Antibiotiques pour éviter des infections bactériennes dues à la chimiothérapie chez les patients atteints de cancer présentant un faible nombre de globules blancs et aucune fièvre.

Pour les patients suivant une chimiothérapie, les risques d'infection sont accrus en raison d'un faible nombre de globules blancs (neutropénie) dû à un effet toxique de la chimiothérapie sur la moelle osseuse. L'objectif de cette revue était de définir si un traitement antibiotique préventif (prophylaxie) avant l'apparition de fièvre empêche la contamination et évite les risques de décès chez les personnes présentant un faible nombre de globules blancs suite à une chimiothérapie, mais aussi d'évaluer si certains types d'antibiotiques sont plus efficaces que d'autres. Nous avons inclus 109 essais contrôlés randomisés réalisés entre 1973 et 2010.

La prophylaxie antibiotique a sensiblement réduit les risques de décès par rapport à l'absence d'intervention. Nous avons estimé à 34 le nombre de patients devant suivre un traitement antibiotique afin d'éviter les risques de décès toutes causes confondues. La prophylaxie antibiotique a également réduit les risques de décès liés à une infection et d'apparition de fièvre. Bien que la prophylaxie antibiotique soit associée à des effets indésirables et favorise l'apparition de nouvelles infections plus résistantes, aucun des essais existants n'en a fait mention. De récentes études ont utilisé des antibiotiques de la classe quinolone et révélaient une baisse des effets indésirables et une amélioration des résultats par rapport aux autres classes d'antibiotiques.

La majorité des études se limitaient à des patients atteints d'un cancer hématologique (principalement la leucémie).

En conclusion, les patients présentant un faible nombre de globules blancs suite à une chimiothérapie et ayant bénéficié d'un traitement antibiotique préventif en l'absence de fièvre étaient moins exposés à la mortalité. Ceci a été démontré principalement pour les patients atteints d'un cancer hématologique. La prophylaxie antibiotique, issue de préférence de la classe d'antibiotiques des quinolones, doit être préconisée comme traitement de routine chez ces patients.

Conclusions des auteurs: 

La prophylaxie antibiotique chez des patients neutropéniques apyrétiques a sensiblement réduit la mortalité toutes causes confondues. Dans notre revue, la baisse la plus notable de la mortalité était observée dans les essais évaluant la prophylaxie par quinolones. Les avantages liés à la prophylaxie par quinolones dépassent les inconvénients, comme les effets indésirables et le développement d'une résistance, en raison de la baisse de la mortalité toutes causes confondues. Étant donné que la majorité des essais de notre revue portaient sur des patients atteints d'un cancer hématologique, nous recommandons vivement une prophylaxie antibiotique par quinolones, de préférence, pour ces patients. La prophylaxie peut également être envisagée pour les patients atteints de tumeurs solides ou de lymphomes.

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Contexte: 

Les infections bactériennes sont la principale cause de morbidité et de mortalité chez les patients neutropéniques suivant une chimiothérapie en raison d'une tumeur maligne. Les essais ont révélé l'efficacité de la prophylaxie antibiotique à réduire l'incidence des infections bactériennes, sans toutefois réduire les taux de mortalité. Notre revue systématique de 2006 faisait également état d'une baisse de la mortalité.

Objectifs: 

L'objectif de cette revue mise à jour était d'évaluer s'il existe toujours un avantage dans la réduction de mortalité comparée à un placebo ou l'absence d'intervention.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais du réseau Cochrane Cancer Network (2011), le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (The Cochrane Library numéro 2, 2011), MEDLINE (de 1966 à mars 2011), EMBASE (de 1980 à mars 2011), les résumés d'actes de conférence et les bibliographies des études identifiées.

Critères de sélection: 

Des essais contrôlés randomisés (ECR) ou quasi-randomisés comparant différents types de prophylaxies antibiotiques à un placebo ou l'absence d'intervention, ou un autre antibiotique, afin d'éviter des infections bactériennes chez des patients neutropéniques apyrétiques.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont évalué de façon indépendante la qualité de chaque essai et extrait des données issues des essais inclus. Des analyses ont été réalisées à l'aide du logiciel RevMan 5.1.

Résultats principaux: 

Les essais répondant aux critères d'inclusion étaient au nombre de 109 (13 579 patients) et ont été réalisés entre 1973 et 2010. Comparée à un placebo ou à l'absence d'intervention, la prophylaxie antibiotique a sensiblement réduit les risques de décès toutes causes confondues (46 essais, 5 635 participants ; risque relatif (RR) 0,66, IC à 95 % 0,55 à 0,79) et les risques de décès liés à une infection (43 essais, 5 777 participants ; RR 0,61, IC à 95 % 0,48 à 0,77). Le nombre de sujets nécessaires à traiter (NST) estimés pour éviter un décès était de 34 (mortalité toutes causes confondues) et 48 (mortalité due à une infection).

La prophylaxie a également réduit de façon significative l'apparition de fièvre (54 essais, 6 658 participants ; RR 0,80, IC à 95 % 0,74 à 0,87), les infections documentées cliniquement (48 essais, 5 758 participants ; RR 0,65, IC à 95 % 0,56 à 0,76), les infections documentées microbiologiquement (53 essais, 6 383 participants ; RR 0,51, IC à 95 % 0,42 à 0,62) et d'autres indicateurs d'infection.

Aucune différence significative entre la prophylaxie par quinolone et la prophylaxie par TMP-SMZ n'a été constatée par rapport aux risques de décès toutes causes confondues ou aux risques d'infections. Toutefois, la prophylaxie par quinolones était associée moins d'effets secondaires menant à son interruption (7 essais, 850 participants ; RR 0,37, IC à 95 % 0,16 à 0,87) et une baisse de la résistance aux médicaments par la suite (6 essais, 366 participants ; RR 0,45, IC à 95 % 0,27 à 0,74).

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.