Quelle est la précision diagnostique des techniques de diagnostic assistées par ordinateur pour la détection du cancer de la peau chez les adultes ?

Pourquoi est-il important d’améliorer le diagnostic du cancer de la peau ?

Il existe différents types de cancer de la peau, dont le mélanome, l’épithélioma spinocellulaire et l’épithélioma basocellulaire. Le mélanome est l’une des formes les plus dangereuses. S’il n’est pas détecté précocement, le traitement peut être retardé et le mélanome risque alors de se propager à d’autres organes et d’entraîner finalement la mort. L’épithélioma spinocellulaire cutané et l’épithélioma basocellulaire sont considérés comme moins dangereux car ils sont localisés (moins susceptibles que le mélanome de se propager à d’autres parties du corps). Cependant, le l’épithélioma spinocellulaire peut se propager à d’autres parties du corps et l’épithélioma basocellulaire peut causer un défigurement s’il n’est pas détecté rapidement. Diagnostiquer un cancer de la peau lorsqu’il n’y en a pas effectivement un (résultat « faux positif ») peut entraîner une chirurgie inutile et d’autres examens et causer du stress et de l’anxiété au patient. À l’inverse, si un diagnostic de cancer de la peau existant n’est pas diagnostiqué (« faux négatif »), cela peut entraîner l’utilisation d’un mauvais traitement ou retarder un traitement efficace.

Quel est le but de la revue ?

Le but de cette revue Cochrane était de déterminer dans quelle mesure le diagnostic assisté par ordinateur (DAO) est précis pour le diagnostic du mélanome, de l’épithélioma basocellulaire ou de l’épithélioma spinocellulaire. La revue a également comparé la précisions de deux différents types de DAO et l’exactitude du diagnostic assisté par ordinateur par rapport au diagnostic posé par un médecin au moyen d’un microscope à main éclairé (dermoscopie au moyen d’un dermatoscope). Nous avons inclus 42 études pour répondre à ces questions.

Quel est le sujet de la revue ?

Les spécialistes du cancer de la peau disposent de plusieurs outils qui permettent un examen plus détaillé de la peau que l’examen à l’œil nu seul. La plupart d’entre eux utilisent actuellement un dermatoscope, qui agrandit la lésion cutanée (un grain de beauté ou une zone de la peau ayant un aspect inhabituel par rapport à la peau environnante) en utilisant une source de lumière vive. Les tests de DAO sont des outils informatiques qui analysent les informations sur les lésions cutanées obtenue à l’aide d’un dermatoscope ou d’autres techniques utilisant la lumière pour décrire les caractéristiques d’une lésion cutanée (spectroscopie) afin de produire un résultat indiquant si un cancer de la peau est susceptible d’être présent. Nous avons inclus des systèmes de DAO qui tirent leurs informations d’images de dermoscopie (Derm-CAD) ou qui utilisent des données de spectroscopie. La plupart des études de spectroscopie ont utilisé des données d’imagerie multispectrale (MSI-CAD) et sont au cœur de cette revue. Lorsqu’un spécialiste du cancer de la peau juge qu’une lésion cutanée est suspecte à l’examen visuel, avec ou sans dermoscopie, il peut utiliser les résultats des systèmes de DAO seuls pour poser un diagnostic de cancer de la peau (diagnostic par DAO) ou les associer à leur examen visuel de la lésion pour s’aider à poser un diagnostic (diagnostic assisté par DAO). Les chercheurs ont examiné l’utilité des systèmes de DAO en plus de l’inspection visuelle et de la dermoscopie pour diagnostiquer les cancers de la peau.

Quels sont les principaux résultats de la revue ?

La revue a inclus 42 études portant sur les systèmes de DAO pour le diagnostic du mélanome. Il n’y avait pas suffisamment de données probantes pour déterminer l’exactitude des systèmes de DAO pour le diagnostic de l’épithélioma basocellulaire (3 études) ou de l’épithélioma spinocellulaire (1 étude).

