Stimulation électrique non invasive pour l'incontinence urinaire à l'effort chez les femmes

Question de la revue

Nous avons cherché à évaluer si la stimulation électrique était plus efficace que l'absence de traitement ou que d'autres traitements disponibles pour guérir ou améliorer les symptômes de l'incontinence urinaire à l'effort (IUE) chez les femmes. Nous avons également cherché à déterminer si l'IUE était guérie ou améliorée par l'ajout d'une stimulation électrique à d'autres traitements comparativement à d'autres traitements et aux différents types de stimulation électrique. Enfin, nous avons cherché à déterminer si la stimulation électrique était coût-efficace.

Contexte

Environ 25 % à 45 % des femmes dans le monde présentent des problèmes de fuites urinaires involontaires. Les femmes atteintes d'IUE présentent souvent des fuites urinaires lors d'un effort physique, tel que la toux ou les éternuements. L'IUE peut être traitée par des exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien, des cônes vaginaux, un traitement médicamenteux ou une opération chirurgicale, mais il existe divers problèmes avec ces traitements. Une alternative possible est la stimulation électrique avec des dispositifs non implantés, où un courant électrique est administré via des électrodes vaginales.

Cette revue est-elle à jour ?

Nous avons recherché des études ayant été publiées jusqu'au 27 février 2017.

Caractéristiques de l’étude

Nous avons trouvé 56 essais (portant sur un total de 3781 femmes souffrant toutes d'incontinence urinaire à l'effort, et dont certaines souffraient également d'incontinence urinaire d'urgence) comparant la stimulation électrique à l'absence de traitement ou à tout autre traitement disponible.

Résultats principaux

Pour la guérison ou l'amélioration de l'IUE, la stimulation électrique semblait plus efficace que l'absence de traitement actif ou qu'un traitement fictif. Il n'y avait pas suffisamment de preuves pour déterminer si elle était plus efficace que des exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien pour guérir ou améliorer l'IUE, ou concernant la qualité de vie. L'addition de la stimulation électrique à la rééducation des muscles du plancher pelvien ne semble pas entrainer de différence en matière de guérison ou d'amélioration de l'IUE. Il n'est pas certain qu'elle offre une amélioration de la qualité de vie par rapport aux exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien.

Nous avons trouvé que peu de femmes avaient rapporté des effets indésirables avec la stimulation électrique, mais il n'y avait pas suffisamment de preuves fiables comparant la stimulation électrique à d'autres traitements pour évaluer davantage sa sécurité.

Il n'y avait pas suffisamment de preuves comparant la stimulation électrique à d'autres traitements existants tels que le traitement médicamenteux, les exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien en plus de cônes vaginaux, la chirurgie, ou les différentes formes de stimulation électrique, pour fournir des recommandations fondées sur des preuves en ce qui concerne le traitement le plus efficace, et pour quelles femmes, pour guérir ou améliorer l'IUE ou pour améliorer la qualité de vie. Il n'y avait pas d'informations dans ces études permettant d'évaluer le rapport coût-efficacité.

Qualité des preuves

Il existe des preuves en faveur de l'utilisation de la stimulation électrique pour l'incontinence urinaire à l'effort chez les femmes, mais nous sommes encore très incertains quant au réel potentiel de ce traitement en raison de la faible qualité des preuves existantes. Bien que nous ayons trouvé des preuves indiquant que la stimulation électrique pourrait être plus efficace que l'absence de traitement, nous n'avons pas trouvé suffisamment d'essais bien conçus portant sur un nombre suffisant de femmes pour répondre aux questions de la revue, donc nous ne savons donc pas encore si la stimulation électrique est plus ou moins efficace que les autres traitements.

Conclusions des auteurs : 

L'ensemble des preuves actuellement disponibles ont indiqué que la stimulation électrique semble plus efficace que l'absence de traitement actif ou qu'un traitement fictif, mais il n'est pas possible de déterminer si la SE est comparable ou non à l'EMPP ou à d'autres traitements actifs en matière d'efficacité. Dans l'ensemble, la qualité des preuves était trop faible pour fournir des résultats fiables. Sans essais suffisamment puissants évaluant des critères de jugement cliniquement importants, tels que l'évaluation subjective de l'incontinence urinaire, nous ne pouvons pas apporter de conclusions robustes quant à l'efficacité globale ou le rapport coût-efficacité de la stimulation électrique pour l'incontinence urinaire à l'effort chez la femme.

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Contexte : 

Plusieurs options thérapeutiques sont disponibles pour le traitement de l'incontinence urinaire à l'effort (IUE), incluant l'entraînement des muscles du plancher pelvien (EMPP), le traitement médicamenteux et la chirurgie. Il existe des problèmes tels que l'observance aux schémas d'EMPP, les effets secondaires liés au traitement médicamenteux et les risques associés à la chirurgie. Nous avons évalué un traitement alternatif, la stimulation électrique (SE) avec des dispositifs non implantés, qui vise à améliorer la fonction des muscles du plancher pelvien afin de réduire les pertes involontaires d'urine.

