Pharmacothérapie contre les grincements de dents ou contractions des mâchoires pendant le sommeil (bruxisme du sommeil)

Contexte

Le bruxisme du sommeil se manifeste par plusieurs signes et symptômes : usure anormale des dents, fractures des dents, gêne au niveau des muscles de la mâchoire, douleurs ou sensibilité articulaires, maux de tête. Le traitement fait appel à des appareils dentaires tels que les attelles dentaires occlusales, à la psychothérapie et aux médicaments (pharmacothérapie). Les traitements pharmacologiques comprennent des médicaments tels que les benzodiazépines, les anticonvulsivants, les bêta-bloquants, les agents dopaminergiques, les antidépresseurs, les relaxants musculaires et autres. Toutefois, on sait peu de chose sur l'efficacité, l'innocuité et le suivi à long terme des médicaments employés contre le bruxisme du sommeil.

Caractéristiques des études

Nous avons cherché dans les bases de données scientifiques des essais cliniques comparant un médicament à un placebo (traitement fictif), à d'autres médicaments ou à l'absence de traitement chez des sujets de tous âges présentant un bruxisme du sommeil. Les preuves sont à jour à la date d'août 2014.

Principaux résultats

Au total, 18 études ont été identifiées et 7 d'entre elles incluses dans cette revue. Chaque étude portait sur un très petit nombre de participants (entre 7 et 16) et quatre d'entre elles étaient de qualité méthodologique modérée. L'amitriptyline (trois études), la bromocriptine (une étude), la clonidine (une étude), le propranolol (une étude), la lévodopa (Prolopa®) (une étude) et le tryptophane (une étude) ont été comparés à un placebo. L'amitriptyline et le L-tryptophane n'ont pas réduit l'activité des muscles de la mâchoire, mesurée par électromyographie. La bromocriptine, la clonidine, le propanolol et lévodopa n'ont pas réduit de façon significative le nombre d'épisodes de bruxisme par heure par rapport au placebo.

Qualité des preuves

La conclusion de cette revue systématique est qu'il n'y a pas suffisamment de preuves dans la littérature pour démontrer que les médicaments peuvent réduire le bruxisme du sommeil.

Conclusions des auteurs: 

Il n'y a pas suffisamment de preuves de l'efficacité de la pharmacothérapie dans le traitement du bruxisme du sommeil. Cette revue systématique met en évidence la nécessité d'autres ECR bien conçus, d'une durée suffisante, avec des échantillons plus importants et des méthodes adéquates de répartition et d'évaluation des résultats. Dans l'idéal, des ECR parallèles devraient être utilisés dans les futures études afin d'éviter le biais associé aux études croisées. Il est nécessaire de standardiser les résultats des essais contrôlés randomisés sur les traitements du bruxisme du sommeil.

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Contexte: 

Le bruxisme du sommeil est une activité des structures buccales caractérisée par des grincements de dents involontaires pendant le sommeil. Plusieurs formes de traitement ont été proposées pour ce trouble, suivant des stratégies comportementales, dentaires et pharmacologiques.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité d'une pharmacothérapie pour le traitement du bruxisme du sommeil par rapport à d'autres médicaments, à l'absence de traitement ou à un placebo.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (Numéro 8, 2014), MEDLINE (de 1966 à août 2014), EMBASE (de 1980 à août 2013) et LILACS (de 1982 à août 2014). Nous avons identifié des rapports supplémentaires dans les listes de références des rapports identifiés de revues concernant le traitement du bruxisme du sommeil. Aucune restriction de langue n'a été appliquée lors de ces recherches.

Critères de sélection: 

Nous avons sélectionné des essais contrôlés randomisés (ECR) ou quasi-ECR comparant des médicaments à d'autres médicaments, à l'absence de traitement ou à un placebo chez des sujets présentant un bruxisme du sommeil.

