Les anti-inflammatoires non stéroïdiens connus sous le nom d'antagonistes des récepteurs des leucotriènes sont-ils utiles et sûrs contre l'eczéma ?

Problématique de la revue

Nous voulions savoir si les antagonistes des récepteurs des leucotriènes anti-inflammatoires (ALT) réduisaient les symptômes ou amélioraient la qualité de vie des adultes et des enfants atteints d'eczéma, s'ils étaient sans danger et s'ils pouvaient être recommandés comme traitement alternatif efficace de l'eczéma. Nous avons inclus des études qui comparaient les ALT à d'autres traitements seuls, comme les corticostéroïdes topiques (anti-inflammatoires stéroïdiens (hormones synthétiques)) ou le placebo (un traitement identique mais inactif).

Contexte

L'eczéma, aussi appelé " eczéma atopique " et " dermatite ", est une affection cutanée courante. L'eczéma peut être léger, modéré ou grave selon le degré de démangeaisons ou de rougeur de la peau, la taille de la surface de peau affectée et son impact sur la vie quotidienne. L'eczéma est parfois lié à un groupe de maladies, dont l'asthme. Les corticostéroïdes sont un traitement couramment utilisé, mais un traitement à long terme peut produire des effets secondaires indésirables, comme l'amincissement de la peau. Il a été démontré que les ALT améliorent les symptômes d'asthme, et leur utilisation dans l'eczéma réduirait la quantité de stéroïdes utilisés. Les ALT ne sont actuellement pas administrés pour l'eczéma, et on ne sait pas si ils sont efficaces pour cette maladie.

Caractéristiques de l’étude

Ces données probantes sont à jour jusqu’en septembre 2017. Nous avons trouvé cinq études avec un total de 202 participants (tous sexes confondus). Tous les participants inclus présentaient un eczéma modéré à grave diagnostiqué par un médecin spécialiste. Les études ont duré de quatre à huit semaines. Le cadre de l'étude n'était pas clair dans deux études, deux études étaient multicentriques et une étude comprenait un seul centre ; les études ont été menées en Europe et au Bangladesh. Toutes les études ont utilisé l’ALT montélukast, à une dose de 5 mg ou de 10 mg. Une seule étude comprenait des enfants (31 participants, âgés de 6 ans et plus). La tranche d'âge des quatre autres études se situait entre 16 et 70 ans. Le traitement par ALT a été comparé au placebo ou au traitement conventionnel, qui comprend les traitements de l'eczéma actuellement utilisés, comme les crèmes stéroïdes. Différents systèmes de cotation ont été utilisés pour calculer l'effet des traitements sur l'eczéma des participants. Deux de ces études ont été financées par l'entreprise qui produit le montélukast.

Résultats principaux

Le peu de données disponibles nous a empêchés de tirer des conclusions fermes sur l'efficacité des ALT dans le traitement de l'eczéma. Comme d'autres revues sur ce sujet, il est peu probable que cet revue change la façon dont l'eczéma est traité parce qu'il n'existe aucune preuve convaincante que le montélukast, le seul ALT qui pourrait être évalué, est utile pour l'eczéma.

Nous n'avons trouvé aucune différence entre le montélukast et le placebo sur l’amélioration de l'eczéma (données de faible qualité). Lorsque nous avons comparé le montélukast au traitement conventionnel, les participants d'une étude ont constaté une amélioration de la gravité de la maladie, mais aucune différence n'a été observée dans une autre étude. Nous ne sommes pas certains de ces résultats, car la qualité des données probantes était très faible.

Aucune des études n'a porté sur le contrôle à long terme de l'eczéma, l'utilisation d'hydratants (émollients) ou la qualité de vie.

Nous n'avons trouvé aucune preuve que le montélukast réduisait les démangeaisons ou le besoin de crèmes stéroïdes pendant le traitement comparativement au placebo (preuves de faible qualité). Les études comparant le montélukast aux traitements conventionnels n'ont pas évalué ces résultats.

Dans quatre études, les participants n'ont pas ressenti d'effets secondaires. Dans une étude comparant le montélukast au placebo, on a signalé deux incidents dans le groupe montélukast qui ont entraîné le retrait des participants : un épisode de septicémie (empoisonnement du sang) et un épisode d'étourdissements. Toutefois, il n'était pas clair si ces effets étaient liés au traitement par montélukast. D'autres effets secondaires légers ont été signalés (p. ex. maux de tête, troubles gastriques), mais par les participants des deux groupes. Nous n'avons donc trouvé aucune preuve d'une différence entre le montélukast et le placebo ou les traitements conventionnels, mais cette évaluation est fondée sur des données de faible qualité.

