Utilisation de médicaments et d'interventions non médicamenteuses pour réduire la douleur associée à l'injection de bromure de rocuronium chez les patients subissant une anesthésie générale

Question de la revue

Quel est l'effet de l'utilisation de médicaments ou de traitements non médicamenteux (comme la dilution du rocuronium ou le réchauffement du point d'injection) pour réduire la douleur associée à l'injection du myorelaxant bromure de rocuronium chez les enfants et les adultes ?

Contexte

Le bromure de rocuronium est un myorelaxant utilisé dans le cadre d'une anesthésie générale pour la chirurgie. Les myorelaxants sont utilisés pour détendre les muscles des voies respiratoires pour permettre l'intubation endotrachéale (pose d'une sonde respiratoire dans la trachée pour soutenir les voies respiratoires, alors que la personne est inconscient) et faciliter l'intervention chirurgicale. Cependant, le bromure de rocuronium peut provoquer des douleurs intenses lorsqu'il est injecté chez certaines personnes. Nous voulions découvrir si l'administration d'un autre médicament, comme un analgésique ou un autre anesthésique, ou une intervention non médicamenteuse, telle que la dilution du rocuronium serait utile pour réduire la douleur ressentie par certaines personnes à l'injection du rocuronium.

Les caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus des essais jusqu'en juillet 2013 dans notre revue. Nous avons relancé les recherches en février 2015. Au total, 17 études étaient en attente de classification. Nous avons inclus 66 études avec 7840 participants, des hommes et femmes incluant des enfants et des adultes. La plupart de ces participants ont subi diverses procédures chirurgicales prévues dans les hôpitaux de plusieurs pays, notamment la Corée, la Turquie et l'Inde. Les essais comparaient une intervention visant à réduire la douleur à l'injection avec un placebo pour établir si une quelconque intervention était efficace pour réduire la douleur. Le critère de jugement était évalué par l'enregistrement du niveau de douleur rapporté par les patients lors de l'injection du bromure de rocuronium.

Résultats principaux

Les traitements les plus étudiés étaient l'injection d'un anesthésique local, la lidocaïne, ou d'analgésiques comme le fentanyl ou le rémifentanil, dans la veine avant l'injection du rocuronium. Ces traitements pourraient réduire la douleur associée à l'injection de rocuronium, mais les preuves sont de faible qualité. Certaines interventions, par exemple l'utilisation d'analgésiques tels que le fentanyl, peuvent augmenter la toux, une sensation d'oppression et le blocage de la respiration. Ceux-ci sont reconnus comme des effets secondaires de ces médicaments.

La qualité des preuves

La faible qualité des preuves pour l'évaluation des changements dans le niveau de douleur était due à la consignation inadaptée des plans d'étude et aux variations dans les résultats des études. En plus de ces limitations, pour certains critères de jugement d'événements indésirables, nous n'avons pas suffisamment d'informations pour être certains de l'effet moyen. Des recherches supplémentaires sont nécessaires, avec des études de haute qualité et bien conçues pour déterminer si la douleur à l'injection de bromure de rocuronium peut être réduite grâce à une intervention appropriée.

Conclusions des auteurs: 

Les preuves suggérant que les interventions pharmacologiques les plus étudiées réduisent la douleur lors de l'injection de rocuronium sont de faible qualité en raison du risque de biais et de l'incohérence. Il existe des preuves de qualité faible ou très faible pour les évènements indésirables, en raison du risque de biais, de l'incohérence et de l'imprécision de l'effet. Nous n'avons pas comparé les différentes interventions entre elles et nous ne pouvons donc pas faire de commentaire sur la supériorité d'une intervention par rapport à une autre. Les complications étaient plus souvent rapportées avec l'utilisation d'opioïdes.

