Bêta-bloquants par rapport au placebo ou à l’absence d’intervention pour les patients ayant une suspicion ou un diagnostic d’infarctus du myocarde

Contexte

Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 7,4 millions de personnes sont mortes de maladies cardiaques ischémiques en 2012, ce qui représente 15 % de tous les décès dans le monde. Le rôle du traitement aigu ou subaigu par bêta-bloquants chez les personnes chez qui on soupçonne ou chez qui on a diagnostiqué une crise cardiaque repose sur l'inhibition de ce qu'on appelle les bêta-récepteurs. Cela pourrait entraîner une réduction du besoin en oxygène du cœur. Par conséquent, l'inhibition du bêta-récepteur pourrait ou non réduire les complications associées à la crise cardiaque.

Problématique de la revue

L'objectif de cette revue systématique Cochrane était d'évaluer les avantages et les inconvénients des bêta-bloquants chez les personnes suspectées ou diagnostiquées comme faisant un infarctus du myocarde.

Date de la recherche

Nous avons consulté des bases de données scientifiques depuis leur création jusqu'en juin 2019.

Caractéristiques des études

Nous avons identifié 63 essais cliniques randomisés dans lesquels des personnes chez qui l’on suspectait ou chez qui l’on avait diagnostiqué une crise cardiaque ont été réparties au hasard pour recevoir des bêta-bloquants, comparativement à un placebo ou à l’absence intervention. Les 63 essais incluaient 85 550 adultes dont l'âge moyen était de 57,4 ans. Seul un essai présentait un faible risque de biais. Les autres essais étaient à haut risque de biais. La qualité des preuves selon GRADE variait de très faible à élevée. Cinquante-six essais ont débuté les bêta-bloquants par rapport au témoin pendant la phase aiguë de l'infarctus aigu du myocarde et sept essais pendant la phase subaiguë.

Sources de financement des études

Nous avons trouvé 33 essais qui étaient entièrement ou partiellement financés par l'industrie, 20 essais qui n'ont pas indiqué leur source de financement et 10 essais qui étaient financés par d'autres sources que l'industrie.

Principaux résultats et conclusion

Cette revue montre que les personnes recevant des bêta-bloquants, comparativement à celles recevant un placebo ou ne recevant aucune intervention, semblent présenter un risque moins élevé de subir une nouvelle crise cardiaque dans la phase aiguë suivant la crise cardiaque. Les personnes recevant des bêta-bloquants semblent également être moins à risque de mourir, de toutes causes confondues et de causes cardiaques, quelles qu’elles soient, lors du suivi à long terme après une crise cardiaque. Néanmoins, les personnes recevant des bêta-bloquants ne semblent pas avoir un risque plus faible ou plus élevé de mourir de quelque cause que ce soit ou d'une cause cardiaque dans la phase aiguë après une crise cardiaque. Les effets des bêta-bloquants sur tous les autres critères de jugement (événements indésirables graves selon la Conférence internationale sur l'Harmonisation - les Bonnes Pratiques Cliniques (International Conference on Harmonization - Good Clinical Practice), événements cardiovasculaires majeurs (critère composite de décès de cause cardiaque et de nouvelle crise cardiaque non fatale), nouvelle crise cardiaque au suivi à long terme, qualité de vie et angor) sont incertains en raison de l'absence ou de la rareté des données.

Conclusions des auteurs: 

Notre revue indique que les bêta-bloquants utilisés dans le traitement de l'infarctus aigu du myocarde, suspecté ou diagnostiqué, réduisent probablement le risque, à court terme, de refaire un infarctus et le risque, à long terme, de mortalité toutes causes confondues et de mortalité cardiovasculaire. Néanmoins, il est fort probable que les bêta-bloquants n'aient que peu ou pas d'effet sur le risque à court terme de mortalité toutes causes confondues et de mortalité cardiovasculaire. En ce qui concerne tous les autres critères de jugement (effets indésirables graves selon l’ICH-GCP, effets indésirables cardiovasculaires majeurs (critère composite de mortalité cardiovasculaire et d'infarctus du myocarde non mortel pendant le suivi), risque à long terme de réinfarctus pendant le suivi, qualité de vie et angor), des informations supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ou infirmer les effets cliniques des bêta-bloquants sur ces paramètres, chez les personnes ayant subi ou étant suspectées d'avoir subi un infarctus aigu du myocarde.

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Contexte: 

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de décès dans le monde. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 7,4 millions de personnes sont décédées de maladies cardiaques ischémiques en 2012, ce qui représente 15 % de la mortalité globale. L'infarctus aigu du myocarde est causé par un obstacle à l'apport sanguin au muscle cardiaque. Les bêta-bloquants sont souvent utilisés chez les patients ayant subi un infarctus aigu du myocarde. Des méta-analyses antérieures sur le sujet ont indiqué des résultats contradictoires montrant des effets néfastes, des effets neutres ou des avantages. Aucune revue systématique antérieure utilisant la méthode Cochrane n'a évalué les effets des bêta-bloquants dans le cas d'un infarctus aigu du myocarde.

