Adrénaline et vasopressine pour les arrêts cardiaques

Problématique de la revue

Les médicaments adrénaline ou vasopressine améliorent-ils la survie en cas d'arrêt cardiaque ?

Contexte

L'arrêt cardiaque survient lorsque le cœur d'une personne cesse de battre de façon inattendue. Sans traitement, la mort survient en quelques minutes. Les traitements dont l'efficacité en cas d'arrêt cardiaque a été démontrée comprennent la réanimation cardiorespiratoire et l'administration d'un choc électrique (défibrillation). Si ces traitements ne fonctionnent pas, des médicaments comme l'adrénaline et la vasopressine sont injectés (habituellement dans une veine) pour tenter de redémarrer le cœur. Les premières données probantes scientifiques qui ont conduit à leur utilisation proviennent en grande partie de petites études chez l'animal. Bien que certaines études chez l'homme aient montré que ces médicaments peuvent aider à redémarrer le cœur au début, la recherche suggère également qu'ils peuvent avoir des effets nocifs sur le cerveau.

Date de la recherche

La dernière recherche a eu lieu le 8 mai 2018.

Caractéristiques des études

Nous avons identifié 26 essais contrôlés randomisés, impliquant 21 704 participants, qui ont examiné l'effet de l'adrénaline ou de la vasopressine sur la survie après un arrêt cardiaque survenu à l'hôpital et hors de l'hôpital, chez des adultes et des enfants. Certaines études ont comparé l'adrénaline à des doses standard avec un placebo (médicaments factices) ; d'autres ont comparé l'adrénaline à des doses standard par rapport à l'adrénaline à forte dose ; et d'autres encore ont comparé la vasopressine seule ou la vasopressine plus l'adrénaline aux doses standard.

Sources de financement des études

La source de financement n'a pas été indiquée dans 11 des 26 études. Les médicaments à l'étude ont été fournis par le fabricant dans quatre des 26 études, mais aucun des deux médicaments ne représente une option commerciale rentable. Les 11 autres études ont été financées par des organisations telles que des fondations de recherche et des organismes de financement gouvernementaux.

Principaux résultats

Les études ont démontré que l'adrénaline était efficace pour redémarrer le cœur et aider les gens à récupérer suffisamment pour rentrer de l'hôpital. Cependant, rien n'indique que l'un ou l'autre de ces médicaments ait amélioré la survie avec un bon résultat neurologique.

Qualité des données probantes

La qualité globale des données probantes variait de faible à modérée (pour les études comparant l'adrénaline au placebo), mais surtout faible ou très faible pour les autres comparaisons, en raison des risques de biais dans ces études. Bon nombre de ces études ont été menées il y a plus de 20 ans. Le traitement a changé au cours des dernières années, de sorte que les résultats d'études plus anciennes ne reflètent peut-être pas la pratique actuelle. Les études ont examiné les médicaments dans de nombreuses situations différentes (à l'intérieur et à l'extérieur des hôpitaux, à différentes doses et chez les adultes et les enfants), ce qui peut rendre trompeuses les combinaisons de résultats.

Conclusions des auteurs: 

Cette revue fournit des données de qualité modérée indiquant que la dose standard d'adrénaline comparativement au placebo améliore le retour à une circulation spontanée, la survie avant admission à l'hôpital et la survie à la sortie de l'hôpital, mais des données de faible qualité indiquant qu'elle n'a pas eu d'effet favorable sur la survie avec un résultat neurologique positif. Des données de très faible qualité ont révélé que l'adrénaline à dose élevée comparativement à l'adrénaline à dose normale améliorait le retour à une circulation spontanée et la survie avant admission. La vasopressine comparativement à la dose normale d'adrénaline a amélioré la survie avant admission, mais pas le retour à une circulation spontanée, tandis que l'association adrénaline et vasopressine comparativement à l'adrénaline seule n'a pas eu d’effet sur ces résultats. Ni l'adrénaline à dose standard, ni l'adrénaline à dose élevée, ni la vasopressine, ni une combinaison d'adrénaline et de vasopressine n'ont amélioré la survie avec un résultat neurologique favorable. Bon nombre de ces études ont été menées il y a plus de 20 ans. Le traitement a changé au cours des dernières années, de sorte que les résultats d'études plus anciennes ne reflètent peut-être pas la pratique actuelle.

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Contexte: 

L'adrénaline et la vasopressine sont largement utilisées pour traiter les personnes victimes d'un arrêt cardiaque, mais l'innocuité, l'efficacité et la dose optimale ne sont pas connues.

Objectifs: 

Déterminer si l'adrénaline ou la vasopressine, ou les deux, administrés lors d'un arrêt cardiaque, procurent un avantage en termes de survie.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans le Registre central des essais contrôlés de Cochrane, MEDLINE, Embase et DARE depuis leur création jusqu'au 8 mai 2018, et dans le Consensus sur les recommandations scientifiques et thérapeutiques du Comité international de liaison sur la réanimation 2015. Nous avons également effectué une recherche dans quatre registres d'essais le 5 septembre 2018 et vérifié les listes de références des études inclus et d’articles de revues afin d'identifier les sources potentielles à examiner.

