Arthroplastie de l'épaule dans l'arthrose de l’épaule et l'arthrose associée à une rupture des tendons de la coiffe des rotateurs

Contexte

L'arthrose est une affection des articulations. Avec le temps, le cartilage s'amincit et les surfaces osseuses exposées se frottent les unes contre les autres, provoquant des douleurs et une perte de mobilité. Les personnes souffrant de rupture des tendons de l'épaule peuvent développer un type d'arthrose spécifique, appelé omarthrose excentrée. Les gens ont généralement besoin de médicaments pour soulager la douleur et pourraient se voir proposer des traitements non chirurgicaux dans un premier temps, notamment de la physiothérapie et des injections. Certaines personnes présentant des symptômes persistants d'arthrose avancée se voient proposer une arthroplastie de l’épaule. Dans « l'hémiarthroplastie humérale », seule la tête (partie sphérique) de l'humérus est remplacée par une tête artificielle et continue à s'articuler dans la cavité. Dans le cas d'une « arthroplastie par prothèse totale de l’épaule », la cavité est également remplacée par une cavité artificielle. Dans le cas de l’« arthroplastie par prothèse totale inversée de l’épaule », le remplacement se fait intentionnellement à l’envers avec une boule artificielle fixée à l'ancienne cavité et une cavité artificielle placée sur l'humérus. Le type de remplacement effectué dépend généralement du type d'atteinte de l'articulation et du tendon.

Nous ne savons pas clairement si l’arthroplastie de l'épaule est le meilleur traitement pour les personnes souffrant d'arthrose de l’épaule ou d'omarthrose excentrée, ni quand il devrait être fait, ou quel type de remplacement est le meilleur pour chaque personne. Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons cherché les meilleures données probantes dans des études appelées essais randomisés.

Caractéristiques des études

Cette revue est à jour jusqu'au 31 janvier 2019 et ne comprend que les études dans lesquelles le traitement a été réparti par type au hasard. Tous les participants aux études souffraient d'arthrose de l’épaule ou d’omarthrose excentrée et avaient déjà essayé des traitements non chirurgicaux. L'âge moyen des participants était compris entre 63 et 81 ans. Un peu plus de la moitié des participants étaient des femmes. Nous n'avons pas trouvé d’étude comparant l’arthroplastie de l’épaule à un autre type de traitement, y compris les autres types de chirurgie sans remplacement, la physiothérapie ou l'absence de traitement. Nous avons trouvé cinq études comparant un type d’arthroplastie à un autre type d’arthroplastie. Nous avons trouvé 15 études comparant un type d’arthroplastie au même type, réalisé avec une modification technique ou un composant prothétique différent. Huit études sur vingt ont été financées par un fabricant de prothèses d'épaule. Sept autres études sur vingt ont été menées par des chercheurs qui avaient d'autres relations financières avec des fabricants de prothèses d'épaule.

Principaux résultats

Trois essais (126 participants) ont répondu à nos critères d'inclusion pour notre principale comparaison entre l'arthroplastie totale de l'épaule (ATE) conventionnelle à tige et l'hémiarthroplastie humérale à tige pour le traitement de l'arthrose de l’épaule. L’ATE pourrait entraîner une diminution de la douleur et une meilleure fonction par rapport à l'hémiarthroplastie humérale au bout de deux ans de suivi, mais cela pourrait ne pas être perceptible. Nous ne sommes pas sûrs qu'il y ait des différences dans la fréquence des effets indésirables et des opérations ultérieures.

L’ATE a entraîné une réduction de la douleur de 15 % (de 1 % à 29 %).

- Les personnes ayant bénéficié d’une hémiarthroplastie humérale ont évalué leur douleur à 2,8 points (sur une échelle de 0 à 10).

- Les personnes qui ont eu l’ATE ont évalué leur douleur à 1,29 points.

L’ATE a entraîné une amélioration de la fonction de 11 % (de 2 % à 19 %).

- Les personnes ayant bénéficié d'une hémiarthroplastie humérale ont évalué leur fonction à 72,8 points (sur une échelle de 0 à 100).

- Les personnes qui ont eu l’ATE ont évalué leur fonction à 83,4 points.

