Anti-inflammatoires non stéroïdiens pour les techniques de procréation assistée

Problématique de la revue
Les chercheurs ont examiné les données probantes sur l'effet des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) en tant que co-traitements, lorsqu'ils sont appliqués chez des femmes infertiles ayant recours à la procréation assistée.

Contexte
Les techniques de procréation assistée (en anglais : assisted reproductive technology, ART) comprennent les techniques utilisées pour traiter l’hypofertilité, et la fécondation in vitro (FIV) est la plus courante. Malgré les efforts cliniques et pharmaceutiques et un plus grand succès de ces traitements, les taux de grossesse restent faibles. Il est possible que la réponse inflammatoire locale soit susceptible d’entrainer des difficultés d'implantation de l'embryon, par l'action des prostaglandines. Ces substances provoquent principalement une réponse inflammatoire locale différenciée et des contractions utérines pendant le transfert embryonnaire, empêchant la réussite de l’implantation embryonnaire. Pour cette raison, les cliniciens utilisent habituellement des agents anti-prostaglandines pour bloquer cette action : les AINS font partie des agents utilisés. Dans la pratique clinique, ils sont souvent proposés pour améliorer les résultats des ART, mais les données probantes se basent sur divers types d'études. Par conséquent, en l'absence de preuves claires, leur efficacité et leur innocuité demeurent controversées. Dans cette revue Cochrane, nous avons résumé les données probantes disponibles sur l'utilisation des AINS chez les femmes infertiles ayant recours à la FIV, dans le but de cerner les lacunes et les limites de notre compréhension actuelle.

Caractéristiques des études
Nous avons effectué une recherche documentaire exhaustive dans les bases de données médicales standard (depuis la création des bases de données jusqu'en février 2019) en consultation avec le spécialiste de l'information du Cochrane Gynaecology and Fertility Group, pour tous les essais contrôlés randomisés (études dans lesquelles les participants sont affectés à un groupe thérapeutique en utilisant une méthode aléatoire) étudiant l'efficacité des AINS comparativement au placebo ou à l’absence d’autre traitement ou comparés les uns aux autres chez des femmes infertiles ayant recours à la FIV. Nous avons recherché et inclus des études indépendamment de la langue et du pays d'origine. Deux auteurs de la revue ont indépendamment sélectionné et évalué les études, extrait des données et tenté de contacter les auteurs des études pour lesquelles des données manquaient. Nous avons trouvé 11 études (2384 femmes) ; les données n'étaient pas disponibles dans une étude, nous avons donc analysé les données sur 1884 patientes ; deux études ont été publiées sous forme de résumés dans des rapports de conférences internationales ; et nous avons trouvé un essai en cours qui répondait à nos exigences d'inclusion.

Principaux résultats
Nous ne sommes pas certains de l'existence d’un effet sur la grossesse en cours et la fausse couche lorsque les AINS étaient comparés à un placebo ou à l'absence de traitement. Les résultats suggèrent que si la probabilité d'une grossesse et d'une fausse couche à la suite de l’administration d'un placebo ou d'une absence de traitement est estimée à 15 % et 21 %, respectivement, la probabilité après utilisation d'AINS est estimée entre 12 % et 24 %, et entre 7 % et 27 %, respectivement. Une seule étude a comparé le piroxicam à l'indométhacine : nous ne sommes pas certains de l’effet sur la grossesse en cours et sur les fausses couches. Les données probantes suggèrent que si la probabilité d'une grossesse à la suite de l'indométhacine est présumée être de 20 %, la probabilité après utilisation du piroxicam est estimée entre 13 % et 40 % ; alors que pour une fausse couche, les données suggèrent que si la probabilité après indométhacine est présumée être de 12 %, la probabilité après utilisation du piroxicam est estimée entre 5 % et 27 %.

En ce qui concerne les critères de jugement secondaires, nous sommes également incertains de tout effet.

