Médicaments, psychothérapie ou combinaison des deux dans le traitement de la dysmorphophobie

La dysmorphophobie est une affection caractérisée par une préoccupation pénible et invalidante vis-à-vis d’un défaut d'apparence imaginaire ou léger. Chez les personnes atteintes de ce trouble, il en résulte soit une détresse importante, soit une perturbation de leur vie quotidienne (ou les deux). La dysmorphophobie est de plus en plus reconnue et jugée courante, et elle est associée à un degré important de maladie et d’incapacité. Certaines données probantes indiquent que la pharmacothérapie et la psychothérapie pourraient avoir un effet sur ces troubles. Notre revue systématique d’essais contrôlés randomisés évalue les effets des traitements médicamenteux ou de la psychothérapie, utilisés seuls ou combinés. Nous avons trouvé cinq essais éligibles: trois concernaient la psychothérapie (thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et exposition avec prévention de la réponse (EPR)), et deux concernaient des médicaments (les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) la fluoxétine et le clomipramine). Dans le seul essai de médicament contrôlé par placebo inclus dans notre revue, les personnes atteintes de dysmorphophobie et traitées par fluoxétine étaient plus susceptibles de réagir au médicament (56 %, 19 sur 34) que celles ayant reçu un placebo (18 %, 6 sur 33). Leurs symptômes se sont atténués après un traitement médicamenteux et psychothérapeutique. Les effets indésirables étaient d'une gravité légère à modérée et aucune des personnes faisant partie des groupes de traitement actif n'a abandonné les études en raison d'effets indésirables apparus au cours du traitement. Des données probantes préliminaires provenant d'un essai de TCC indiquent que les effets de la TCC pourraient persister une fois le traitement terminé. Le degré de connaissance des personnes sur leur état n’a pas affecté leur réaction au traitement dans les essais de médicaments. Bien que peu d'essais contrôlés aient été réalisés et que ceux qui ont été menés soient de petite taille (ce qui signifie que ces conclusions doivent être interprétées avec précaution, à moins qu'elles ne soient confirmées par des études plus importantes, dont certaines en cours), les résultats suggèrent que le traitement par médicaments ou par psychothérapie peut être efficace pour traiter les symptômes liés à la dysmorphophobie.

Conclusions des auteurs: 

Les résultats du petit nombre d'essais contrôlés randomisés disponibles suggèrent que les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et la thérapie cognitivo-comportementale pourraient être utiles pour traiter les patients atteints de dysmorphophobie. Les conclusions de ces études doivent être reproduites. En outre, de futures études contrôlées portant sur d'autres échantillons (tels que des adolescents) et utilisant d'autres inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ainsi qu'une série d'approches et de modalités de thérapie psychologique (seules et combinées) sont essentielles pour compléter le peu de données actuellement disponible.

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Contexte: 

La dysmorphophobie est une affection caractérisée par une préoccupation pénible et invalidante vis-à-vis d’un défaut d'apparence imaginaire ou léger. Des essais ont étudié l'utilisation des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS) et du recours à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour le traitement de la dysmorphophobie.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité de la pharmacothérapie, de la psychothérapie ou de la combinaison des deux modalités pour le traitement de la dysmorphophobie.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur la dépression, l’anxiété et la névrose (décembre 2007), le registre Cochrane des essais contrôlés (The Cochrane Library, numéro 4, 2007), MEDLINE (janvier 1966 à décembre 2007) et PsycINFO (1967 à décembre 2007). Les essais en cours et non publiés ont été localisés grâce à une recherche dans le metaRegister of Controlled Trials, les portails de recherche du CRISP et de l'ICTRP de l'OMS (bases de données consultées en décembre 2007), et en contactant des chercheurs et des entreprises pharmaceutiques clés. Des études supplémentaires ont été trouvées dans les références bibliographiques des études.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR) de patients répondant aux critères de diagnostic du DSM ou du CIM pour la dysmorphophobie comparant des groupes de traitement par pharmacothérapie, psychothérapie ou par traitement multimodal avec des groupes témoins actifs ou non actifs. Les essais à court ou à long terme étaient éligibles.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment évalué les ECR à inclure dans la revue, rassemblé les données des essais et évalué la qualité des essais. Les investigateurs ont été contactés afin d'obtenir les données manquantes. La taille d’effet globale pour les critères de jugement dichotomiques et continus a été calculée à l'aide d'un modèle à effets aléatoires et l'hétérogénéité a été évaluée.

Résultats principaux: 

Deux essais de pharmacothérapie et trois essais de psychothérapie étaient éligibles à l’inclusion dans la revue, les données de quatre ECR à court terme (169 participants) étant disponibles pour analyse. Les données de réponse d'un seul essai contrôlé par placebo sur la fluoxétine suggèrent une supériorité globale du médicament par rapport au placebo (risque relatif (RR) 3,07, IC à 95 % 1,4 à 6,72 ; n = 67). La gravité des symptômes a également été réduite de manière significative dans les ECR sur la fluoxétine et la clomipramine (par rapport à la désipramine), ainsi que dans les deux essais sur la TCC (DMP -44,96, IC à 95 % -54,43 à -35,49 ; n = 73). Un faible taux de rechute (4/22) a été démontré dans un essai de TCC.

Notes de traduction: 

Post-édition : Agathe Lefèvre - Révision : Sarah Rehab (M2 ILTS, Université de Paris)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.