Hormones thyroïdiennes dans l'insuffisance rénale aiguë

L'insuffisance rénale aiguë (IRA) a différentes causes, notamment une infection, un traumatisme, des calculs rénaux, des médicaments toxiques, ou peut être contractée lors d'un traitement hospitalier. Les personnes atteintes d'IRA perdent soudainement leur fonction rénale, ce qui conduit à une faible production d'urine et à la rétention des déchets produits par l'organisme. Sur 1 000 personnes quittant l'hôpital, environ 30 présentent un diagnostic d'IRA ; environ 6 % de l'ensemble des patients gravement malades ont une IRA. De nombreuses personnes atteintes d'IRA décèderont de cette maladie.

Le traitement contre l'IRA vise à restaurer la fonction rénale au moyen de médicaments, d'une dialyse rénale, ou des deux. Les études expérimentales chez l'animal portant sur la thérapie aux hormones thyroïdiennes (un traitement médicamenteux) étaient prometteuses, mais il existait une incertitude concernant son efficacité et son innocuité pour les personnes.

Nous avons effectué des recherches dans la littérature médicale afin d'étudier les avantages et les inconvénients de la thérapie aux hormones thyroïdiennes pour les adultes hospitalisés atteints d'IRA toutes causes confondues et avons trouvé deux études portant sur 97 personnes. De nombreuses différences ont été relevées entre les populations des études, en particulier concernant les antécédents rénaux des participants (certains avaient encore leurs propres reins, d'autres avaient reçu une greffe de rein) et les médicaments qui étaient étudiés. Ces différences nous ont empêché d'évaluer de façon statistique les données d'étude (par méta-analyse).

Nous avons découvert que le risque de décès toutes causes confondues était bien plus élevé chez les personnes atteintes d'IRA qui recevaient une thérapie aux hormones thyroïdiennes comparé à celles qui recevaient un placebo dans une étude ; aucun décès n'a été signalé dans la seconde étude. La thérapie aux hormones thyroïdiennes ne s'est pas révélée plus efficace ou s'est révélée moins efficace que le placebo pour changer la nécessité de dialyse rénale ou de greffe pour les patients. Les personnes atteintes d'IRA ayant reçu une thérapie aux hormones thyroïdiennes ont eu besoin d'une dialyse pendant plus longtemps que celles ayant reçu un placebo dans une étude, mais aucune différence en termes de durée de l'IRA et de la dialyse n'a été observée dans l'autre étude. La durée des séjours en unité de soins intensifs et la durée d'hospitalisation ont été semblables chez les personnes ayant reçu une thérapie aux hormones thyroïdiennes et celles ayant reçu un placebo dans une étude, mais n'ont pas été indiquées dans l'autre étude. Aucune étude n'a indiqué si des participants avaient connu une évolution jusqu'à une néphropathie en phase terminale. Nous avions prévu d'analyser les changements de fonction rénale et le nombre de séances de dialyse, mais la notification des données n'a pas été suffisante pour procéder à des évaluations.

Les études incluses ont été peu nombreuses, de petite taille et de mauvaise qualité méthodologique. Les preuves disponibles ont suggéré que l'utilisation de la thérapie aux hormones thyroïdiennes était associée à une aggravation des critères d'évaluation chez les patients présentant une IRA établie et, par conséquent, l'utilisation de ces thérapies doit être évitée pour ces personnes.

Conclusions des auteurs: 

Nous avons découvert qu'il existait peu d'études de grande taille et de grande qualité permettant d'éclairer l'analyse des interventions par administration d'hormones thyroïdiennes pour le traitement des personnes atteintes d'IRA. Les preuves actuelles suggéraient que la thérapie aux hormones thyroïdiennes pouvait être associée à une aggravation des critères d'évaluation pour les patients présentant une IRA établie ; par conséquent, son utilisation pour ces patients doit être évitée. Le rôle de la thérapie aux hormones thyroïdiennes dans la prévention de l'IRA n'a pas été étudié de façon adéquate et peut être examiné dans de futures études cliniques.

