Prise en charge conservatrice du prolapsus des organes pelviens chez les femmes

Les organes pelviens, comme l’utérus, le col de l’utérus, la vessie ou les intestins, peuvent déborder à l’intérieur vagin en raison d’un affaiblissement des tissus qui les soutiennent habituellement. Leurs symptômes varient selon le type de prolapsus. Les méthodes conservatrices, comme les exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien (exercices visant à améliorer les muscles du plancher pelvien) ou des changements appliqués au mode de vie (par exemple, éviter de soulever ou de perdre du poids), sont généralement recommandées en cas de prolapsus. Cette revue a étudié des essais randomisés portant sur des méthodes conservatrices, destinées à éviter ou à traiter un prolapsus, à partir desquelles leurs effets ont été évalués.

Six essais étaient inclus. Quatre essais comparaient les exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien (PFMT pour « Pelvic Floor Muscle Training ») à l’absence d’intervention et deux essais comparaient les exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien associés à une opération chirurgicale ou à une opération chirurgicale seule. Dans les essais individuels, la formation PFMT comparée à l’absence d’intervention a permis d’améliorer les symptômes du prolapsus, mais les données n’ont pu être combinées. Les données portant sur la gravité du prolapsus ont été combinées à partir de deux essais et ont indiqué que la formation PFMT augmente les chances d’amélioration du prolapsus de 17 % par rapport à l’absence de traitement. La fonction des muscles du plancher pelvien semblait s’améliorer chez les femmes ayant suivi une formation PFMT dans les deux essais mesurant ce résultat. Les symptômes urinaires se sont améliorés grâce à la formation PFMT dans deux des trois essais mesurant ce résultat ; les symptômes intestinaux ont été évalués dans un essai et la formation PFMT a permis de les améliorer.

Les deux essais étudiant les effets bénéfiques de la formation PFMT utilisée en complément d’une opération chirurgicale étaient réalisés à petite échelle, mais leur qualité était satisfaisante. Leurs résultats étaient contradictoires : la formation PFMT se révélait bénéfique pour les femmes au niveau des symptômes urinaires et de la force des muscles du plancher pelvien, mais seulement dans un essai et pas dans l’autre.

Les preuves obtenues grâce à ces essais suggèrent l’existence d’effets bénéfiques du traitement conservatoire du prolapsus, plus particulièrement en ce qui concerne la formation PFMT comparée à l’absence d’intervention. Cependant, d’autres essais contrôlés randomisés sont requis pour observer les différents types de formation PFMT, le rapport coût/efficacité et les effets à long terme. La combinaison de la formation PFMT et d’une opération chirurgicale doit être évaluée dans le cadre d’un essai randomisé réalisé à grande échelle. Les essais portant sur les changements appliqués au mode de vie comme traitement du prolapsus sont insuffisants, ainsi que les essais destinés à la prévention du prolapsus. Les essais portant sur un type d’intervention conservatrice par rapport à un autre et les combinaisons d’interventions conservatrices sont également insuffisants.

Conclusions des auteurs: 

À l’heure actuelle, il existe des preuves indiquant un effet positif de la formation PFMT pour le traitement des symptômes et de la gravité du prolapsus. L’essai le plus rigoureux et le plus étendu réalisé à ce jour révèle que six mois de formation PFMT supervisés présente des effets bénéfiques en termes d’amélioration anatomique et symptomatique (le cas échéant) peu après une intervention. D’autres preuves sont requises pour démontrer l’efficacité et le rapport cout/efficacité de la formation PFMT, à des niveaux différents, pour le traitement du prolapsus symptomatique à moyen et long terme. Un essai réalisé à grande échelle portant sur la formation PFMT utilisée en complément de la chirurgie doit être réalisé afin d’obtenir des preuves irréfutables sur l’utilité de la combinaison de ces traitements. D’autres comparaisons qui n’ont pas été effectuées dans des essais à ce jour, ainsi que d’autres considérations requises, incluent celles portant sur des interventions liées au changement de mode de vie, ainsi que des essais ayant pour objectif la prévention du prolapsus.

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Contexte: 

Le prolapsus des organes pelviens est une affection courante et certaines formes de prolapsus surviennent chez 50 % des femmes ayant déjà eu des enfants. Les femmes souffrant d’un prolapsus peuvent ressentir plusieurs symptômes au niveau du plancher pelvien. Des interventions chirurgicales, des dispositifs mécaniques et la prise en charge conservatrice font partie des traitements utilisés. Les approches pour une prise en charge conservatrice, comme des conseils sur le mode de vie et une formation sur les exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien (PFMT pour « Pelvic Floor Muscle Training »), sont souvent utilisées dans les cas d’un prolapsus léger à modéré. Cette revue est une mise à jour d’une revue Cochrane publiée pour la première fois en 2004 et précédemment mise à jour en 2006.

