Stéroïdes inhalés pour la broncho-pneumopathie chronique obstructive stable

Les médicaments préventifs à base de stéroïdes administrés par inhalateur (« stéroïdes inhalés ») facilitent la réduction de l'inflammation des passages d'air chez les personnes souffrant d'asthme. Cependant, on ignore si ces médicaments sont bénéfiques chez les personnes atteintes de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO, c'est-à-dire bronchite chronique ou emphysème, ou les deux).

Nous avons réalisé une revue systématique des bénéfices et de la sécurité des stéroïdes inhalés pour les personnes atteintes de BPCO. Notre revue a analysé les effets sur la capacité respiratoire, le taux de mortalité, la fréquence des poussées (« exacerbations »), la qualité de vie et les effets secondaires.

Le regroupement des données issues de 55 essais portant sur 16 154 personnes a montré qu'il n'existait aucun bénéfice constant à long terme concernant le taux de déclin de la capacité respiratoire. Les taux de mortalité sont restés inchangés. Les stéroïdes inhalés ont été bénéfiques pour le ralentissement du taux de déclin de la qualité de vie et la réduction de la fréquence des exacerbations. Les stéroïdes inhalés ont augmenté le risque d'effets secondaires, notamment de mycoses (candida), d'infection de la bouche et d'enrouement, ainsi que le taux de pneumonie.

En choisissant d'utiliser ou non ce traitement, les consommateurs et les professionnels de la santé doivent évaluer les bénéfices (taux d'exacerbations réduit, déclin réduit de la qualité de vie et réduction éventuelle du taux de déclin de la capacité respiratoire) par rapport aux effets secondaires (mycose buccale, enrouement et risque accru de développement d'une pneumonie).

Conclusions des auteurs: 

Les patients et les cliniciens doivent évaluer les bénéfices potentiels des stéroïdes inhalés dans la BPCO (taux réduit d'exacerbations, taux réduit de déclin de la qualité de vie et possibilité de réduction du taux de déclin de la VEMS) par rapport aux effets secondaires potentiels (candidose oropharyngée et enrouement, et risque de pneumonie).

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Contexte: 

Le rôle des corticostéroïdes inhalés (CSI) dans la broncho-pneumonie chronique obstructive (BPCO) a fait l'objet de nombreuses controverses. Les principales directives internationales recommandent une utilisation sélective des CSI. Les méta-analyses publiées récemment ont signalé des résultats contradictoires concernant les effets du traitement aux stéroïdes inhalés dans la BPCO.

Objectifs: 

Déterminer l'efficacité et l'innocuité des corticostéroïdes inhalés chez les patients stables atteints de BPCO en termes de critères de jugement objectifs et subjectifs.

La stratégie de recherche documentaire: 

Une stratégie de recherche prédéfinie a été utilisée pour effectuer une recherche de littérature pertinente dans le registre spécialisé des essais du groupe Cochrane sur les voies respiratoires. Ces recherches sont en cours depuis juillet 2011.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais randomisés comparant une dose quelconque de tout type de stéroïde inhalé à un témoin sous placebo chez des patients atteints de BPCO. La réversibilité aiguë sous bronchodilatateurs aux bêta-2 agonistes à courte durée d'action et l'hyperréactivité bronchique n'ont pas été des critères d'exclusion. Le critère de jugement principal était le changement de la fonction pulmonaire. Nous avons également analysé les données sur la mortalité, les exacerbations, la qualité de vie et les symptômes, l'utilisation de bronchodilatateurs de secours, la capacité d'effort, les biomarqueurs et la sécurité.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont évalué la qualité méthodologique des essais et extrait des données de manière indépendante. Nous avons contacté les auteurs des études pour obtenir des informations supplémentaires. Dans les essais, nous avons recueilli des informations sur les effets indésirables.

Résultats principaux: 

Cinquante-cinq études primaires, portant sur 16 154 participants, répondaient aux critères d'inclusion. L'utilisation à long terme de CSI (plus de six mois) n'a pas réduit de manière constante le taux de déclin du volume expiratoire maximal seconde (VEMS) chez les patients atteints de BPCO (analyse générale de la variance inverse : différence moyenne (DM) 5,80 mL/an avec CSI par rapport au placebo, intervalle de confiance (IC) à 95 % -0,28 à 11,88, 2 333 participants ; analyse globale des moyennes : 6,88 mL/an, IC à 95 % 1,80 à 11,96, 4 823 participants), même si un essai important a démontré une différence statistiquement significative. Aucun effet statistiquement significatif sur la mortalité n'a été observé chez les patients atteints de BPCO (rapport de cotes (RC) 0,98, IC à 95 % 0,83 à 1,16, 8 390 participants). Une utilisation à long terme des CSI a réduit le taux moyen d'exacerbations dans les études dans lesquelles le regroupement de données était possible (analyse générique de la variance inverse : DM -0,26 exacerbations par patient par an, IC à 95 % -0,37 à -0,14, 2 586 participants ; analyse globale des moyennes : DM -0,19 exacerbations par patient par an, IC à 95 % -0,30 à -0,08, 2 253 participants). Les CSI ont ralenti le taux de déclin de la qualité de vie, selon les mesures du Questionnaire respiratoire St George (DM -1,22 unités/an, IC à 95 % -1,83 à -0,60, 2 507 participants). La réponse aux CSI n'a pas été prévue par la réponse aux stéroïdes oraux, la réversibilité aux bronchodilatateurs ou l'hyperréactivité bronchique chez les patients atteints de BPCO. Il a été observé un risque accru de candidose oropharyngée (RC 2,65, IC à 95 % 2,03 à 3,46, 5 586 participants) et d'enrouement. Dans les études à long terme, le taux de pneumonies a augmenté dans le groupe des CSI comparé au placebo, dans les études qui signalaient la pneumonie comme un événement indésirable (RC 1,56, IC à 95 % 1,30 à 1,86, 6 235 participants). Les études à long terme qui mesuraient les effets sur les os ne démontraient en général aucun effet majeur sur les fractures et la densité minérale osseuse sur trois ans.

Notes de traduction: 

Translated by: French Cochrane Centre

Translation supported by: Ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé Français

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.