Anticonvulsivants pour les acouphènes

L'acouphène se caractérise par la perception d'un son ou d'un bruit en l'absence de stimulation acoustique extérieure. Il s'agit d'un symptôme fréquent et potentiellement pénible pour lequel il n'existe aucun traitement adapté. La physiopathologie de l'acouphène a été comparée aux douleurs du membre fantôme. Des anticonvulsivants ont donc été proposés en tant que traitement éventuel.

Cette revue comprend sept essais (six de faible qualité et un de haute qualité) portant sur quatre anticonvulsivants différents (gabapentine, carbamazépine, flunarizine et lamotrigine). Aucun effet bénéfique des anticonvulsivants n'a été observé pour le traitement des acouphènes. Dix-huit pour-cent des patients ressentaient des effets secondaires des anticonvulsivants.

Conclusions des auteurs: 

Actuellement, les preuves relatives à l'efficacité des anticonvulsivants pour les patients souffrant d'acouphènes comportent un risque de biais important. Jusqu'à présent, il n'existe aucune preuve issue d'études démontrant que les anticonvulsivants produisent un effet positif important dans le traitement des acouphènes. Un léger effet de signification clinique incertaine a néanmoins été démontré.

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Contexte: 

L'acouphène se caractérise par la perception d'un son ou d'un bruit en l'absence d'une stimulation acoustique intérieure ou extérieure. Il s'agit d'un symptôme fréquent et potentiellement pénible pour lequel il n'existe aucun traitement adapté.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité des anticonvulsivants chez des patients souffrant d'acouphènes chroniques.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé des essais du groupe Cochrane sur l'otorhinolaryngologie, CENTRAL (2010, numéro 2), MEDLINE, EMBASE, ainsi que dans des bibliographies et autres sources afin de recenser des essais publiés ou non. La recherche la plus récente a été effectuée le 26 mai 2010.

Critères de sélection: 

Nous avons sélectionné les essais contrôlés randomisés portant sur des patients souffrant d'acouphènes chroniques et comparant des anticonvulsivants oraux à un placebo. Le principal critère d'évaluation était l'amélioration des acouphènes mesurée au moyen de questionnaires validés. Les critères d'évaluation secondaires étaient l'amélioration des acouphènes mesurée au moyen de scores d'auto-évaluation, l'amélioration du bien-être général ou des symptômes connexes, ainsi que les effets indésirables des médicaments.

Recueil et analyse des données: 

Trois auteurs ont, de manière indépendante, évalué le risque de biais et extrait les données.

Résultats principaux: 

Sept essais (453 patients) ont été inclus dans cette revue. Ces études portaient sur quatre anticonvulsivants différents : la gabapentine, la carbamazépine, la lamotrigine et la flunarizine. Pour la plupart des études, le risque de biais était élevé ou incertain. Trois études comprenaient un questionnaire validé (principal critère d'évaluation). Aucune d'entre elles ne révélait un effet positif significatif des anticonvulsivants. Une étude signalait un effet négatif important de la gabapentine par rapport au placebo avec une augmentation du score du Tinnitus Questionnaire (TQ) de 18,4 points (différence moyenne standardisée (DMS) 0,82, intervalle de confiance (IC) à 95 % entre 0,07 et 1,58). Une deuxième étude constatait un effet positif non significatif de la gabapentine avec une différence, par rapport au placebo, de 2,4 points sur le Tinnitus Handicap Inventory (THI) (DMS -0,11, IC à 95 % entre -0,48 et 0,25). Lorsque les données issues de ces deux études ont été combinées, aucun effet de la gabapentine n'était observé (DMS 0,07, IC à 95 % entre -0,26 et 0,40). Une troisième étude ne signalait aucune différence sur le THI après le traitement par gabapentine par rapport au placebo (les chiffres exacts n'ont pas pu être extraits de l'article).

Une méta-analyse de n'importe quel effet positif (oui versus non) fondée sur le score d'auto-évaluation (critère d'évaluation secondaire) mettait en évidence un léger effet favorable aux anticonvulsivants (DR 14 %, IC à 95 % entre 6 % et 22 %). Une méta-analyse de l'élimination totale ou quasi-totale de la contrariété due aux acouphènes ne révélait aucun effet des anticonvulsivants (différence de risques (DR) 4 %, IC à 95 % entre -2 % et 11 %). Dix-huit pour-cent des patients ressentaient des effets secondaires des anticonvulsivants.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.