Objectifs: 

Évaluer les avantages et les inconvénients des bêta-bloquants par rapport à un placebo ou à l'absence d'intervention chez les personnes étant suspecté ou ayant été diagnostiqué comme faisant un infarctus aigu du myocarde.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL, MEDLINE, Embase, LILACS, Science Citation Index Expanded et BIOSIS Citation Index en juin 2019. Nous avons également effectué des recherches sur la plateforme du registre international des essais cliniques de l'OMS, ClinicalTrials.gov, Turning Research into Practice, Google Scholar, SciSearch, et dans les listes de référence des essais inclus et des revues antérieures en août 2019.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus tous les essais cliniques randomisés évaluant les effets des bêta-bloquants par rapport à un placebo ou à l'absence d'intervention chez les personnes ayant un infarctus aigu du myocarde suspecté ou diagnostiqué. Les essais ont été inclus sans discrimination quant au design de l'essai, à l'établissement, au type de mise en aveugle, au statut de publication, à l'année de publication, à la langue et au rapport de nos critères de jugement.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons suivi les recommandations méthodologiques de Cochrane. Quatre auteurs de la revue ont indépendamment extrait des données. Nos critères de jugement principaux étaient la mortalité toutes causes confondues, les événements indésirables graves selon la Conférence internationale sur l'harmonisation - Bonnes pratiques cliniques (International Conference on Harmonization - Good Clinical Practice, ICH-GCP), et les événements cardiovasculaires majeurs (critère composite de mortalité cardiovasculaire et d'infarctus du myocarde non mortel pendant le suivi). Nos critères de jugement secondaires étaient la qualité de vie, l'angine de poitrine, la mortalité cardiovasculaire et la survenue d'infarctus du myocarde pendant le suivi. Notre principale date d'intérêt était moins de trois mois après la randomisation. Nous avons également évalué les critères de jugement au suivi maximal au-delà de trois mois. En raison du risque de multiplicité, nous avons calculé un intervalle de confiance (IC) à 97,5 % pour les critères de jugement principaux et un IC à 98 % pour les critères de jugement secondaires. Nous avons évalué les risques d'erreurs systématiques à travers sept domaines de biais, conformément aux instructions données dans le Cochrane Handbook. La qualité de l'ensemble des preuves a été évaluée par GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 63 essais, randomisant un total de 85 550 participants (âge moyen de 57,4 ans). Seul un essai présentait un faible risque de biais. Les autres essais étaient à haut risque de biais. La qualité des preuves selon GRADE variait de très faible à élevée. Cinquante-six essais ont débuté les bêta-bloquants pendant la phase aiguë de l'infarctus aigu du myocarde et sept essais pendant la phase subaiguë.

A la principale évaluation à " moins de trois mois de suivi ", la méta-analyse a montré que les bêta-bloquants, par rapport à un placebo ou à l'absence d'intervention, réduisaient probablement le risque de refaire un infarctus pendant le suivi (rapport de risque (RR) de 0,82, intervalle de confiance (IC) à 98 % de 0,73 à 0,91 ; 67 562 participants ; 18 essais ; données probantes de qualité modérée), avec une réduction absolue du risque de 0,5 % et un nombre nécessaire à traiter pour un résultat bénéfique supplémentaire (en anglais : number needed to treat for an additional beneficial outcome, NNTB) de 196 participants. Cependant, nous n’avons constaté que peu ou pas d’effet des bêta-bloquants sur la mortalité toutes causes confondues (RR 0,94, IC à 97,5 % 0,90 à 1,00 ; 80 452 participants ; 46 essais/47 comparaisons ; données probantes de haute qualité), avec une réduction absolue du risque de 0,4 %, et sur la mortalité cardiovasculaire (RR 0,99, IC à 95 % 0,91 à 1,08 ; 45 852 participants ; 1 essai ; données probantes de qualité modérée), avec une réduction absolue du risque de 0,4 %. En ce qui concerne l’angor, l’effet bénéfique ou nocif des bêta-bloquants n’est pas certain (RR 0,70, IC à 98 % 0,25 à 1,84 ; 98 participants ; 3 essais ; preuves de très faible qualité), avec une réduction absolue du risque de 7,1 %. Aucun des essais n'a spécifiquement évalué ni rapporté d'événements indésirables graves selon l’ICH-GCP. Seuls deux essais ont spécifiquement évalué les événements cardiovasculaires majeurs, cependant, aucun évènement cardiovasculaire majeur ne s’est produit dans ces essais.

Au suivi maximal au-delà de trois mois, les méta-analyses ont montré que les bêta-bloquants, par rapport à un placebo ou à l'absence d'intervention, réduisaient probablement le risque de mortalité toutes causes confondues (RR 0,93, IC à 97,5 % 0,86 à 0,99 ; 25 210 participants ; 21 essais/22 comparaisons ; données probantes de qualité modérée), avec une réduction absolue du risque de 1.1 % et un NNTB de 91 participants, et la mortalité cardiovasculaire (RR 0,90, IC à 98 % 0,83 à 0,98 ; 22 457 participants ; 14 essais/15 comparaisons ; données probantes de qualité modérée), avec une réduction absolue du risque de 1,2 % et un NNTB de 83 participants. Cependant, l’effet bénéfique ou nocif des bêta-bloquants n’est pas certain lorsqu'on évalue les événements cardiovasculaires majeurs (RR 0,81, IC à 97,5 % 0,40 à 1,66 ; 475 participants ; 4 essais ; données probantes de très faible qualité), avec une réduction absolue du risque de 1.7 % ; les «réinfarctus» (RR 0,89, IC à 98 % 0,75 à 1,08 ; 6 825 participants ; 14 essais ; données probantes de faible qualité), avec une réduction absolue du risque de 0,9 % ; et l’angor (RR 0,64, IC à 98 % 0,18 à 2,0 ; 844 participants ; 2 essais ; données probantes de très faible qualité). Aucun des essais n'a spécifiquement évalué ni rapporté d'événements indésirables graves selon l’ICH-GCP.

Aucun des essais n'a évalué la qualité de vie.

Nous avons identifié deux essais cliniques randomisés en cours étudiant l'effet de l'administration précoce de bêta-bloquants après une intervention coronarienne percutanée ou une thrombolyse chez des patients ayant subi un infarctus aigu du myocarde et un essai en cours étudiant l'effet d'un traitement à long terme par bêta-bloquants.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Carole Lescure et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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