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Contexte: 

Le bromure de rocuronium est un myorelaxant systématiquement utilisé dans la pratique anesthésique. Son utilisation est cependant associée à une intense douleur à l'injection. Tandis qu'il est bien établi que le bromure de rocuronium entraîne des douleurs à l'injection chez les patients éveillés, les patients anesthésiés tendent également à montrer des mouvements involontaires des membres lorsque ce myorelaxant est administré. Diverses stratégies pharmacologiques et non pharmacologiques ont été étudiées afin de réduire l'incidence et la gravité de la douleur des injections de bromure de rocuronium. Nous avons voulu savoir laquelle des modalités existantes était la plus efficace pour réduire la douleur à l'injection de rocuronium.

Objectifs: 

Les objectifs de cette revue étaient d'évaluer la capacité des interventions pharmacologiques et non pharmacologiques à réduire ou éliminer la douleur lors de l'administration du bromure de rocuronium.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL 2013, numéro 7), MEDLINE via Ovid SP (de 1966 à juillet 2013) et EMBASE via Ovid SP (de 1980 à juillet 2013). Nous avons également consulté des sites Internet spécifiques. Nous avons réitéré les recherches en février 2015 et traiterons les 11 études d'intérêt trouvées lors de cette recherche lorsque nous mettrons la revue à jour.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus tous les essais contrôlés randomisés (ECR) qui comparaient l'utilisation de médicaments ou méthodes non pharmacologiques avec les patients témoins, ou ceux qui ne recevaient aucun traitement pour réduire l'intensité de la douleur à l'injection du rocuronium. Notre critère de jugement principal était la douleur à l'injection du bromure de rocuronium mesurée par un score d'évaluation. Nos critères de jugement secondaires étaient l'augmentation de la fréquence cardiaque et la pression artérielle après l'administration du rocuronium et les événements indésirables liés aux interventions.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les méthodes standardisées pour réaliser une revue systématique comme décrites dans le Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions. Deux auteurs ont indépendamment extrait les détails de la méthodologie des essais et les données de résultat des rapports de tous les essais jugés éligibles pour l'inclusion. Nous avons effectué toutes les analyses en intention de traiter. Nous avons utilisé un modèle à effets fixes, où il n'y avait aucune preuve d'hétérogénéité significative entre les études et un modèle à effets aléatoires lorsque l'hétérogénéité était probable.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 66 études avec 7840 participants dans la revue, bien que la plupart des analyses étaient basées sur des données issues d'un plus petit nombre de participants. Au total, 17 études sont en attente de classification. Aucune des études ne présentait un faible risque de biais. Nous avons noté une hétérogénéité statistique et clinique importante entre les essais. La plupart des études avaient rendu compte du principal critère de jugement, la douleur, évaluée par une réponse verbale des participants dans un état de veille mais certains essais ont rapporté le retrait du membre injecté comme un indicateur de la douleur après l'induction de l'anesthésie en réponse à l'administration du rocuronium. Peu d'études ont rapporté d'événements indésirables et aucune étude n'a rapporté de changements du rythme cardiaque et de la tension artérielle après l'administration de rocuronium. La lidocaïne était le médicament d'intervention le plus couramment étudié, utilisée dans 29 essais portant sur 2256 participants. Le risque relatif (RR) de la douleur à l'injection lorsque la lidocaïne était utilisée comparativement au placebo était de 0,23 (intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,17 à 0,31 ; I² = 65 %, preuves de faible qualité). Le RR de la douleur à l'injection lorsque le fentanyl ou le rémifentanil était utilisé par rapport au placebo était respectivement de 0,42 (IC à 95 % 0,26 à 0,70 ; I² = 79 %, preuves de faible qualité) et de 0,10 (IC à 95 % 0,04 à 0,26 ; I² = 74 %, preuves de faible qualité). La douleur à l'injection de médicaments d'intervention a été rapportée avec l'utilisation de la lidocaïne et de l'acétaminophène dans une étude. La toux a été rapportée avec l'utilisation de fentanyl (une étude), du rémifentanil (cinq études, preuves de faible qualité) et de l'alfentanil (une étude). Le blocage de la respiration et la sensation d'oppression ont été rapportés avec l'utilisation de rémifentanil dans deux études (preuves de très faible qualité) et une étude (preuves de très faible qualité), respectivement. Le taux global de complications était faible.

Notes de traduction: 

Post-édition : Monika Antic (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.