Vaccination antipneumococcique pour la prévention des infections aiguës de l'oreille moyenne chez les enfants

Problématique de la revue

Nous avons examiné les données probantes sur l'effet de la vaccination contre Streptococcus pneumoniae (pneumococcus, un type de bactérie) pour prévenir les infections aiguës de l'oreille moyenne chez les enfants.

Contexte

Avant la mise en œuvre à l'échelle nationale de la vaccination contre Streptococcus pneumoniae au moyen de vaccins pneumococciques conjugués (VPC), le pneumocoque était la cause la plus fréquente d'infections aiguës de l'oreille moyenne chez les enfants. La vaccination contre cette bactérie par les VPC pourrait donc entraîner une diminution des infections aiguës de l'oreille moyenne chez les enfants. Toutefois, une surveillance continue des effets des VPC sur les infections aiguës de l'oreille moyenne est nécessaire car des études récentes font état d'un changement des bactéries causant des infections aiguës de l'oreille moyenne pour d’autres types de pneumocoques non inclus dans les vaccins et pour d’autres bactéries.

Caractéristiques des études

Les preuves sont à jour jusqu'au 29 mars 2019. Nous avons inclus 11 essais sur les VPC en comparaison avec les vaccins témoins (vaccin conjugué contre le méningocoque de type C dans trois essais et vaccin contre l'hépatite A ou B dans huit essais) sur un total de 60 733 enfants. Les VPC utilisés dans les essais contenaient de 7 à 11 valences de pneumocoques. Aucun des essais n'a utilisé le nouveau VPC contenant 13 valences différentes. La plupart des essais ont été financés par des sociétés pharmaceutiques. Dans l'ensemble, le risque de biais était faible. Dans sept essais (59 415 enfants), les enfants ont reçu le VPC dès la petite enfance, et quatre essais comprenaient 1 318 enfants âgés d'un an et plus qui étaient soit en bonne santé soit qui avaient déjà souffert de maladies respiratoires ou d’infections récurrentes de l'oreille moyenne.

Principaux résultats

Lorsqu'un vaccin homologué couvrant sept types différents de pneumocoque (CRM197-PCV7) a été administré pendant la petite enfance, le risque d'infection aiguë de l'oreille moyenne a augmenté de 5 % chez les nourrissons à risque élevé tandis qu’il a diminué de 6 % chez les nourrissons à faible risque. Lorsqu'on administre un vaccin homologué couvrant 10 types de pneumocoques accompagné d’une protéine porteuse appartenant à autre bactérie appelée Haemophilus influenzae (PHiD-CV10), le risque d'infection aiguë de l'oreille moyenne diminue de 6 à 15 %, mais aucune de ces estimations n'est statistiquement significative.

L'administration du PCV7 après la petite enfance (aux enfants âgés d'un an et plus) et chez les enfants plus âgés ayant des antécédents de maladie respiratoire ou d’infections récurrentes de l'oreille moyenne n'était pas associée à une réduction du nombre d’infections de l'oreille moyenne.

De légères réactions locales (rougeur, enflure), fièvre et douleur/sensibilité étaient courantes et survenaient plus fréquemment chez les enfants recevant le VPC que chez ceux recevant le vaccin témoin. Des réactions locales plus graves (rougeurs et gonflements > 2,5 cm) et de la fièvre (> 39 °C) sont survenues beaucoup moins fréquemment et leur fréquence n’a pas varié selon les groupes. Les effets indésirables graves imputés à la vaccination étaient rares et ne différaient pas de façon significative d'un groupe vacciné à l'autre.

Qualité des données probantes

Nous avons estimé que la qualité des données probantes sur le PCV7 au cours de la petite enfance était élevée (il est très peu probable que d'autres recherches changent notre confiance dans l'estimation de l'effet). Nous avons jugé que la qualité des données probantes relatives au PHiD-CV10 était modérée (d'autres recherches sont susceptibles d'avoir une incidence importante sur notre confiance dans l'estimation de l'effet et pourraient modifier cette estimation). Nous avons jugé que la qualité des données probantes sur le PCV7 chez les enfants plus âgés, avec ou sans antécédents de maladie respiratoire, était élevée.

