Antibiothérapie prophylactique pour les personnes atteintes de bronchopneumopathie chronique obstructive

Qu'est-ce que la BPCO ?

La BPCO est une affection courante causée principalement par le tabagisme et peut entraîner des problèmes respiratoires à long terme. Les symptômes comprennent l'essoufflement et la toux avec production d'expectorations en raison de lésions des voies respiratoires et des poumons. L'infection peut déclencher des symptômes graves, avec une respiration qui dysfonctionne et une augmentation de la toux et des expectorations. C'est ce qu'on appelle plus communément une exacerbation ou une " poussée " pouvant causer d'autres dommages à la fonction pulmonaire. Les exacerbations fréquentes peuvent entraîner des hospitalisations, réduire la qualité de vie et augmenter le risque de décès.

Pourquoi avons-nous fait cette revue ?

Nous voulions savoir si une antibioprophylaxie était meilleure qu'une autre pour réduire les exacerbations et améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de BPCO.

Quelles données probantes avons-nous trouvées ?

Nous avons trouvé deux essais randomisés, incluant 391 personnes atteintes de BPCO. L'âge moyen des participants était de 68 ans. La première étude comprenait trois groupes de patients atteints de BPCO prenant soit de la moxifloxacine (quotidiennement pendant 5 jours toutes les 4 semaines), de la doxycycline (quotidiennement pendant 13 semaines) ou de l'azithromycine (3 fois par semaine pendant 13 semaines). La deuxième étude a porté sur l'utilisation de la doxycycline (quotidienne) en plus de la roxithromycine (quotidienne) pendant 12 semaines dans la BPCO. Nos principaux critères de jugement étaient le nombre d'exacerbations, la qualité de vie, les effets secondaires graves (appelés " événements indésirables graves ") et la résistance aux antibiotiques.

Résultats et conclusions

Dans l'ensemble, nous n'avons pas été en mesure de déterminer de différences entre les antibiotiques testés pour améliorer les principaux critères de jugement que nous avons mesurés.

Nous ne savions pas si un antibiotique était meilleur ou pire qu'un autre pour la réduction des exacerbations ou l’amélioration de la qualité de vie. Aucune des études n'a fait état d'une comparaison entre antibiotiques pour la résistance aux médicaments.

Dans une étude d'une durée de 13 semaines, nous n'avons constaté aucun effet secondaire grave lié à la prise de moxifloxacine, d'azithromycine ou de doxycycline, et aucun décès n'a été signalé. Dans l'autre étude, un nombre très similaire de personnes ont fait l’expérience d’effets secondaires graves dans le groupe traité par une association d'antibiotiques et dans le groupe traité par un seul antibiotique après 12 semaines de traitement et 48 semaines de suivi. Cependant, les chiffres étaient faibles, et nous ne savons donc pas si un traitement est plus à risque de causer des effets indésirables qu’un autre. Dans la même étude, cinq personnes du groupe au traitement combiné sont décédées, comparativement à trois personnes dans le groupe au traitement unique. Là encore, ces chiffres sont trop faibles pour que l'on puisse en tirer des conclusions.

Valeur probante des données

Nous étions très incertains des résultats parce que nous n'avons trouvé que deux petites études qui ont donné aux personnes atteintes de BPCO des antibiotiques pendant seulement 12 ou 13 semaines. Les études n'ont porté que sur quatre antibiotiques différents et n'ont pas mesuré tous les paramètres qui nous intéressaient.

Conclusions des auteurs: 

Il n'est pas clair, d'après les données probantes incluses dans la présente revue, s'il existe une différence d'efficacité ou d'innocuité entre les différentes classes ou régimes d'antibiotiques prophylactiques, administrés pendant 12 à 13 semaines aux personnes atteintes de BPCO. Bien qu'aucune comparaison directe de la résistance aux antibiotiques n'ait été relevée, des inquiétudes subsistent à ce sujet. La taille de l'échantillon de cette revue est petite et les deux études incluses sont de courte durée. Par conséquent, les effets observés sont très incertains et les effets des différents antibiotiques prophylactiques doivent faire l'objet de recherches plus poussées.

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Contexte: 

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO, y compris la bronchite chronique et l'emphysème) est une affection respiratoire chronique caractérisée par un essoufflement, de la toux et des exacerbations récurrentes. L'utilisation à long terme d'antibiotiques peut réduire à la fois la charge bactérienne et l'inflammation des voies respiratoires. Des études ont montré une réduction des exacerbations causées par les antibiotiques comparativement au placebo chez les personnes atteintes de BPCO, mais on s'inquiète de la résistance aux antibiotiques et de leur innocuité.

Objectifs: 

Comparer l'innocuité et l'efficacité de différentes classes d'antibiotiques (avec une administration continue, intermittente ou bolus) pour la prophylaxie des exacerbations chez les patients atteints de BPCO.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais du groupe Cochrane Airways et dans les bibliographies d’études pertinentes. La dernière recherche documentaire a été effectuée le 6 février 2019.

