Effets indésirables précoces et tardifs sur les reins après le traitement d’un cancer chez l’enfant

Problématique de la revue

Cette revue a évalué la fréquence (la prévalence) et les causes possibles (les facteurs de risque), les effets indésirables précoces et tardifs (effets secondaires) pour les reins chez les survivants d’un cancer pédiatrique (SCP).

Contexte

L'amélioration du diagnostic et du traitement des cancers chez l’enfant a permis d'augmenter considérablement le taux de survie. Toutefois, les SCP risquent de développer des effets indésirables à la suite de leur traitement contre le cancer, y compris des effets indésirables sur les reins. On sait peu de choses sur la prévalence et les facteurs de risque des troubles de la fonction rénale pour les SCP à long terme. Les reins peuvent compenser certaines de leurs atteintes, mais certains symptômes peuvent se manifester avec le temps, en fonction des fonctions rénales affectées.

Caractéristiques des études

Les données sont à jour jusqu'en mars 2017. Nous avons inclus 61 études, dont 46 sur la prévalence, six portant à la fois sur la prévalence et les facteurs de risque, et neuf études qui ne répondaient pas à toutes les exigences de cette revue, mais qui évaluaient les facteurs de risque (études non éligibles). Les participants aux études avaient été traités avant l'âge de 21 ans par chimiothérapie (cisplatine, carboplatine, ifosfamide), radiothérapie ou chirurgie des reins, ou une combinaison de ces traitements. Les études ont eu lieu au moins un an après la fin du traitement des participants. Les 52 études qui ont évalué la prévalence des effets indésirables rénaux comprenaient 13 327 participants, dont 4499 ont subi des tests de fonction rénale. Les études étaient très différentes les unes des autres en ce qui concerne les types de participants et de traitements, la durée du suivi et la façon dont elles mesuraient les résultats du traitement, et leurs méthodes étaient de qualité variable.

Résultats principaux

Le pourcentage de SCP présentant des problèmes rénaux variait de 0 % à 84 %. Les facteurs de risque signalés étaient souvent incohérents d'une étude à l'autre.

La prévalence de l'insuffisance rénale chronique variait de 2,4 % à 32 % chez 244 participants (7/52 études).

Trente-six des 52 études, dont au moins 432 participants, ont effectué un test de la fonction rénale appelé débit de filtration glomérulaire (DFG). On a constaté la présence d'un DFG anormal chez 0 % à 73,7 % des participants. Une étude éligible a révélé un risque accru de DFG anormal chez les participants qui avaient été traités par irradiation corporelle en totalité (ICT) et qui avaient reçu certains types d'antibiotiques (aminoglycosides et vancomycine). Quatre études non éligibles ont fait état d'un risque accru de DFG anormal chez les participants traités par chirurgie du rein et de l'ifosfamide. Certaines études ont également indiqué que le cisplatine et la longue durée du suivi étaient des facteurs de risque.

Vingt-deux des 52 études, dont 851 participants, ont évalué une quantité anormale de protéines dans l'urine, qu'ils ont trouvée chez 3,5 à 84 % des participants. Les facteurs de risque, évalués par trois études non éligibles, comprenaient le cisplatine, l'ifosfamide, l'ICT et une combinaison de chirurgie et de radiothérapie impliquant le rein. Cependant, les résultats de ces études ne concordaient pas et nous n'avons pas pu analyser leurs résultats ensemble parce qu'elles utilisaient des définitions différentes.

Onze des 52 études portaient sur un faible taux de phosphate dans le sang (hypophosphatémie) ou sur des problèmes de réabsorption du phosphate par les reins chez 246 participants. La prévalence de l'hypophosphatémie variait entre 0 % et 36,8 % chez 287 participants. Les études ont révélé des problèmes de réabsorption du phosphate par les reins chez 0 % à 62,5 % des participants. Une étude non éligible a porté sur les facteurs de risque, mais n'a pu établir aucun lien avec l'hypophosphatémie.

Quatre des 52 études, incluant 128 SCP, ont évalué un faible taux de magnésium dans le sang (hypomagnésémie). La prévalence variait entre 13,2 % et 28,6 %. Deux études non éligibles ont identifié le cisplatine comme facteur de risque d'hypomagnésémie. Les autres facteurs de risque signalés étaient le carboplatine, la chirurgie du rein et le temps de suivi. Cependant, les études étaient contradictoires.