Actuellement, nous ne sommes pas certains de l'effet de l'utilisation systématique des AINS, en tant que co-traitements chez des femmes infertiles ayant recours à la procréation assistée, dans l’amélioration des taux de grossesse. Ces résultats sont basés sur les données disponibles provenant d'essais contrôlés randomisés, dans lesquels aucun des résultats rapportés n'a démontré un avantage en ce qui concerne leur utilisation.

Qualité des données
La qualité des données était très faible pour tous les critères de jugement. Cela s'explique par plusieurs limites, parmi lesquelles, de mauvaises méthodes de rapport des résultats, une imprécision, un petit nombre d'études et un faible nombre d'événements rapportés.

Conclusions des auteurs: 

À l'heure actuelle, nous ne sommes pas certains de l'effet de l'utilisation en routine des AINS en tant que co-traitements chez les femmes infertiles ayant recours à la procréation assistée sur l’amélioration les taux de grossesses et de fausses couches. Ces résultats sont basés sur les données disponibles provenant d’ECR, dans lesquels des données de très faible qualité ont montré qu'il n'existe pas de mesure des critères de jugement démontrant un bénéfice de leur utilisation. D'autres essais de grande envergure, bien conçus, randomisés et contrôlés par placebo, rapportant les naissances vivantes, sont nécessaires pour clarifier le rôle exact des AINS.

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Contexte: 

Malgré des améliorations substantielles dans le succès des traitements grâce aux technologies de procréation assistée (en anglais : assisted reproduction technologies, ART), les taux de natalité vivante demeurent constamment faibles et les praticiens sont à la recherche de traitements étiologiques pour améliorer les résultats.

Il est possible que la réponse inflammatoire locale contribue à l'échec de l'implantation, étant une situation lors de laquelle les prostaglandines pourraient augmenter les contractions utérines et diminuer la réceptivité utérine, diminuant ainsi la possibilité d'un cycle de FIV menant au transfert réussi de l'embryon. Dans ce contexte, des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ont été utilisés pour inhiber l'effet négatif des prostaglandines. Ils sont souvent proposés dans la pratique clinique pour améliorer les résultats des ART, mais des données probantes, solides et actuelles, sur leur efficacité font défaut.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité des anti-inflammatoires non stéroïdiens utilisés en co-traitements chez des femmes infertiles ayant recours à la procréation assistée, pour l’amélioration des taux de naissances vivantes et de fausses couches.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons conçu la recherche à l'aide des méthodes Cochrane standard et l'avons effectuée dans des bases de données, depuis leur création jusqu'au 20 février 2019.

Nous avons consulté le Registre spécialisé des essais contrôlés du Cochrane Gynaecology and Fertility Group, CENTRAL via le Registre Cochrane central des études en ligne (Cochrane Central Register of Studies Online), MEDLINE, Embase, CINAHL, et les registres des essais en cours et enregistrés, la littérature grise et les directives («guidelines») thérapeutiques. Nous avons examiné manuellement les listes de référence des revues systématiques et des ECR pertinents, ainsi que PubMed et Google pour tous les essais récents. Il n'y avait aucune restriction de langue ou de pays d’origine.

Critères de sélection: 

Tous les ECR sur l'utilisation d'AINS en tant que co-traitement au cours d'un cycle d’ART comparativement à l'absence d'utilisation ou à l'utilisation d'un placebo ou de tout autre médicament similaire, ainsi que toutes comparaisons d'un AINS à un autre.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standard recommandées par Cochrane. Nos critères de jugement principaux étaient les naissances vivantes, les grossesses en cours et les fausses couches. Nous avons effectué l'analyse statistique à l'aide de Review Manager 5. Nous avons évalué la qualité des données probantes à l'aide des méthodes GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons trouvé 11 ECR (1884 femmes) aptes à être inclus dans la revue. La plupart des études présentaient un risque de biais incertain ou élevé. Les principales limites de qualité globale des données probantes étaient le risque élevé de biais, une hétérogénéité inexpliquée, une grande imprécision et un caractère indirect.

