La vaccination contre une bactérie connue sous le nom de pneumocoque pour prévenir l'otite moyenne aiguë

Question de la revue
Nous avons examiné les preuves concernant l'effet de la vaccination contre le pneumocoque (un type de bactérie) sur la prévention des infections de l'oreille moyenne chez les enfants.

Contexte
L'infection de l'oreille moyenne, ou otite moyenne, est l'une des plus fréquentes infections des voies aériennes de l'enfance. L'infection par Streptococcus pneumoniae (pneumocoque) est une cause fréquente d'infection de l'oreille moyenne. La vaccination contre le pneumocoque avec des vaccins antipneumococciques conjugués (VAC) est principalement pratiquée pour protéger les jeunes enfants contre de graves infections pneumococciques, telles que la méningite et la pneumonie. Nous avons voulu déterminer si la vaccination par un VAC conduit également à moins d'infections de l'oreille moyenne chez les enfants.

Les caractéristiques de l'étude
Cette revue a inclus des données jusqu'au 3 décembre 2013. Neuf essais portant sur un total de 48 426 enfants ont été inclus; cinq essais incluaient 47 108 nourrissons, tandis que quatre essais incluaient 1318 enfants, à un âge plus tardif c'est à dire âgés de un à sept ans, qui étaient soit en bonne santé (un essai, 264 enfants) soit ayant eu des infections des voies aériennes supérieures, notamment des infections de l'oreille moyenne. Tous les essais présentaient un suivi à long terme, variant de 6 à 40 mois.

Les critères de jugement principaux
Lorsque l'on vaccine contre sept différents sérotypes de pneumocoques (VAC 7-valent) pendant la petite enfance, l'incidence des infections de l'oreille moyenne soit augmente de 5 % soit diminue de 6 % à 7 %. Une étude chez des nourrissons a utilisé 11 sérotypes de pneumocoques associés à une protéine de transport issue d'une autre bactérie (Haemophilus influenzae); cela a diminué la survenue des infections de l'oreille moyenne de 34 %.

Il semble que le VAC 7-valent n'apporte pas de bénéfice aux enfants ayant des antécédents d'infections de l'oreille moyenne lorsqu'ils sont vaccinés à un âge avancé (après la petite enfance).

Qualité des preuves
Nous avons estimé que la qualité des preuves pour le VAC 7-valent administré dans la petite enfance était élevée (d'autres recherches ont très peu de chances de modifier notre confiance dans l'estimation de l'effet), tandis que nous avons estimé que la qualité des preuves pour le VAC multivalent (plus de sept différents sérotypes) était modérée (des recherches supplémentaires sont susceptibles d'avoir un impact important sur notre confiance dans l'estimation de l'effet et pourraient modifier l'estimation), car les données probantes sont issues d'un seul essai. Nous avons estimé que la qualité des preuves pour le VAC 7-valent chez des enfants plus âgés ayant des antécédents d'infections de l'oreille moyenne est élevée.

De futures études, chez les nourrissons, sur les effets des VAC à plus large couverture sérotypique (plus de sept différents sérotypes), sont susceptibles de fournir davantage de compréhension du rôle des VAC dans la prévention d'infections de l'oreille moyenne.

Conclusions des auteurs: 

Sur la base des preuves actuelles sur les effets des VAC pour prévenir l'OMA, le VAC 7-valent CRM197 a de modestes effets bénéfiques chez les nourrissons sains avec un faible risque de base d'OMA. L'administration du VAC7 chez des nourrissons à haut risque, après la petite enfance et chez les enfants plus âgés ayant des antécédents d'OMA, semble n'apporter aucun bénéfice pour la prévention de nouveaux épisodes. Actuellement, plusieurs ECR avec différents VAC (récemment autorisés, multivalents) administrés pendant la petite enfance sont en cours pour établir leurs effets sur l'OMA. Les résultats de ces études pourraient conférer une meilleure compréhension du rôle des nouveaux VAC multivalents, récemment autorisés, dans la prévention de l'OMA. De même, l'impact sur l'OMA de la protéine de transport D, utilisée dans certains vaccins antipneumococciques, doit être encore établi.

