Les microbicides topiques pour la prévention des infections sexuellement transmissibles

Au cours des deux dernières décennies les résultats de la recherche sur les microbicides ont été décevants car la plupart des microbicides n'ont pas montré de capacité à prévenir la contraction d'infections sexuellement transmissibles (IST), et du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) en particulier. Cependant, une récente petite étude préliminaire laisse entendre que les microbicides contenant le médicament antirétroviral ténofovir pourraient prévenir la contraction du VIH et du virus de l'herpès simplex chez les femmes, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer la possibilité de généraliser ces résultats. Il n'y a donc pas, à l'heure actuelle, suffisamment de données probantes pour recommander les microbicides topiques pour la prévention du VIH ou des IST.

Conclusions des auteurs: 

Des résultats limités laissent penser que les microbicides vaginaux au ténofovir pourraient réduire le risque pour les femmes d'être infectées par le VIH ou le VHS-2, mais les autres types de microbicides topiques n'ont pas donné de signe d'un effet sur ​​la contamination par le VIH ou les IST. Il n'y a donc pas, à l'heure actuelle, suffisamment de données probantes pour recommander les microbicides topiques pour la prévention du VIH ou des IST. Des études supplémentaires seront nécessaires pour confirmer les effets bénéfiques du gel microbicide de ténofovir dans les relations sexuelles vaginales. Il convient, par ailleurs, de poursuivre les recherches sur le développement et l'expérimentation de nouveaux microbicides. Si l'efficacité du ténofovir et/ou d'autres microbicides est confirmée dans des études ultérieures, il y aura besoin d'une procédure claire pour leur homologation réglementaire rapide. Pour que le lancement du gel efficace soit réussi il faudra avoir en place des mécanismes appropriés pour la distribution aux femmes qui en ont besoin, ainsi qu'une stratégie pour veiller à ce qu'elles l'utilisent correctement.

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Contexte: 

Deux décennies de recherche sur les microbicides topiques pour la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) n'ont eu qu'un succès limité. Cependant, les données d'un essai contrôlé randomisé (ECR) sur un nouveau microbicide ont été récemment publiées, qui n'avaient pas encore fait l'objet d'une revue systématique.

Objectifs: 

Déterminer les effets des microbicides topiques pour la prévention de la contraction d'IST, notamment du virus de l'immunodéficience humaine (VIH), transmises par des hommes à des femmes, ou à des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH).

La stratégie de recherche documentaire: 

En juillet 2011, nous avons effectué une recherche dans le Registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), PubMed, EMBASE, Web of Science, NLM Gateway, CLIB, AIDS Education Global Information System, ClinicalTrials.gov et dans le système d'enregistrement international des essais cliniques de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) ; nous avons passé au crible manuellement les références bibliographiques des articles pertinents et contacté des organisations et des experts en rapport avec le sujet.

Critères de sélection: 

Des ECR de microbicides topiques (à l'exception du nonoxynol-9) chez des femmes ou des HSH sexuellement actifs et séronégatifs. Nous avons exclu le nonoxynol-9 car de précédentes revues systématiques ont montré qu'il n'avait pas d'effet significatif sur le VIH ou les IST.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons, en double, évalué l'éligibilité des études, extrait les données et évalué les risques de biais ; les différends étant résolus par la discussion et le consensus. Nous avons ensuite effectué une méta-analyse à effet fixe, stratifiée par type de microbicide.

Résultats principaux: 

Nous avons constaté que jusqu'à la fin de l'année 2011, neuf ECR sur des microbicides avaient été soit menés à terme (un essai sur le BufferGel et le PRO 2000 0,5 %, un sur le Carraguard et un sur le ténofovir) soit arrêtés prématurément en raison de problèmes de sécurité (deux essais sur le sulfate de cellulose) ou d'un taux insuffisant d'infection par le VIH et de la faible probabilité de pouvoir montrer un effet protecteur (un essai sur le PRO 2000 2 %, un sur le ténofovir et deux SAVVY). Les neuf ECR avaient enrôlé 31 941 femmes sexuellement actives entre 2004 et 2011, dans les pays suivants : Bénin, Ghana, Malawi, Nigeria, Afrique du Sud, Tanzanie, Ouganda, Zambie, Zimbabwe, Inde et États-Unis. Un petit ECR de validation de concept a montré que le ténofovir (un inhibiteur nucléotidique de la transcriptase inverse) réduisait le risque de contracter le VIH (un essai ; 889 femmes ; risque relatif (RR) 0,63 ; IC à 95 % 0,43 à 0,93). Les données d'efficacité ne sont pas encore disponibles pour le second ECR sur le ténofovir qui a recruté 5 000 femmes et a été arrêté prématurément en raison de sa faible probabilité de montrer un effet protecteur. Nous n'avons pas trouvé de preuve d'un effet des produits suivants sur ​​la contamination par le VIH : sulfate de cellulose (2 essais, n = 3069 ; RR 1,20 ; IC à 95 % 0,74 à 1,95), SAVVY (deux essais, n = 4 295 ; RR 1,38, IC à 95 % 0,79 à 2,41), Carraguard (un essai, n = 6 202 ; RR = 0,89 ; IC à 95 % 0,71 à 1,11), PRO 2000 (deux essais, n = 12 486 ; RR 0,93 ; IC à 95 % 0,77 à 1,14) et BufferGel (un essai, n = 1 546 ; RR 1,05 ; IC à 95 % 0,73 à 1,52). Le ténofovir avait réduit l'incidence de l'infection par le virus de l'herpès simplex de type 2 (VHS-2) (un essai, 426 femmes ; RR = 0,55 ; IC à 95 % 0,37 à 0,83) et le sulfate de cellulose avait réduit le risque de l'infection à chlamydia (deux essais, n = 3 069 ; RR 0,70 ; IC à 95 % 0,49 à 0,99). Il n'y avait cependant aucune preuve de l'effet d'un microbicide quelconque sur la contraction de la gonorrhée, de la syphilis, de condylomes acuminés, de la trichomonase ou du virus du papillome humain (VPH). Une sous-étude de l'essai Carraguard avait montré que la prévalence de l'infection par le VPH à haut risque (VPH-HR) était de 23,5 % chez les femmes sous Carraguard et de 23,0 % chez celles sous placebo (n = 1 718 ; RR = 1,02 ; IC à 95 % 0,86 à 1,21). Après contrôle des facteurs de risque pour le VPH-HR, les auteurs ont constaté que les utilisateurs fiables de Carraguard étaient 0,62 (IC à 95 % 0,41 à 0,94) fois plus susceptibles d'être VPH-HR positifs que les utilisateurs fiables de placebo. Au total, il n'y avait pas de différence significative dans l'incidence des événements indésirables entre les groupes à microbicides et à placebo.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.