Les cellules de la moelle osseuse dans la cardiomyopathie dilatée non ischémique

Problématique de la revue

Les cellules de la moelle osseuse sont-elles sûres et efficaces comme traitement de la cardiomyopathie dilatée (CMD) non ischémique ?

Contexte

La CMD est un trouble du muscle cardiaque avec une dilatation du cœur (le muscle cardiaque s'étire) et une contraction altérée, en l'absence d'hypertension artérielle, de valves cardiaques endommagées ou malades, ou de maladie cardiaque présente à la naissance ou liée à un infarctus du myocarde (crise cardiaque). La norme actuelle de traitement repose sur les médicaments et les dispositifs cardiaques. Cependant, la CMD reste l'une des principales causes de transplantation cardiaque chez l'adulte.

Les cellules souches sont des cellules spéciales produites dans la moelle osseuse et capables de se développer en de nombreux types de cellules différents. L'administration de cellules souches directement dans le muscle cardiaque a été proposée comme traitement alternatif pour réduire ou stopper la détérioration de la fonction cardiaque chez les personnes atteintes de CMD.

Caractéristiques des études

Nous avons sélectionné des essais contrôlés randomisés (ECR ; études cliniques dans lesquelles des personnes sont réparties de manière aléatoire dans l'un des deux groupes de traitement ou plus) comparant la perfusion de cellules souches issues de la moelle osseuse dans le muscle cardiaque avec le traitement standard (groupe témoin) chez des personnes atteintes de CMD. Nous avons effectué des recherches dans de multiples bases de données pour trouver les essais cliniques jusqu'au 10 novembre 2020.

Nous avons inclus 13 ECR impliquant 762 participants (452 recevant une thérapie par cellules souches et 310 témoins). Les essais cliniques ont porté sur des personnes présentant des symptômes graves de CMD ischémique (suite à une crise cardiaque) et non ischémique. Nous n'avons retenu que les données relatives à la CMD non ischémique.

Les études comprenaient en moyenne 60 personnes âgées d'environ 45 à 58,5 ans et 50 à 89 % d'hommes dans chaque essai clinique. Après la thérapie, les participants ont été évalués pendant six mois à cinq ans, la plupart après un an. Une étude a déclaré un financement privé alors que sept autres avaient un financement public ou gouvernemental, deux avaient un financement à but non lucratif, et quatre n'ont pas rapporté cette information.

Principaux résultats

La thérapie par cellules souches par rapport au groupe témoin : les données probantes de très faible qualité reflètent l'incertitude concernant la mortalité, les complications procédurales, la qualité de vie liée à la santé et la capacité d'exercice. Des données probantes de faible qualité suggèrent que la thérapie par cellules souches pourrait améliorer légèrement la détérioration de la fonction cardiaque et n'augmente pas le risque de battements cardiaques anormaux chez les personnes atteintes de CMD. Aucune étude n'a rapporté d'autres critères de jugement pertinents tels que des événements indésirables cardiaques majeurs.

La thérapie par cellules souches associé à la cytokine par rapport au groupe témoin : les données probantes de très faible qualité reflètent l'incertitude concernant la mortalité. Des données probantes de faible qualité suggèrent que la thérapie par cellules souches et la cytokine n'améliorent pas la qualité de vie liée à la santé, mais qu'elles pourraient améliorer la capacité d'exercice ainsi que certaines mesures physiologiques liées à la fonction cardiaque (bien qu'il ne soit pas clair dans quelle mesure ces derniers critères de jugement sont associés à des bénéfices cliniques pertinents pour les patients). Les résultats doivent donc être interprétés avec prudence. Les données probantes de très faible qualité reflètent l'incertitude concernant les complications procédurales. Aucune étude n'a pas rapporté sue les effets indésirables cardiaques majeurs ou de battements cardiaques anormaux.

En raison du nombre limité d'études, nous n'avons pas pu effectuer d'analyses pour déterminer quelles caractéristiques spécifiques de la thérapie par cellules souches et quelles caractéristiques cliniques des patients sont associées à de meilleurs résultats. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour établir le rôle de la thérapie par cellules souches dans le traitement de la CMD et les thérapies les plus efficaces.