Résultats pour Derm-CAD dans le diagnostic du mélanome

Les principaux résultats pour Derm-CAD sont basés sur 22 études totalisant 8992 lésions.

Appliqués à un groupe de 1000 lésions cutanées, dont 200 (20 %) auront un diagnostic final* de mélanome, les résultats suggèrent que :

- un nombre estimé de 386 personnes auront un résultat de Derm-CAD suggérant la présence d’un mélanome, et 206 (53 %) d’entre elles n’auront pas de mélanome (faux positif)

- sur les 614 personnes ayant un résultat de Derm-CAD indiquant l’absence de mélanome, 20 (3 %) auront en réalité un mélanome (faux négatif)

Rien n’indique que la dermoscopie et Derm-CAD aient des performances différentes pour la détection ou l’exclusion du mélanome.

Résultats pour MSI-CAD dans le diagnostic du mélanome

Les principaux résultats pour MSI-CAD sont basés sur huit études totalisant 2401 lésions. Dans un groupe de 1000 personnes, dont 200 (20 %) ont effectivement un mélanome*,

- un nombre estimé de 637 personnes auront un résultat de MSI-CAD suggérant la présence d’un mélanome, et 451 (71 %) d’entre elles n’auront pas de mélanome (faux positif)

- sur les 363 personnes ayant un résultat de MSI-CAD indiquant l’absence de mélanome, 14 (4 %) auront en réalité un mélanome (faux négatif)

MSI-CAD détecte plus de mélanomes mais peut produire plus de faux positifs (avec à la clé une augmentation des interventions chirurgicales inutiles).

Dans quelle mesure les résultats des études de cette revue sont-ils fiables ?

Il nous a été difficile de juger de la fiabilité des études en raison des rapports incomplets qu’elles contenaient. De nombreuses études présentaient d’importantes limitations. Certaines études ne portaient que sur des types particuliers de lésions cutanées ou excluaient des lésions considérées comme difficiles à diagnostiquer. Il est important de noter que la plupart des études n’incluaient que des lésions cutanées pour lesquelles existait un résultat de biopsie, ce qui signifie que seul un échantillon de lésions qui seraient vues par un médecin en pratique était inclus. Ces caractéristiques peuvent donner l’impression que les systèmes de DAO sont plus précis, ou moins précis, qu’ils ne le sont réellement.

À qui s’appliquent les résultats de cette revue ?

Les études ont été menées principalement en Europe (29,69 %) et en Amérique du Nord (8,19 %). L’âge moyen (rapporté dans 6 études sur 42) variait de 32 à 49 ans pour le mélanome. Le pourcentage de personnes ayant reçu un diagnostic définitif de mélanome variait de 1 % à 52 %. Il n’a pas toujours été possible de déterminer si le soupçon de cancer de la peau était fondé uniquement sur un examen clinique ou sur des examens cliniques et dermoscopiques. Presque toutes les études ont été réalisées chez des personnes présentant des lésions cutanées qui ont été vues dans des cliniques spécialisées et non chez les médecins de première instance.

Quelles sont les implications de cette revue ?

Les systèmes de DAO semblent être précis pour l’identification des mélanomes dans les lésions cutanées qui ont déjà été sélectionnées pour l’excision sur la base d’un examen clinique (inspection visuelle et dermoscopie). Il est possible que certains systèmes de DAO identifient plus de mélanomes que les médecins utilisant la dermoscopie. Cependant, les systèmes de DAO ont également produit beaucoup plus de faux positifs que la dermoscopie et pourraient entraîner une augmentation considérable du nombre de chirurgies inutiles. Les performances des systèmes de DAO pour la détection des épithéliomas basocellulaires et spinocellulaires sont incertaines. D’autres études sont nécessaires pour évaluer l’utilisation du DAO par les médecins pour le diagnostic du cancer de la peau par rapport au diagnostic par dermoscopie au contact direct du patient, tant en soins primaires que dans les cliniques spécialisées dans les cancers de la peau.