Critères de sélection: 

Tout essai comparatif randomisé comparant : l'adrénaline à dose standard et le placebo ; l'adrénaline à dose standard et l'adrénaline à dose élevée ; et l'adrénaline et la vasopressine, dans tout contexte, en raison de toute cause d'arrêt cardiaque, chez les adultes et les enfants. Aucune restriction linguistique n’a été appliquée.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de l'étude ont identifié de façon indépendante les essais à examiner, évalué les risques de biais et extrait les données, et résolu les désaccords en réexaminant les rapports d'essai et en en discutant. Nous avons utilisé des ratios de risque (RR) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 % pour comparer les résultats dichotomiques relatifs aux événements cliniques. Aucun résultat continu n'a été signalé. Nous avons examiné l'hétérogénéité de groupes d'essais. Nous rendons compte de la qualité des données probantes pour chaque résultat, en utilisant l'approche GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 26 études (21 704 participants).

Des données probantes de qualité modérée ont révélé que l'adrénaline augmentait le taux de survie suite à la sortie d'hôpital comparativement au placebo (RR 1,44, IC à 95 % 1,11 à 1,86 ; 2 études, 8538 participants ; une augmentation de 23 à 32 pour 1000, IC à 95 % 25 à 42). Nous ne sommes pas certains de la survie avant la sortie d'hôpital pour une dose élevée d'adrénaline comparativement à une dose standard (RR 1,10, IC à 95 % : 0,75 à 1,62 ; participants = 6 274 ; études = 10) ; une augmentation de 33 à 36 pour 1000, IC à 95 % : 24 à 53) ; une dose standard d'adrénaline comparativement à la vasopressine (RR 1,25, IC à 95 % : 0,84 à 1,85 ; 6 études ; 2511 participants ; augmentation de 72 à 90 pour 1000, IC à 95 % : 60 à 133); et une dose normale d'adrénaline comparativement à la vasopressine en plus de l'adrénaline (RR 0,76, IC à 95 % : 0,47 à 1,22 ; 3 études ; 3 242 participants ; une diminution possible de 24 à 18 pour 1000, IC à 95 % : 11 à 29), en raison de données probantes de très faible qualité.

Des données probante de qualité modérée ont révélé que l'adrénaline, comparativement au placebo, a augmenté le taux de survie avant admission à l'hôpital (RR 2,51 ; IC, 95 % : 1,67 à 3,76 ; 2 études, 8 489 participants ; une augmentation de 83 à 209 pour 1000 ; IC, 95 % : 139 à 313). Nous sommes incertains quant à la survie avant admission à l'hôpital lorsque nous comparons la dose standard à la dose élevée d'adrénaline, en raison de la très faible qualité des données probantes. La vasopressine peut améliorer la survie avant admission à l'hôpital par rapport à l'adrénaline à dose normale (RR 1,27, IC à 95 % 1,04 à 1,54 ; 3 études, 1953 participants ; données probantes de faible qualité ; augmentation de 260 à 330 pour 1000, IC à 95 % 270 à 400) et pourrait ne faire que peu ou pas de différence par rapport à la dose normale d'adrénaline plus vasopressine (RR 0,95, IC à 95 % 0,83 à 1,08 ; 3 études ; 3249 participants ; données probantes de faible qualité ; une diminution de 218 à 207 pour 1000 (IC à 95 % 181 à 236).

Il n’y avait pas de donnant probantes indiquant que l'adrénaline (quelle que soit la dose) ou la vasopressine ait amélioré les résultats neurologiques.

Le taux de retour à une circulation spontanée (RACS) était plus élevé pour l'adrénaline à dose normale que pour le placebo (RR 2,86, IC à 95 % : 2,21 à 3,71 ; participants = 8663 ; études = 3) ; données probantes de qualité modérée ; augmentation de 115 à 329 pour 1000, IC à 95 % : 254 à 427). Nous ne sommes pas certains de l'effet sur le RACS pour la comparaison de l'adrénaline à dose standard par rapport à l'adrénaline à dose élevée et de l'adrénaline à dose standard par rapport à la vasopressine, en raison de la très faible qualité des données probantes. La dose standard d'adrénaline pourrait n'avoir que peu ou pas d'effet sur le RACS comparativement à la dose standard d'adrénaline et de vasopressine (RR 0,97, IC à 95 % : 0,87 à 1,08 ; 3 études, 3 249 participants ; données probantes de faible qualité ; diminution possible de 299 à 290 pour 1000, IC à 95 % : 260 à 323).

La source de financement n'a pas été indiquée dans 11 des 26 études. Les médicaments à l'étude ont été fournis par le fabricant dans quatre des 26 études, mais aucun des deux médicaments ne représente une option commerciale rentable. Les 11 autres études ont été financées par des organisations telles que des fondations de recherche et des organismes de financement gouvernementaux.

Notes de traduction: 

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