Le vaccin antigrippal pour les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO)

Question

Les vaccins antigrippaux réduisent-ils le nombre d’épisodes de maladie respiratoire ou de décès chez les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) ?

Contexte

La PBCO est un terme générique utilisé pour décrire des pneumopathies progressives, y compris l’emphysème, la bronchite chronique et l’asthme réfractaire (non réversible). La maladie se caractérise par un essoufflement accru. Malgré la recommandation quasi universelle en faveur d’une administration annuelle d’un vaccin antigrippal pour les personnes atteintes de BPCO, très peu d’essais contrôlés randomisés (des études dans lesquelles un certain nombre de personnes comparables sont aléatoirement affectées à deux groupes [ou plus] dans le but de tester un médicament particulier, un traitement particulier ou une autre intervention particulière) ont évalué l’effet de ce traitement. Les vaccins antigrippaux peuvent être produits à l’aide d’un virus inactivé (des petites particules provenant de la paroi du virus) ou d’un virus vivant atténué (la puissance du virus est réduite, mais il est encore en vie).

Pour tenter de répondre à notre question, nous avons effectué des recherches détaillées pour identifier des études provenant du monde entier ayant enquêté sur l’utilisation de vaccins antigrippaux chez les personnes atteintes de BPCO.

Caractéristiques de l’étude

Nous avons inclus six études incluant 2469 participants atteints de BPCO et cinq autres études incluant 4281 participants plus âgés ou à haut risque, dont certains souffraient d’une maladie pulmonaire chronique.

Principaux résultats

Nous avons trouvé des preuves de qualité modérée que le vaccin antigrippal inactivé réduisait les « poussées » de BPCO, surtout celles qui sont directement liées au virus de la grippe. Le vaccin antigrippal inactivé était administré par injection intramusculaire et associé à une augmentation des effets secondaires locaux au site d’injection (tels que la douleur), qui étaient de courte durée. Le vaccin antigrippal inactivé ne cause ni la grippe ni une aggravation significative de la BPCO. L’ajout d’un virus vivant atténué au virus inactivé n’a pas donné de protection supplémentaire aux participants.

Qualité des preuves

Les preuves étaient de qualité modérée. Il n’y a pas eu de nouvel essai depuis 2004. Nous avons effectué les dernières recherches bibliographiques en décembre 2017.

Conclusions des auteurs: 

Il semble, d’après le nombre limité d’ECR que nous avons pu inclure, qui dataient tous de plus de dix ans, qu’un vaccin inactivé réduise le nombre d’exacerbations chez les personnes atteintes de BPCO. L’ampleur de l’effet était comparable à celle rapportée dans des études observationnelles à grande échelle, et était due à une réduction du nombre d’exacerbations survenant trois semaines ou plus après la vaccination et causée par la grippe. Il y avait une légère augmentation des effets indésirables locaux passagers avec la vaccination, mais aucune preuve d’une augmentation du nombre d’exacerbations précoces. L’ajout d’un virus vivant atténué au vaccin inactivé n’a pas montré d’effets bénéfiques supplémentaires.

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Contexte: 

Les vaccinations antigrippales sont actuellement recommandées dans la prise en charge des personnes atteintes de BPCO, mais ces recommandations reposent en grande partie sur des preuves issues d’études d’observation, avec très peu d’essais contrôlés randomisés (ECR) publiés. L’infection grippale entraîne un surplus de morbidité et de mortalité chez les personnes atteintes de BPCO, mais il existe aussi une possibilité que la vaccination antigrippale entraîne des effets indésirables ou ne soit pas rentable.

Objectifs: 

Déterminer si la vaccination antigrippale chez les personnes atteintes de BPCO réduit les maladies respiratoires, réduit la mortalité, est associée à un surplus d’évènements indésirables, et est rentable.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches sur le registre Cochrane des essais sur les voies respiratoires, deux registres d’essais cliniques et les références bibliographiques des articles. Un certain nombre d’entreprises pharmaceutiques que nous avons contactées nous ont également fourni des références. Les recherches les plus récentes ont été effectuées en décembre 2017.

Critères de sélection: 

Des ECR comparant des vaccins vivants ou inactivés à un placebo, seul ou en combinaison avec un autre vaccin, chez des patients atteints de BPCO.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les données. Toutes les entrées ont été revérifiées. Nous avons contacté les auteurs des études et les entreprises pharmaceutiques afin d’obtenir des informations manquantes. Nous avons utilisé les méthodes standard prévues par Cochrane.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 11 ECR avec 6750 participants, mais seulement six incluaient des personnes atteintes de BPCO (2469 participants). Les autres études portaient sur des personnes âgées et des sujets à haut risque, dont certains souffraient d’une maladie pulmonaire chronique. Les interventions comparées à un placebo étaient les injections de vaccins inactivés et les vaccins vivants atténués par voie nasale. Certaines études comparaient un vaccin inactivé par voie intramusculaire et un vaccin vivant atténué par voie nasale à un vaccin inactivé intramusculaire et un placebo par voie nasale. Les études étaient réalisées au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Thaïlande.

Le vaccin inactivé réduisait le nombre total d’exacerbations par participant vacciné par rapport à ceux ayant reçu un placebo (différence moyenne [DM] -0,37 ; intervalle de confiance [IC] à 95 % -0,64 à -0,11 ; P = 0,006 ; 2 ECR ; 180 participants ; preuves de faible qualité). Ce résultat était dû à la réduction du nombre d’exacerbations « tardives », survenant après trois à quatre semaines (DM -0,39 ; IC à 95 % -0,61 à -0,18 ; P = 0,0004 ; 2 ECR ; 180 participants ; preuves de faible qualité). Aussi bien chez les personnes atteintes de BPCO que chez les personnes âgées (dont seulement une minorité était atteinte de BPCO), il y avait significativement plus de réactions indésirables locales chez les personnes ayant reçu le vaccin, mais les effets étaient en général légers et passagers.

Il n’y avait aucune preuve en faveur d’un effet d’un vaccin vivant atténué par voie nasale lorsqu’il était administré en plus d’un vaccin inactivé par voie intramusculaire.

Les deux études évaluant la mortalité d’un vaccin antigrippal par rapport à un placebo étaient trop petites pour avoir détecté un effet sur la mortalité. Toutefois, une étude à grande échelle (N = 2215) observait qu’il n’y avait aucune différence de mortalité lorsqu’un vaccin vivant atténué était administré en plus d’un vaccin inactivé.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Sophie Fleurdépine et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.