La prévalence de l'hypertension artérielle variait de 0 % à 50 % chez 2 464 participants (30/52 études). Les facteurs de risque signalés par une étude éligible étaient l'âge plus avancé au moment du dépistage et les radiations touchant les reins. Un indice de masse corporelle élevé a été signalé comme facteur de risque par trois études non éligibles. Parmi les autres facteurs de risque signalés, mentionnons le temps de suivi et les radiations impliquant le rein ou l’ICT. Cependant, les études étaient contradictoires.

Qualité des données probantes

Toutes les études étaient concernées par des problèmes qui pourraient affecter notre confiance dans leurs résultats. Il faut plus de recherche, et surtout une recherche de meilleure qualité, pour mieux comprendre les effets indésirables rénaux et les facteurs de risque connexes.

Conclusions des auteurs: 

La prévalence des effets rénaux indésirables après un traitement au cisplatine, au carboplatine, à l'ifosfamide, à la radiothérapie impliquant la région rénale, à la néphrectomie ou à toute combinaison de ces traitements variait de 0 % à 84 % selon la population à l'étude, la combinaison de traitement reçue, la mesure des résultats, la durée du suivi et la qualité méthodologique déclarée. Avec les données actuellement disponibles, il n'a pas été possible de tirer des conclusions solides concernant la prévalence d'effets rénaux indésirables spécifiques et les facteurs de risque liés au traitement. Les études futures devraient être axées sur des plans d'étude et des reports de données adéquats, avec des études de cohortes prospectives de grande envergure utilisant des groupes témoins adéquats lorsque c'est possible. De plus, ces études devraient faire appel à des analyses de facteurs de risque multivariées afin de corriger les facteurs de confusion possibles. Outre les recherches sur les thérapies néphrotoxiques connues, il est conseillé d'explorer la néphrotoxicité après l'administration de nouveaux agents thérapeutiques pour des études futures. Jusqu'à ce que davantage de données probantes soient disponibles, les SCP devraient de préférence être inscrits à des programmes de suivi à long terme pour surveiller la fonction rénale et la tension artérielle.

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Contexte: 

L'amélioration du diagnostic et du traitement des tumeurs malignes chez les enfants a entraîné une augmentation importante du taux de survie. Cependant, les survivants d’un cancer pédiatrique (SCP) risquent de développer des effets indésirables causés par un traitement multimodal pour leur malignité. La néphrotoxicité est un effet secondaire connu de plusieurs traitements, y compris le cisplatine, le carboplatine, l'ifosfamide, la radiothérapie et la néphrectomie, et peut causer une altération du débit de filtration glomérulaire (DFG), une protéinurie, une tubulopathie et une hypertension. Les données sur les effets à long terme de ces traitements sur la fonction rénale demeurent peu concluantes. Il est important de connaître le risque et les facteurs de risque pour les effets rénaux indésirables précoces et tardifs, afin que les protocoles de traitement et de dépistage puissent être adaptés. Cette revue est une mise à jour d'une revue Cochrane déjà publiée.

Objectifs: 

Évaluer les données probantes existantes des effets potentiellement néphrotoxiques du traitement ainsi que de la prévalence du dysfonctionnement rénal chez les survivants traités pour un cancer pédiatrique dont la survie médiane ou moyenne est d'au moins un an après l'arrêt du traitement, si possible en comparaison avec la population générale ou les SCP traités sans traitement potentiellement néphrotoxique. De plus, évaluer les données probantes sur les facteurs de risque connexes, comme la durée du suivi, l'âge au moment du diagnostic et les combinaisons de traitements, ainsi que l'effet des doses.

La stratégie de recherche documentaire: 

Le 31 mars 2017, nous avons effectué une recherche dans les bases de données électroniques suivantes : CENTRAL, MEDLINE et Embase. De plus, nous avons examiné des listes de références d'études pertinentes et nous avons consulté les actes du congrès de l'International Society of Pediatric Oncology (SIOP) et de l'American Society of Pediatric Hematology/Oncology (ASPHO) de 2010 à 2016/2017.