Qualité des données probantes

La qualité des données probantes était faible pour tous les résultats clés sauf un, à savoir l'effet du montélukast sur le " changement (amélioration) de la gravité de la maladie " comparativement au traitement conventionnel, dont les données probantes ont été considérées comme étant de très faible qualité. Dans l'ensemble, très peu d'études ont abordé la question de notre revue.

De nombreux résultats n'ont pas été évalués, y compris le contrôle à long terme, et ceux qui ont été évalués avaient relativement peu de participants, qui étaient principalement des adultes. Les études portaient uniquement sur l'eczéma modéré à grave, et il y avait des doutes quant au fait que les participants ou les chercheurs aient pu savoir quel traitement avait été reçu.

Conclusions des auteurs: 

Les conclusions de cette revue se limitent au montélukast. Il y avait peu de données probantes répondant à la question de la revue, et la qualité des données disponibles pour la plupart des résultats mesurés était faible. Certains critères de jugement primaires et secondaires n'ont pas été abordés du tout, y compris le contrôle à long terme.

Nous n'avons trouvé aucune différence entre le montélukast (10 mg) et le placebo quant à la gravité de la maladie, à l'amélioration du prurit et à l'utilisation de corticostéroïdes topiques. La très faible qualité des données probantes signifie que nous sommes incertains de l'effet du montélukast (10 mg) comparativement au traitement conventionnel sur la gravité de la maladie. Les participants d’une seule étude ont signalé des effets indésirables, qui étaient principalement légers (données de faible qualité).

Rien ne prouve que l'ALT est un traitement efficace contre l'eczéma. Les limites importantes étaient que toutes les études étaient concentrées sur l’étude du montélukast et n'incluaient que des personnes atteintes d'eczéma modéré à grave, qui étaient principalement des adultes, et que chaque critère de jugement a été évalué avec un petit échantillon, lorsqu’il était évalué.

D'autres essais cliniques comparatifs randomisés de grande envergure, d'une durée de traitement plus longue, auprès d'adultes et d'enfants atteints d'eczéma de toutes gravités, peuvent aider à évaluer l'effet de tous les types d'ALT, en particulier sur le maintien de l'eczéma.

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Contexte: 

L'eczéma est une affection cutanée chronique et inflammatoire courante qui est souvent associée à des maladies atopiques, dont l'asthme. Les antagonistes des récepteurs des leucotriènes (ALT) jouent un rôle réduisant le recours aux corticostéroïdes dans l'asthme, mais leur rôle dans l'eczéma demeure controversé. Les traitements topiques actuellement disponibles contre l'eczéma sont souvent mal tolérés et l'utilisation d'agents systémiques est limitée par leur profil d'effets indésirables. Il était donc justifié d'examiner d'autres traitements.

Objectifs: 

Évaluer les avantages et les inconvénients possibles des antagonistes des récepteurs des leucotriènes pour l'eczéma.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans les bases de données suivantes jusqu'en septembre 2017 : le Cochrane Skin Specialised Register, CENTRAL, MEDLINE, Embase et la base de données GREAT. Nous avons également fait des recherches dans cinq registres d'essais et nous avons fait une recherche manuelle dans les bibliographies de toutes les études extraites pour trouver d'autres essais pertinents.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés d'ALT seuls ou en association avec d'autres traitements (topiques ou systémiques) comparativement à d'autres traitements seuls comme les corticostéroïdes topiques ou le placebo pour l'eczéma en phase aiguë ou chronique (entretien) chez les adultes et les enfants.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standard définies par Cochrane. Les principales mesures des critères de jugement ont été le changement dans la gravité de la maladie, la maîtrise des symptômes à long terme et les effets indésirables du traitement. Les critères de jugement secondaires étaient les suivants : changement des besoins en corticostéroïdes, réduction du prurit, qualité de vie et besoins en émollients. Nous avons utilisé GRADE pour évaluer la qualité des données probantes pour chaque résultat.

