Agents anesthésiques locaux injectables pour la prévention de la douleur chez les participants nécessitant un traitement dentaire

Question de la revue

Cette revue a évalué les données probantes existantes sur la réalisation d’une anesthésie locale réussie qui évite toute douleur lors d'une intervention dentaire. Les études incluses comparaient les injections d'anesthésique local pour aider les personnes ayant besoin d’un traitement dentaire et pour prévenir les sensations douloureuses, testées de façon expérimentale (en utilisant du froid, une sonde pointue ou un stimulus électrique).

Contexte

Une injection d'anesthésique local empêche une personne de ressentir de la douleur. Il est plutôt injecté dans une zone spécifique que dans tout le corps. Bien que la douleur pendant le traitement dentaire puisse être gérée avec succès, il s’agit d’une peur commune chez les patients.

Plusieurs anesthésiques locaux différents sont à la disposition des dentistes, ainsi qu'une variété de moyens pour les administrer, pour prévenir la douleur. Parmi les facteurs qui semblent influer sur l’efficacité des anesthésiques, mentionnons la grande difficulté à anesthésier les dents en présence d'inflammation, la sensibilité à l'anesthésie locale qui varie en fonction des différents types de dents, les différentes interventions chirurgicales effectuées sur la dent (par exemple, il semble plus facile de réussir une anesthésie lors d’une extraction dentaire que lors d’un traitement du canal radiculaire), et les diverses techniques et solutions utilisées pour administrer l'anesthésique local.

Nous avons cherché à savoir si l'injection d'une solution d'anesthésique locale était plus efficace qu'une autre pour prévenir la douleur pendant un traitement dentaire ou pendant une étude expérimentale, et si cet effet se produisait rapidement ou durait suffisamment longtemps, si des effets indésirables survenaient, et quel était le ressenti des patients vis-à-vis des procédures dentaires. Les effets indésirables locaux peuvent inclure une douleur pendant ou après l'injection, ou une anesthésie de longue durée. Les effets systémiques dus à la solution d’anesthésique locale peuvent inclure des réactions allergiques et des changements dans la fréquence cardiaque et la tension artérielle.

Caractéristiques de l’étude

Deux auteurs de la revue ont consulté la documentation pour trouver des études comparant différentes solutions d'anesthésique locale injectées à des personnes sous traitement dentaire ou à des volontaires chez qui les mêmes critères de jugements étaient mesurés de façon expérimentale. Dans chaque essai, chaque personne a reçu au hasard un des anesthésiques locaux de l’étude. Les recherches étaient à jour au 31 janvier 2018.

Nous avons trouvé 123 essais avec un total de 19 223 participants et participantes. Ces essais ont porté sur la douleur ressentie pendant le traitement dentaire, y compris la chirurgie, l'extraction, le traitement parodontal (gingival), la préparation dentaire, le traitement du canal radiculaire, l'anesthésie des nerfs dans les dents (pulpes) testée au moyen d'un testeur électrique de vitalité pulpaire ou d'un stimulant du froid, et l'anesthésie des tissus mous mesurée après piquage des gencives ou déclarée par le participant lui-même. Nous avons regroupé les données de 68 études (6615 participants). Nous avons obtenu huit critères de jugement lorsque sept solutions différentes d'anesthésique locale ont été testées pendant le traitement dentaire, deux évaluant la douleur pendant et après l'injection de l'anesthésique local, et 47 critères testés avec un testeur de vitalité pulpaire, après piquage des gencives, ou déclarés par les participants.

Résultats principaux

La revue suggère que sur les 14 types d'anesthésiques locaux testés, les preuves à l'appui de l'utilisation de l'un par rapport à l'autre se limitent au critère de l’efficacité (absence de douleur), selon trois comparaisons d'anesthésiques locaux. Les résultats montrent que 4 % d'articaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine étaient plus efficaces que 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine dans les dents postérieures avec des pulpes enflammées nécessitant un traitement du canal radiculaire. Aucune différence entre ces solutions n'a été observée lors de l'évaluation de la douleur à l'injection, et bien que la lidocaïne ait entraîné moins de douleur post-injection, la différence était minime. Les chercheurs ont découvert que la lidocaïne à 2 % avec 1:100 000 d’épinéphrine étaient plus efficaces que la prilocaïne à 3 % avec la félopressine à 0,03 UI et la prilocaïne seule à 4 % pour les interventions chirurgicales et les interventions chirurgicales/traitement parodontal, respectivement. La vitesse d’apparition ne dépassait pas les délais cliniquement acceptables et les durées étaient variables, ce qui les rendait adaptés à différentes interventions. Ces deux derniers critères ont été testés de façon expérimentale, ils ne reflètent donc peut-être pas les résultats cliniques. Les effets indésirables étaient rares. L'expérience des patients n'a pas été évaluée en raison d’un manque de données.