Il n'y avait de données sur notre critère de jugement principal - naissance vivante par femme randomisée - dans aucune des comparaisons effectuées dans les revues.

AINS vs placebo/aucun traitement

Nous ne sommes pas certains de l'effet sur la grossesse en cours lorsque les AINS étaient comparés à un placebo/aucun traitement (rapport de risque (RR) 1,06, intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,71 à 1,59 ; 4 études, 1 159 participantes ; I² = 53 % ; preuves de très faible qualité). Les résultats suggèrent que si l'on suppose que la probabilité d'une grossesse après un placebo ou l'absence de traitement est de 15 %, la probabilité après utilisation d'AINS est estimée entre 12 % et 24 %. L'analyse en sous-groupes selon le type d'AINS a donné des résultats similaires.

Les effets sur les taux d'avortements spontanés lorsque les AINS sont comparés au placebo ou à l'absence de traitement (RR 0,62, IC à 95 %, 0,33 à 1,16 ; 4 études, 525 participantes ; I² = 43 % ; preuves de très faible qualité) sont également incertains. Les résultats suggèrent que si l'on suppose que le risque de fausse couche après un placebo ou l'absence de traitement est de 21 %, le risque après utilisation d'AINS est estimé entre 7 % et 27 %. Les résultats étaient similaires lorsque deux études étaient exclues en raison du risque élevé de biais.

En ce qui concerne les critères de jugement secondaires, l’existence d'un effet sur les taux de grossesse clinique (RR 1,23, IC à 95 % 1,00 à 1,52 ; 6 études, 1 570 participants ; I² = 49 % ; preuves de faible qualité) ; sur les grossesses extra-utérines (RR 0.56, IC à 95 % : 0,05 à 5,89 ; 1 étude, 72 participants) ; sur les grossesses multiples (RR 2,00, IC à 95 % : 0,18 à 21,67 ; 1 étude, 180 participants) et sur les effets secondaires (RR 1,39, IC à 95 % : 0,02 à 119,35 ; 3 études, 418 participants ; I² = 79 %) reste incertaine. Les données probantes suggèrent que si la probabilité d'une grossesse clinique à la suite d'un placebo ou de l'absence de traitement est présumée être de 30 %, la probabilité après utilisation d'AINS est estimée entre 31 % et 45 %. Si la probabilité d'une grossesse extra-utérine à la suite d'un placebo ou de l'absence de traitement est supposée être de 5%, la probabilité après utilisation d'AINS est estimée entre 0,3% et 31%. Si la probabilité d'une grossesse multiple à la suite d'un placebo ou de l'absence de traitement est supposée être de 1 %, la probabilité après utilisation d'AINS est estimée entre 0,2 % et 24 %.

Il n'y a eu aucun cas d'anomalie congénitale au cours du dépistage prénatal par échographie, chez les femmes d’une étude.

AINS contre un autre AINS

Une seule étude a comparé le piroxicam à l'indométhacine : l'effet sur la grossesse en cours (RR 1,12, IC à 95 % : 0,63 à 2,00 ; 1 étude, 170 participantes ; preuves de très faible qualité) ; et sur la fausse couche (RR 1,00, IC à 95 % : 0,44 à 2,28 ; 1 étude, 170 participantes ; données de très faible qualité) reste incertain. Les données probantes suggèrent que si la probabilité d'une grossesse à la suite de l'indométhacine est présumée être de 20 %, la probabilité après utilisation du piroxicam est estimée entre 13 % et 40 % ; alors que pour une fausse couche, les données suggèrent que si la probabilité après indométhacine est présumée être de 12 %, la probabilité après utilisation du piroxicam est estimée entre 5 % et 27 %.

Des résultats similaires ont été rapportés pour les grossesses cliniques (RR 1,07, IC à 95 % : 0,71 à 1,63 ; 1 étude, 170 participantes ; données probantes de très faible qualité).

Il n'y avait pas de données pour les autres critères de jugement précisés dans cette revue.

AINS vs aspirine

Aucune étude n'a fait état de cette comparaison.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Carole Lescure et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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