Question de la revue : Les plans d'action associés à un enseignement bref permettent-ils d'aider les personnes ayant une BPCO à identifier et à répondre de manière efficace à une aggravation des symptômes de leur maladie ?

Nous avons examiné les preuves portant sur l'effet des plans d'action pour les aggravations de l'état de santé chez les personnes souffrant de bronchopneumopathie chronique obstructive. Nous avons trouvé sept études pertinentes. Les preuves recueillies dans cette revue sont à jour en novembre 2015.

Contexte

La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC ou BPCO) est une maladie des voies respiratoires qui est généralement causée par le tabagisme. Les personnes souffrant de BPCO présentent souvent des aggravations des symptômes, connues sous le nom d' « exacerbation » ou de « décompensation », pour lesquelles elles ont besoin d'un traitement supplémentaire et parfois d'une hospitalisation. Un plan d'action est un plan sous forme écrite ou orale qui est offert en association à un enseignement bref, pour les personnes souffrant de BPCO pour les aider à reconnaître les symptômes d'une exacerbation et à prendre un traitement supplémentaire plus tôt. Ces personnes peuvent garder ces médicaments de réserve à domicile ou recevoir une prescription leur permettant de les obtenir chez un pharmacien. Parfois, un professionnel de la santé réalisera des appels téléphoniques réguliers pour aider ces personnes à utiliser leur plan d'action. Nous avons réalisé cette revue afin de déterminer si avoir un plan d'action pour les exacerbations lors d'une BPCO améliore l'état de santé et réduit les hospitalisations.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons trouvé sept études pertinentes portant sur 1550 personnes souffrant de BPCO. Nous n'avons pas inclus les études portant sur d'autres traitements, tels qu'un programme d'exercices ou des séances éducatives plus longues, conjointement avec un plan d'action. Dans trois études, les participants recevaient un soutien continu pour les aider à utiliser le plan d'action. Les participants dans les études incluses présentaient des symptômes modérés à sévères et ont été suivis pendant six ou 12 mois.

Résultats principaux

Les personnes souffrant de BPCO ayant reçu un plan d'action ont moins de consultations aux urgences et d'hospitalisations liées à des problèmes respiratoires sur une année. Nous avons calculé qu'en offrant un plan d'action à 19 personnes, l'une de celles-ci éviterait une hospitalisation pour une exacerbation.

Les personnes ayant un plan d'action ont utilisé plus de médicaments corticoïdes et d'antibiotiques pour les exacerbations - en moyenne cela représente un petit peu moins qu'une cure de corticoïdes et deux cures d'antibiotiques sur une année.

Certaines études ont montré qu'offrir un plan d'action aux participants améliorait leur capacité à identifier et à prendre de leur propre initiative le traitement pour une aggravation des symptômes de la BPCO.

Offrir un plan d'action aux participants n'a pas mené à des différences quant à leur risque de décès toutes causes confondues sur une année, mais ce constat variait selon les études.

Nous n'avons pas pu déterminer si les appels téléphoniques réalisés mènent à des bénéfices supplémentaires par rapport à la mise en pratique d'un plan d'action seule.

Qualité des preuves

Les preuves incluses dans cette revue sont généralement indépendantes et fiables, et nous sommes très ou modérément certains des résultats.

Conclusions

Nous pensons que les personnes ayant une BPCO devraient recevoir un plan d'action avec une composante éducative de courte durée, de sorte qu'ils puissent bénéficier d'hospitalisations plus courtes et moins fréquentes, d'une meilleure compréhension de la nécessité de débuter de leur propre initiative un traitement et d'une utilisation appropriée des médicaments pour les exacerbations.

Conclusions des auteurs: 

L'utilisation de plans d'actions pour les exacerbation de la BPCO associée à un unique et bref enseignement, ainsi qu'à un soutien continu destiné à améliorer l'utilisation du plan d'action, mais sans un programme d'autogestion exhaustif, réduit l'utilisation des services de santé hospitaliers et augmente la prise d'un traitement à base de corticostéroïdes ou d'antibiotiques pour les exacerbations de la BPCO. Il est peu probable que l'utilisation de plans d'action pour la BPCO dans ce contexte, augmente ou diminue la mortalité. Il n'est pas possible de déterminer si un bénéfice supplémentaire pourrait émerger lorsqu'un soutien continu et destiné à favoriser l'utilisation des plans d'action est offert à partir des résultats de cette revue.

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Contexte: 

Les exacerbations de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sont un facteur majeur de déclin de l'état de santé et mènent à des dépenses élevées pour les systèmes de santé. Les plans d'action offrent une forme d'autogestion qui peut être administrée dans un environnement de consultation externe pour aider ces personnes à identifier et à initier un traitement précoce pour les exacerbations, réduisant ainsi leur impact.