Critères de sélection: 

À l'exception des études de cas, des séries de cas et des études comptant moins de 20 participants, nous avons inclus des études portant sur tous les modèles d'étude qui ont fait état de la fonction rénale (un an ou plus après l'arrêt du traitement), pour les SCP traités avant l'âge de 21 ans par cisplatine, carboplatine, ifosfamide, radiothérapie impliquant la région rénale, une néphrectomie ou une combinaison de deux ou plusieurs traitements de cette nature. Lorsque toutes les modalités de traitement n'étaient pas décrites ou que le groupe d'étude concerné n'était pas clair, une étude n'était pas éligible à l'évaluation de la prévalence. Nous l’incluons tout de même pour l'évaluation des facteurs de risque si elle avait effectué une analyse multivariée.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de l'étude ont procédé indépendamment à la sélection de l'étude, à l'évaluation du " risque de biais " et à l'extraction des données à l'aide de formulaires standardisés de collecte de données. Nous avons effectué des analyses conformément aux lignes directrices du Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions.

Résultats principaux: 

Outre les 37 autres études incluses dans la revue initiale, la recherche a donné lieu à l'inclusion de 24 nouvelles études. Au total, nous avons inclus 61 études, dont 46 pour la prévalence, six pour la prévalence et les facteurs de risque, et neuf ne répondant pas aux critères d'inclusion, mais évaluant les facteurs de risque. Les 52 études évaluant la prévalence de la dysfonction rénale comprenaient 13 327 participants d'intérêt, dont au moins 4499 ont subi un test de la fonction rénale. La prévalence des effets rénaux indésirables variait de 0 % à 84 %. Cette variation peut être attribuable à la diversité des tumeurs malignes incluses, des traitements reçus, des mesures de critères de jugement rapportées, de la durée du suivi et de la qualité méthodologique des données disponibles.

Sept des 52 études, dont 244 participants, ont fait état de la prévalence de l'insuffisance rénale chronique, qui variait de 2,4 % à 32 %.

De ces 52 études, 36 portaient sur une diminution (estimée) du DFG, dont au moins 432 SCP, et ont révélé qu'il était présent chez 0 % à 73,7 % des participants. Une étude éligible a signalé un risque accru de dysfonction glomérulaire après un traitement concomitant aux aminoglycosides et à la vancomycine chez les SCP ayant reçu de l’irradiation corporelle en totalité (ICT). Quatre études non éligibles évaluant une cohorte totale de SCP ont révélé que la néphrectomie et l'ifosfamide (à forte dose (FD)) étaient des facteurs de risque de diminution du DFG. La majorité d'entre eux ont également déclaré que le cisplatine était un facteur de risque. De plus, deux études non éligibles ont montré une association entre une période de suivi plus longue et un dysfonctionnement glomérulaire.

Vingt-deux des 52 études, dont 851 participants, ont porté sur la protéinurie, qui était présente chez 3,5 % à 84 % des participants. Les facteurs de risque, analysés dans trois études non éligibles, comprenaient le cisplatine FD, l'ifosfamide (FD), l’ICT et une combinaison de néphrectomie et de radiothérapie abdominale. Cependant, les études étaient contradictoires et non comparables.

Onze des 52 études ont évalué l'hypophosphatémie ou la réabsorption tubulaire des phosphates (TPR), ou les deux. La prévalence variait entre 0 % et 36,8 % pour l'hypophosphatémie chez 287 participants, et entre 0 % et 62,5 % pour la TPR chez 246 participants. Une étude non éligible a porté sur les facteurs de risque d'hypophosphatémie, mais n'a pu trouver aucune association.

Quatre des 52 études, incluant 128 SCP, ont évalué la prévalence de l'hypomagnésémie, qui se situait entre 13,2 % et 28,6 %. Les deux études non éligibles portant sur les facteurs de risque ont identifié le cisplatine comme un facteur de risque. Le carboplatine, la néphrectomie et le temps de suivi étaient d'autres facteurs de risque signalés.

La prévalence de l'hypertension variait de 0 % à 50 % chez 2 464 participants (30/52 études). Les facteurs de risque signalés par une étude éligible étaient l'âge plus avancé au moment du dépistage et la radiothérapie abdominale. Une étude non éligible a également révélé qu'une longue période de suivi était un facteur de risque. Trois études non éligibles ont montré qu'un indice de masse corporelle plus élevé augmentait le risque d'hypertension. Les facteurs de risque liés au traitement étaient la radiothérapie abdominale et l'ICT, mais des études n'étaient pas cohérentes.

En raison de la profonde hétérogénéité des études, il n'a pas été possible d'effectuer de méta-analyses. Le risque de biais était présent dans toutes les études.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Sofyan Jankowski et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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