Méthodes d'imagerie dentaire dans la détection de la carie dentaire précoce

Pourquoi est-il important d'améliorer la détection des caries dentaires ?
Les dentistes cherchent souvent à identifier les caries dentaires qui ont déjà atteint un niveau nécessitant une obturation. Si les dentistes étaient capables de détecter une carie dentaire alors qu'elle n’atteint encore que la couche superficielle de la dent (émail), il serait alors possible d'arrêter l’évolution de la carie et de prévenir le besoin d’obturation. Il est également important d'éviter un faux positif, à cause duquel un traitement pourrait être administré en l'absence de caries.

Quel est l’objectif de cette revue ?
Cette revue Cochrane visait à déterminer la précision des radiographies et autres types d'imagerie dentaire pour la détection des caries dentaires précoces dans le cadre du bilan dentaire des enfants et des adultes qui consultent leur dentiste généraliste. Les chercheurs de Cochrane ont inclus 77 études publiées entre 1986 et 2018 pour répondre à cette question.

Qu'étudie cette revue ?
Trois principaux types d'imagerie dentaire ont été étudiés dans cette revue : les radiographies (rayons X) analogiques ou numériques et l'imagerie tridimensionnelle (3D) (tomodensitométrie à faisceau conique (tDM à faisceau conique)). Nous avons étudié les caries sur les faces occlusales (surfaces de mastication des dents postérieures), les faces proximales (surfaces des dents voisines qui sont au contact les unes des autres) et les surfaces lisses.

Quels sont les principaux résultats de cette revue ?
Les chercheurs de Cochrane ont inclus 77 études portant sur un total de 15 518 sites ou surfaces dentaires, dont 63 % présentaient des caries de l'émail. Certaines de ces études ont rapporté plus d'un type d'imagerie, à la fois en denture permanente et primaire (dents de lait) ou sur différentes surfaces dentaires, ce qui nous a permis d'exploiter 104 ensembles de données. Si ces méthodes étaient utilisées par un dentiste pour un examen dentaire de routine, sur 1000 sites ou surfaces dentaires examinés :
- l'utilisation de ces méthodes indiquerait que 336 sites ou surfaces dentaires présentent une carie précoce, et parmi ceux-ci, 43 (13 %) ne présenteraient pas de maladie (diagnostic erroné - faux positif) ;
- sur les 664 sites dentaires dont le résultat indique l'absence de carie précoce, 337 (51%) auraient une carie précoce (diagnostic erroné - faux négatif).
Cette forte proportion de faux négatifs signifie que des signes précoces de carie seront omis. Les données probantes trouvées indiquent que les méthodes d'imagerie 3D étaient meilleures que les radiographies analogiques ou numériques pour identifier des signes précoces de la maladie, mais que les radiographies analogiques étaient meilleures pour identifier les surfaces dentaires exemptes de maladie.

Veuillez consulter la figure oralhealth.cochrane.org/imaging-modalities-inform-detection-and-diagnosis-early-caries.

Les résultats des études de cette revue sont-ils fiables ?
Nous n'avons inclus que les études qui évaluaient les dents saines ou celles que l'on pensait atteintes de caries précoces. En effet, les dents présentant une carie profonde sont plus faciles à identifier. Toutefois, quelques problèmes ont été relevés concernant la façon dont les études ont été menées . Ces méthodes pourraient donc sembler plus précises qu'elles ne le sont, ce qui augmente le nombre de résultats corrects. Nous avons jugé le niveau de confiance des données probantes comme étant faible en raison de la manière dont les études ont sélectionné leurs participants et du grand nombre d'études réalisées en laboratoire sur des dents extraites et de la variabilité des résultats.

À qui s’appliquent les résultats de cette revue ?
Les études incluses dans la revue ont été réalisées en Amérique du Sud, en Europe, en Asie et aux États-Unis. Un grand nombre d'études ont porté sur des dents extraites, tandis que les études cliniques ont été réalisées dans des centres dentaires hospitaliers ou des cabinets dentaires généralistes.