L’ATE a conduit à une qualité de vie similaire à celle de l' hémiarthroplastie humérale (de 5 % inférieure à 7 % supérieure, de 5 points inférieure à 7 points supérieure (échelle de 0 à 100)).

- Les personnes ayant bénéficié d'une hémiarthroplastie huméraleont évalué leur qualité de vie à 57,4 points.

- Les personnes qui ont eu l’ATE ont évalué leur qualité de vie à 58,4 points.

L’ATE a entraîné un nombre similaire d'effets indésirables (de 25 % de moins à 21 % de plus) et un nombre similaire d'opérations supplémentaires sur la même épaule (de 8 % de moins à 15 % de plus) par rapport à l’hémiarthroplastie humérale.

- Après l'hémiarthroplastie humérale, 286 personnes sur 1000 ont subi un effet indésirable et 103 sur 1000 ont dû subir d'autres opérations.

- Après l’ATE, 143 personnes sur 1000 ont subi un effet indésirable et 77 sur 1000 ont dû subir d'autres opérations.

Qualité des données probantes

Pour la principale comparaison, la qualité des données probantes permettant d'évaluer la douleur, la fonction et la qualité de vie était faible. Pour l'évaluation des effets indésirables et les opérations ultérieures, la qualité des données probantes était très faible. Dans les 12 autres comparaisons, la qualité des données probantes était également très faible.

Conclusions des auteurs: 

Bien qu'il s'agisse d'une procédure établie, il n'y a pas d'essais randomisés de haute qualité pour déterminer si l’arthroplastie de l'épaule pourrait être plus efficace que d'autres traitements dans l'arthrose de l’épaule ou dans l'omarthrose excentrée. Nous ne savons toujours pas quel type ou quelle technique d’arthroplastie de l'épaule est la plus efficace dans les différentes situations. Lorsque l'hémiarthroplastie humérale a été comparée à l’arthroplastie totale de l'épaule (ATE) pour l'arthrose, des données probantes de faible qualité ont conduit à une incertitude sur l'existence d'un bénéfice cliniquement important pour la douleur ou la fonction rapportée par le patient et ont suggéré qu'il n'y avait peut-être qu’une différence minime ou pas de différence dans la qualité de vie. Les données probantes sont insuffisantes pour montrer si l’ATE est associée à un risque plus ou moins important d’effet délétère que l'hémiarthroplastie humérale. Les études randomisées disponibles n'ont pas fourni suffisamment de données pour permettre de tirer des conclusions fiables sur les effets indésirables et les effets délétères. Bien que l’ATE inversée soit aujourd'hui le type d’arthroplastie de l’épaule le plus couramment pratiqué, nous n'avons pas trouvé d’étude comparant l’ATE inversée à un autre type de traitement.

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Contexte: 

L’arthroplastie de l’épaule est un traitement établi pour les patients souffrant d'arthrose gléno-humérale en phase terminale ou d'omarthrose excentrée qui n'ont pas connu d'amélioration avec un traitement non chirurgical. Différents types d’arthroplastie sont couramment utilisés, mais leurs bénéfices et risques relatifs, comparés entre eux et à d'autres traitements, sont incertains. Cette revue de portée élargie est une mise à jour d'une revue Cochrane publiée pour la première fois en 2010.

Objectifs: 

Déterminer les effets bénéfiques et les risques de l’arthroplastie chez les adultes souffrant d'arthrose de l'épaule, y compris l'omarthrose excentrée (OE).

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés, MEDLINE, Embase, CINAHL, SportDiscus et sur le Web of Science jusqu'en janvier 2019. Nous avons également consulté des registres d'essais cliniques, des comptes rendus de conférences et des listes de référence de revues systématiques précédentes et avons inclus des études.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des études randomisées comparant tout type d’arthroplastie de l’épaule à tout autre traitement chirurgical ou non chirurgical, à l'absence de traitement ou à un placebo. Nous avons également inclus des études randomisées comparant tout type ou technique d’arthroplastie par rapport à un autre. Les participants étaient des adultes souffrant d'arthrose de l'articulation gléno-humérale ou d'omarthrose excentrée.