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Contexte: 

L'otite moyenne aiguë (OMA) est une infection très fréquente des voies aériennes de la petite enfance et de l'enfance. Les bénéfices marginaux des antibiotiques pour l'OMA dans les populations globalement à faible risque, le problème croissant de l'antibiorésistance et les énormes coûts annuels estimatifs directs et indirects associés à l'otite moyenne (OM) ont suscité la recherche de vaccins efficaces pour prévenir l'OMA.

Objectifs: 

Évaluer l'effet des vaccins antipneumococciques conjugués (VAC) dans la prévention de l'OMA chez les enfants jusqu'à 12 ans.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL (2013, numéro 11), MEDLINE (de 1995 à la 3ème semaine de novembre 2013), EMBASE (de 1995 à décembre 2013), CINAHL (de 2007 à décembre 2013), LILACS (de 2007 à décembre 2013) et Web of Science (de 2007 à décembre 2013).

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) de VAC pour prévenir l'OMA chez les enfants de 12 ans ou moins, avec un suivi d'au moins six mois après la vaccination.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment évalué la qualité des essais et extrait les données.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 11 publications de neuf ECR (n = 48 426 enfants, allant de 74 à 37 868 par étude) de VAC 7 à 11-valent (avec différentes protéines de transport). Cinq essais (n = 47 108) ont inclus des nourrissons, tandis que quatre essais (n = 1318) incluaient des enfants âgés de un à sept ans qui étaient soit en bonne santé (une étude, n = 264) ou ayant des antécédents d'infection des voies aériennes supérieures (IVAS) notamment des OMA. Nous avons estimé que la qualité méthodologique des études incluses était modérée à élevée. Il y avait une importante diversité clinique entre les études en termes de population d'étude, de type de vaccin conjugué et des mesures de résultat. Nous nous sommes donc abstenus de combiner les résultats.

Dans trois études, le VAC 7-valent avec CRM197 comme protéine de transport (CRM197-PCV7) administré pendant la petite enfance était associé à une réduction du risque relatif (RRR) de l'OMA toutes causes, allant de 5 % chez les enfants à haut risque (intervalle de confiance à 95 % (IC) à -25 % à 12 %) à 7 % chez les enfants à faible risque (IC à 95 % de 4 % à 9 %). Un autre VAC 7-valent ayant le complexe protéinique de la membrane externe de Neisseria meningitidis (N. meningitidis) sérogroupe B comme protéine de transport, administré durant la petite enfance, ne réduisait globalement pas les épisodes d’OMA, alors qu’un VAC 11-valent précurseur avec la protéine D de Haemophilus influenzae (H. influenzae) comme protéine de transport était associé à une réduction relative du risque d’épisodes toutes causes d’OMA de 34 % (IC à 95 % entre 21 % et 44 %).

Un VAC 9-valent (avec la protéine vectrice CRM197) administré chez des tout-petits en bonne santé, était associé à une RRR de 17 % des épisodes d'OM (signalés par les parents) (IC à 95 % de -2 % à 33 %). Un VAC 7-valent CRM197 suivi d'un vaccin antipneumococcique polysaccharidique 23-valent administré après la petite enfance chez des enfants ayant des antécédents d'OMA ne révélait aucun effet bénéfique sur la première survenue et les épisodes ultérieurs d'OMA. Dans une étude chez des enfants plus âgés ayant eu précédemment un diagnostic d'infection des voies respiratoires, un vaccin antigrippal trivalent combiné à un placebo (VAT/placebo) administré pendant la saison grippale, entraînait moins d'épisodes d'OMA, toutes causes confondues, que la vaccination avec la combinaison VAT et VAC 7-valent (VAT/VAC7) par rapport à une vaccination contre l'hépatite B associée à un placebo (VHB/placebo) (RRR de 71%, IC à 95 % de 30 % à 88 % versus une RRR de 57%, IC à 95 % 6 % à 80%, respectivement), ce qui indique que le VAC 7-valent CRM197 après la petite enfance pourrait même avoir des effets négatifs sur l'OMA.

Notes de traduction: 
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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.