Qualité des données probantes

Les comparaisons d'anesthésiques locaux, effectuées dans le cadre de cette revue, ont montré qu’ils semblaient tous efficaces et surs, et assez similaires. La qualité des données disponibles variait de moyenne à très faible. Certaines études n'étaient pas satisfaisantes en termes de qualité, en raison du petit nombre de participants, du manque de clarté des méthodes d'étude et de la présentation des données dans un format qui n'était pas facile à combiner avec d'autres données. D'autres recherches sont nécessaires pour clarifier l'efficacité et l'innocuité d'un anesthésique local par rapport à un autre.

Conclusions des auteurs: 

En ce qui concerne le succès (absence de douleur), les données probantes de faible qualité suggèrent que 4 % d'articaïne associée à 1:100 000 d'épinéphrine étaient plus efficaces que 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine pour le traitement radiculaire des dents postérieures avec pulpite irréversible, et 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine étaient plus efficaces que 4 % de prilocaïne seule pour des interventions chirurgicales/un traitement parodontal. Des données de qualité moyenne montrent que la lidocaïne à 2 % avec 1:100 000 d’épinéphrine étaient plus efficaces que la prilocaïne à 3 % et la félypressine à 0,03 UI lorsque des interventions chirurgicales étaient pratiquées.

Les effets indésirables étaient rares. Certaines données de qualité moyenne ne montrent aucune différence dans la douleur lors de l'injection lorsque 4 % d'articaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine et 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine ont été comparés, mais la lidocaïne a entraîné une douleur légèrement moindre après injection.

Sur de nombreux critères, nos objectifs principaux étaient mis à l’essai dans des scénarios simulés, bien que des solutions cliniques ne soient pas toujours possibles.

D'autres études sont nécessaires pour accroître la solidité des données probantes. Ces études devraient faire l'objet d'un rapport clair, présenter un faible risque de biais avec un échantillon de taille adéquate et fournir des données dans un format qui permettra une méta-analyse. Une fois évalués, les résultats des 34 "Études en attente de classement (texte intégral non disponible)" pourraient modifier les conclusions de la revue.

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Contexte: 

La douleur pendant le traitement dentaire, qui est une peur commune des patients, peut être contrôlée avec efficacité par l'anesthésie locale. Plusieurs formules et techniques d'anesthésie locale sont à la disposition des dentistes.

Objectifs: 

Nos principaux objectifs étaient de comparer le succès de l'anesthésie, la vitesse d'apparition et la durée de l'anesthésie, ainsi que les effets indésirables systémiques et locaux des différentes formules d'anesthésiques locaux pour l'anesthésie dentaire. Nous définissons l’efficacité de l'anesthésie par l'absence de douleur au cours d'une intervention dentaire, ou par une réponse négative à un test électrique de vitalité pulpaire ou à d'autres tests de scénarios simulés. Nous définissons l'anesthésie dentaire comme l'anesthésie pratiquée lors de toute intervention dentaire.

Notre objectif secondaire était de rendre compte de l'expérience des patients sur les interventions réalisées.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL ; la Bibliothèque Cochrane ; 2018, numéro 1), MEDLINE (OVID SP), Embase, CINAHL PLUS, WEB OF SCIENCE, et dans d’autres ressources jusqu'au 31 janvier 2018. Parmi les autres ressources, mentionnons les registres d'essais cliniques, les revues consultées à la main, les actes de conférences, les bibliographies/listes de références et les recherches non publiées.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés (ECR) portant sur différentes formulations d'anesthésique local utilisées pour des interventions cliniques ou des scénarios simulés. Les études pouvaient appliquer un plan parallèle ou croisé.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé des approches méthodologiques Cochrane standard pour la collecte et l'analyse des données.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 123 études (19 223 participants) dans la revue. Nous avons regroupé les données de 68 études (6 615 participants) pour une méta-analyse, ce qui nous a permis d'obtenir 23 comparaisons d'anesthésiques locaux et 57 critères de jugement avec 14 formulations différentes. Seulement 10 critères provenant de 8 comparaisons ont fait l'objet d'essais cliniques.

Nous avons évalué les études incluses comme présentant un faible risque de biais dans la plupart des domaines. Soixante-treize études comportaient au moins un domaine où le risque de biais n'était pas clair. Quinze études comportaient au moins un domaine présentant un risque élevé de biais en raison d'une génération de séquence inadéquate, de l’assignation secrète, du masquage des cartouches d'anesthésique local pour les administrateurs ou les évaluateurs de résultats, ou de l'abandon ou de l'exclusion de participants.