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Contexte: 

L'insuffisance rénale aiguë (IRA), qui est courante chez les patients hospitalisés, est associée à une morbidité et une mortalité significatives. Malgré les récents progrès concernant le traitement, les critères de jugement relatifs à l'IRA n'ont pas changé de manière substantielle au cours des quarante dernières années et l'incidence de l'IRA augmente. Il est urgent d'étudier de nouveaux agents thérapeutiques et de réexaminer certains médicaments anciens afin de réévaluer leur rôle dans la prise en charge de l'IRA. Bien que la thérapie aux hormones thyroïdiennes se soit révélée prometteuse dans des études expérimentales chez l'animal, l'efficacité clinique et la sécurité n'ont pas été évaluées de façon systématique pour la prise en charge des personnes atteintes d'IRA.

Objectifs: 

Evaluer les avantages et les inconvénients des hormones thyroïdiennes pour le traitement des adultes hospitalisés atteints d'IRA toutes étiologies confondues.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur le rein, CENTRAL, MEDLINE et EMBASE. Nous avons également consulté les listes bibliographiques des études et des articles obtenus.

Date de la dernière recherche : novembre 2012

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) et les quasi-ECR (dans lesquels l'assignation au traitement a été obtenue par l'alternance, le recours à d'autres dossiers médicaux, la date de naissance ou d'autres méthodes prédictibles) qui comparaient une dose ou une forme quelconques de thérapie aux hormones thyroïdiennes seule ou combinée à d'autres agents à un placebo ou à un traitement complémentaire (tel que le furosémide, la dopamine ou le peptide natriurétique atrial) chez les patients adultes atteints d'IRA

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont évalué la qualité méthodologique des études et extrait des données de manière indépendante. La qualité des études incluses a été évaluée à l'aide de l'outil de la Cochrane Collaboration pour l'évaluation du risque de biais. Pour les critères de jugement dichotomiques (décès, besoin d'une thérapie de remplacement rénal (TRR), évolution vers une néphropathie terminale (NPT)), nous avions prévu d'exprimer les résultats sous la forme de risques relatifs (RR) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Lorsque des échelles de mesure continues avaient été utilisées pour évaluer les effets du traitement (durée d'hospitalisation, durée d'IRA et de TRR), nous avions prévu d'utiliser la différence moyenne (DM).

Résultats principaux: 

Deux études, impliquant 97 participants, ont rempli nos critères d'inclusion. Les études différaient significativement en termes de populations d'étude, d'évolution naturelle de l'IRA (IRA multifactorielle chez les patients ayant des reins natifs versus un retard de fonctionnement du greffon associé à une nécrose tubulaire aiguë chez les receveurs de greffe) et d'interventions d'étude ; par conséquent, les données n'ont pas été soumises à une méta-analyse. Une étude a rapporté une augmentation significative du risque de mortalité toutes causes confondues associée aux interventions par administration d'hormones thyroïdiennes comparé au placebo (59 participants, RR 3,32, IC à 95 % 1,21 à 9,12) ; aucun décès n'a été signalé dans l'autre étude. Aucune des deux études n'a signalé de différence significative concernant le besoin de TRR associé à la thérapie aux hormones thyroïdiennes comparé au placebo. Aucune étude n'a indiqué l'incidence de l'évolution vers une NPT. On a observé une durée significativement plus longue de l'IRA (DM 2,00 jours, IC à 95 % 0,18 à 3,82) et de la TRR (5,00 jours, IC à 95 % 2,05 à 7,95) associée à la thérapie aux hormones thyroïdiennes comparé au placebo dans une étude ; aucune différence en termes de durée d'IRA (DM 2,00 jours, IC à 95 % -3,53 à 7,53) et de TRR (DM 2,00 jours, IC à 95 % -2,36 à 6,36) n'a été constatée dans l'autre étude. Une étude a rapporté des durées de séjour en unité de soins intensifs et d'hospitalisation semblables dans le bras d'intervention et le bras témoin (DM -0,20 jours, IC à 95 % -8,17 à 7,77) ; l'autre étude ne rapportait pas ce critère de jugement. Il n'a été observé aucun événement indésirable associé à la thérapie aux hormones thyroïdiennes dans aucune des deux études. Il n'existait pas de données adéquates pour évaluer les changements de la fonction rénale ou le nombre de séances de TRR. Les deux études incluses étaient de petite taille et la qualité méthodologique était sous-optimale.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.