Conclusions des auteurs: 

L'administration du CRM197-PCV7 et du PHiD-CV10 pendant la petite enfance est associée à d'importantes réductions du risque relatif d'OMA pneumococcique. Cependant, les effets de ces vaccins sur l'OMA toutes causes confondues sont beaucoup plus incertains. Chez les nourrissons à risque élevé, après la petite enfance (c.-à-d. chez les enfants d'un an et plus) et chez les enfants plus âgés ayant des antécédents de maladies respiratoires, nous n'avons pas trouvé de preuve d'effet bénéfique sur l'OMA, toutes causes confondues, de l'administration de VPC. Comparativement aux vaccins témoins, les VPC étaient associés à une augmentation des réactions locales non graves (rougeur, enflure), de la fièvre, de la douleur et/ou de la sensibilité. Nous n'avons pas trouvé de preuve de différence dans les réactions locales plus graves associées à de la fièvre ou dans les effets indésirables graves imputés à la vaccination.

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Contexte: 

Avant l'introduction des vaccins pneumococciques conjugués (VPC), Streptococcus pneumoniae était le plus souvent isolé dans le liquide de l'oreille moyenne d'enfants présentant une otite moyenne aiguë (OMA). La réduction de la colonisation nasopharyngée de cette bactérie par les VPC peut entraîner une diminution de l'OMA. Les effets des VPC méritent d'être surveillés en permanence, car des études menées depuis l'ère post-VPC font état d'une évolution des otopathogènes causaux vers des sérotypes non vaccinaux et d'autres bactéries. Cette mise à jour de Revue Cochrane a été publiée pour la première fois en 2002 et mise à jour en 2004, 2009 et 2014. Le titre de la revue a été modifié (pour inclure la population, c.-à-d. les enfants) dans cette mise à jour.

Objectifs: 

Évaluer l'effet des VPC sur la prévention de l'OMA chez les enfants de moins de 12 ans.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans CENTRAL, MEDLINE, Embase, CINAHL, LILACS, Web of Science et les registres d’essais cliniques (ClinicalTrials.gov et OMS ICTRP) jusqu'au 29 mars 2019.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés du VPC par rapport à un placebo ou à un vaccin témoin.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standards prévues par Cochrane. Les principaux critères de jugement étaient la fréquence de l'OMA toutes causes confondues et les effets indésirables. Les critères de jugement secondaires comprenaient la fréquence de l'OMA pneumococcique et la fréquence de l'OMA récurrente (définie comme trois épisodes ou plus d'OMA en six mois ou quatre ou plus en un an). Nous avons utilisé le système GRADE pour évaluer le niveau des preuves des études.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 14 publications portant sur 11 essais (60 733 enfants, de 74 à 37 868 par essai) sur les VPC de 7 à 11 valences par rapport à des vaccins témoins (vaccin contre le méningocoque de type C dans trois essais et vaccin contre l'hépatite A ou B dans huit essais). Nous avons inclus deux essais supplémentaires pour cette mise à jour. Nous n'avons pas trouvé d'essais pertinents avec le nouveau VPC 13-valent. La plupart des études ont été financées par des laboratoires pharmaceutiques. Dans l'ensemble, le risque de biais était faible. Dans sept essais (59 415 enfants), le VPC a été administré à des enfants en bas âge, tandis que quatre essais (1 318 enfants) comprenaient des enfants âgés d'un an et plus qui étaient en bonne santé ou qui avaient des antécédents de maladies respiratoires. Il y avait une hétérogénéité clinique considérable d'une étude à l'autre, c'est pourquoi nous n'avons pas effectué de méta-analyses.

Les événements indésirables

Neuf essais ont fait état d'effets indésirables (77 389 enfants ; données probantes de grande qualité). De légères réactions locales et de la fièvre étaient courantes dans les deux groupes et étaient plus fréquentes dans le groupe VPC que dans le groupe témoin : rougeur (< 2,5 cm) : 5 % à 20 % contre 0 % à 16 % ; gonflement (< 2,5 cm) : 5 % à 12 % contre 0 % à 8 % ; et fièvre (< 39 °C) : 15 % à 44 % contre 8 % à 25 %. Des rougeurs plus sévères (> 2,5 cm), un gonflement (> 2,5 cm) et de la fièvre (> 39 °C) étaient moins fréquentes (respectivement de 0 % à 0,9 %, 0,1 % à 1,3 % et 0,4 % à 2,5 % chez les enfants recevant le VPC). La fréquence de ces événements ne différait pas significativement entre le groupe traité par VPC et le groupe témoin. La douleur ou la sensibilité, ou les deux, ont été signalées plus fréquemment dans le groupe VPC que chez les témoins : 3 % à 38 % contre 0 % à 8 %. Les effets indésirables graves jugés comme étant liés à la vaccination étaient rares et ne différaient pas de façon significative d'un groupe à l'autre, et aucun effet indésirable grave mortel jugé comme étant lié à la vaccination n'a été signalé.

