La radiothérapie postopératoire pour le cancer bronchique non à petites cellules

Question de la revue

Les patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules vivent-ils plus longtemps s'ils reçoivent une radiothérapie après leur opération chirurgicale ?

Contexte

Le cancer bronchique non à petites cellules est le type de cancer du poumon le plus courant. Si la tumeur en est à un stade précoce, n'est pas trop grosse et ne s'est pas encore propagée à d'autres parties du corps, les médecins optent généralement pour l'opérer et la retirer. Le traitement par radiothérapie (rayons X) est parfois administré après l'opération, dans le but d'éliminer les cellules cancéreuses restantes.

En 1998 nous avons réalisé une revue systématique et une méta-analyse des données individuelles des participants en examinant les essais portant sur la radiothérapie postopératoire. Cette revue a rassemblé des informations issues de tous les patients ayant participé à des essais similaires. Ces essais comparaient les résultats des personnes atteintes de cancer bronchique non à petites cellules ayant reçu une radiothérapie après leur opération à celles ayant subi une opération sans radiothérapie. Les résultats ont été publiés pour la première fois dans le journal The Lancet en 1998.

Depuis la publication de cette revue, de nombreux essais ont été réalisés. Pour s'assurer que les preuves disponibles sont aussi actualisées que possible nous avons effectué une nouvelle revue systématique et méta-analyse des données individuelles des participants en incluant tous les essais ; les anciens comme les nouveaux. Comme pour la revue de 1998, cette revue visait à déterminer si l'administration de la radiothérapie après l'opération chirurgicale (1) aide les patients à vivre plus longtemps, (2) empêche le cancer de grandir de nouveau (récidive) et (3) arrête la propagation du cancer à d'autres parties du corps (métastases).

Ces résultats mis à jour ont été publiés pour la première fois dans le journal Lung Cancer en 2013.

Caractéristiques des études

Nous avons recherché des essais pertinents jusqu'au 8 juillet 2016. Ces études rassemblaient les données de tous les essais disponibles dans le monde, soit 11 essais et un total de 2343 patients. Les essais ont été réalisés entre 1966 et 1998.

Résultats principaux

Les résultats ont montré qu'un plus faible nombre de participants sous radiothérapie postopératoire étaient en vie deux ans après l'opération (53 patients sur 100) comparé à ceux n'ayant pas reçu de traitement par radiothérapie après l'opération (58 patients sur 100). Les chercheurs ont rapporté qu'il n'y avait pas de différences en termes d'effets du traitement par radiothérapie postopératoire en fonction des types de patients inclus dans les essais.

Les chercheurs n'ont pas systématiquement recueilli des informations sur la qualité de vie dans le cadre de ces essais. Néanmoins il est peu probable qu'un bénéfice du traitement par radiothérapie postopératoire puisse compenser la plus faible durée de survie observée avec ce traitement.

La radiothérapie administrée après avoir réalisé avec succès une ablation chirurgicale de la tumeur n'est pas bénéfique pour les patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules et ne devrait pas être utilisée comme traitement de routine. Cependant, d'autres recherches portant sur des nouveaux types de radiothérapie pour les patients à risque élevé de récidive sont en cours.

Qualité des preuves

Ces revues systématiques et méta-analyses utilisent des données individuelles des participants, données qui sont considérées comme étant la norme de référence pour ce type de revue. Nous avons inclus tous les essais éligibles, dans la mesure du possible, sans tenir compte de la langue, et sans considérer si ceux-ci étaient ou pas publiés. Cette méta-analyse incluait 88 % de tous les participants dans les essais éligibles.

Les études étaient bien conçues, bien réalisées et portaient sur la question de la revue ; les effets observés étaient cohérents entre les essais. L'impact des données non-incluses dans nos analyses est faible.

Conclusions des auteurs: 

Les résultats de 11 essais et 2343 participants montrent que le traitement par radiothérapie postopératoire est nuisible pour les patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules totalement réséqué et ne devrait pas être utilisé dans le traitement courant de ces patients. Les résultats des ECR en cours permettront de clarifier les effets des radiothérapies modernes chez les patients atteints de tumeurs N2.

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Contexte: 

Le rôle de la radiothérapie postopératoire dans le traitement des patients atteints de cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) totalement réséqué n'était pas clair. Une revue systématique et une méta-analyse des données individuelles des participants ont été effectuées afin d'évaluer les preuves disponibles issues d'essais contrôlés randomisés (ECR). Ces résultats ont été publiés pour la première fois dans le journalLung Cancer en 2013.

Objectifs: 

Évaluer les effets du traitement par radiothérapie postopératoire sur la survie et la récurrence chez des patients atteints de CBNPC totalement réséqué. Déterminer si des sous-groupes de patients prédéfinis bénéficient plus ou moins d'une radiothérapie postopératoire.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons enrichi les recherches dans MEDLINE et CANCERLIT (de 1965 au 8 juillet 2016) en incluant des informations issues de registres d'essais, de recherches manuelles de compte-rendus de réunions et de discussions avec des investigateurs et des organisations.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus les essais portant sur une opération chirurgicale par rapport à une opération chirurgicale et une radiothérapie, à condition que les investigateurs aient randomisé les participants atteints de CBNPC en utilisant une méthode qui écartait le risque que l'assignation préalable du traitement soit connue.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons effectué une méta-analyse à partir des informations individuelles actualisées des participants issus de tous les essais randomisés. Nous avons recherché des données sur tous les participants en nous adressant aux responsables des essais. Nous avons obtenu des données individuelles actualisées des participants quant à la survie, la date du dernier suivi, ainsi que des détails sur l'assignation du traitement, la date de randomisation, l'âge, le sexe, le type de cellules histologiques, le stade, l'état ganglionnaire et l'indice de performance. Pour éviter de potentiels biais nous avons demandé des informations sur tous les participants randomisés, y compris ceux exclus des analyses initiales des investigateurs. Nous avons effectué toutes les analyses en intention de traiter sur le critère de jugement de la survie.

Résultats principaux: 

Nous avons identifié 14 essais évaluant une opération chirurgicale par rapport à une opération chirurgicale et une radiothérapie. Les données individuelles des participants étaient disponibles pour 11 de ces essais. Nos analyses sont basées sur un total de 2343 participants (1511 décès). Les résultats ont montré un effet indésirable significatif du traitement par radiothérapie postopératoire quant à la survie, avec un risque relatif de 1,18, soit une augmentation relative de 18 % du risque de décès. Cela équivaut à un détriment absolu de 5 % à deux ans (intervalle de confiance à 95 % (IC) de 2 % à 9 %), réduisant la survie globale de 58 % à 53 %. Les analyses en sous-groupe n'ont montré aucune différence concernant les effets du traitement par radiothérapie postopératoire par rapport aux covariables des sous-groupes.

Nous n'avons pas réalisé d'analyse des effets du traitement par radiothérapie postopératoire sur la qualité de vie et les événements indésirables. Les investigateurs n'ont pas systématiquement recueilli des informations sur la qualité de vie au cours de ces essais, et il était peu probable qu'un bénéfice du traitement par radiothérapie postopératoire puisse compenser la plus faible durée de survie observée. Nous avons considéré que le risque de biais dans les essais inclus était faible.

Notes de traduction: 
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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.