Disulfiram en tant que médicament pour le traitement de la dépendance à la cocaïne

La cocaïne se présente sous la forme d'une poudre à consommer par voie intranasale ou intraveineuse ou se fume sous forme de crack. La dépendance à la cocaïne peut provoquer des problèmes de santé publique majeurs en raison de ses répercussions psychologiques, sociales et médicales, notamment le développement de maladies infectieuses telles que le Sida, l’hépatite et la tuberculose. Aucun traitement pharmacologique éprouvé n'existe à ce jour pour la dépendance à la cocaïne. Le disulfiram est commercialisé pour le traitement de l'alcoolisme et il interfère avec le métabolisme de l'alcool. Il peut également se montrer utile dans le traitement de la dépendance à la cocaïne. Les données issues des essais contrôlés randomisés étayant l'utilisation clinique du disulfiram chez les personnes présentant une dépendance à la cocaïne sont limitées. Les auteurs de la revue ont identifié sept études contrôlées randomisées portant sur un total de 492 participants ayant reçu du disulfiram, un placebo, aucun traitement pharmacologique ou de la naltréxone en plus d'un traitement psychosocial. Leur âge moyen était de 38 ans et les études ont été réalisées sur des patients non hospitalisés pendant une durée moyenne de 12 semaines. Toutes les études, sauf une, ont été menées aux États-Unis. Cinq études portaient sur des patients présentant une dépendance à la cocaïne et un problème d'abus d'alcool ou de dépendance à l'alcool. Deux personnes recrutées présentant une addiction concomitante aux opiacés suivaient conjointement un traitement à la buprénorphine ou à la méthadone.

Le disulfiram avait tendance à entraîner moins de sorties d'étude liées au traitement psychosocial que le placebo (trois essais) ou la naltréxone (trois essais), mais cette tendance n'était pas statistiquement significative. Quant à l'évaluation de la consommation de cocaïne, les études individuelles étaient en faveur du disulfiram au niveau du nombre de semaines d'abstinence dans une comparaison sur quatre par comparaison au placebo et au niveau du nombre maximal de semaines consécutives d'abstinence et du nombre de personnes atteignant au moins trois semaines consécutives d'abstinence dans une étude comparant le disulfiram à l'absence de traitement pharmacologique.

Les études incluses n'ont pas spécifiquement étudié les effets indésirables du disulfiram lui-même ni le potentiel qu'il a d'augmenter les effets indésirables de l'alcool et de la cocaïne.

Conclusions des auteurs: 

Actuellement, il existe peu de données étayant l'utilisation clinique du disulfiram pour le traitement de la dépendance à la cocaïne. Des études randomisées doivent être réalisées à plus grande échelle pour étudier les critères de jugement pertinents et présenter les données de manière à permettre une comparaison des résultats entre les différentes études. Les résultats des études en cours seront ajoutés dès qu'ils seront disponibles.

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Contexte: 

La dépendance à la cocaïne est un trouble pour lequel il n’existe aucun traitement pharmacologique dont l’efficacité a été éprouvée, mais des avancées dans le domaine de la neurobiologie pourraient orienter le développement de médicaments futurs.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'acceptabilité du disulfiram contre la dépendance à la cocaïne

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans : PubMed, EMBASE, CINAHL (jusqu'à janvier 2008), le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL - The Cochrane Library, 1, 2009), les listes de référence d'essais, les principales ressources électroniques des essais en cours et les actes de conférence.

Critères de sélection: 

Des essais cliniques randomisés et contrôlés comparant le disulfiram seul ou associé à une intervention psychosociale avec l'absence d'intervention, avec un placebo, ou avec une autre intervention pharmacologique pour le traitement de la dépendance à la cocaïne.

Recueil et analyse des données: 

Trois relecteurs ont évalué la qualité des essais et extrait les données de façon indépendante.

Résultats principaux: 

Sept études, 492 participants, répondaient aux critères d'inclusion.

Disulfiram comparé au placebo : aucun résultat statistiquement significatif pour les sorties d'étude mais une tendance en faveur du disulfiram, deux études, 87 participants, RR 0,82 (IC à 95 % 0,66 à 1,03). Une autre étude, 107 participants, en faveur du disulfiram, a été exclue de la méta-analyse en raison de son hétérogénéité élevée, RR 0,34 (IC à 95 % 0,20 à 0,58). Pour la consommation de cocaïne, il a été impossible de regrouper les études primaires, et les résultats des études individuelles ont montré qu'une comparaison sur quatre était en faveur du disulfiram (nombre de semaines d'abstinence, 20 participants, DMP 4,50 (IC à 95 % 2,93 à 6,07).

Disulfiram comparé à la naltréxone : aucun résultat statistiquement significatif pour les sorties d'étude mais une tendance en faveur du disulfiram, trois études, 131 participants, RR 0,67 (IC à 95 % 0,45 à 1,01). Aucune différence significative pour la consommation de cocaïne n'a été observée dans la seule étude ayant examiné ce critère de jugement.

Disulfiram comparé à l'absence de traitement pharmacologique : pour la consommation de cocaïne : une différence statistiquement significative en faveur du disulfiram, une étude, deux comparaisons, 90 participants : nombre maximal de semaines consécutives d'abstinence, DMP 2,10 (IC à 95 % 0,69 à 3,51) ; nombre de sujets atteignant au moins 3 semaines consécutives d'abstinence, RR 1,88 (IC à 95 % 1,09 à 3,23).

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.