Objectifs: 

Déterminer les effets de la prise en charge conservatrice (interventions sur le physique et le mode de vie) pour la prévention ou le traitement du prolapsus des organes pelviens comparés à l’absence de traitement ou d’autres options thérapeutiques (dispositifs mécaniques ou chirurgie).

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur l’incontinence (recherche du 6 mai 2010), EMBASE (1er janvier 1996 au 6 mai 2010), CINAHL (1er janvier 1982 au 10 mai 2010), PEDRO (janvier 2009), le registre UK National Research Register (janvier 2009), ClinicalTrials.gov (avril 2009), le registre d’essais cliniques (avril 2009), CENTRAL (numéro 1, 2009) et ZETOC (janvier 2009), ainsi que dans les listes bibliographiques des articles pertinents..

Critères de sélection: 

Des essais randomisés et quasi-randomisés réalisés sur des femmes souffrant d’un prolapsus des organes pelviens incluant une intervention sur le physique ou le mode de vie dans au moins un bras de l’essai.

Recueil et analyse des données: 

Deux relecteurs ont évalué tous les essais à inclure/exclure, ainsi que la qualité méthodologique. Des données ont été extraites par le relecteur principal dans un format standard et recoupées par un autre. Des discussions ont permis de résoudre des désaccords. Les données ont été traitées comme décrit dans le guide Cochrane sur les revues systématiques des interventions (Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions).

Résultats principaux: 

Six essais ont été inclus ; dont trois ont été ajoutés à cette mise à jour. Quatre essais étaient réalisés à petite échelle (moins de 25 femmes par bras) et deux présentaient des risques de biais modérés à élevés. Quatre essais comparaient la formation PFMT comme traitement du prolapsus par rapport à un groupe témoin (n = 857 femmes) ; deux essais étaient composés de femmes subissant une opération chirurgicale du prolapsus et comparaient la formation PFMT comme traitement adjuvant à la chirurgie par rapport à la chirurgie seule (n = 118 femmes)..

Formation PFMT et groupe témoin

Les risques de biais étaient importants dans deux des quatre essais de cette comparaison. Les symptômes du prolapsus et les notifications des femmes relatives aux résultats du traitement (résultats principaux) étaient mesurés différemment dans les trois essais où ils ont été signalés : tous les trois indiquaient une nette amélioration des symptômes dans le groupe suivant une formation PFMT par rapport au groupe témoin. Le regroupement de données portant sur la gravité du prolapsus issues de deux essais indiquait que la formation PFMT augmente les chances d’amélioration du prolapsus de 17 % par rapport à l’absence de formation PFMT. Les deux essais qui mesuraient la fonction des muscles du plancher pelvien constataient une meilleure fonction (ou une amélioration de la fonction) dans le groupe suivant une formation PFMT par rapport au groupe témoin ; les mesures n’étaient pas masquées à notre connaissance. Deux essais sur trois mesurant des résultats urinaires (bilan urodynalmique, fréquence et gène des symptômes ou score des symptômes) signalaient des différences entres les groupes en faveur du groupe suivant une formation PFMT. Un essai signalait des résultats au niveau des intestins, révélant une diminution de la fréquence et des gènes des symptômes dans le groupe suivant une formation PFMT par rapport au groupe témoin.

Formation PFMT utilisée en complément d’une opération chirurgicale et opération chirurgicale seule

Les deux essais étaient réalisés à petite échelle et aucun ne mesurait des résultats spécifiques au prolapsus. Les découvertes relatives à la fonction des muscles du plancher pelvien différaient entre les essais : un ne révélait aucune différence entre les groupes d’essais au niveau de la force musculaire, alors que l’autre signalait un effet bénéfique pour le groupe suivant une formation PFMT en termes de renforcement musculaire. De même, des découvertes concernant les résultats urinaires étaient contradictoires : un essai ne révélait aucune différence au niveau des modifications des scores des symptômes entre les groupes, alors que l’autre signalait une nette amélioration des symptômes urinaires et une diminution de la fréquence diurne dans le groupe suivant une formation PFMT par rapport au groupe témoin.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.