Critères de sélection: 

Des essais contrôlés randomisés (ECR) ont été sélectionnés pour comparer un antibiotique prophylactique à un autre chez des patients atteints de BPCO.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les méthodes standard de Cochrane. Deux auteurs indépendants ont sélectionné les essais à inclure, extrait les données et évalué le risque de biais. Les divergences ont été résolues grâce à la participation d'un troisième auteur de la revue.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus deux ECR, tous deux publiés en 2015 et portant sur un total de 391 participants et d'une durée de traitement de 12 à 13 semaines. Un ECR a comparé une quinolone (moxifloxacine en bolus, pendant 5 jours toutes les 4 semaines), avec une tétracycline (doxycycline en continu) ou un macrolide (azithromycine en administration intermittente).

Le deuxième ECR a comparé une tétracycline (doxycycline en continu) plus un macrolide (roxithromycine en continu) avec la roxithromycine seule (en continu).

Les essais ont recruté des participants dont l'âge moyen était de 68 ans et qui présentaient une BPCO modérée à grave. Les deux essais comprenaient des participants qui avaient eu entre deux et cinq exacerbations au cours des deux années précédentes. Dans un essai, 17 % des patients avaient déjà pris des corticostéroïdes en inhalation. Dans l'autre étude, tous les patients étaient positifs pour Chlamydophila pneumoniae (C pneumoniae).

Dans l'ensemble, nous avons jugé que les éléments probants présentés étaient de très faible certitude, principalement en raison de leur imprécision, mais nous avions également des préoccupations quant à l'aspect indirect et à la qualité méthodologique des études incluses. Les principaux critères de jugement pour cette revue comprenaient les exacerbations, la qualité de vie, la résistance aux médicaments et les événements indésirables graves.

Macrolide + tétracycline versus macrolide

Il n'y avait pas de différence claire entre les traitements pour l'amélioration de la qualité de vie telle qu'évaluée par le Questionnaire sur les maladies respiratoires chroniques ou Chronic Respiratory Questionnaire (CRQ). L'échelle du CRQ varie de 0 à 10 et des scores plus élevés sur l'échelle indiquent une meilleure qualité de vie. Sous-échelles CRQ pour la dyspnée à 12 semaines (différence moyenne (DM) 0,58, intervalle de confiance à 95 % (IC) -0,84 à 2,00 ; 187 participants ; preuve de très faible certitude), fatigue (DM 0,02, IC 95 % -1,08 à 1,12 ; 187 participants ; preuve de très faible certitude), fonction émotionnelle (DM -0,37, IC 95 % -1,74 à 1,00 ; 187 participants ; preuve de très faible certitude) ou maîtrise (DM -0,79, IC 95 %-1,86 à 0,28 ; 187 participants ; preuve de très faible certitude). En ce qui concerne les effets indésirables graves, on ne savait pas s'il y avait une différence entre la roxithromycine et la doxycycline combinées et la roxithromycine seule à 48 semaines de suivi après un traitement actif de 12 semaines (odss ratio (OR) de 1,00, IC à 95 % : 0,52-1,93 ; 198 participants ; preuve très peu sûre). Cinq décès ont été signalés dans le groupe au traitement combiné, contre trois dans le groupe au traitement unique à 48 semaines de suivi après 12 semaines de traitement actif (OR de 1,63, IC à 95 % : 0,38 à 7,02 ; 198 participants ; données de certitude très peu faible).

Quinolone contre tétracycline

Il n'y avait pas de différence nette entre la moxifloxacine et la doxycycline pour le nombre de participants ayant présenté une ou plusieurs exacerbations (OR 0,44, IC à 95 % : 0,14 à 1,38 ; 50 participants, preuve de très faible certitude) à 13 semaines. Aucun effet indésirable grave ni décès n'a été signalé dans les deux groupes de traitement. Nous n'avons trouvé aucun élément probant pour nos autres principaux critères de jugement.

Quinolone contre macrolide

Il n'y avait pas de différence nette entre la moxifloxacine et l'azithromycine pour le nombre de participants ayant présenté une ou plusieurs exacerbations (OR 1,00, IC à 95 % : 0,32 à 3,10 ; 50 participants ; preuve de très faible certitude) à 13 semaines. Aucun effet indésirable grave ni décès n'a été signalé dans les deux groupes de traitement. Nous n'avons trouvé aucun élément probant pour nos autres principaux critères de jugement.

Marcolide contre tétracycline

Il n'y avait pas de différence nette entre l'azithromycine et la doxycycline pour le nombre de participants ayant présenté une ou plusieurs exacerbations (OR de 0,44 ; IC à 95 % : 0,14 à 1,38 ; 50 participants ; preuve très peu certaine) à 13 semaines. Aucun effet indésirable grave ni décès n'a été signalé dans les deux groupes de traitement. Nous n'avons trouvé aucun élément probant pour nos autres principaux critères de jugement.

Nous n'avons pas trouvé de preuves directes de l'impact des antibiotiques utilisés sur la résistance aux médicaments.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Sofyan Jankowski et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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