La prise de bloqueurs des canaux calciques pour la prévention de la dysfonction cardiaque liée à une surcharge en fer dans une bêta-thalassémie dépendante des transfusions


Problématique de la revue

Nous avons examiné les données probantes sur la capacité des médicaments à prévenir la dysfonction cardiaque due à des dépôts excessifs de fer dans le cœur des personnes atteintes de bêta-thalassémie qui reçoivent régulièrement des transfusions sanguines.

Contexte

La bêta-thalassémie est une maladie héréditaire courante du sang causant l'anémie. De ce fait, les personnes atteintes de ce trouble ont besoin de transfusions sanguines fréquentes, entraînant un excès de fer qui se dépose dans le cœur et l'endommage. Les complications cardiaques représentent la cause la plus fréquente de décès et d'invalidité chez ces personnes. Ainsi, un niveau élevé de fer dans le cœur est souvent indicateur d’une insuffisance cardiaque subséquente. Il est courant de donner des médicaments, appelés chélateurs, pour réduire le taux de fer dans l'organisme, mais il n'existe pas de traitement spécifique concernant le dépôt de fer dans le cœur afin de prévenir les dommages. Il a été démontré que les médicaments qui bloquent les canaux calciques réduisent l'entrée du fer dans le cœur. Cependant, on sait peu de choses sur l'efficacité et l'innocuité de ces médicaments chez les personnes atteintes de bêta-thalassémie.

Date de la recherche

Les données datent du 24 février 2018.

Caractéristiques des essais

Nous avons inclus deux essais (74 participants) dans la revue, une étude pilote antérieure et l'étude ultérieure de plus grande envergure. Les participants souffraient de bêta-thalassémie, d'une surcharge en fer importante et recevaient un traitement par chélation standard ; la moyenne d’âge était de 24 ans. Ils ont été choisis au hasard pour être traités pendant 12 mois soit avec de l'amlodipine (un inhibiteur calcique) en plus de leurs médicaments de chélation; soit avec des médicaments de chélation seuls (dans l'essai antérieur) ou avec des médicaments de chélation associés à un placebo (un traitement factice sans médicament actif) dans l'essai suivant.

Résultats principaux

Bien qu'il n'y ait pas eu de diminution significative de la quantité de fer dans le cœur (critère principal) observée après 12 mois de traitement à l'amlodipine lorsqu’on la mesurait d'une certaine façon, on observait toutefois une diminution significative après 12 mois de traitement en utilisant un autre type de mesure. Il n’y avait pas de différence dans les autres critères à savoir le taux de fer dans le sang, dans le foie ou dans une mesure supplémentaire de la fonction cardiaque. Si aucun effet indésirable grave n'a été observé, d'autres essais sont toutefois nécessaires pour évaluer l'innocuité de ce traitement. Ainsi, d'autres recherches comprenant des essais à plus grande échelle et à long terme sont nécessaires.

Qualité des données probantes

Dans l'ensemble, les essais inclus dans cette revue paraissaient bien menés. Toutefois, les résultats pour le principal critère de jugement ont été rapportés différemment dans les deux essais et plusieurs autres résultats n’étaient pas assez détaillés. De plus, la qualité des données probantes de tous les critères était faible.

Conclusions des auteurs: 

Les données disponibles n'indiquent pas clairement que l'utilisation de bloqueurs des canaux calciques soit associée à une réduction du fer myocardique chez les personnes atteintes de bêta-thalassémie dépendante des transfusions, bien qu'un potentiel ait été observé. Il est nécessaire de mener davantage d'essais multicentriques à long terme pour évaluer l'efficacité et l'innocuité des inhibiteurs calciques dans le traitement de la surcharge en fer myocardique, en particulier chez les jeunes enfants. Les essais à venir devraient être conçus afin de comparer les chélateurs du fer couramment utilisés avec l'ajout de bloqueurs des canaux calciques dans le but d'étudier l'interaction potentielle de ces traitements. De plus, les prochaines études devraient étudier le rôle de la teneur de base en fer myocardique sur la réponse aux inhibiteurs calciques. Une analyse du rapport coût-efficacité du traitement est également nécessaire.

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Contexte: 

La bêta-thalassémie est une maladie héréditaire courante du sang. Le besoin de transfusions sanguines fréquentes dans cette maladie pose un gros problème aux systèmes de santé. La dysfonction cardiaque due à une surcharge en fer représente la cause la plus fréquente de morbidité et de mortalité. L'utilisation d'un traitement par chélation du fer a réduit la gravité de la surcharge en fer systémique, mais un traitement spécifique et non toxique est nécessaire pour éliminer le fer du myocarde.

Objectifs: 

Évaluer les effets des inhibiteurs calciques combinés à un traitement standard par chélation du fer chez les personnes atteintes de bêta-thalassémie dépendante des transfusions sur la quantité de fer déposée dans le myocarde, sur les paramètres de la fonction cardiaque et sur l'incidence de l'insuffisance cardiaque grave ou des arythmies et de la morbidité et mortalité connexes.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais du groupe Cochrane sur les hémoglobinopathies, élaboré à partir de recherches dans des bases de données électroniques et de recherches manuelles dans des journaux et actes de conférence. Nous avons également effectué des recherches dans les bases de données d'essais en cours et dans les listes de références d'articles et de revues pertinents.

Date de la dernière recherche : 24 février 2018.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés de bloqueurs des canaux calciques associés à un traitement standard par chélation comparativement à un traitement par chélation standard seul ou associé à un placebo chez des personnes atteintes de bêta-thalassémie dépendante des transfusions.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont appliqué indépendamment les critères d'inclusion pour la sélection des essais. Ils ont évalué le risque de biais des essais et extrait les données tandis qu’un troisième auteur a vérifié ces évaluations. Les auteurs ont utilisé le système GRADE pour évaluer la qualité des données probantes.

Résultats principaux: 

Deux essais contrôlés randomisés (n = 74) ont été inclus dans la revue ; les groupes recevant l'amlodipine étaient composés de 35 participants et les groupes témoins de 39 participants. L'âge moyen des participants était de 24,4 ans avec un écart-type de 8,5 ans. Les deux sexes étaient représentés de façon comparable. Dans l'ensemble, le risque de biais dans les essais inclus était faible. La qualité des données probantes variait de faible à élevée, mais les données probantes pour la plupart des critères ont été jugées de faible qualité.

L'évaluation du fer cardiaque, telle que mesurée par le cœur T2*, n’a pas été améliorée de façon significative dans les groupes amlodipine en comparaison avec les groupes témoins après 6 ou 12 mois (données de faible qualité). Cependant, la concentration myocardique en fer a diminué de façon significative dans les groupes amlodipine par rapport aux groupes témoins à 6 mois, différence moyenne de -0,23 mg/g (intervalle de confiance à 95 % -0,07 à -0,39) ainsi qu’à 12 mois, différence moyenne de -0,25 mg/g (intervalle de confiance à 95 % -0,44 à -0,05) (données de faible qualité). Il n'y avait pas de différences significatives entre le groupe traité et le groupe témoin en ce qui concerne la ferritine sérique, le foie T2*, la teneur en fer du foie et la fraction d'éjection ventriculaire gauche (toutes ces données sont de faible qualité). Aucun effet indésirable grave n'a été rapporté dans les essais ; toutefois, un essai (n = 59) a signalé des effets indésirables légers, sans différence statistiquement significative entre les groupes (données de faible qualité).

Notes de traduction: 

Post-édition : Amandine Franchette - Révision : Sarah Khalif (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.