Résultats principaux: 

Seulement cinq études (incluant un total de 202 participants) répondaient aux critères d'inclusion, et toutes ont évalué le montélukast par voie orale ; nous n'avons donc trouvé aucune étude évaluant d'autres ALT. Le traitement a duré de quatre à huit semaines et les résultats ont été évalués à la fin du traitement ; par conséquent, nous n'avons pu faire état que des mesures à court terme (définies comme un suivi de moins de trois mois par rapport aux valeurs initiales). La dose de montélukast était de 10 mg pour les adultes (14 ans et plus) et de 5 mg pour les enfants (6 ans à 14 ans). Une des études comprenait des enfants (âgés de 6 ans et plus) parmi leurs participants, tandis que les autres études ne portaient que sur des adultes (l'âge des participants allait de 16 à 70 ans). Les participants ont reçu un diagnostic d'eczéma modéré à grave dans quatre études et d'eczéma modéré dans une étude. Le cadre de l'étude n'était pas clair dans deux études, deux études étaient multicentriques et une étude comprenait un seul centre ; les études ont été menées en Europe et au Bangladesh. Deux études ont été financées par l'industrie. Le comparateur était un placebo dans trois études et un traitement conventionnel dans deux études. Le comparateur conventionnel était une combinaison d'antihistaminiques et de corticostéroïdes topiques (plus des antibiotiques oraux dans une étude).

Quatre des études n'ont pas décrit adéquatement leur méthode de dissimulation de randomisation ou d'attribution et ont été considérées comme présentant un risque de biais de sélection imprécis. Une seule étude présentait un faible risque de biais de performance et de détection. Cependant, nous avons jugé que toutes les études présentaient un faible risque d'attrition et de biais de déclaration.

Sur la base des données probantes identifiées, nous n'avons pas identifié de différence dans la gravité de l'eczéma modéré à grave après l'utilisation à court terme de montélukast (10 mg) comparativement au placebo. Le résultat a été évalué à l'aide du score modifié EASI (Eczema Area and Severity Index) et du score de gravité SASSAD (Six Area, Six Sign Atopic Dermatitis) (différence moyenne standardisée 0,29, avec un score positif en faveur du montélukast, intervalle de confiance (IC) à 95% -0,23-0,81 ; 3 études ; n = 131 ; preuves de faible qualité).

Lorsque le montélukast à court terme (10 mg) a été comparé au traitement conventionnel dans une étude, l'amélioration moyenne de la gravité de l'eczéma modéré à grave était plus importante dans le groupe d'intervention (mesurée au moyen de l'indice de gravité SCORAD (SCORing of Atopic Dermatitis) (différence moyenne 10,57, IC à 95 % 4,58-16,56 ; n = 31) ; cependant, une autre étude sur 32 participants n'a révélé aucune différence significative entre les groupes utilisant le même indicateur (amélioration moyenne 25,2 points avec montélukast contre 23,9 points avec traitement conventionnel ; aucune donnée quantitative additionnelle fournie). Nous avons jugé que la qualité des données probantes était très faible pour ce critère de jugement, ce qui signifie que les résultats sont incertains.

Toutes les études ont fait état de leur taux d'effets indésirables pendant le traitement. Quatre études (136 participants) n'ont signalé aucun effet indésirable. Dans une étude menée auprès de 58 participants atteints d'eczéma modéré ayant reçu 10 mg de montélukast (comparativement au placebo), on a signalé un cas de septicémie et un cas d'étourdissements dans le groupe interventionnel, les deux ayant entraîné le retrait du traitement, mais on ignore si ces effets étaient liés au médicament. De légers effets secondaires (p. ex. maux de tête et légers troubles gastro-intestinaux) ont également été observés, mais ils étaient répartis assez uniformément entre les groupes montélukast et placebo. La qualité des données probantes à l'appui de ce résultat était faible.

Aucune étude n'a évalué spécifiquement les besoins en émollients ou la qualité de vie. Une étude qui a administré le traitement pendant huit semaines a évalué spécifiquement l'amélioration du prurit à la fin du traitement et l'utilisation topique de corticostéroïdes pendant le traitement. Nous n'avons pas trouvé de preuves d'une différence entre le montélukast (10 mg) et le placebo pour les deux résultats (données de faible qualité, n = 58). Aucune autre étude n'a évalué ces résultats.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Amytis Heim et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.