Recueil et analyse des données: 

Les auteurs de revues extrait les données et évalué la qualité des essais inclus de façon indépendante et en double. Nous avons discuté des différences jusqu'à parvenir à un consensus. En cas de désaccord persistant, nous avons consulté un troisième auteur de la revue. Nous avons contacté les auteurs des études primaires lorsque cela était nécessaire.

Résultats principaux: 

Nous avons identifié 18 ECR potentiellement pertinents, mais seulement 7 satisfaisaient les critères d'inclusion. Toutes les études comptaient un petit nombre de participants, allant de 7 à 16 personnes par étude, et étaient des études croisées. Trois études avaient un faible risque de biais et quatre autres un risque incertain. L'amitriptyline (trois études), la bromocriptine (une étude), la clonidine (une étude), le propranolol (une étude), la lévodopa (Prolopa®) (une étude) et le tryptophane (une étude) ont été comparés à un placebo. Les études évaluant la bromocriptine, la clonidine, le propranolol et la lévodopa rapportaient notre critère d'évaluation principal, à savoir les indices de l'activité motrice de bruxisme.

Les résultats étaient imprécis et compatibles avec un bénéfice, l'absence de différence ou un effet nocif. Les conclusions spécifiques pour chacun des médicaments, en fonction des critères d'évaluation spécifiques, sont les suivantes : 1. comparaison de l'amitriptyline avec un placebo pour l'activité par minute du masséter à l'électromyogramme (EMG) : différence moyenne standardisée (DMS) -0,28 (intervalle de confiance (IC) à 95 % de -0,91 à 0,34 ; P = 0,37), 2. comparaison de la bromocriptine avec un placebo pour les épisodes de bruxisme par heure : différence moyenne (DM) 0,60 (IC à 95 % de -2,93 à 4,13), le nombre de salves de bruxisme par heure : DM -2,00 (IC à 95 % de -53,47 à 49,47), le nombre de salves de bruxisme par épisode : DM 0,50 (IC à 95 % de -1,85 à 2,85) ou le nombre d'épisodes avec grincements : DM 2,40 (IC à 95 % de -24,00 à 28,80), 3. comparaison de la clonidine avec un placebo pour le nombre d'épisodes de bruxisme par heure : DM -2,41 (IC à 95 % de -4,84 à 0,02), 4. comparaison du propranolol avec un placebo pour le nombre d'épisodes de bruxisme par heure : DM de 1,16 (IC à 95 % de -1,89 à 4,21), 5. comparaison du L-tryptophane avec un placebo pour l'activité EMG du masséter par seconde : DMS 0,08 (IC à 95 % de -0,90 à 1,06) et 6. comparaison de la lévodopa avec un placebo pour les épisodes de bruxisme par heure de sommeil : DM -1,47 (IC à 95 % de -3,64 à 0,70) et les salves de bruxisme par épisode : DM 0,06 (IC à 95 % de -2,47 à 2,59).

Nous avons combiné plusieurs critères d'évaluation secondaires (durée du sommeil, activité EMG par minute du masséter et intensité de la douleur) dans une méta-analyse pour la comparaison de l'amitriptyline avec un placebo. Les résultats pour la plupart des comparaisons sont incertains en raison de l'imprécision statistique. Une étude a rapporté que la clonidine réduisait la durée du sommeil paradoxal (REM) et allongeait la deuxième phase du sommeil. Cependant, les résultats obtenus avec la clonidine pour les autres critères d'évaluation liés au sommeil sont incertains. Les effets indésirables étaient fréquents chez les sujets prenant de l'amitriptyline (somnolence, difficulté à se réveiller le matin, insomnies ou xérostomie chez 5 sujets sur 1 contre 0 sur 10 dans le groupe placebo) ou du propranolol (xérostomie modérée à sévère chez 7 sujets sur 16 contre 2 sur 16 dans le groupe placebo). La clonidine a été associée à une hypotension matinale prolongée chez 3 des 16 participants. L'utilisation de médicaments préventifs a évité tout effet indésirable chez les sujets traités avec la lévodopa et la bromocriptine.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.