Quelles sont les implications de cette revue ?
Des données probantes d’un niveau de confiance faible suggèrent que l'imagerie dans la détection ou le diagnostic de la carie dentaire précoce pourrait entraîner une proportion relativement élevée de faux négatifs, laissant la possibilité à une maladie précoce de progresser. En l’absence de prise en charge, on perd les chances de proposer des soins professionnels ou auto-soins pour arrêter ou inverser le processus de carie dentaire précoce.

Cette revue est-elle à jour?
Les recherches électroniques menées ont utilisé des études publiées jusqu'au 31 décembre 2018.

Conclusions des auteurs: 

La conception et la réalisation d'études visant à déterminer la précision diagnostique des méthodes de détection et de diagnostic des caries in situ sont particulièrement difficiles. Des données probantes d’un niveau de confiance faible suggèrent que l'imagerie dans la détection ou le diagnostic des caries précoces pourrait avoir une faible sensibilité mais une spécificité acceptable, ce qui entraîne un nombre relativement élevé de faux négatifs laissant la possibilité à une maladie précoce de progresser. En l’absence de prise en charge, on perd les chances de proposer des soins professionnels ou auto-soins pour arrêter ou inverser le processus de carie dentaire précoce. La spécificité de la détection des lésions est cependant relativement élevée, et l'on pourrait dire que la mise en place d'un traitement non invasif (tel que l'utilisation de fluorure topique) présente probablement un faible risque.

La tomodensitométrie à faisceau conique (tDM à faisceau conique) a montré une sensibilité supérieure aux radiographies analogiques ou numériques, mais son applicabilité est très limitée pour le dentiste généraliste. En effet, compte tenu de la dose de rayonnement élevée et du risque d'artefacts semblables à des caries dans les restaurations existantes, son utilisation ne peut être justifiée dans la détection de routine des caries. Néanmoins, si des lésions carieuses incidentes précoces sont détectées dans des tDM à faisceau conique réalisés à d'autres fins, elles doivent être rapportées. La tDM à faisceau conique a le potentiel pour être utilisée comme examen de référence dans les études diagnostiques de ce type.

Malgré la méthodologie robuste appliquée dans cette revue globale, les résultats doivent être interprétés avec une certaine prudence en raison des insuffisances dans la conception et l'exécution de plusieurs des études incluses. Les recherches futures devraient évaluer la précision comparative des différentes méthodes, être entreprises dans un cadre clinique et se concentrer sur la réduction des biais résultant de l'utilisation de méthodes de référence imparfaites dans les études cliniques.

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Contexte: 

La détection et le diagnostic des caries le plus tôt possible sont fondamentaux pour la préservation du tissu dentaire et le maintien de la santé bucco-dentaire. Les radiographies ont traditionnellement été utilisées pour compléter l'examen clinique conventionnel visuel et tactile. Une détection et un diagnostic précis et opportuns des signes précoces de la maladie pourraient offrir aux patients la possibilité de recevoir un traitement moins invasif avec une destruction moindre des tissus dentaires, réduire le recours à des procédures thérapeutiques générant des aérosols, et entraîner potentiellement une réduction du coût des soins pour le patient et les services de santé.

Objectifs: 

Déterminer la précision diagnostique de différentes méthodes d'imagerie dentaire pour guider la détection et le diagnostic des caries dentaires coronaires non-cavitaires amélaires uniquement.

Stratégie de recherche documentaire: 