Qualité des données probantes

Les données probantes de cette revue sont de qualité faible à très faible en raison du petit nombre d'événements, des résultats non similaires entre les études, du risque de biais et des problèmes liés au plan des études. En outre, les limitations dans le rapport de la plupart des études ont rendu difficile l'obtention et l'utilisation des informations pour parvenir à des conclusions plus claires.

Conclusions des auteurs: 

Nous sommes incertains quant à savoir si la thérapie par cellules souches chez les personnes atteintes de cardiomyopathie dilatée (CMD) réduit le risque de mortalité toutes causes confondues et de complications procédurales, améliore la qualité de vie liée à la santé (QVLS) et l'état de performance (capacité d'exercice). La thérapie par cellules souches pourrait améliorer la des cardiopathies selon la New York Heart Association (NYHA), par rapport aux Soins standard (pas de cellules).

De même, en comparaison avec le facteur de stimulation des colonies de granulocytes (G-CSF), nous ne savons pas non plus si la thérapie par cellules souches chez les personnes atteintes de CMD réduit le risque de mortalité toutes causes confondues, bien que certaines études de cette comparaison aient observé un effet favorable qui doit être interprété avec prudence. La thérapie par cellules souches n'améliore pas la QVLS mais pourrait améliorer dans une certaine mesure l'état de performance (capacité d'exercice). Les données probantes de très faible qualité reflètent l'incertitude concernant les complications procédurales. Ces effets bénéfiques suggérés de la thérapie par cellules souches, bien qu'incertains en raison du niveau de confiance très des données probantes, sont accompagnés d'effets favorables sur certaines mesures physiologiques de la fonction cardiaque

Actuellement, le mode d'administration le plus efficace de la thérapie par cellules souches et la population qui pourrait en bénéficier le plus ne sont pas clairs. Par conséquent, il semble raisonnable que l'utilisation de la thérapie par cellules souches chez les personnes atteintes de CMD soit limitée aux contextes de recherche clinique. Les résultats des études en cours sont susceptibles de modifier ces conclusions.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

La thérapie par cellules souches a été proposée comme traitement alternatif de la cardiomyopathie dilatée (CMD), mais son efficacité reste discutable.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et la tolérance de la thérapie par cellules souches chez les adultes atteints de CMD non ischémique.

Stratégie de recherche documentaire: 

En Novembre 2020, nous avons effectué des recherches dans CENTRAL de la Bibliothèque Cochrane, MEDLINE et Embase pour des essais pertinents Nous avons également effectué des recherches dans deux registres d'essais cliniques en mai 2020.

Critères de sélection: 

Les études éligibles étaient des essais contrôlés randomisés (ECR) comparant les cellules souches/progénitrices à l'absence de cellules chez les adultes atteints de CMD non ischémique. Nous avons inclus les co-interventions telles que l'administration d'agents mobilisateurs de cellules souches. Les études ont été classées et analysées en trois catégories selon l'intervention de comparaison, qui consistait en une absence d'intervention ou un placebo, une mobilisation cellulaire avec des cytokines ou un mode de thérapie par cellules souches différent.

Les deux premières comparaisons (aucune cellule dans le groupe témoin) ont servi à évaluer l'efficacité de la thérapie par cellules souches, tandis que la troisième (mode différent de thérapie par cellules souches) a permis de compléter la revue par des informations sur la tolérance et d'autres informations potentiellement utiles pour mieux comprendre les effets de la thérapie par cellules souches.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont examiné de manière indépendante toutes les références pour en vérifier l'éligibilité, évalué la qualité des essais et extrait les données. Nous avons entrepris une évaluation quantitative des données en utilisant des méta-analyses à effets aléatoires. Nous avons présenté l'hétérogénéité en utilisant la statistique I². Nous n'avons pas pu explorer les modificateurs d'effet potentiels par le biais d'analyses de sous-groupes, celles-ci ayant été jugées non informatives en raison du faible nombre d'essais disponibles. Nous avons évalué le niveau de confiance des données probantes en utilisant la méthode GRADE. Nous avons créé des tableaux récapitulatifs des résultats en utilisant GRADEpro GDT. Nous avons axé notre résumé des résultats sur la mortalité toutes causes confondues, la tolérance, la qualité de vie liée à la santé (QVLS), le statut de performance et les événements cardiovasculaires indésirables majeurs.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 13 ECR impliquant 762 participants (452 thérapie cellulaire et 310 contrôles). Une seule étude présentait un faible risque de biais dans tous les domaines. Les publications présentaient de nombreuses lacunes qui ne permettaient pas une évaluation précise du risque de biais dans de nombreux domaines. En raison de la nature de l'intervention, la principale source de biais potentiel était l'absence de mise en aveugle des participants (biais de performance). Très souvent, le format des données continues disponibles n'était pas idéal pour une utilisation dans la méta-analyse et nous a obligés à chercher des stratégies pour transformer les données dans un format utilisable.