Dans quelle mesure cette revue est-elle à jour ?

Les auteurs de la revue ont cherché et utilisé des études publiées jusqu’à août 2016.

*Dans ces études, la biopsie, le suivi clinique ou le diagnostic du clinicien spécialiste étaient les normes de référence (moyen d’établir le diagnostic final).

Conclusions des auteurs: 

Dans des populations de patients hautement sélectionnées, tous les types de DAO s’avèrent très sensibles et pourraient être utiles à l’appui du diagnostic des spécialistes, afin d’aider à réduire au minimum le risque de mélanomes non reconnus. Cependant, le corpus de données probantes est encore insuffisant pour déterminer si les résultats des systèmes de DAO se traduisent par des décisions cliniques différentes dans la pratique. Nous ne disposons pas de données suffisantes sur l’utilisation du diagnostic assisté par ordinateur en pratique de ville ou pour la détection des cancers kératinocytaires. Le corpus de données probantes concernant les différents systèmes est trop limité pour que l’on puisse en dégager qui devraient être privilégiés dans la pratique. Des études comparatives prospectives sont nécessaires pour évaluer l’utilisation de systèmes de DAO déjà évalués comme outils de diagnostic, en comparaison avec la dermoscopie au contact direct du patient, et dans des populations de participants représentatives de celles dans lesquelles le test serait utilisé dans la pratique.

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Contexte: 

La détection précoce et précise de tous les types de cancer de la peau est importante pour guider une prise en charge appropriée, réduire la morbidité et améliorer la survie. Le mélanome et l’épithélioma spinocellulaire sont des cancers de la peau à haut risque qui peuvent entraîner des métastases et causer la mort, tandis que l’épithélioma basocellulaire est habituellement localisé, bien qu’il puisse infiltrer et endommager les tissus environnants. La crainte de méconnaître des lésions précoces curables est à mettre dans la balance par rapport aux aiguillages inappropriés et aux excisions inutiles des lésions bénignes. Les systèmes de diagnostic assisté par ordinateur (DAO) utilisent l’intelligence artificielle pour analyser les données sur les lésions et établir un diagnostic de cancer de la peau. Utilisés dans le contexte des soins primaires, ils peuvent aider les omnipraticiens ou d’autres médecins à mieux trier les lésions à haut risque, à diriger vers les soins secondaires. Utilisés en parallèle à un soupçon de malignité à l’examen clinique et dermoscopique, ils peuvent réduire le nombre d’excisions inutiles sans laisser des mélanomes passer inaperçus.

Objectifs: 

Déterminer la précision des systèmes de diagnostic assisté par ordinateur pour le diagnostic du mélanome invasif cutané et des variantes mélanocytaires intraépidermiques atypiques, de l’épithélioma basocellulaire ou de l’épithélioma spinocellulaire cutané chez l’adulte, et comparer leur précision à celle de la dermoscopie.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche exhaustive dans les bases de données suivantes, de leur création à août 2016 : registre Cochrane des essais contrôlés, MEDLINE, Embase, CINAHL, CPCI, Zetoc, Science Citation Index, National Institutes of Health Ongoing Trials Register, la Clinical Research Network Portfolio Database du NIHR, ainsi que le Système d’enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l’OMS. Nous avons étudié des listes de références et des articles de revues systématiques publiés.

Critères de sélection: 