Objectifs : 

Évaluer les effets de la stimulation électrique avec des dispositifs non implantés, seule ou combinée à un autre traitement pour la prise en charge de l'incontinence urinaire à l'effort ou de l'incontinence urinaire mixte prédominante à l'effort chez les femmes. Parmi les critères de jugement évalués figuraient les coûts et le rapport coût-efficacité.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur l'incontinence, qui contient des essais identifiés dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE, MEDLINE In-Process, MEDLINE Epub Ahead of Print ClinicalTrials.gov, ICTRP de l'OMS, CINAHL, ainsi que des recherches manuelles dans les journaux et actes de conférence (recherche effectuée le 27 février 2017). Nous avons également consulté les références bibliographiques des articles pertinents et entrepris des recherches afin d'identifier des études examinant des données économiques.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés ou quasi-randomisés de la SE avec des dispositifs non implantés par rapport à tout autre traitement de l'IUE chez les femmes. Les essais éligibles incluaient des femmes adultes souffrant d'IUE ou d'incontinence urinaire mixte (IUM) prédominant à l'effort. Nous avons exclu les études portant sur des femmes souffrant d'IUM principalement d'urgence, d'incontinence urinaire d'urgence uniquement ou d'incontinence associée à une affection neurologique. Nous aurions inclus des évaluations économiques si celles-ci avaient été réalisées parallèlement aux essais éligibles.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment examiné les résultats de la recherche, extrait les données des essais éligibles et évalué les risques de biais à l'aide de l'outil Cochrane d'évaluation du risque de biais. Nous aurions effectué des évaluations économiques en utilisant l'approche recommandée par Cochrane (Economic Methods).

Résultats principaux : 

Nous avons identifié 56 essais éligibles (3781 participantes randomisées). Dix-huit essais ne rapportaient pas les critères de jugement principaux subjectifs de guérison, d'amélioration de l'IUE ou de qualité de vie liée à l'incontinence. Le risque de biais était généralement incertain, compte tenu du fait que la plupart des essais ne fournissaient que peu de détails concernant leurs méthodes. Nous avons évalué 25 % des essais inclus comme étant à risque élevé de biais pour diverses raisons, incluant un financement provenant de l'industrie et des différences à l'inclusion entre les groupes. Nous n'avons pas identifié d'évaluations économiques.

Pour la guérison subjective de l'IUE, nous avons trouvé des preuves de qualité modérée quant au fait que la SE est probablement plus efficace que l'absence de traitement actif (risque relatif [RR] 2,31, IC à 95 % 1,06 à 5,02). Nous avons trouvé un résultat similaire pour la guérison ou l'amélioration de l'IUE (RR 1,73, IC à 95 % 1,41 à 2,11), mais la qualité des preuves était plus faible. Nous sommes très incertains quant à l'existence d'une différence entre la SE et un traitement fictif en matière de guérison subjective, en raison de la très faible qualité des preuves (RR 2,21, IC à 95 % 0,38 à 12,73). Pour la guérison subjective ou l'amélioration subjective, la SE pourrait être plus efficace que le traitement fictif (RR 2,03, IC à 95 % 1,02 à 4,07). L'estimation de l'effet était de 660/1000 femmes guéries ou ayant ressenti une amélioration avec la SE par rapport à 382/1000 en l'absence de traitement actif (IC à 95 % 538 à 805 femmes) ; et pour le traitement fictif, 402/1000 femmes guéries ou ayant ressenti une amélioration avec la SE par rapport à 198/1000 avec le traitement fictif (IC à 95 % 202 à 805 femmes).

Des preuves de faible qualité suggèrent une absence de différence en matière de guérison ou d'amélioration pour la SE par rapport à l'EMPP (RR 0,85, IC à 95 % 0,70 à 1,03), pour l'EMPP en plus de la SE versus l'EMPP seul (RR 1,10, IC à 95 % 0,95 à 1,28) ou la SE par rapport aux cônes vaginaux (RR 1,09, IC à 95 % 0,97 à 1,21).

La stimulation électrique améliore probablement la qualité de vie liée à l'incontinence par rapport à l'absence de traitement (preuves de qualité modérée), mais il n'y a probablement que peu ou pas de différence entre la stimulation électrique et l'EMPP (preuves de faible qualité). Il n'est pas certain que l'ajout de la stimulation électrique à l'EMPP entraine une différence en matière de qualité de vie, par rapport à l'EMPP seul (preuves de très faible qualité). Il n'y a probablement que peu ou pas différence entre la stimulation électrique et les cônes vaginaux pour l'amélioration de la qualité de vie liée à l'incontinence (preuves de faible qualité). Par rapport aux cônes vaginaux, à l'EMPP en plus de cônes vaginaux, ou à des traitements médicamenteux, l’impact de la stimulation électrique sur la guérison/l'amélioration subjective et la qualité de vie liée à l'incontinence est incertain (preuves de très faible qualité).

En matière de guérison/d'amélioration subjective et de qualité de vie liée à l'incontinence, les preuves disponibles comparant la SE par rapport à un traitement médicamenteux ou un EMPP en plus des cônes vaginaux étaient de très faible qualité et ne sont pas concluantes. De même, les comparaisons entre les différents types de SE, et de la SE en plus de la chirurgie à la chirurgie, ne sont pas concluantes en matière de guérison/d'amélioration subjective et de qualité de vie liée à l'incontinence (preuves de très faible qualité).

Les effets indésirables étaient rares : au total, neuf femmes traitées par SE dans les essais ont rapporté un effet indésirable. Nous n'avons pas identifié suffisamment de données pour comparer le risque d'effets indésirables chez les femmes traitées par SE par rapport à une autre thérapeutique. Nous n'avons pas pu identifier de données économiques.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Sophie Fleurdépine et révisée par Cochrane France

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