Nous avons présenté les résultats des huit comparaisons les plus importantes.

Efficacité de l'anesthésie

Lorsque l’efficacité de l'anesthésie des dents postérieures avec pulpite irréversible nécessitant un traitement du canal radiculaire est testée, 4 % d'articaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine peuvent potentiellement être plus efficaces que 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine (31 % avec 2 % de lidocaïne contre 49 % avec 4 % d'articaïne ; risque relatif 1,60, intervalle de confiance (IC) 95 % 1,10 à 2,32 ; 4 études parallèles ; 203 participants ; données de faible qualité).

Lorsque l’efficacité de l'anesthésie des dents/tissus dentaires nécessitant respectivement des interventions chirurgicales et des interventions chirurgicales/un traitement parodontal a été testée, 3 % de prilocaïne, 0,03 UI de félypressine (66 % avec 3 % de prilocaïne vs 76 % avec 2 % de lidocaïne ; RR 0,86, IC à 95 % 0,79 à 0,95 ; 2 études parallèles ; 907 participants ; données de qualité moyenne), ainsi que 4 % de prilocaïne seule (71 % avec 4 % de prilocaine vs 83 % avec 2 % de lidocaïne ; RR 0,86, IC à 95 % 0,75 à 0,99 ; 2 études parallèles ; 228 participants ; preuves de qualité faible) étaient moins efficaces que 2 % de lidocaïne avec 1:100,000 d’épinephrine.

Les effets comparatifs de 4 % d'articaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine et 4 % d'articaïne avec 1:200 000 d'épinéphrine sur l’efficacité de l'anesthésie des dents et des tissus dentaires nécessitant une intervention chirurgicale sont incertains (RR 0,85, IC à 95 %, 0,71 à 1,02 ; 3 études parallèles ; 930 participants ; preuves de très faible qualité).

Les effets comparatifs de 0,5 % de bupivacaïne avec 1:200 000 d'épinéphrine et de 4 % d'articaïne avec 1:200 000 d'épinéphrine (odds ratio (OR) 0,87, IC 95 % 0,27 à 2,83 ; 2 études croisées ; 37 participants ; preuves de faible qualité) et 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine (OR 0,58, IC 95 % 0,07 à 5,12 ; 2 études croisées ; 31 participants ; données de faible qualité) sur la réussite de l’anesthésie dentaire des dents nécessitant une extraction sont incertains.

Les effets comparatifs de 2 % de mépivacaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine et 4 % d'articaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine (OR 3,82, IC à 95 % : 0,61 à 23,82 ; 1 étude parallèle et 1 étude croisée ; 110 participants ; données de faible qualité) et 2 % de lidocaïne avec 1:100 000 d'épinéphrine (RR 1,16, IC à 95 % : 0,25 à 5,45 ; 2 études parallèles ; 68 participants ; données de faible qualité) sur la réussite de l’anesthésie des dents nécessitant une extraction et des dents présentant une pulpite irréversible nécessitant un accès et une instrumentation endodontique, respectivement, sont incertains.

Concernant les autres critères de jugement, il n'a pas été possible d'évaluer l’efficacité de l'anesthésie locale dentaire au moyen de méta-analyses.

Début et durée de l'anesthésie

Concernant les comparaisons évaluant le début et la durée de l’anesthésie, aucune étude clinique n'a répondu à nos définitions des critères de jugement.

Effets indésirables (douleur continue mesurée sur une échelle visuelle analogique (EVA) de Heft-Parker de 170 mm)

Les différences dans la douleur post-injection entre l'articaïne 4 % avec l'épinéphrine 1:100 000 et la lidocaïne 2 % avec l'épinéphrine 1:100 000 sont faibles, telles que mesurées par une EVA (différence moyenne (DM) de 4,74 mm, IC à 95 % : -1,98 à -11,46 mm ; 3 études transversales ; 314 interventions ; preuves de qualité moyenne). La lidocaïne a probablement entraîné un peu moins de douleur post-injection que l'articaïne (DM 6,41 mm, IC à 95 % : 1,01 à 11,80 mm ; 3 études croisées ; 309 interventions ; preuves de qualité moyenne) sur la même EVA.

En ce qui concerne les autres comparaisons évaluant les effets indésirables locaux et systémiques, les méta-analyses n'étaient pas possibles. D'autres effets indésirables étaient rares et mineurs.

Expérience des patients

L'expérience des patients en matière de procédures n'a pas été évaluée en raison du manque de données.

Notes de traduction: 

Post-édition : Klara Croonenbroeck - Révision : Sarah Khalif (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.