Le spécialiste de l'information du groupe Cochrane sur la santé bucco-dentaire a entrepris une recherche dans les bases de données suivantes : MEDLINE Ovid (1946 au 31 décembre 2018) ; Embase Ovid (1980 au 31 décembre 2018) ; le registre des essais en cours des US National Institutes of Health (ClinicalTrials.gov, au 31 décembre 2018) ; et le Système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'OMS (au 31 décembre 2018). Nous avons étudié des références bibliographiques ainsi que des articles de revues systématiques publiés.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus comme type d’études les études de précision diagnostique qui comparaient une méthode d'imagerie dentaire à une méthode de référence (histologie, curetage, examen visuel à l'aide d'aides optiques), les études qui évaluaient la précision diagnostique d’un seul test index et les études qui comparaient directement deux ou plusieurs tests index. Les études rapportant des données à l’échelle du patient ou de la surface de la dent ont été incluses. Les études in vitro et in vivo étaient éligibles à l’inclusion. Les études qui recrutaient explicitement des participants présentant des lésions plus avancées atteignant la dentine ou franchement cavitaires ont été exclues. Nous avons également exclu les études qui créaient artificiellement des lésions carieuses et celles qui utilisaient un test index pendant le curetage des caries dentaires pour déterminer la profondeur optimale de curetage.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont extrait les données de façon indépendante et en duplicata en utilisant un formulaire d'extraction de données standardisé et une évaluation de la qualité basée sur QUADAS-2 spécifique au contexte clinique. Les estimations de la précision diagnostique ont été déterminées en utilisant la méthode hiérarchique bivariée pour produire des points combinés de la sensibilité et de la spécificité avec des intervalles de confiance à 95 %. La précision comparative des différentes méthodes de radiographie a été effectuée sur la base de comparaisons indirectes et directes entre les méthodes. Les sources potentielles d'hétérogénéité ont été prédéfinies et explorées visuellement et de façon plus formelle par méta-régression.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 104 jeux de données provenant de 77 études et portant sur un total de 15 518 sites ou surfaces dentaires. Les méthodes d'imagerie les plus fréquemment rapportées étaient les radiographies analogiques (55 jeux de données provenant de 51 études) et les radiographies numériques (42 jeux de données provenant de 40 études), suivies de la tomodensitométrie à faisceau conique (tDM à faisceau conique) (7 jeux de données provenant de 7 études). Seules 17 études étaient des études in vivo, réalisées dans un contexte clinique. Les études n'ont pas été considérées comme présentant un faible risque de biais dans les quatre domaines, mais 16 études ont été jugées comme présentant un faible risque d'applicabilité dans tous les domaines. Le plus grand nombre d'études ont été jugées à haut risque de biais (43 études) pour le domaine sélection des patients ; 30, 12 et 7 études ont été jugées à haut risque de biais pour les domaines du test index, de la norme de référence et du débit et de la synchronisation respectivement.

Les études ont été synthétisées en utilisant une méthode hiérarchique bivariée de méta-analyse. Il y avait une variabilité importante dans les résultats des études individuelles, avec des valeurs de sensibilité allant de 0 à 0,96 et des valeurs de spécificité allant de 0 à 1,00. Pour toutes les méthodes d'imagerie, la sensibilité et la spécificité globales estimées étaient respectivement de 0,47 (intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,40 à 0,53) et de 0,88 (IC à 95 % de 0,84 à 0,92). Dans une cohorte de 1000 surfaces dentaires avec une prévalence de caries de l'émail de 63 %, ceci équivaudrait à 337 surfaces dentaires classées comme exemptes de maladie alors que des caries de l'émail étaient réellement présentes (faux négatifs), et 43 surfaces dentaires classées comme malades en l'absence de caries de l'émail (faux positifs). La méta-régression a indiqué que les mesures de précision différaient selon la méthode d'imagerie (Chi2(4) = 32,44, P < 0,001), la sensibilité la plus élevée étant observée pour la tDM à faisceau conique et la spécificité la plus élevée pour les radiographies analogiques. Les sources potentielles d'hétérogénéité spécifiées n'ont pas pu expliquer la variabilité des résultats. Les études n’ont pas inclus des dents restaurées dans son échantillon ou n'ont pas signalé l'inclusion de sealants.

Nous avons estimé que le niveau de confiance des données probantes était faible en ce qui concerne la sensibilité et la spécificité et nous avons abaissé de deux niveaux au total le risque de biais en raison des limites dans la conception et la réalisation des études incluses, du caractère indirect des études in vitro et de l'incohérence observée dans les résultats.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Kevimy Agossa et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.