Nous sommes incertains quant à savoir si la thérapie par cellules souches réduit la mortalité toutes causes confondues chez les personnes atteintes de CMD par rapport à l'absence d'intervention ou au placebo (suivi moyen de 12 mois) (risque relatif (RR) 0,84, intervalle de confiance (IC) à 95 % 0,54 à 1,31 ; I² = 0 % ; études = 7, participants = 361 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). Nous sommes incertains quant à savoir si la thérapie par cellules souches augmente le risque de complications procédurales associées à l'injection de cellules chez les personnes atteintes de CMD (les données n'ont pas pu être regroupées ; études = 7 ; participants = 361 ;données probantes d’un niveau de confiance très faible). . Nous sommes incertains quant à savoir si la thérapie par cellules souches améliore la QVLS (différence moyenne standardisée (DMS) 0,62, IC à 95 % 0,01 à 1,23 ; I² = 72 % ; études = 5, participants = 272 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible) et la capacité fonctionnelle (test de marche de 6 minutes) (différence moyenne (DM) 70,12 m, IC à 95 % -5,28 à 145,51 ; I² = 87 % ; études = 5, participants = 230 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). La thérapie par cellules souches pourrait entraîner une légère amélioration de la classe fonctionnelle (New York Heart Association) (les données n'ont pas pu être regroupées ; études = 6, participants = 398 ; données probantes d’un niveau de confiance faible ). Aucune des études incluses n'a rapporté sur les événements cardiovasculaires indésirables majeurs tels que définis dans notre protocole. La thérapie par cellules souches n'augmenterait pas le risque d'arythmie ventriculaire (les données n'ont pas pu être regroupées ; études = 8, participants = 504 ; données probantes d’un niveau de confiance faible).

Lorsque l'on compare la thérapie par cellules souches à la mobilisation cellulaire avec le facteur de stimulation des colonies de granulocytes (G-CSF), on ne sait pas si la thérapie par cellules souches réduit la mortalité toutes causes confondues (RR 0,46, IC à 95 % 0,16 à 1,31 ; I² = 39 % ; études = 3, participants = 195 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible). Nous sommes incertains quant à savoir si la thérapie par cellules souches augmente le risque de complications procédurales associées à l'injection de cellules (études = 1, participants = 60 ; données probantes d’un niveau de confiance très faible) La thérapie par cellules souches pourrait ne pas améliorer la QVLS (DM 4,61 points, IC à 95 % -5,62 à 14,83 ; études = 1, participants = 22 ; données probantes d’un niveau de confiance faible). La thérapie par cellules souches pourrait améliorer la capacité fonctionnelle (test de marche de 6 minutes) (DM 140,14 m, IC à 95 % 119,51 à 160,77 ; I² = 0 % ; études = 2, participants = 155 ; données probantes d’un niveau de confiance faible). Aucune des études incluses n'a rapporté sur les événements cardiovasculaires indésirables majeurs tel que définis dans notre protocole ou d'arythmie ventriculaire.

Les critères de jugement les plus fréquemment rapportés dans les études étaient basés sur des mesures physiologiques de la fonction cardiaque, où l'on a observé quelques effets bénéfiques suggérant des bénéfices potentiels de la thérapie par cellules souches chez les personnes atteintes de CMD non ischémique. Cependant, il n'est pas clair si ces effets intermédiaires se traduisent par des bénéfices cliniques pour ces patients.

En ce qui concerne les aspects spécifiques liés à la modalité de la thérapie cellulaire et à son administration, des incertitudes subsistent car les analyses de sous-groupes n'ont pas pu être réalisées comme prévu, ce qui oblige à attendre la publication de plusieurs études actuellement en cours avant de pouvoir tirer une conclusion définitive.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Marthe Penka et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

Tools
Information

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.