Objectifs: 

Comparer les effets d'un plan d'action pour les exacerbations de la BPCO fourni avec une unique et brève séance éducative sur la maladie et sans programme d'autogestion exhaustif comparé aux soins habituels. Les critères de jugement principaux étaient l'utilisation des services de santé, la mortalité et l'utilisation de médicaments. Les critères de jugement secondaires étaient la qualité de vie liée à la santé, la morbidité psychologique, la fonction pulmonaire et le rapport coût-efficacité.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les voies respiratoires, ainsi que sur CENTRAL, MEDLINE, Embase et les registres d'essais cliniques. Les recherches sont à jour en novembre 2015. Nous avons effectué une recherche manuelle dans les listes bibliographiques et contacté les auteurs des études afin d'identifier des études supplémentaires.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) et des quasi-ECR comparant l'utilisation d'un plan d'action par rapport aux soins habituels pour les personnes ayant un diagnostic clinique de BPCO. Nous avons autorisé l'inclusion des études dans lesquelles étaient offerts un enseignement unique de courte durée permettant d'individualiser les plans d'action conformément aux besoins et aux symptômes des personnes ayant une BPCO, ainsi qu'un soutien continu destiné à favoriser l'utilisation du plan d'action.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standard prévues par Cochrane. Pour les méta-analyses, nous avons subdivisé les études selon la mise en place d'appels téléphoniques de suivi destinés à promouvoir l'utilisation d'un plan d'action.

Résultats principaux: 

Cette revue mise à jour inclut deux études supplémentaires (et 976 participants en plus), pour un total de sept ECR en groupes parallèles et 1550 participants, dont 66 % étaient des hommes. L'âge moyen des participants était de 68 ans et était similaire entre les études. L'obstruction des voies respiratoires était modérément sévère dans trois études et sévère dans quatre études ; la moyenne du volume expiratoire maximum en une seconde (VEMS) après utilisation d'un bronchodilatateur était de 54 % de la valeur prédite, et 27 % des participants étaient des fumeurs actuels. Dans quatre études, les auteurs ont préparé des plans d'action individualisés ; dans une étude un plan oral était offert et dans deux études les plans d'action étaient sous forme écrite standard. Dans toutes les études les participants ont reçu un enseignement bref sur la BPCO, et deux études ont mis à disposition un soutien pour améliorer l'utilisation du plan d'action. Le suivi était de 12 mois dans quatre études et de six mois dans trois études.

Par rapport aux soins habituels, un plan d'action avec un suivi par appel téléphonique réduisait significativement les taux combinés d'hospitalisations et de visites aux services des urgences pour la BPCO sur une période de 12 mois dans une étude avec 743 participants (risque relatif (RR) 0,59, intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,44 à 0,79 ; preuves de qualité élevée), mais le taux d'hospitalisations dans cette étude n'était pas statistiquement significatif (RR 0,69, IC à 95 % 0,47 à 1,01 ; preuves de qualité moyenne). Sur 12 mois, les plans d'action réduisaient significativement la probabilité d'être hospitalisé (rapport des cotes (RC) 0,69, IC à 95 % 0,49 à 0,97 ; n = 897 ; deux ECR ; preuves de qualité modérée ; nombre de sujets à traiter pour obtenir un résultat bénéfique supplémentaire (NSTb) de 19 (11 à 201)) et la probabilité d'une visite aux urgences (RC 0,55, IC à 95 % 0,38 à 0,78 ; n = 897 ; deux ECR ; preuves de qualité modérée ; NSTb sur 12 mois de 12 (9 à 26)) par rapport aux soins habituels.

Les résultats n'ont montré aucune différence significative quant à la mortalité toutes causes confondues sur 12 mois (RC 0,88, IC à 95 % 0,59 à 1,31 ; n = 1134 ; quatre ECR ; preuves de qualité modérée en raison de l'intervalle de confiance large). Au delà de 12 mois, l'utilisation des corticoïdes par voie orale était plus élevée chez les participants ayant reçu un plan d'action par rapport aux soins habituels (différence moyenne (DM) 0,74 cures, IC à 95 % 0,12 à 1,35 ; n = 200 ; deux ECR ; preuves de qualité moyenne) et la dose cumulée de prednisolone était significativement plus élevée (DM de 779,0 mg, IC à 95 % 533,2 à 10 248 ; n = 743 ; un ECR ; preuves de qualité élevée). Les antibiotiques étaient plus utilisés dans le groupe expérimental que dans le groupe des soins habituels (subdivisé par appel téléphonique de suivi) sur une période de 12 mois (DM 2,3 cures, IC à 95 % 1,8 à 2,7 ; n = 943 ; trois ECR ; preuves de qualité moyenne).

L'analyse en sous-groupes du soutien continu offert pour améliorer l'utilisation des plans d'action était limitée ; les auteurs de la revue n'ont noté aucune différence entre les sous-groupes quant à la probabilité d'être hospitalisé ou d'aller aux urgences ou la mortalité toutes causes confondues sur 12 mois. L'utilisation d'antibiotiques sur 12 mois a montré une différence significative entre les sous-groupes dans les études avec et sans soutien continu.

Dans l'ensemble, le score de qualité de vie sur le Questionnaire Respiratoire du St George's Hospital (SGRQ) a montré une petite amélioration en faveur des plans d'action par rapport aux soins habituels sur 12 mois (DM -2,8, IC à 95 % -0,8 à -4,8 ; n = 1009 ; trois ECR ; preuves de qualité moyenne). Des preuves de faible qualité n'ont pas démontré de bénéfice quant à la morbidité psychologique, mesurée par l'Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS).

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.