faible indiquant que les AINS pourraient faire une petite différence à l’enflure après une semaine ou plus. Nous ne savons pas si les AINS font une différence au retour au fonctionnement après une semaine ou plus (données probantes d’un niveau de confiance très faible). Il existe peu de des données probantes d’un niveau de confiance faible indiquant que les AINS pourraient légèrement augmenter les effets secondaires indésirables liés à l'intestin.

Il n'y a probablement pas de différence entre les AINS et les opioïdes en ce qui concerne la douleur à une heure (données probantes d’un niveau de confiance modéré), et il pourrait n'y avoir aucune différence quatre ou sept jours après la prise du médicament (données probantes d’un niveau de confiance faible). Nous ne savons pas si les AINS font une différence dans le gonflement après 10 jours (données probantes d’un niveau de confiance très faible). Il existe des données probantes d’un niveau de confiance faible indiquant que les AINS pourraient augmenter le retour au fonctionnement en 7 à 10 jours. Il existe des données probantes d’un niveau de confiance modéré indiquant que les AINS entraînent probablement moins d'effets secondaires indésirables, comme les nausées et les vertiges, que les opioïdes.

Les données probantes suggèrent qu'il y a peu ou pas de différence entre les AINS et le paracétamol associé aux opioïdes en ce qui concerne la douleur, le gonflement, le retour au fonctionnement ou les effets secondaires indésirables. Cependant, les données probantes étaient très peu concluantes, et nous sommes donc incertains de ces résultats.

Aucune étude n’a signalé le risque de se re-blesser après le traitement.

Nous n'avons trouvé aucune étude comparant les AINS avec les médecines complémentaires ou alternatives.

Conclusions

L'ensemble des données probantes recueillies à ce jour n'a révélé aucune différence entre les AINS et les autres antidouleurs pour soulager la douleur des foulures, entorses et ecchymoses chez les jeunes. Cependant, nous avons besoin de plus de données probantes, de meilleure qualité, sur le retour au fonctionnement et les effets secondaires indésirables dans toutes les tranches d'âge, en particulier chez les personnes âgées.

Conclusions des auteurs: 

Par rapport au paracétamol, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ne font pas de différence pour la douleur à une ou deux heures et à deux ou trois jours, et pourraient ne pas faire de différence au septième jour ou au-delà. Les AINS pourraient entraîner une légère augmentation des effets indésirables gastro-intestinaux et pourraient ne faire aucune différence dans les effets indésirables neurologiques par rapport au paracétamol.

Par rapport aux opioïdes, les AINS ne font probablement aucune différence pour la douleur à une heure, et pourraient ne pas faire de différence au quatrième ou au septième jour. Les AINS entraînent probablement moins d'effets indésirables gastro-intestinaux et neurologiques que les opioïdes.

Des données probantes d’un niveau de confiance très faible concernant tous les critères de jugement des AINS par rapport au paracétamol avec les analgésiques combinés aux opioïdes signifient que nous ne sommes pas sûrs de constater l'absence de différences en matière de douleur ou d'effets indésirables.

Les données probantes actuelles ne doivent pas être extrapolées aux adultes de plus de 65 ans, car ce groupe n'était pas bien représenté dans les études

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Contexte: 

Les lésions aiguës des tissus mous sont fréquentes et coûteuses. Le meilleur traitement médicamenteux pour de telles blessures n'est pas certain, bien que les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) soient souvent recommandés. On s’inquiète de l’utilisation d’opioïdes oraux pour la douleur aiguë menant à la dépendance. Il s'agit d'une mise à jour d'une revue Cochrane publiée en 2015.

Objectifs: 