VPC administré au début de la petite enfance

PCV7

L'effet d'un VPC de 7 valences homologué avec CRM197 comme protéine porteuse (CRM197-PCV7) sur la fréquence de l'OMA toutes causes confondues variait de -5 % (intervalle de confiance à 95 % (IC) -25 % à 12 %) de réduction du risque relatif (RRR) chez les nourrissons à risque élevé (1 essai ; 944 enfants ; preuves de qualité moyenne) à 6 % (IC à 95 % -4% à 16% ; 1 essai ; 1662 enfants) à +6% (IC à 95% 4% à 9% ; 1 essai ; 37,868 enfants) de RRR chez les nourrissons à risque faible (données de haute qualité). Le PCV7 associé au complexe protéique de la membrane externe de Neisseria meningitidis sérogroupe B comme protéine porteuse (OMPC-PCV7) n'a pas été associé à une réduction de l'OMA toutes causes confondues (RRR -1%, 95% CI -12% à 10% ; 1 essai ; 1666 enfants ; preuves de haute qualité).

CRM197-PCV7 et OMPC-PCV7 étaient respectivement associés à 20 % (IC 95 %, 7 % à 31 %) et 25 % (IC 95 %, 11 % à 37 %) des RRR dans l'OMA pneumococcique (2 essais ; 3328 enfants ; preuves de haute qualité). CRM197-PCV7 était associé à une RRR dans l’OMA récurrente de 9% (IC 95 % -12 % à 27 %) à 10 % (IC 95%, 7 % à 13 %) (2 essais; 39 530 enfants, données de haute qualité).

PHiD-CV10/11

L'effet du vaccin VPC 10 valences conjugué à la protéine D, une lipoprotéine de surface d'Haemophilus influenzae (PHiD-CV10) sur l'OMA toutes causes confondues, varie de 6 % (IC 95 % - 6 % à 17 % ; 1 essai ; 5095 enfants) à 15 % (IC 95 % - 1 % à 28 % ; 1 essai ; 7359 enfants) de RRR chez les nourrissons sains (résultats de qualité moyenne). Le PHiD-CV11 a été associé à 34 % (IC à 95 % : 21 % à 44 %) des RRR dans l'OMA toutes causes confondues (1 essai ; 4 968 enfants ; données probantes de haute qualité).

PHiD-CV10 et PHiD-CV11 étaient associés à 53 % (IC 95 % : 16 % à 74 %) et 52 % (IC 95 % : 37 % à 63 %) des RRR dans l'OMA pneumocococcique (2 essais ; 12 327 enfants ; preuves de haute qualité) et PHiD-CV11 à 56 % (IC 95 % : 2 % à 80 %) des RRR dans les AOM récurrentes (1 essai ; 4968 enfants : preuves de qualité moyenne).

VPC administré à un âge plus avancé

PCV7

Chez des enfants âgés de 1 à 7 ans ayant des antécédents de maladies respiratoires ou d'OMA récurrentes, nous n'avons pas trouvé de preuve d'un effet bénéfique sur l'OMA de l'administration de CRM197-PCV7 (2 essais ; 457 enfants ; preuves de grande qualité). Chez les enfants âgés entre 18 et 72 mois ayant eu des infections des voies respiratoires, nous n'avons trouvé aucune preuve d'un effet bénéfique sur l'OMA de l’administration de CRM197-PCV7 associé à un vaccin trivalent contre la grippe (1 essai ; 597 enfants ; preuves de qualité élevée).

CRM197-PCV9

Dans un essai portant sur 264 enfants bien portants de 1 à 3 ans fréquentant garderies, CRM197-PCV9 a été associé à 17 % (IC 95 % - 2 % à 33 %) de RRR dans l’OMA déclarée par les parents toutes causes confondues (preuves de faible qualité).

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Sofyan Jankowski et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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