Nous avons évalué les principaux critères de jugement suivants : douleur, fonction, évaluation globale du succès du traitement par le participant, qualité de vie, effets indésirables, effets indésirables graves et risque de révision ou de réopération ou l'échec du traitement.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont évalué la qualité des essais et extrait les données de manière indépendante. Nous avons recueilli les données des essais sur les effets bénéfiques et les risques.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 20 études impliquant 1083 participants (1105 épaules). Nous avons trouvé cinq études comparant un type d’arthroplastie de l'épaule à un autre type d’arthroplastie, dont trois études comparant l’arthroplastie totale de l'épaule (ATE) conventionnelle à tige à l'hémiarthroplastie humérale à tige. Les 15 autres études ont comparé un type d’arthroplastie au même type effectué avec une modification technique ou un composant prothétique différent. Nous n'avons pas trouvé d’étude comparant l’arthroplastie de l'épaule à tout autre type de traitement chirurgical ou à tout type de traitement non chirurgical. Nous n'avons pas trouvé d’étude comparant l’arthroplastie par prothèse totale inversée de l’épaule à tout autre type de traitement ou à tout type d’arthroplastie.

La taille des essais variait de 16 à 161 participants. L'âge moyen des participants varie de 63 à 81 ans. 47% des participants étaient des hommes. Seize essais ont rapporté des participants avec un diagnostic d'arthrose gléno-humérale et des tendons de la coiffe des rotateurs intacts. Quatre essais ont rapporté de patients souffrant d'arthrose gléno-humérale et d'une rupture de la coiffe des rotateurs ou d'une omarthrose excentrée.

Toutes les études présentaient un risque incertain ou élevé de biais pour au moins deux domaines, et une seule étude était exempte de risque élevé de biais (incluse dans la comparaison principale). Les sources de biais les plus courantes étaient l'absence de mis en aveugle des participants et des évaluateurs, l'attrition et un déséquilibre majeur entre les groupes au début de l’essai.

Trois études ont permis de comparer l’ATE conventionnelle à tige avec l'hémiarthroplastie humérale à tige chez des personnes souffrant d'arthrose gléno-humérale. Après deux ans, des données probantes de faible qualité provenant de deux essais (déclassés pour cause de biais et d'imprécision) ont suggéré qu'il pourrait y avoir une amélioration légère mais cliniquement incertaine de la douleur et de la fonction. Sur une échelle de 0 à 10 (0 signifie pas de douleur), la douleur moyenne était de 2,78 points après une hémiarthroplastie humérale à tige et de 1,49 point plus faible (de 0,1 plus faible à 2,88 plus faible) après une ATE conventionnelle à tige. Sur une échelle de 0 à 100 (100 = fonction normale), le score fonctionnel moyen était de 72,8 points après une hémiarthroplastie humérale à tige et de 10,57 points en plus (de 2,11 en plus à 19,02 en plus) après une ATE conventionnelle à tige. Il pourrait ne pas y avoir de différence de qualité de vie sur la base de données probantes de faible qualité, déclassées en raison du risque de biais et d'imprécision. Sur une échelle de 0 à 100 (100 = normale), la qualité de vie mentale moyenne a été évaluée à 57,4 points après une hémiarthroplastie humérale à tige et à 1,0 point de plus (de 5,1 de moins à 7,1 de plus) après une ATE conventionnelle à tige.

Nous ignorons s'il y a une différence dans le taux d'effets indésirables ou dans le taux de révision, de réopération ou d'échec du traitement sur la base de données probantes de très faible qualité (abaissé de trois niveaux pour risque de biais et d'imprécision importante). Le taux de tout effet indésirable après une hémiarthroplastie humérale à tige était de 286 pour 1000, et après une ATE conventionnelle à tige de 143 pour 1000, soit une différence absolue de 14% d’effets en moins (de 25% de moins à 21% de plus). Parmi les effets indésirables, citons les fractures, les luxations, les infections et la défaillance de la coiffe des rotateurs. Le taux de révision, de réopération ou d'échec du traitement était de 103 pour 1000, et après une ATE à tige conventionnelle de 77 pour 1000, pour une différence absolue de 2,6% d'événements en moins (de 8% de moins à 15% de plus).

L'évaluation globale de la réussite du traitement par les participants n'a pas été rapportée.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Mélaine Lim et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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