Évaluer les bénéfices et les risques des AINS par rapport à d'autres analgésiques oraux pour le traitement des lésions aiguës des tissus mous.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL, 2020 Issue 1, MEDLINE (de 1946) et Embase (de 1980) jusqu'en janvier 2020 ; d'autres bases de données ont été consultées jusqu'en février 2019.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés ou quasi-randomisés impliquant des personnes souffrant de lésions aiguës des tissus mous (entorse, foulure ou ecchymose d'une articulation, d'un ligament, d'un tendon ou d'un muscle survenant dans les 48 heures suivant l'inclusion dans l'étude), et comparant les AINS oraux au paracétamol (acétaminophène), à l'opioïde, au paracétamol plus opioïde, ou à la médecine complémentaire et alternative. Les résultats ont été la douleur, le gonflement, le fonctionnement, les effets indésirables et une nouvelle blessure précoce.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont évalué indépendamment les études pour l'éligibilité, ont extrait des données et ont évalué le risque de biais. Nous avons évalué la qualité des données probantes à l'aide de la méthodologie GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 20 études, avec 3305 participants. Trois études n'ont porté que sur les enfants. Les autres comprenaient principalement de jeunes adultes ; environ 60% étaient des hommes. Sept études ont recruté des personnes souffrant uniquement d'une entorse de la cheville. La plupart des études présentaient un risque de biais faible ou peu clair ; cependant, deux d'entre elles présentaient un risque élevé de biais de sélection, trois un risque élevé de biais dû à l'absence de mise en aveugle et cinq un risque élevé de biais de déclaration sélective des critères de jugement. Certaines données probantes relatives au soulagement de la douleur étaient d’un niveau de confiance élevé. D'autres données probantes étaient d’un niveau de confiance modéré, faible ou très faible, reflétant les limites de l'étude, le caractère indirect, l'imprécision ou des combinaisons de ces éléments. Ainsi, nous sommes certains ou moyennement certains de certaines estimations, et incertains ou très incertains d'autres.

Onze études, portant sur 1853 participants, ont comparé les AINS au paracétamol. Aucune différence n'a été constatée entre les deux groupes en ce qui concerne la douleur à une ou deux heures (1178 participants, 6 études ; données probantes d’un niveau de confiance élevé), à un ou trois jours (1232 participants, 6 études ; données probantes d’un niveau de confiance élevé) et au septième jour ou plus tard (467 participants, 4 études ; données probantes d’un niveau de confiance faible). Il y a eu peu de différence entre les groupes en ce qui concerne le nombre de participants avec un gonflement minimal au septième jour ou plus tard (77 participants, 1 étude ; données probantes d’un niveau de confiance faible). Des données probantes d’un niveau de confiance très faible provenant de trois études (386 participants) signifie que nous ne sommes pas sûrs des résultats indiquant une petite différence entre les deux groupes en ce qui concerne le retour au fonctionnement au septième jour ou plus tard. Dix études (1504 participants) ont démontré avec des données probantes d’un niveau de confiance faible que les AINS pourraient légèrement augmenter le risque d'effets indésirables gastro-intestinaux par rapport au paracétamol. Neuf études (1679 participants) ont démontré avec des données probantes d’un niveau de confiance faible qu'il y avait peu de différence entre les groupes AINS et paracétamol en ce qui concerne les effets indésirables neurologiques.

Six études, impliquant 1212 participants, ont comparé les AINS aux opioïdes. Il y avait des données probantes d’un niveau de confiance modéré indiquant qu’il n’y a pas de différence entre les groupes en ce qui concerne la douleur à une heure (1058 participants, 4 études), et des données probantes d’un niveau de confiance faible indiquant qu’il n’y a pas de différence en ce qui concerne la douleur au quatrième ou septième jour (706 participants, 1 étude). Il y avait des données probantes d’un niveau de confiance très faible indiquant qu’il n’y avait pas de différence importante entre les groupes en matière de gonflement (84 participants, 1 étude). Les participants du groupe AINS étaient plus susceptibles de reprendre leurs fonctions dans un délai de 7 à 10 jours (542 participants, 2 études ; données probantes d’un niveau de confiance faible). Il y avait des données probantes d’un niveau de confiance modéré (1143 participants, 5 études) indiquant que les AINS étaient moins susceptibles de provoquer des effets indésirables gastro-intestinaux ou neurologiques que les opioïdes.

Quatre études, impliquant 240 participants, ont comparé les AINS avec la combinaison de paracétamol et d'un opioïde. L'applicabilité des résultats de ces études est remise en question car les agents analgésiques combinés dextropropoxyphène utilisés ne sont plus d'usage courant. Des données probantes d’un niveau de confiance très faible signifie que nous sommes incertains des résultats de l'absence de différence entre les deux interventions en ce qui concerne le nombre de personnes ne ressentant que peu ou pas de douleur au premier jour (51 participants, 1 étude), au troisième jour (149 participants, 2 études) ou au septième jour (138 participants, 2 études), le gonflement (230 participants, 3 études), le retour au fonctionnement au septième jour (89 participants, 1 étude) et le risque d'effets indésirables gastro-intestinaux ou neurologiques (141 participants, 3 études).

Aucune étude n'a rapporté de taux de rechute.

Aucune étude n'a comparé les AINS aux médecines complémentaires et alternatives par voie orale,

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par David Robinson et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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