Études de toute conception évaluant le diagnostic assisté par ordinateur seul ou en comparaison avec la dermoscopie, chez des adultes présentant des lésions soupçonnées d’être des mélanomes, des épithéliomas basocellulaires ou des épithéliomas spinocellulaires, et en comparaison avec une norme de référence pour la confirmation histologique ou le suivi clinique.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont extrait indépendamment toutes les données à l’aide d’un formulaire normalisé d’extraction de données et d’évaluation de la qualité (basé sur QUADAS-2). Nous avons contacté les auteurs des études incluses pour lesquelles il manquait des informations sur la pathologie visée ou les seuils diagnostiques. Nous avons estimé séparément les sensibilités et les spécificités sommaires par type de système de DAO, en utilisant le modèle hiérarchique bivarié. Nous avons comparé le DAO à la dermoscopie en utilisant (a) toutes les données de DAO disponibles (comparaisons indirectes) et (b) des études fournissant des données appariées pour les deux examens (comparaisons directes). Nous avons testé la contribution de la décision humaine à l’exactitude des diagnostics par DAO dans une analyse de sensibilité, en écartant les études qui donnaient des résultats de DAO aux cliniciens pour guider la prise de décision diagnostique.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 42 études, dont 24 évaluant de DAO sur dermoscopie (Derm-CAD) dans 23 cohortes d’étude totalisant 9602 lésions (1220 mélanomes, au moins 83 épithéliomas basocellulaires, 9 épithéliomas spinocellulaires) et fournissant 32 ensembles de données pour le Derm-CAD et 7 pour la dermoscopie. Dix-huit études ont évalué le DAO basé sur les données de spectroscopie (Spectro-CAD) dans 16 cohortes d’étude présentant 6336 lésions (934 mélanomes, 163 épithéliomas basocellulaires, 49 épithéliomas spinocellulaires), fournissant 32 ensembles de données pour le Spectro-CAD et six pour la dermoscopie. Il s’agissait de 15 études utilisant l’imagerie multispectrale (IMS), deux études utilisant la spectroscopie d’impédance électrique (SIE) et une étude utilisant la spectroscopie de réflectance diffuse. Les études n’étaient pas rapportées exhaustivement et présentaient un risque de biais allant d’incertain à élevé dans tous les domaines. Les études incluses ne répondent pas adéquatement à la question de la revue en raison de l’abondance d’études de mauvaise qualité, de la piètre qualité des rapports et du recrutement de groupes de participants fortement sélectionnés.

Nous avons constaté des variations considérables dans les technologies matérielles et logicielles utilisées, les types d’algorithmes de classification utilisés, les méthodes utilisées pour former les algorithmes et les caractéristiques morphologiques des lésions extraites et analysées parmi tous les systèmes de DAO, et même entre les études évaluant les systèmes de DAO. La méta-analyse a révélé que les systèmes de DAO présentaient une sensibilité élevée pour l’identification correcte du mélanome invasif cutané et des variantes mélanocytaires intraépidermiques atypiques dans des populations hautement sélectionnées, mais avec une spécificité faible et très variable, particulièrement pour les systèmes de Spectro-CAD. Les données regroupées de 22 études ont estimé la sensibilité du Derm-CAD pour la détection du mélanome à 90,1 % (intervalle de confiance (IC) à 95 % de 84,0 % à 94,0 %) et sa spécificité à 74,3 % (IC à 95 % de 63,6 % à 82,7 %). Les données regroupées de huit études ont permis d’estimer la sensibilité du DAO par imagerie multispectrale (MSI-CAD) à 92,9 % (IC à 95 % de 83,7 % à 97,1 %) et sa spécificité à 43,6 % (IC à 95 % de 24,8 % à 64,5 %). Appliqué à une population hypothétique de 1000 lésions avec une prévalence moyenne de mélanome observée de 20 %, le Derm-CAD manquerait 20 mélanomes et donnerait 206 faux positifs de mélanome. Le MSI-CAD manquerait 14 mélanomes et produirait à 451 faux positifs de mélanome. Les résultats préliminaires suggèrent que les systèmes de DAO sont au moins aussi sensibles que l’évaluation des images dermoscopiques pour le diagnostic du mélanome invasif et des variantes mélanocytaires intraépidermiques atypiques. En raison de la rareté des études, nous ne sommes pas en mesure de donner un avis résumé sur l’utilisation du diagnostic assisté par ordinateurs les populations non adressées aux spécialistes ni sur sa précision dans la détection des cancers kératinocytaires ou son utilisation comme aide au diagnostic dans un contexte quelconque.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Suzanne ASSÉNAT. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.